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POINT
DE PRESSE DU 21 DECEMBRE 1999
Bref
aperçu sur la situation des droits de l’homme
à Mbuji-Mayi, Muene-Ditu, province Kasaï
Oriental
Dans
le cadre de la commémoration du 51ème
anniversaire de la déclaration universelle des
droits de l’homme, une mission de la Voix des
Sans-Voix pour les droits de l’homme (VSV) a séjourné
dans la province du Kasaï oriental, notamment
à Mbuji-Mayi et Muene-Ditu pour s’enquérir
de la situation des droits de l’homme en vue
d’accompagner les efforts locaux en matière
de promotion et défense des droits de
l’homme.
Par
ce déplacement, la VSV a voulu réitérer sa
disponibilité et sa solidarité agissante
envers le mouvement associatif local durement éprouvé
par les menaces et vague d’arrestations des
membres de la société civile.
En
ce qui concerne les droits civils et politiques,
la province est marquée par la situation de
guerre qui secoue actuellement la république démocratique
du Congo (RDC) à telle enseigne que les autorités
politico-administratives ne ratent aucune minute
pour rappeler que Mbuji-Mayi constitue un front,
avant toute autre chose.
La
persistance du confit au sommet de l’Etat
entre le gouverneur de province du Kasaï
oriental, monsieur
Charles Okoto Lolakombe et son
vice-gouverneur, monsieur François Kalala
Kaniki a ouvert une brèche à la multiplication
délibérée des violations des droits de
l’homme dont continue de pâtir Mbuji-Mayi.
Dans
ce jeu dangereux de non-respect des droits de
l’homme, l’agence nationale de
renseignements (ANR), direction provinciale est
instrumentalisée par le gouverneur de la
province.
Comme
à Kinshasa et ailleurs, la quinzaine d’éveil
patriotique organisée à Mbuji-Mayi du 06 au 22
décembre 1999 a été le théâtre
d’expression de culte de personnalité a qui
mieux - mieux. Pour la population ç’a été
plutôt une de rares occasions lui offertes pour
couragement « éventrer le boa »
en appelant le chat par son nom.
Concernant
la situation de guerre, malgré la proximité
des territoires sous occupation, Mbuji-Mayi
n’est pas sous régime de couvre-feu
contrairement à Kinshasa, Matadi, Boma, etc.
Face aux protestations de la population contre
les deux nuits de couvre-feu, il s’organise à
la place des patrouilles militaires à partir de
22 heures.
La
peur de voir la ville Mbuji-Mayi tomber a poussé
l’autorité politico-militiare a ériger sur
de grandes routes des barrières militaires.
Ces
barrières sont devenues des lieux et opportunités
de rançonnement. Par exemple sur le route
Muene-Ditu, les agents de roulage
exigent aux conducteurs « une bière »
estimée à 15 francs congolais. Les marchands
sont obligés de donner aux militaires une
partie de leur marchandises plus le frais de
passage de 2 à 5 francs congolais.
La
ville est sous surveillance de nombreux soldats
zimbabwéens fortement équipés dont la présence
est très visible à commencer par l’aéroport
de Bipemba, dans les grands hôtels... Il est déploré
la discrimination salariale entre les militaires
étrangers et congolais. Contrairement à leur
collègue congolais qui broient le noir et
accusant des arrières de salaire, les
militaires zimbabwéens sont, de l’avis de la
population, bien rémunérés, bien organisés
et recevant régulièrement
la ration de leur pays. Cette aisance
salariale des soldats zimbabwéens contribue à
l’aggravation de détérioration des moeurs,
notamment la prostitution des jeunes filles.
La
vive préoccupation apparenté des autorités
politico-militaires contraste d’avec la quiétude
de la population qui compte sur Dieu pour la
protection de Mbuji-Mayi. C’est ainsi que grâce
à Dieu beaucoup d’infiltrés et rebelles
seraient quotidiennement cueillis et transférés
à Kinshasa pour compétence et sanctions.
Droits
socio-économiques
D’une
manière générale, la situation socio-économique
dans la province du Kasaï oriental est désastreuse
et constitue le problème numéro 1 de la
population. Malgré l’exploitation massive du
diamant depuis de longues années, et que
Mbuji-Mayi soit baptisé
« capitale du diamant », la
population estimée à 2.800.000 habitants est
trop pauvre et végète dans le manque chronique
d’électricité et d’eau potable. La
population dépense trop de temps et trop
d’efforts pour se procurer chaque jour de
l’eau et du pétrole. Les transactions des
masses d’argent importantes pour l’achat et
la vente du diamant sont à la base du coût élevé
de la vie à Mbuji-Mayi.
A
titre illustratif :
-
1 litre essence
: 25 francs congolais (FC)
-
1 bouteille bière
: 20 FC
-
1 boisson sucrée
:
9 FC
-
1 photocopie
: 4 FC
-
1 course taxi varie entre 5 à 6 FC
La
population et à 80% analphabète à cause
d’une part de la pauvreté et de l’autre
part de la ruée vers l’exploitation du
diamant.
Devant
la misère, la femme est obligée de tout faire
pour subvenir aux besoins familiaux. Se réveillant
trop tôt ou sortant très tard pour chercher,
par exemple de l’eau en pleine obscurité de
la ville, la femme fait l’objet d’attaques,
de viols ou parfois meurtre de la part des
certains inciviques. La femme souffre plus de la
non-protection suffisante du mariage à
Mbuji-Mayi où, généralement, on se marie très
jeune et divorce à tout moment, même pour des
futilités. Il s’agit, en fait, du diktat de
l’homme qui laisse la femme sans aucune défense
devant le phénomène de répudiation. Cette
situation est aggravée et favorisée par
l’existence des coutumes rétrogrades qui
avilissent la
femme et la dépouille des droits, même
les plus élémentaires, par exemple, en matière
de successions.
L’instabilité
des couples conjugaux conduit à l’abandon de
nombreux enfants, appelés « enfants du
marché » ou « enfants de rue »
dont certaines organisations essaient de
s’occuper dans une certaine mesure. Certains
enfants sont abandonnés par leur famille et jetés
dans la rue pour présomption de sorcellerie.
Au
niveau des familles, certains parents accordent
la priorité de scolarisation aux garçons au détriment
des filles.
Presse
soumise à rude épreuve et chasse aux défenseurs
des droits humaines
Au
moment où le gouvernement de la république démocratique
du Congo ne cesse de proclamer sa foi aux droits
de l’homme, notamment, par les création en
juin 1998 de tout un ministère chargé des
droits humains, la célébration du
cinquantenaire de la déclaration universelle
des droits de l’homme , de l’organisation du
forum de Kinshasa pour la démobilisation et la
réinsertion des enfants soldats et le séminaire
relatif au plan national de protection et
promotion des droits de l’homme en décembre
1999, les autorités provinciales du Kasaï
oriental se sont, quant à elles, engagées dans
une guerre contre les militants des droits de
l’homme et les journalistes indépendants.
Notre
mission est arrivée à Mbuji-Mayi aux moments où
le mouvement associatif se demandait s’il vaut
encore la peine d’oser oeuvrer pour les droits
de l’homme sur le terrain à cause des
traumatismes béants provoqués par les
recherches et menaces d’arrestation contre
monsieur Denis Ilunga Kabeya, coordonnateur
local de l’ONG de défense des droits de
l’homme « Les Amis de Nelson Mandela »
(ANMDH) et permanent du
journal la Référence Plus, Kasaï
oriental et l’arrestation de monsieur Charles
Mfwamba Mukendi, directeur du centre d’études
pour la formation populaire du Kasaï (CEFOP) le
22 octobre 1999 et transféré à Kinshasa le 02
novembre 1999 où il croupit à l’ANR/Kinshasa
et madame Masengu wa Kabamba arrêtée l’aéroport
de Bipemba, Mbuji-Mayi, Kasaï oriental le 30
octobre 1999 et transférée également à l’ANR/Kinshasa
où elle a été libérée le 11 décembre 1999.
En
ce qui concerne la presse, vu l’hostilité et
la répression de l’autorité, les
journalistes, par instinct de conservation ont
trouvé le salut dans la censure et
l’autocensure systématiques. C’est ce qui
a poussé un des responsables d’un
organe de presse privée à déplorer la baisse
manifeste de la qualité des informations et à
prendre à témoin ses collègues pour rappeler
devant la délégation de la VSV la belle période
de boum de la presse sous la transition
mobutisme.
Concernant
les tracasseries que connaissent les
journalistes, citons à titre illustratif le cas
de M. Denis Ilunga Kabeya qui est poursuivi par
l’ANR à cause de la publication d’un
article intitulé : « Kasaï
oriental, charles Okoto dépouille le
vice-gouverneur de toutes ses prérogatives
administratives » paru dans le journal la
Référence Plus n° 1704 du samedi 16 octobre
1999. Pour soutenir la démarche de l’autorité
provinciale, les femmes membres de REFECO/Mbuji-Mayi
(regroupement des femmes du Congo) ont organisé
une marche de colère contre le journal et son
représentant à Mbuji-Mayi, monsieur Denis
Ilunga.
La
liberté d’opinion et d’expression est
quotidiennement bafouée. La presse officielle
est muselée, et la presse privée est attaquée
dès qu’il est question des autorités de la
province. En date du 23 août 1995 par exemple,
le bureau provincial du journal
« la Référence Plus » a été
piégé à la grenade. Au désamorçage par les
spécialistes militaires zimbabwéens et des
forces armées congolaises (FAC), la détonation
a brisé toutes les vitres du bureau de la Référence
Plus et celles de la chaîne de télévision
« Antenne
A » à Mbuji-Mayi, Kasaï oriental.
Lundi
18 octobre 1999, vers 10 heures, monsieur
Richard Diyoka, journaliste à la RTNC
Mbuji-Mayi, est interpellé par des éléments
de la défense civile et populaire sur ordre du
maire de la ville. M. Diyoka a été étalé par
terre et subi une séquestration pendant près
d’une heure avant d’être relâché.
Fusillade
au camp DAIPN/quartier Lukelenge
Dans
la matinée du 15 décembre 1999,les habitants
de Mbuji-Mayi ont été réveillés par les crépitements
nourris d’armes à feu « musique ya l’Etat »
entre des jeunes militaires des forces armées
congolaises (FAC) aux militaires de la police
militaire au camp DAIPN, quartier Lukelenge. Les
agents PM ont été dépêchés sur les lieux
pour tenter de maîtriser les jeunes militaires
en divagation pour la survie. Le bilan des
affrontements est de sept personnes tuées dont
cinq jeunes militaires, un policier militaire et
une femme. Pour enterrer leurs collègues, le
jeunes militaires ont réquisitionné un bus de
marque Hiace de transport en commun.
Cette fusillade a plongé les habitants des
quartiers environnants, à savoir, Tshikama,
Tshiminyi et Lukelenge dans la terreur pendant
des jours.
La
Radio Télévision Nationale du Congo (RTNC),
qui a minimisé cette fusillade a parlé d’une
affaire sans aucune gravité d’incompréhension
entre militaires.
Encore
la Cour d’Ordre Militaire (COM)
Mercredi
15 décembre 1999, à la mairie de Mbuji-Mayi,la
Cour d’Ordre Militaire (COM) a condamné à
mort deux militaires et un civil pour vol à
mains armées et association des malfaiteurs.
S.O.S
POUR LES DETENUS A LA PRISON CENTRALE DE
MBUJI-MAYI
Lors
d’une visite au centre pénitentiaire et de rééducation
de Mbuji-Mayi (ex-prison centrale), la VSV a été
choquée de se retrouver devant des squelettes
humains parmi les 201 détenus à la prison.
La
population carcérale au sein de cette prison
est en détresse. L’Etat congolais n’octroie
plus les frais de fonctionnement ; le
gouverneur de la province demeure insensible aux
conditions de vie critique des détenus.
L’alimentation
n’existe pas. Les détenus dorment à même le
sol, parfois sur les nattes fournies par les
soeurs catholiques du Centre d’Accueil des
Jeunes Abandonnés du Congo (CAJAC). L’eau
leur est fournie une fois toutes les deux
semaines. L’infirmerie est inopérationnelle
malgré la présence d’un infirmier du centre
et d’un médecin envoyé par l’église
catholique pour une consultation médicale
hebdomadaire. On y dénombre plusieurs cas des décès.
Les détenus décharnés, ventre collé à la
peau succombent tous les jours de famine et de
maladies, même bénignes. Vu la succession de décès,
la prison éprouve de difficultés à enterrer
ses pensionnaires à telle enseigne qu’elle a
jusqu'à ce jour des notes de frais funéraires
à honorer (droit de terre). En cas de décès
des détenus, la dépouille est enroulée dans
une vieille natte et transportée dans un
chariot poussé par les détenus épuisés
jusqu’au lieu de l’inhumation. Les mauvaises
conditions d’hygiène précipitent la mort des
détenus. Les toilettes, en état de délabrement
total sont surutilisées et sans eaux.
Quant
au personnel pénitentiaire, il est impayé et
travaille dans de conditions inhumaines.
Situation
des droits de l’homme à Muene-Ditu
Le
tableau est sombre au vu de la systématisation
des violations de tous les droits. Sous prétexte
de guerre, il y a multiplication des barrières
où la population et les jeunes gens appelés
« Mustronger » (cyclistes
transporteurs des marchandises) sont extorqués
par les agents de l’ANR, la police, les FAC.
On exige une partie des marchandises aux barrières
et une amende de 30 FC ou 40 FC.
Les
violations des droits de l’homme sont plus
catastrophes en milieux ruraux qu’en
territoires.
Les
militaires en faction dans les périphéries de
Muene-Ditu tracassent les cultivateurs qui vont
tôt le matin au champ à telle enseigne que la
population est obligée d’attendre 9 heures ou
10 heures pour sortir. Les militaires armées,
les agents de l’ANR, policiers et agents
d’hygiène en divagation dans les villages
ravissent tout à la population, chèvres,
poules, etc. dans la collectivité, par exemple,
de Mulundu, village Mukaya, villages de
Kanintshina, Luputa, Katalayi, Lubi,...où la
coalition d’agents ANR, policiers, militaires,
agents d’hygiène n’hésitent pas à imposer
des amendes élevés à 3.000 FC à 4.000 FC.
En
cas de réclamation ou protestation, il y a
menace d’arrestation ou de mort. En milieux
ruraux, personne n’ose parler des droits de
l’homme, y compris les chefs coutumiers, les
agents de l’ANR , police, FAC, etc.
A
côté des
tribunaux, les membres du comité de pouvoir
populaire (CPP) érigeant des tribunaux et des
cachots parallèles où ils arrêtent et jugent
des personnes.
En
ce qui concerne les droits socio-économiques,
la population souffre de manque d’eau et du
courant électrique ; les prix galopent
tandis que les salaires sont statiques.
Les
parents en situation d’incapacité d’assurer
la scolarité de leurs enfants voient ceux-ci se
transformer en petits transporteurs à la gare
de Muene-Ditu.
Les
membres de l’Action Chrétienne pour l’Abolition
de la Torture (ACAT-Muene-Ditu), pour avoir
protesté contre les violations des droits de
l‘homme ont été enlevés à 23 heures par
des militaires armés et placés en détention
à Kamiji.
Aujourd’hui,
le bureau de l’ACAT/Kamiji est ainsi fermé.
Au
quartier Ditu, M. Omer Bulasa et son fils ont reçu
des coups de balles d’un élément armé
non autrement identifié qui s’était
introduit vers 20 heures dans leur parcelle en
avril en vue d’obliger les occupants de lui
cotiser de l’argent. Le fémur de M. Omer Bukasa
a été brisé tandis que son fils a vu la pomme
de sa main trouée par une balle.
La
presse privée est inexistante ; la RTNC/radio
est confrontée à de sérieux problèmes de
fonctionnement.
Pour
manque d’indépendance et réserve par rapport
aux droits de l’homme, la RTNC Muene-Ditu a
refusé d’accorder à ACAT-Muene-Ditu une
tranche d’émission d’information et de
formation aux droits de l’homme sous prétexte
d’une grille des programmes surchargée
malgré le financement obtenu par
l’organisation.
L’administrateur
du territoire de Kamiji,distict de Kabinda, M.
Kabongo Kitenge a été arrêté en juillet 1999
par le chef de poste de l’ANR pour lui avoir
demandé de ne plus empiéter sur ses
attributions (problèmes de mariage, vols,
affaires coutumières, conflits fonciers...). Il
a été détenu et transféré pieds nus après
48 heures à Mbuji-Mayi. Il a été libéré sur
l’intervention du gouverneur de la province,
M. Charles Okoto Lolakombe.
Au
retour de M. Kabongo à Kimiji, le chef de poste
de l’ANR a été appelé à Mbuji-Mayi par sa
hiérarchie.
Recommandations
a)
En ce qui concerne la prison centrale de
Mbuji-Mayi, la VSV demande au gouvernement :
-
De mettre des moyens financiers à la
disposition du ministère de la Justice pour la
réhabilitation des infrastructures, l’équipement
et les frais de fonctionnement, notamment pour
assurer l’alimentation et les soins médicaux
aux détenus.
-
Au lieu de continuer de sombrer dans
l’insouciance par rapport aux vrais problèmes
quotidiens de la population en fournitures
d’eau et d’électricité, dans la
conflictualité au sommet de la province et dans
la chasse aux militants des droits de l’homme
et aux journalistes... les autorités
provinciales devraient plutôt se concentrer à
résoudre de nombreux cas de violations des
droits de l’homme, et particulièrement pour
la prison assurer la fourniture en eau potable,
en électricité et nourriture.
-
Vu l’état d’abandon de la prison
centrale et en vue de prévenir le pire, la VSV
demande aux Cours et Tribunaux de Mbuji-Mayi de
n’envoyer en prison que des cas importants en
réglant les cas bénins par le paiement
d’amendes régulières.
b)
Compte de mauvais états de la situation des
droits de l’homme à Mbuji-Mayi, Muene-Ditu,...
Kasaï oriental, la VSV préconise la mise sur
pied d’un mécanisme permanent de surveillance
et d’actions en vue d’améliorer
la situation des droits de l’homme sur
toute l’étendue de la
province :
-
Ouverture à Mbuji-Mayi d’un bureau de
représentation du ministère des Droits Humains ;
-
Ouverture d’un bureau de représentation
du bureau du Haut Commissariat des Nations Unies
aux droits de l’homme.
-
Oeuvrer pour le renforcement des capacités
des organisations provinciales de défense des
droits de l’homme.
Fait
à Kinshasa, le 21 décembre 1999
La
Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme
(VSV) |