INSECURITE

Vendredi 11 juin 1999 vers 11h00', Mme Mundele Ngamazika est renversée non loin du marché Hindou à Kingasani/Terminus, commune de Kimbanseke par un véhicule militaire immatriculé 026 transportant des hommes en uniforme.  S'étant arrêté, un des militaires a récupéré la victime pour l'acheminer à l'hôpital Roi Baudouin Ier à Masina. Elle a été abandonnée à elle-même sans traitement et a dû succomber quelque temps plus tard. Quand au conducteur du véhicule qui s'était enfui, il a été rattrapé par les agents de la police du sous-commissariat de Kingasani/Pascal où il a été détenu et finalement relâché. Les recherches effectuées par les membres de famille de la victime ont permis de localiser le conducteur, auteur de l'accident qui est un élément du centre de formation militaire de Kibomango/commune de Maluku.

Dimanche 13 juin 1999, monsieur Mesa Zoza, domicilié sur avenue Nganga, quartier Kingabwa, commune de Limete est mort suite aux sévices corporels lui infligés la veille par les éléments des Forces Armées Congolaises (FAC). Ces derniers en faction à une barrière à Kingabwa avaient interpellé monsieur Mesa Zoza qui regagnait son domicile vers 16 heures et lui ont exigé de verser le droit de péage avec le riz qu'il transportait, comme cela se fait avec tout le monde qui emprunte ce chemin. Suite à son refus, M. Mesa Zoza sera récupéré, battu sévèrement et abandonné à demi-mort, tout saignant. Acheminé d'urgence au " centre catholique Liziba Lya Bomoi "à Kingabwa/Limete, la victime a succombé.

Mercredi 07 juillet 1999 vers 20 heures 00', monsieur Charles Bokeleale, fils de monseigneur  Bokeleale, ancien président de l'Eglise du Christ au Congo (ECC) est abattu de deux balles lui tirées par trois hommes armés non autrement identifiés sur l'avenue du 08 décembre, commune de Banda-lungwa à côté du bureau de la Communauté Baptiste au Congo (CBCO). La victime, agent à la Banque Centrale du Congo (BCC) assumait aussi la charge de chef du protocole de la paroisse internationale protestante de Kinshasa. M. Charles Bokeleale a voulu acheter des oranges lorsqu'il a été tué. Sa voiture BMW a été emportée à l'issue de ce forfait. La victime a été inhumée vendredi 16 juillet 1999 au cimetière de Gombe.

Vendredi 16 juillet 1999 vers 2 heures du matin, le domicile de monsieur Nsilu " père double "est investi par un groupe d'hommes armés en uniforme. Un des malfaiteurs s'est fait ouvrir la porte sous menace pendant que ses complices s'étaient postés dans les différents endroits de la parcelle. Au moment où M. Nsilu a ouvert la porte, son fils Vassily Nsilu, âgé de 12 ans s'est approché derrière lui. Craignant une ruse ou un piège, un des éléments a tiré deux coups de balle dont l'une a atteint M.Nsilu le blessant grièvement, l'autre a fini par fracasser la tête de son fils, le tuant sur le champ. Après ce forfait, les bandits ont pris la fuite à l'instant où la mère de la victime a commencé à pousser des cris de détresse.

Dans la nuit de samedi 07 à dimanche 08 août 1999 vers 02 heures du matin, monsieur Jean-Bienvenu Matoudidi, homme d'affaires résidant à Binza Ozone, commune de Ngaliema, en compagnie de son épouse, est agressé dans sa ferme agricole, située au plateau de Bateke, localité Mose, commune de Maluku par un groupe  d'hommes armés venus à bord d'une jeep Isuzu Trooper non immatriculée de couleur grise dont quatre en uniforme et un en tenue civile. Les agresseurs se sont fait ouvrir la porte de la maison sous menace d'armes et le couple a été vite entraîné dans la cour ainsi que les trois travailleurs et leurs épouses récupérés dans une maison en annexe. Ces hommes s'exprimaient en swahili et ont exhibé d'une manière imperceptible " un bulletin de recherche permanent " aux écrits indéchiffrables. Sous prétexte de rechercher les armes et les infiltrés dans la ferme, tous les occupants ont été tenus en respect et madame Umba, épouse de M.Matoudidi a été dénudée. Pour avoir osé protester contre ce traitement  dégradant, M. Matoudidi a été brutalement repoussé par des coups de crosse lui assenés à l'épaule gauche et au dos avant d'être conduit au camp militaire de Kibomango. Avant de quitter la ferme, ces militaires ont dégonflé à l'aide des baïonnettes les pneus d'une pick-up trouvée sur place. 25 litres d'essence, 5 litres d'huile moteur, un carton de piles et une somme d'argent ont été emportés par les agresseurs. M. Jean-Bienvenu Matoudidi a fait l'objet des sévices corporels ponctués par des coups de cordelettes lui administrés avant d'être soumis à un interrogatoire sommaire axé essentiellement sur sa ferme ayant appartenu à un ancien dignitaire sous le régime Mobutu. Des menaces lui ont été proférées par la suite avec injonction d'abandonner la ferme afin d'éviter le pire. Il a été relâché le 10 août 1999. C'est pour la seconde fois que M. Matoudidi fait l'objet d'une agression, la première ayant été perpétrée mercredi 12 mai 1999 par des hommes en uniforme.

Jeudi 19 août 1999 vers 18h15', M. Simon Mbaki, âgé de 34 ans, commerçant et propriétaire d'une petite imprimerie située à Kingasani a été interpellé à l'arrêt Kingasani/Pascal par six hommes armés à bord d'une Land Rover de couleur blanche dont quatre en uniforme avec armes et deux en tenue civile. Embarqué, il a été acheminé au Centre d'Entraînement des Troupes Aéroportées (CETA) où après audition, il sera détenu dans un cachot sans lumière. M. Mbaki Simon a fait l'objet d'une bastonnade sévère dont 30 coups de cordelette lui infligés pendant cinq jours de suite.  L'interrogatoire qui s'en est suivi a été axé sur les travaux effectués dans son imprimerie. Pendant sa détention, son imprimerie a été perquisitionnée et certains matériels emportés. Il lui est reproché l'impression  des journaux et autres documents taxés de " séditieux ". Il a été libéré samedi 28 août 1999 à 14 heures moyennant une caution de 1800 francs congolais (FC).

EXECUTIONS : CONDAMNES A MORT

Mercredi 28 juillet 1999, onze personnes ont été exécutées publiquement devant les autorités politico-militaires de Mbuji-Mayi, province de Kasaï oriental, par la Cour d'Ordre Militaire de Mbuji-Mayi siégeant en matière répressive. Ces personnes étaient condamnées à mort pour vol à mains armées, association de malfaiteurs et meurtre. Il s'agit de : Mme Agnès Diangu Mukengeshayi, M. Kabeya Kalonji, M. Banza Mutoke, M. Apamato Ndjiate, M. Tshibambe, M. Kanyinda, M. Kabangu Mulumba, M. Kalenga Mwana Tshini, M. Tshiabo Mutuale, M. Mbuyi Tshitumbi et M. Goda Musafiri.

HOLD-UP A LA BOUTIQUE " LA POURVOYEUSE DU QUARTIER "

Samedi 10 juillet 1999 vers 22 heures, la boutique dénommée " la pourvoyeuse du quartier " située dans la commune de Lingwala a été visitée par un groupe d'hommes armés en tenue militaire, venus à bord d'un véhicule non autrement identifié. Dès leur débarquement devant la boutique, les malfaiteurs ont contraint les clients trouvés à l'intérieur de vider rapidement le lieu. L'accès sera refusé à un groupe des clients venus s'approvisionner à cet instant. Aussitôt, l'ordre a été intimé au vendeur, monsieur  André Mukadi de se coucher immédiatement par terre sous menace d'armes après que deux de ces malfaiteurs aient pris position l'un derrière le comptoir de vente et l'autre à l'extérieur où il s'est mis à tirer des balles en l'air. Dans la panique ainsi engendrée, les malfaiteurs ont emporté une somme de 500 FC et quelques boîtes de conserve avant de redémarrer en trombe et disparaître dans la nature. Une foule de personnes, accourue sur le lieu a toutefois dissuadé les intrus qui ont dû abandonner un carton qu'ils allaient embarquer dans leur véhicule.

LES ONG ET LES DEFENSEURS DES DROITS HUMAINS DANS LE COLLIMATEUR DU POUVOIR

En dépit des efforts déployés par les ONG congolaises de défense des droits de l'homme en vue d'obtenir libération, monsieur Laurent Kantu Lumpungu, président de l'Association des Cadres Pénitentiaires du Congo (ACPC) a été transféré lundi 07 juin 1999 à l'Agence Nationale des Renseignements (ANR/Lemera) à Kinshasa-Gombe. Il avait été appréhendé samedi 29 mai 1999 par les policiers commis à la garde du Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK) pour une déclaration qualifiée de " mensongère " sur les conditions de détention au CPRK diffusée par la Voix de l'Amérique (VOA) vendredi 28 mai 1999.

Jeudi 26 août 1999, après plusieurs jours de détention, une équipe  d'agents de l'ANR, composée de messieurs Nzazi (directeur), Mondongo (agent) et une équipe de la radio télévision nationale du Congo (RTNC) ont procédé à un montage vidéo de 12 h00' à 16h00' qui mettait en cause M. Laurent Kantu et des documents trouvés dans sa mallette qualifiés de " subversifs ". Ce montage vidéo a été diffusé le même jour sur les ondes de la RTNC sous l'intitulé : " Un trafiquant pas comme les autres ". Le 27 août 1999 dans la matinée, M. Laurent Kantu est transféré au parquet près la Cour d'Ordre Militaire (COM) à Kinshasa-Gombe avant son incarcération le 28 août 1999 au CPRK où il croupit dans la cellule n° 5A, pavillon 7. Vendredi 27 août 1999, lors de son audition au parquet de la COM par le magistrat Ndaka, monsieur Laurent Kantu s'est dit indigné par le montage fait par l'ANR et a mis  au défi ses agents de prouver la véracité des allégations portées contre sa personne.

Vendredi 02 juillet 1999, monsieur Bertin Lukhanda, militant des droits de l'homme de l'association Haki Za Binadamu (HBM) basée à Kindu, Maniema en séjour à Kinshasa a été arrêté par les éléments  de la police de l'Inspection Provinciale de Kinshasa (IPK, ex circo). Il a été soumis à un interrogatoire serré, axé d'abord sur ses voyages en Europe et ensuite sur sa moto. Son domicile a été perquisitionné. M.Bertin Lukhanda a été libéré le 03 juillet 1999 dans la soirée. Il lui a été demandé de se présenter chaque jour au bureau de l'IPK.

Samedi 03 juillet 1999 à 10 heures, le siège de la Ligue des Electeurs (LE) sis dans la commune de Gombe a fait l'objet d'une perquisition par des inspecteurs de l'Agence Nationale des Renseignements (ANR) conduits par monsieur Albert Nkulu. Plusieurs documents de travail ont été emportés. Cette perquisition est en rapport avec les poursuites judiciaires engagées contre M. Laurent Kantu, président de l'Association des Cadres Pénitentiaires du Congo (ACPC) en détention à l'Agence Nationale de Renseignements (ANR/Lemera) qui travaillerait à cette ligue. Le même jour, le domicile de M. Laurent Kantu a été également perquisitionné ainsi que l'habitation de l'une de ses connaissance située dans la commune de Selembao à Kinshasa. Des documents, photos et autres effets personnels ont été saisis.

LA VOIX DES SANS-VOIX DE PLUS EN PLUS CIBLEE  PAR LE POUVOIR

Mercredi 23 juin 1999, deux militaires de la 50ème Brigade des Forces Armées Congolaises (FAC) débarquent au bureau de la VSV après avoir enlevé et conduit au camp Kokolo/Kinshasa-Banda-lungwa trois journalistes de la Tempête des Tropiques dont le journal a publié in extenso le communiqué VSV n°030/RDC/VSV/CD/99 intitulé " l'ancien ministre, monsieur Etienne Richard Mbaya arrêté sur ordre du Chef de l'Etat ". A l'absence de monsieur Floribert Chebeya Bahizire, président VSV, messieurs Olivier Kungwa Murhandikire et Peter Ntumba, membres VSV, ont été amenés au camp Kokolo pour, selon les deux militaires dépêchés par le commandant de la 50ème Brigade des FAC, assister en qualité des témoins, à l'instar des trois journalistes de la Tempête des Tropiques, à la libération de l'ancien ministre, monsieur Etienne Mbaya. Sur place, M. Peter Ntumba et Olivier Kungwa ont été durement interrogés sur les sources d'information et méthodes d'enquêtes et investigations de la VSV. la séance a été filmée par la presse militaire et diffusée à la radio télévision nationale congolaise (RTNC) le lendemain.

Jeudi 08 juillet 1999, deux agents du Comité de Sécurité d'Etat (CSE, ex conseil national de sécurité, CNS) ont déposé une " Invitation " demandant à la Voix des Sans-Voix pour les droits de l'homme (VSV) de se présenter à leur siège le lendemain, vendredi 09 juillet 1999. Au bureau de la VSV, les éléments du CSE se sont particulièrement intéressés aux affiches sur les détenus politiques et d'opinion et victimes d'arrestations arbitraires et détentions illégales collées aux murs dans la salle d'attente et à l'entrée principale.

Vendredi 09 juillet 1999, le Comité de Sécurité d'Etat (CSE), sis Kinshasa-Ngaliema a fait attendre mademoiselle Micheline Mapangala Pemba, secrétaire VSV, de 10 heures à 15 heures. Mlle Micheline Mapangala a constaté que l'ordre d'arrêter tout membre de la VSV qui se présenterait avait déjà été donné, même au corps de garde. Il a été dit à Mlle Micheline Mapangala Pemba de ne plus jamais oser se présenter au CSE en raison de son sexe qui peut l'exposer au viol par les militaires et  aux autres mauvais traitements réservés seulement aux hommes. Sur la même invitation, la date a été reportée au lundi 12 juillet 1999 ; et on y a précisé que c'est le responsable de la VSV qui y est attendu.

Vendredi 09 juillet 1999 vers 11h15', M. Floribert Chebeya Bahizire a été conduit sur base d'un  mandat d'amener signé par le procureur général près de la Cour d'Appel de la Gombe, par trois policiers et agents à la police judiciaire des parquets à Kinshasa-Gombe en compagnie de son collaborateur, M. Dolly Ibefo Mbunga. Entendu sur procès-verbal par l'inspecteur de la police judiciaire, M. Alexis Kanyinda sur le même communiqué de presse VSV n° 030/RDC/VSV/CD/99 publié par le journal la Tempête des Tropiques, il a été demandé à M. Dolly Ibefo Mbunga en compagnie d'agents de la police judiciaire des parquets d'aller chercher le directeur de publication ou le rédacteur en chef du journal "La Tempête des Tropiques" pour qu'il soit également entendu. Ainsi, M. Floribert Chebeya Bahizire a été écroué dans le cachot situé à la cave de la police judiciaire des parquets sur base d'un procès-verbal de saisie de prévenu. Vers 20h15', M. Floribert Chebeya Bahizire est sorti du cachot sur intervention du ministre des droits humains qui s'est déplacé personnellement sur le lieu en compagnie du commandant Raus de l'inspection générale de la police. Une convocation a été émise au nom de M. Floribert Chebeya Bahizire qui devra se présenter tous les jours à la police judiciaire des parquets/Kinshasa-Gombe.

Mardi 27 juillet 1999 vers 12h30', messieurs Honoré Kapuku Mushila et Timothé Dikuiza Benze, membres VSV ont été appréhendés par  les agents de l'agence nationale de renseignements (ANR/Hôtel de ville de Kinshasa) après que ceux-ci aient intercepté et saisi lundi 26 juillet 1999 un courrier express remis par la VSV à l'agence Express Mail International (EMI) à Kin- shasa-Gombe. Les deux militants des droits de l'homme ont été placés en détention au cachot du sous-commissariat de la police de Gombe près de l'hôpital général de Kinshasa (ex-Mama Yemo). Ramenés à l'ANR/Hôtel de ville mercredi 28 juillet 1999, ils ont fait l'objet des menaces et mauvais traitements ; étendus toute la journée la face et le ventre contre le pavement du balcon et attachés par le bout de leurs chemises portées à l'envers y compris les pantalons devant un public consterné le long du trajet compris entre le sous commissariat de la police de Gombe et l'Hôtel de Ville. Il est reproché à la  VSV et à ses membres d'avoir voulu envoyer à l'extérieur du pays les bulletins d'information sur la situation des droits de l'homme en RDC et des affiches sur les détenus politiques et d'opinion et victimes d'arrestations arbitraires et détentions illégales. La VSV est ainsi soupçonnée d'être au service de l'étranger. Après l'audition à l'ANR/Hôtel de Ville, messieurs Honoré Kapuku Mushila et Timothé Dikuiza Benze ont été transférés à l'ANR/Lemera (ex trois Z) Kinshasa - Gombe à bord d'une Jeep de marque Suzuki couleur blanche où ils ont été détenus dans la cellule n° 3 jusqu'à leur libération le mercredi 04 août 1999. Deux montres-bracelets et deux ceintures appartenant à ces militants des droits de l'homme et consignés à l'ANR/Hôtel de Ville n'ont jamais été restitués jusqu'à ce jour.

ATTEINTE A LA LIBERTE DE PRESSE

a. Kinshasa

Samedi 05 juin 1999, monsieur Jean-Fidèle Kaluila Mamba, médecin de son état et consultant au journal " La Manchette " a été transféré au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK). Il a été arrêté depuis le 20 mai 1999 pour avoir signé deux articles intitulés " Kabila aux abois " et " Kabila en colère contre Kakudji ". Il avait comparu pour la première fois au Tribunal de Paix de Kalamu vendredi 16 juillet 1999.

Jeudi 10 juin 1999, monsieur Freddy Loseke Lisumbu, directeur du journal " La Libre Afrique " est transféré au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK). Il avait été arrêté le 27 mai 1999 suite à la publication par son journal édition, n° 126 du mardi 25 mai 1999 d'un article intitulé : " mécontentement généralisé à la police nationale ", article qualifié de diffamatoire à l'encontre de la Police nationale congolaise. M. Freddy Loseke a comparu pour la première fois au Tribunal de Paix de Kalamu vendredi 16 juillet 1999.

Lundi 28 juin 1999 vers 08 heures, monsieur Collin Beya Baka-twamba, journaliste au quotidien Le Potentiel et à l'Agence Congolaise de Presse (ACP) est interpellé à la sortie de son domicile à Kinshasa/Ngaliema par des éléments du Comité de Sécurité d'Etat (CSE) et placé immédiatement en détention.  Il est arrêté suite à la publication par le quotidien " l'Avenir ", d'une information reçue de  M. Beya selon laquelle le directeur de cabinet du chef de l'Etat, monsieur Georges Buse, a écrit au ministre des finances, monsieur Mawampanga Mwana Nanga, l'enjoignant de payer les salaires des fonctionnaires selon le nouveau barème fixé par le gouvernement. Le journal " Le Potentiel" n'avait pas encore publié ladite information. Selon le CSE, M. Beya ne sera relâché que lorsque monsieur Désiré Ngolwa, signataire de cet article sera appréhendé. L'interpellation de M. Collin Beya intervient au lendemain des menaces proférées à l'endroit des journalistes par le ministre de la justice et garde des sceaux, monsieur Mwenze Kongolo.

Samedi 03 juillet 1999, monsieur Kazadi Ntumba Mulongo, directeur du journal " Top Média " et journaliste à la chaîne publique " RTNC " est incarcéré à l'Inspection Provinciale de la Police nationale de Kinshasa (IPK, ex-circo), commune de Lingwala. Il est appréhendé suite à la publication par le journal " Top Média ", dans son édition du vendredi 02 juillet 1999 d'un article intitulé : " la ville de Mbuji-Mayi en débandade, le gouverneur Charles Okoto Lolakombe en fuite ".

Le 22 juillet 1999, le ministre de l'Information et tourisme, monsieur Didier Mumengi a pris la mesure d'interdiction aux stations de radio et chaînes de télévision privées implantées en république démocratique du Congo (RDC) de relayer les radios étrangères. Cette mesure concerne notamment  Raga FM qui relaye BBC Network Africa, la Detchewelle et la Voix de l'Amérique (VOA); radio catholique Elikya qui relaye les bulletins d'information de radio Vatican et de la Radio Télé Kin Malebo (RTKM) qui relaye les bulletins d'information de la Radio France Internationale (RFI). Il est reproché à ces stations de radio et chaînes de télévision le non respect des lois en vigueur en RDC dont la loi n° 96-002 du 22 juillet 1996 fixant modalités de l'exercice de la liberté de presse en ses articles 56, 57, 59, 61 et 89.

Jeudi 12 août 1999, monsieur Modeste Mutinga Mutuishayi, éditeur du journal Le Potentiel est interpellé en fin d'après-midi par des éléments armés et conduit au comité de sécurité d'Etat (CSE) à Kinshasa-Ngaliema, Ma Campagne. Les mêmes éléments armés cherchaient aussi M. Polydor Muboyayi Mubanga, éditeur du journal Le Phare. Ils sont recherchés pour donner la lumière sur l'"affaire Jeanine Bouchez" dont le procès se tient à la Cour d'Ordre Militaire (COM) à Kinshasa-Bandalungwa. Pour la même affaire, Mme Nounou Booto (journaliste au Potentiel) et Fidèle Masangu (journaliste au Phare) ont été traqués mardi 10 août 1999 par les éléments de comité de sécurité d'Etat (CSE) suite à la publication par leurs journaux respectifs de la couverture dudit procès lors de l'audience de lundi 09 août 1999. M. Modeste Mutinga a été autorisé de retourner à son domicile le même jour après son audition.

Mercredi  25 août 1999 vers 14h00, monsieur Claude Rombaut Lumbu Soku, directeur de publication au journal Mosaïque a été arrêté avec son collègue monsieur Dany Manangu Mampuya, rédacteur en chef, par un officier des Forces Armées Congolaises (FAC)/Groupe Spécial de Sécurité Présidentielle (GSSP), descendu au  bureau de la rédaction du journal Mosaïque situé dans la commune de Gombe sous une forte escorte militaire venue à bord d'une jeep. Ils ont été acheminés au camp Colonel Tshatshi, plus précisément au bureau de l'Aide de Camp du chef de l'Etat, monsieur Eddy Kapend où ils ont été soumis à un interrogatoire axé sur la source d'un article intitulé " Kabila aurait échappé à la mort ", paru dans l'édition du journal Mosaïque n° 25 du 24 août 1999. Pour s'être abstenus de révéler leur source d'information, les deux journalistes ont été aussitôt conduits au cachot  dans une villa située en face du Palais de Marbre, où des traitements cruels et inhumains leur ont été infligés (coups de bottes et cordelettes) avant leur transfert le même jour vers 21h 15' au cachot de la 50ème Brigade des Forces Armées Congolaises (FAC) sis camp Kokolo, commune de Bandalungwa. La libération de ces deux journalistes est intervenue le mardi 31 août 1999 sur ordre de l'aide du camp, le commandant Eddy Kapend en échange d'un engagement écrit et signé par les deux journalistes de ne jamais écrire ni publier des informations analogues les jours à venir.

b) Province du Katanga

Vendredi 18 juin 1999, messieurs Ngoy Kikungula et Bella Mako, respectivement éditeur et directeur de publication de l'hebdomadaire " Le Lushois ", paraissant à Lubumbashi, province du Katanga sont condamnés par la Cour d'Ordre Militaire (COM) à une peine de 8 mois de prison ferme. Ils ont été mis en cause pour " diffamation, propagation des faux bruits, calomnie et mensonges " suite à la publication par le journal " Le Lushois " dans son édition n° 421 du 16 au 22 mars 1999 d'un article intitulé " Quid de l'autorisation signée par Dikanga Kazadi, conseiller du gouverneur en faveur des... ". Dans cet article, le gouverneur du Katanga, monsieur Katumba Mwanke est soupçonné d'être de mèche avec la rébellion et d'avoir fait arrêter messieurs Ngoy Kikungula et Bella Mako " pour les livrer aux agresseurs ". Lors de la publication de cet article, les deux journalistes étaient déjà aux arrêts.

Mardi 22 juin 1999 à 6 heures du matin, monsieur Godefroid Kya- ngwe Muleya, éditeur de l'hebdomadaire d'informations générales " Mukuba " paraissant à Lubumbashi est arrêté à son domicile par un groupe d'éléments de la police d'intervention rapide (PIR) sur ordre de monsieur Jean-Pierre, agent de l'agence nationale de renseignements (ANR) sans mandat ni autre titre. Conduit dans une jeep de la police, il est acheminé successivement à la permanence de la PIR dans la commune de Kampemba et au cachot de l'ex première région militaire des Forces Armées Congolaises (FAC) à Lubumbashi, province de Katanga où il a été gardé à vue sans être informé du motif de son arrestation. Monsieur Godefroid Kyangwe Muleya a été arrêté suite à la publication dans l'édition n° 176 du 14 au 20 juin 1999 de son journal, d'un article intitulé " Kyungu wa Kumwanza, un mauvais jocker ". Dans cet article, le journal Mukuba  a dénoncé le discours de haine tribale développé à l'endroit des Babemba dont est originaire monsieur Lunda Bululu, un des chefs de rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD)/Goma.

ADMINISTRATION DE LA  JUSTICE

Samedi 26 juin 1999, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, monsieur Jeannot Mwenze Kongolo a fait une déclaration au cours d'une conférence de presse tenue à l'hôtel Intercontinental de Kinshasa en ces termes : "désormais, tout auteur d'un article malsain, présenté sous forme de faits impliquant le chef de l'Etat et son gouvernement devra en prouver la véracité, sous peine de se voir appliquer la loi dans toute sa rigueur".  A titre d'illustration, le ministre de la justice a fait allusion par la même occasion  au communiqué de presse de la Voix des Sans-Voix pour les droits de l'homme (VSV) n°030/RDC/VSV/CD/99 du 21 juin 1999 intitulé " monsieur Etienne Richard Mbaya arrêté sur ordre du chef de l'Etat ". Cette affaire a été à la base de l'interpellation le 23 juin 1999 par la 50ème Brigade des Forces Armées Congolaises (FAC) de trois journalistes du journal " La Tempête des Tropiques " et deux militants de la VSV.

Mardi 27 juillet 1999, le président de la Cour d'Ordre Militaire, le commandant Mukuntu Kiyana est libéré après neuf mois de détention au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK). Jusqu'à sa libération, les motifs de son arrestation ne lui ont jamais été signifiés.

Vendredi 06 août 1999, monsieur Fernand Tala-Ngaï, ancien ministre des finances et budget du gouvernement de la république démocratique du Congo (RDC) est libéré après 9 mois et demi de détention au CPRK. L'arrêt de la cour rendu mercredi 04 août 1999 par la Cour Suprême de Justice dans l'affaire qui oppose le ministère public à monsieur Fernand Tala-Ngaï a condamné ce dernier à sept mois de travaux forcés et de lourdes peines subsidiaires dont l'interdiction d'exercice des droits civils et politiques pendant cinq ans. Il était accusé de détournement de deniers publics, des salaires et soldes de militaires et fonctionnaires, de falsification des timbres fiscaux, d'émission de fausses monnaies, etc. Sur les 17 préventions à sa charge, seule l'infraction portant sur une somme de 5.000 USD remis à son comptable pour payement de la garantie locative a été retenue. M. Fernand Tala-Ngai avait été transféré au CPRK le 26 octobre 1998 après un séjour d'une semaine au bureau du Groupe spécial de sécurité présidentielle (GSSP), section II, renseignements, sis immeuble ex GLM à Kinshasa  Gombe.

UNION DE LA PRESSE DU CONGO (UPC) EXPRIME SES DOLEANCES

Samedi 12 juin 1999 au cours d'une audience accordée par le ministre de la justice et garde des sceaux, M. Mwenze Kongolo, une délégation du comité directeur de l'Union de la Presse du Congo (UPC) avait plaidé pour l'amélioration des rapports avec la justice en ce qui concerne les problèmes posés par l'application des textes légaux sur la presse, notamment la loi n° 96-002 du 22 juin 1996 et l'ordonnance n° 81/012 du 02 avril 1981 portant respectivement  l'exercice de la liberté de presse et statut des journalistes oeuvrant en RDC. Selon cette délégation, l'incompréhension manifeste et la tension perceptibles dans les rapports entre la presse et les pouvoirs publics sont occasionnées par la méconnaissance des textes régissant la presse en RDC de la part des journalistes d'un côté et de l'autre par les représentants des instances judiciaires. Ces derniers, en cas de délit de presse préfèrent privilégier l'application du code pénal tout en négligeant les lois spécifiques inhérentes à la presse.

REVENDICATION PRIME DE GUERRE 1940 - 1945

Lundi 16 août 1999, vers 12 heures, les anciens combattants et leurs familles ont manifesté devant l'ambassade de Belgique à Kinshasa avec pancartes et banderoles. Leur revendication a porté sur la liquidation totale de la prime de guerre 1940 - 1945. Cette manifestation avait été initiée par l'Union Nationale des Anciens Combattants (UNACO) au cours d'une réunion à laquelle les anciens de la Force publique   et les militaires retraités ont pris part. Suite à ce sit-in, l'ambassadeur, monsieur Franck De Coninck   a accepté de recevoir la délégation de l'UNACO qui lui a remis à cette occasion un mémorandum.

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