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Rapport
de mission de la délégation de la Voix des
Sans-Voix dans la province de Bandundu
INTRODUCTION
Une
délégation restreinte de la Voix des Sans-Voix
pour les droits de l’homme (VSV) a séjourné
du 11 au 16 décembre 1999 à Kikwit dans la
province de bandundu. Forte de deux personnes,
la délégation était constituée des membres
staff de la VSV, en l’occurrence de M. Dolly
IBEFO MBUNGA, chargé de programmes et M. Peter
NTUMBA, chargé d’enquêtes. Grâce à la
recommandation
de l’abbé procureur, la délégation
de la VSV a été admise de séjourner à la
maison de passage des sœurs de Marie au Kwango.
OBJECTIFS
DE LA MISSION
Dans
le but de s’enquérir de la situation des
droits de l’homme dans la province de
Bandundu, la délégation avait pour objectifs :
-
Prendre des contacts préliminaire avec
les ONG des droits de l’homme et la société
civile pour préparer la tenue d’un forum
national des Ong congolaises des droits de
l’homme ;
-
Faire un état des lieux de la situation
des droits de l’homme dans la province de
Bandundu.
CONTACTS
REALISES
En
vue de mener à bon port sa mission, la délégation
de la VSV a réalisé de prime abord des
contacts utiles avec les structures locales
ci-après :
-
La mairie de Kikwit
-
La commission justice et paix catholique
-
La commission justice et paix CBCO
-
Action pour la Justice paix et Réconciliation
(AJPR)
-
Association Africaine des Droits de
l’homme (ASADHO)
-
Union nationale des femmes Congolaises
(UNAF)
-
Institut de Formation des Animateurs
communautaires (IFAC)
-
Conseil régional des ONG de Bandundu
(CRONGD/Bandundu)
-
Radio Tomisa
et autres particuliers
Ces
contacts ont permis à la délégation d’avoir
une vue globale de la situation des droits de
l’homme dans la province de Bandundu.
DIFFICULTES
RENCONTREES
Dans
la réalisation des objectifs visés par sa
mission, la délégation de la VSV s’est butée
à certaines difficultés dont notamment :
-
La non organisation des séminaires de
formation des militants des droits de l’homme
suite au climat d’insécurité qui règne en
province.
-
La réticence des interlocuteurs compte
tenu de situation de guerre en RDC.
-
Le mauvais état des routes qui a empêché
la délégation d’étendre sa mission dans
plusieurs localités de la province.
-
L’ignorance du concept droits de
l’homme par la population.
SITUATION
SOCIALE ET ECONOMIQUE
La
situation socio-économique est très préoccupante
dans la province de Bandundu. La vie sociale est
en dessous de la moyenne. Il n’y a pas de
standing de vie assez viable. Il échoit de
rappeler que la province de Bandundu est
essentiellement à vocation agricole. Les
ressources économiques de la région se fondent
sur les travaux agricoles. Ainsi, les routes
sont – elles pour la province d’une
importance capitale.
Cependant,
ces routes sont toutes en très mauvais état.
La nationale n° 2 Kikwit-Kinshasa est abîmée
avec incidence sur les coûts des produits. La
seule voie d’évacuation des produits locaux
la moins coûteuse est la voie fluviale.
La détérioration
socio-économique se caractérise par :
-
L’impaiement prolongé de salaires des
agents de services publics. Les enseignants ont
dix mois d’arriérés de salaires. Les
fonctionnaires d’Etat, eux en ont plus de dix.
Les mauvaises conditions de
vie sociale et professionnelle rendent le
niveau d’enseignement au rabais.
-
Le taux de chômage élevé :
l’enseignement est le seul débouché pour les
jeunes qui terminent les études. L’usine
d’extraction d’huiles de Lusanga « plantation
lever au Congo, PLC » est tombée en
faillite depuis 1990.
-
L’existence de beaucoup d’écoles non
budgétisées dont le fonctionnement mis à
charge des parents du reste démunis.
-
Dans le district du Kwango, les agents de
services publics souffrent d’impaiement de
sept mois d’arriérés pour l’année 1998 et
six mois pour l’année 1999. Les territoires
de Kasongo-Lunda, Popokabaka sont presque enclavés.
Seuls les véhicules des missionnaires essaient
de circuler sur ces routes. Les produits
agricoles pourrissent dans des entrepôts sans
être évacués vers les centres de
consommation.
TRACASSERIES
ADMINISTRATIVES
-
La population de Bandundu souffre de la
multiplicité des taxes administratives instaurées
par l’autorité provinciale.
LA
PRESSE ECRITE
Aucun
journal n’est édité à Kikwit. Cependant, il
existe des correspondants de quelques journaux
paraissant à Kinshasa. Il s’agit de : le
Potentiel, l’Avenir et l‘Observateur. Ces
journaux arrivent rarement.
PRESSE
AUDIO-VISUELLE
Presse
officielle
La
radio télévision nationale congolaise
(RTNC/Bandundu n’arrosent que faiblement la
province. Ses émissions ne sont captées que
dans la périphérie de se émetteurs.
Dans
la cité de Kikwit, on trouve les matériels de
télévision laissés par les mobutistes et
confiés à la mairie grâce auxquels la
population arrivent à suivre certaines émissions
notamment le journal de 20 heures.
Presse
privée
Radio
Tomisa
Créée
en 1996, par les missionnaires catholiques, la
radio Tomisa demeure l’unique support médiatique
de grande envergure au plan communicationnel
dans la cité de Kikwit.
La
radio Tomisa a pour objectif
d’informer et de former les enfants du
niveau 4ème primaire et les femmes
analphabètes fonctionne au moyen d’auto-financement.
Elle
est confrontée aux difficultés financières
compte tenu de manque de revenus de la part de
population et la conjoncture particulièrement
difficile de l’heure d’où le projet 2000
qui consiste à s’ouvrir au monde extérieur.
Si
cette année Radio Tomisa n’a pas connu des
tracasserie administratives, par contre durant
l’année 1998, le directeur de cette radio a
été arrêté et détenu par les forces de
l’ordre à trois reprises à cause de ses émissions
jugées d’hostiles par les autorités en
place. Ces dernières souhaitaient avoir la main
mise sur cette radio privée. Il en est résulté
de nombreuses tracasseries administratives sont
les taxes de redevances annuelles et
fonctionnement, facturé en un montant dépassant
les recettes réalisables. Cette radio a la
particularité d’organiser des émissions éducatives
en Kinkongo, langue parlée dans la province.
PARTIS
POLITIQUE
Aucune
activité politique n’est observée,
toutefois, il faut signaler la traque des
militants du parti lumumbiste Unifié (PALU) qui
essayent d’élever le ton.
En
effet, pour avoir hissé le drapeau de leur
parti, les membres du Palu ont été arrêtés
et détenus pendant trois jours par les éléments
de la police d’intervention rapide (PIR). Les
traitements cruels, inhumains et dégradants
leur ont été infligés devant leurs familles
respectives. Il leur a été reproché
d’entretenir des relations avec les ennemis,
membres de la rébellion.
COMMISSIONS
JUSTICE ET PAIX OBJET DES TRACASSERIES
La
commission justice et paix catholique et les
comités ecclésiastiques de base connaissent
des entraves dans l’exercice de leurs activités.
-
En octobre 1998, M. Fidèle Kitoko,
membre de la commission justice et paix à
Pay-Kongila
s’est retrouvé avec un bras fracturé
par les forces de l’ordre qui l’ont fouetté
en public pour son engagement à vouloir
intervenir en faveur des pauvres, victimes des
traitements injustes.
-
La commission justice et paix catholique
de la paroisse Basantu Bonso était prise pour
une ONG par le responsable de l’Agence
Nationale des renseignements/Sécurité intérieure
(ANR/DI) et a été sommé de fournir son
dossier à ce service pour enregistrement. Il
faut rappeler que le chef de poste de l’ANR/DI
à Pay-Etat avait confisqué le 12 juillet 1999,
les cahiers des comités de base CEB et menaçant
de fermeture l’église et les CEB.
Les
responsables des commissions justice et paix ont
réagi en affirmant que la CIP et les CEB sont
des structures existantes au sein de l’église
catholique partout ailleurs et ne devraient
faire l’objet d’un dossier particulier.
ATTEINTES
A L’INTEGRITE PHYSIQUE
Il a
été enregistré des cas d’atteintes à
l’intégrité physique à kikwit. La plupart
de ces cas d’agressions ont été perpertrés
la nuit entre l’ancien site de l’Institut
Supérieur de Kikwit (ISP) et l’Université de
Bandundu (UB). Il faut signaler que l’Etat
major des Forces Armées Congolaises (FAC) et la
brigade de la police d’intervention rapide
(PIR) se trouvent aux alentours.
Dans
la foulée, il a été relevé le cas du meurtre
d’un religieux.
En
effet, le 06 octobre 1999, le révérend frère
Dosité Ntonga, membre de la congrégation des pères
des Olbats de Marie Immaculée de la paroisse
Notre Dame/Ebiko a été retrouvée mort entre
le bureau de l’ISA et le mur de la procure du
diocèse dans l’ancien site de l’ISP/Kikwit.
Son
corps présentait les signes des coups violents
qui lui auraient été assenés par ses
agresseurs non encore identifiés. Il a été vu
pour la dernière fois le 05 octobre dans la
soirée lorsqu’il allait apporter des feuilles
de manioc à sa jeune sœur, étudiante logée
au home de l’ISP/kikwit après qu’il ait
supervisé les travaux sur le chantier du
couvent de leur congrégation. L’enquête
initiée pour identifier les auteurs de ce
meurtre n’a jamais aboutie à une conclusion.
Ce
crime odieux a engendré un malaise social au
sein de la population qui a vu dans ce meurtre
l’instauration d’un climat de terreur. Pour
ce, les autorités politico-militaires
provinciales ont organisé à Kikwit, du 21 au
26 novembre 1999, un séminaire sur l’armée
et la politique.
A la
clôture de ce séminaire, le commandant de
brigade a demandé pardon à la population pour
toutes les exactions commises par les forces de
l’ordre contre elle. A cette occasion,
certaines barrières à travers la province de
Bandundu ont été levées.
DROITS
SPECIFIQUES
Femmes
et enfants
1.
Femme
La misère
généralisée au sein de la population dans la
province de Bandundu ne peut nullement assurer
à la femme des conditions de son épanouissement
au plan socio-économique. Il en résulte des
cas d’avortement provoqué et la prostitution
des jeunes filles. Un seul cas de viol signalé
est celui de Mlle isabelle, élève en 4ème
année primaire. Et aussi faut-il noter, les
femmes se révèlent souvent réticentes
lorsqu’il est question d’aborder les choses
intimes de leur vie.
Le
principal débouché à ce qui concerne
l’emploi pour les femmes, c’est
principalement l’enseignement et les services
publics ou l’impaiement ou sous-paie battent
tous les records du monde comme partout en RDC.
La majorité des femmes vivent du petit commerce
et des travaux des champs.
2.
Enfants
En végétant
dans une misère noire, de nombreuse familles
faute de moyens matériels et financiers adéquats
abandonnent les enfants à leur triste sort.
L’impaiement
prolongé aggrave et fragilise les conditions de
vie des enfants. Si certains souffrent
d’abandon à cause des raisons sus évoquées
d’autres par contre sont rejetés à la suite
de la mort des parents on à cause des préjugés
de la sorcellerie.
MINORITE
ETHNIQUE
Cas
pygmées de Bandundu
Au
plan social, les pygmées vivent en symbiose
avec les bantous. Mais il est important de
signaler qu’aucun mariage ces deux différents
groupes sociaux n’a été contracté. Cette
discrimination empêche l’intégration complète
de ce groupe minoritaire.
La
VSV se propose de les initier aux notions des
droits de l’homme et les amener
progressivement à prendre conscience de leurs
responsabilités au sein de la
communauté tant nationale
qu’internationale. Aussi, nous faudra-t-il les
aider à participer à l’instauration d’un
Etat des droits en RDC où ceux de la minorité
qu’ils représentent devront également être
garantis et respectés.
RECOMMANDATIONS
Vu
le tableau sombre décrit précédemment la VSV
invite :
a.
le
gouvernement :
-
à payer tous les arriérés de salaires
des enseignants et agents de services publics ;
-
à réfectionner les routes qui sont les
voies principales d’évacuation des produits
agricoles ;
-
à mettre fin aux tracasseries et aux rançonnements
dans les barrières. Que celles-ci servent de
contrôle de routine ;
-
à engager une enquête sur le meurtre de
religieux de la congrégation des pères des
oblats de Marie immaculée pour déterminer les
auteurs et les chatouiller sévèrement ;
-
à endiguer les érosion qui menacent
d’emporter des écoles et hôpital général
de Kikwit.
b. Aux
partenaires extérieures dont notamment l’Union
Européenne, la mission belge de coopération…d’appuyer
les efforts de la population en vue de sauver
les infrastructures sociales menacées par les
érosions (cas de l’hôpital général de
Kikwit, institut de technique professionnelle de
Kikwit…).
Compte
tenu de mauvais état de la situation des droits
de l’homme aggravée par l’ignorance des
droits par la population, la VSV recommande aux
ONG locales (commissions justice et paix, AJPR…)
de conjuguer des efforts pour la sensibilisation
de la population aux droits de l’homme de manière
en assurer une bonne connaissance
Créer
un réseau d’échange d’information entre
les structures existantes des droits de
l’homme de cette province et les ONG basées
à Kinshasa en vue d’accroître l’efficacité
dans les actions de promotion et de défense des
droits de l’homme.
Fait à Kinshasa, le 27 décembre
1999-12-26
LA
VOIX DES SANS-VOIX POUR LES DROITS DE L’HOMME
(VSV)
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