| COMMUNIQUE DE PRESSE N°014/RDC/VSV/CD/2002
Pour l'élargissement de la mesure de
grâce présidentielle aux prévenus en situation de détention prolongée
En rapport avec la commémoration ce 26 janvier
2002 du premier anniversaire de lavènement à la magistrature suprême du chef de
lEtat, le général-major Joseph Kabila, la Voix des Sans-Voix pour les droits de
lhomme (VSV) salue la décision du président de la république qui par son décret
n° 001/2002 du 26 janvier 2001, accorde une mesure collective de grâce aux personnes
civiles et militaires condamnées par les juridictions nationales.
A la suite de la prise de cette mesure, la VSV
exprime sa gratitude au Chef de lEtat pour sa décision salvatrice de nature à
permettre sans doute aux congolaises et congolais concernés de recouvrer la liberté et
contribuer au règlement des problèmes dexercice du pouvoir politique, de
souveraineté et de lintégrité territoriale et de la reconstruction nationale.
Cependant, la VSV constate avec vives inquiétudes
que cette mesure collective de grâce présente un caractère discriminatoire par le fait
quelle limite ses effets bénéfiques uniquement aux personnes condamnées, aussi
longtemps que des centaines dautres prévenus demeurent encore en détention dans
les cachots officiels et autres lieux de détention ne dépendant pas des parquets,
nonobstant la décision présidentielle du 08 mars 2001 portant leur fermeture.
Pour que cette mesure de grâce puisse atteindre
le résultat escompté et répondre ainsi aux attentes de la population, la VSV demande au
chef de lEtat de létendre aux nombreux congolaises et congolais prévenus non
poursuivis pour crimes de sang, vol à mains armées, association des malfaiteurs ou
détournement des deniers publics, en détention prolongée notamment au Centre
pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK, ex Prison centrale de Makala), aux
deux directions de la Détection Militaire des Activités Anti-Patrie (DEMIAP), à
lAgence nationale de renseignements (ANR), à la prison de haute sécurité de
Buluwo à Likasi, province de Katanga, à la prison Kassapa à Lubumbashi, province de
Katanga, des détenus " prisonniers personnels " des chefs militaires
ou autres qui les maintiennent dans des cachots ou en prison par leur seule volonté et
dans leurs propres intérêts.
Parmi eux lon compte des prévenus ayant
totalisé plusieurs mois de détention sans entrer en contact avec un magistrat,
dautres sans dossiers judiciaires, ou des bénéficiaires des mesures
damnistie antérieures mais qui restent pourtant en détention jusquà ce
jour, etc.
La VSV encourage ainsi le chef de lEtat
daller jusquau bout en ordonnant la libération sans condition de ces
prévenus et en mettant en place une commission indépendante ad hoc, chargée
dassurer le suivi régulier de lapplication stricte et sans faille des
dispositions portant amnistie récente et antérieure aux fins dordonner la
libération de tous les détenus concernés.
Dans la même perspective, la VSV invite le
gouvernement congolais dappliquer les résultats des travaux de la
" Commission chargée de lapplication de mesures de suspension de
lexécution des jugements et de poursuites à charge de justiciables des
juridictions militaires ".
A titre illustratif, les cas ci-dessous :
Madame Rose Samba, femme daffaires arrêtée
à Lubumbashi, province du Katanga depuis mars 1999. Elle est soupçonnée et poursuivie
par la Cour dordre militaire (COM) " datteinte contre la personne du
chef de lEtat, Laurent Désiré Kabila ". Relâchée auparavant vers
octobre 2000 sur intervention dAmnesty International, elle est de nouveau reprise le
06 novembre 2000 par les agents de la COM au moment où elle sest rendue au siège
de la COM en vue de récupérer sa Jeep ainsi que dautres biens, meubles et
immeubles confisqués lors de son arrestation. Le 06 novembre 2001, lors de sa comparution
devant une commission instituée par le ministère de la justice afin de régulariser les
cas des prévenus du CPRK, commission à laquelle fait partie le procureur près la COM,
Mme Rose Samba se voit inculpée de " trafic darmes " et reste
en détention au pavillon 9. Elle souffre présentement dhémorragie menstruelle
prolongée et éprouve dénormes difficultés pour obtenir lautorisation de se
faire soigner auprès dun spécialiste. Bien que bénéficiaire de la mesure de
grâce présidentielle du 19 février 2000, elle demeure toujours en détention au
pavillon 9 du CPRK sous RMP 2516.
M. Jean-Claude Mputu Ingole, originaire
dEquateur, étudiant à Bangui, République Centre Africaine depuis 7 ans. Lors
dune visite familiale effectuée à Gbadolite, province dEquateur, il est
contacté par le mouvement rebelle " Mouvement de Libération du Congo (MLC)
pour servir en qualité de conseiller juridique et directeur de cabinet du ministère de
linformation et presse. Offre que M. Jean-Claude Mputu rejette quelques jours après
sa nomination. Qualifié despion à la solde du pouvoir de Kinshasa, il retourne à
Bangui suite aux menaces de mort qui pesaient sur lui de la part du MLC et entre en
contact avec lambassade de la république démocratique du Congo (RDC) et le Haut
commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) à Bangui. Sur sa demande il est
rapatrié à Kinshasa par le HCR. M. Jean-Claude Mputu est arrêté le 29 mai 2001 lors de
la traversée du port fluvial " Beach Ngobila " à Kinshasa/Gombe.
Qualifié despion au service du MLC, il fait lobjet des sévices corporels et
autres traitements inhumains, cruels et dégradants et dépouillé de tous ses biens y
compris ses diplômes. Il est placé en détention au cachot de la Détection Militaire
des Activités Anti-Patrie (DEMIAP)/Direction Intérieure (DGI) durant une semaine.
Transféré au CPRK via la COM où il est poursuivi pour " atteinte à la
sûreté de lEtat ", il y croupit jusquà ce pour sans jugement au
pavillon 6.
M. Faustin Kibancha, originaire du Kivu, ancien
secrétaire général adjoint de la conférence nationale souveraine (CNS), ancien membre
du haut conseil de la république, parlement de transition (HCR/PT) et membre de la
société civile du Sud-Kivu est arrêté mardi 26 juillet 2000 dans la matinée et
conduit à lANR/Roi-Baudouin (ex Lemera, ex 3 Z). Après plusieurs auditions durant
trois jours, il est transféré au Comité de sécurité dEtat (CSE). Son
interrogatoire tourne autour de sa participation à une rencontre des représentant du
mouvement associatif, des organisations politiques, des autorités coutumières et
religieuses du Kivu et du Nord-Katanga qui sest tenue à Stockholm, en Suède du 12
au 14 février 2000 visant le rétablissement de la paix en RDC. Transféré au CPRK
quelques jours après, il demeure placé en détention jusquà ce jour au pavillon 8
sans jugement.
Quatre femmes, épouses des gardes du corps du chef
de lEtat, feu Laurent Désiré Kabila, arrêtées en lieu et place de leurs maris
depuis janvier 2001 et demeurent en détention au CPRK au pavillon 9 sans jugement. Il
sagit de mesdames Mombasila Ruth, Mbombo Muchiya, Phono Penge (épouse de Georges)
qui a mis au monde une fillette et Nabintu Marceline (épouse de Rachidi) qui a accouché
dun garçon au CPRK.
Mesdames Giselle Ngoy Kunda, Sina Kabulo, Rose
Kamun et Annie Kalumbu, membres du personnel féminin ayant uvré au cabinet du chef
de lEtat, feu Laurent Désiré Kabila. Elles ont été enlevées au mois
daoût 2001 et placées sous autorité du bureau 2 du Palais présidentiel (Palais
de Marbre) à Kinshasa, Ma Campagne. Après des jours de détention au secret, sans
visite, sous un régime de privation de nourriture, les quatre femmes ont échoué au
cachot de la Détection Militaire des Activités Anti-Patrie (DEMIAP)/Direction
Extérieure à Kinshasa/Gombe dans les installations de la société ex SICOTRA. Elles
demeurent en détention jusquà ce jour sans jugement ni droit de visite.
Capitaine Jean-Claude Byamungu, originaire
dUvira, province du Sud-Kivu, militaire des forces armées congolaises (FAC), ancien
officier dordonnance du chef de lEtat, feu Laurent Désiré Kabila et chargé
des renseignements militaires (T2) de la région militaire de Kananga, Kasaï-Occidental.
Le capitaine Jean-Claude Byamungu est appréhendé le 20 juillet 2001 à son cabinet de
travail à Kananga et transféré le même jour à Kinshasa. Il est immédiatement placé
en détention au cachot Ouagadougou de la Détection militaire des Activités Anti-Patrie
(DEMIAP)/Direction Intérieure (DI). Souffrant de maux des yeux chroniques et ayant passé
plusieurs jours enfermés dans une cellule mal éclairée, le capitaine Jean-Claude
Byamungu éprouve actuellement de sérieux problèmes de vision. La victime demeure en
détention à la DEMIAP/DI sans jugement ni droit de visite.
Colonel Kalonga, appréhendé le 12 avril 1998 à
son bureau de lEtat-Major général des forces armées congolaises (FAC) par cinq
inspecteurs judiciaires de la COM, est conduit au CPRK et placé immédiatement en
détention. Libéré puis repris le 18 août 2000, il sera condamné à 3 ans de SPP par
la COM avec confiscation de ses biens. Il lui est reproché le refus dobtempérer
aux ordres donnés et le détournement dun montant de 10.000 FC. Bien quil
figure sur la liste des bénéficiaires de la mesure de grâce présidentielle du 17 mai
2001, le colonel Kalonga demeure toujours en détention au CPRK.
M. Adrien Kiambu Mbudi, jeune élève arrêté le
30 octobre 2000 au camp militaire Kokolo alors quil revenait de cours. Transféré
à la DEMIAP, il sera détenu durant plusieurs jours. Il est renvoyé au CPRK le 08 mars
2001 et placé en détention jusquà ce jour sans dossier et na jamais été
présenté devant un magistrat. M. Adrien Kiambu Mbudi avait été appréhendé lors de la
vague darrestation des originaires de la province du Kivu, soupçonnés davoir
voulu renverser le régime du chef de lEtat feu Laurent Désiré Kabila en
complicité avec le commandant Anselme Masasa Nindaga. Pour la même affaire, plusieurs
autres personnes civiles et militaires demeurent en détention au CPRK sans jugement. On
peut citer, à titre illustratif, M. Déogracias Mpova Bahati, M. Gérard Ciabakazi,
Bahizire John, Konde Fulama, etc.
MM. Alfani Hassan, Mandungu Peter, Migabo Emmanuel
arrêtés par la DEMIAP depuis octobre 2000 pour avoir été surpris en possession
dune coupure de presse dun journal dont larticle parlait de la
déstabilisation du régime de Laurent Désiré Kabila par les américains et
lassassinat de Mgr. Emmanuel Kataliko. Après avoir transité dans plusieurs cachots
de services de sécurité, ils ont échoué au CPRK où ils sont en détention sans
jugement jusquà ce jour, sans être présentés devant un magistrat.
M. Bongo Kay Charles, jeune militaire des Forces
armées congolaises (FAC), 3ème bataillon Force dIntervention Spéciale
(FIS), accusé par un de ses voisins au camp Kokolo davoir volé ses assiettes.
Déféré devant la COM en mai 2001 puis transféré au CPRK, il na jamais été
entendu et demeure en détention jusquà ce jour abandonnant sa famille.
M. Sadiki Kiseme Elias, originaire de la province
du Sud-Kivu, militaire des forces armées congolaises, ancien garde de corps du chef de
lEtat, feu Laurent Désiré Kabila, en détention au CPRK, pavillon 7. M. Sadiki
Kiseme Alias aurait bénéficié de la mesure de grâce du gouvernement congolais en
septembre 2001 après avoir passé une année de détention sans jugement. A la sortie de
sa prison, il est repris au moment où il se présente au Palais de Marbre pour répondre
à la présence. Il est reconnu par un des conseillers du ministre de la sécurité et de
lOrdre public, M. Jeannot Mwenze Kongolo qui ordonne son arrestation. La victime est
actuellement en détention au CPRK, pavillon 7.
Docteur Kubunga Mutombo Armand, ancien médecin à
la clinique Ngaliema, service de réanimation, se trouve actuellement mis à la
disposition de lInspection provinciale médicale de la ville de Kinshasa, IIIème
direction, ministère de la santé. Il est appréhendé mercredi 02 janvier 2002 et placé
en détention au cachot de lagence nationale de renseignements (ANR) sis avenue
Roi-Baudouin à Kinshasa/Gombe au moment où il vient répondre à une invitation lui
adressée pour raisons dinformation. Son interrogatoire tourne autour du rôle
quil aurait joué à la clinique Ngaliema durant sa permanence au service précité,
le 17 janvier 2001, le lendemain de lassassinat du chef de lEtat, feu Laurent
Désiré Kabila. Le docteur Kubunga Mutombo Armand sétait occupé de remettre de
lordre dans la salle de réanimation après lacheminement du corps de feu
Laurent Désiré Kabila à Harare, Zimbabwe. Pour la même affaire, la victime avait été
arrêtée auparavant le 17 janvier 2001 dans les après-midi puis interrogée durant 30
heures par les services de sécurité avant dêtre relâché sur ordre de la
hiérarchie.
Monsieur César Nsinda, ancien boxeur champion
dAfrique des poids légers de 1979-1980 et ancien directeur technique adjoint de la
Fédération congolaise de boxe fait lobjet darrestation le 23 janvier 2001
vers 14 heures au domicile familial sis quartier Anunga, commune de Matete de la part de
quatre policiers armés sans mandat. Après un mois de détention à la DEMIAP/DGI sans
droit de visite, il se trouve placé en détention au pavillon 7 du CPRK. M. César Nsinda
totalise un an en prison pour avoir selon ses propres termes, fait état dans sa lettre
destinée à sa copine aux USA que " lactualité chez nous en RDC était
dominée par lassassinat du feu président, Laurent Désiré Kabila ". Ce
courrier confié à une voisine avait été intercepté par les services de sécurité
lors des formalités dembarquement à laéroport de Ndjili. Lancien
champion dAfrique qui se déclare patrimoine national, crie à une grave injustice
et demande aux autorités congolaises sa réhabilitation.
Fait à Kinshasa, le 03 février 2002.
LA VOIX DES SANS VOIX POUR LES DROITS DE LHOMME
(VSV)
Pour la Voix des Sans Voix pour les droits de
lhomme (VSV)
Floribert CHEBEYA BAHIZIRE
Président.
Adresse de contact : VOIX DES SANS VOIX
POUR LES DROITS DE LHOMME (VSV)
3858, avenue des Ecuries, Kinshasa-Ngaliema
Téléphone : (243) 88 40394 Téléphone : (243) 12 50832 Fax : (243.88) 01.826
E-mail vsv@ic.cd Site web : www.congonline.com/vsv/
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