| COMMUNIQUE DE PRESSE N°080/RDC/VSV/CD/2001
Manifestations violentes à l'Université
De Kinshasa (UNIKIN)
La Voix des Sans-Voix pour les droits de
lhomme (VSV) exprime ses vives préoccupations par rapport aux incidents violents
survenus le jeudi 13 décembre 2001 à lUniversité de Kinshasa (UNIKIN).
En effet, selon les témoignages recoupés, tout
est parti de la nuit du mardi 11 décembre 2001 vers 20 heures où lon a observé
une campagne de sensibilisation menée par un groupe détudiants estimés à plus
dune vingtaine conduits par létudiant Serges de la faculté de droit
surnommé " Lumumba Ben Laden".
La campagne consistait à inviter les étudiants
à effectuer une marche pacifique sur le site universitaire dans le but dobtenir la
réduction du taux des frais académiques comme il y a une semaine à lUniversité
de Lubumbashi (UNILU).
Le mercredi 12 décembre 2001, vers 9 heures, la
manifestation a commencé avec la marche pacifique à lUNIKIN.
Le secrétaire général académique, le
professeur Makolo Muswaswa est intervenu en demandant aux étudiants de cesser la marche
et les a invités aux négociations entre la coordination estudiantine et dautres
partenaires dont le comité de gestion de lUNIKIN, lassociation de professeurs
de lUNIKIN (APUKIN), etc.
La coordination estudiantine tente dapaiser
les étudiants et se voit désavouée par les manifestants la qualifiant de corrompue.
Les étudiants en ébullition ont continué leur
marche en emprutant la route de lIntendance générale et se heurtent au dispositif
de la police à la hauteur de lEglise " Elimo Santu ". Les
accrochages y ont eu lieu et se sont arrêtés à cause de la tombée dune forte
pluie. Mais, il a été signalé des blessés de part et dautre sans autre
précision.
Le jeudi 13 décembre 2001 tôt le matin, les
étudiants ont bloqué les principales voies daccès de lUNIKIN en y brûlant
des pneus au niveau de lIntendance générale et le Trafic.
Suite à la montée de tension dun cran,
deux membres du gouvernement en loccurrence, le Ministre de lEducation
Nationale, professeur Kutumisa Kiota et son homologue de lintérieur, monsieur Mira
Ndjoku en compagnie dautres autorités telles le procureur général de la
république, le gouverneur de la ville de Kinshasa, linspecteur général de la
police, le vice-ministre de léducation nationale
se sont rendus à
lUNIKIN pour tenter de négocier avec les étudiants et trouver une réponse
adéquate à leurs préoccupations.
Les autorités ont été reçues dans
lamphithéâtre de Léon de St Moulin où les étudiants ont présenté leurs
revendications contenues dans un mémorandum comprenant entre autres les points relatifs
à labolition du partenariat entre étudiants, Apukin et le Comité de gestion , la
révision à la baisse du taux de frais détudes, la démission de la coordination
estudiantine, la libération sans délais des étudiants arrêtés le mercredi 12
décembre 2001 et la prise en charge médicale des blessés.
La délégation des autorités qui a reconnu le
bien fondé des revendications des étudiants a invité les parties signataires du
protocole du partenariat à négocier et à présenter leurs propositions au gouvernement
pour toutes fins utiles.
Il sen est suivi une agitation
généralisée des étudiants dans lamphithéâtre du fait de ne pas recevoir la
solution immédiate à leurs revendications.
Vite, la situation sest détériorée au
point que la délégation des autorités a été agressée et maltraitée. Les policiers
dépêchés pour sécuriser les autorités se sont affrontés durement avec les
étudiants. Dans le rang des étudiants, il a été signalé des cas de blessés, des
arrestations.
Du côté des policiers, en plus des plusieurs
agents de lordre blessés, le gouvernement soutient que trois policiers ont été
sauvagement tués par les étudiants déchaînés avant de semparer de leurs armes.
En réaction, une expédition policière a été envoyée le vendredi 14 décembre 2001 à
lUNIKIN par les autorités congolaises pour procéder à une perquisition des homes
des étudiants. Avant cette opération, des hélicoptères militaires ont sillonné le
ciel de la cité universitaire vers 13 heures.
Dans la matinée du vendredi 14 décembre 2001,
les principales voies daccès à lUNIKIN ont été bouclées par la police à
partir du Rond-Point Ngaba, tout passage détudiants a été interdit.
La perquisition au home XXX sest fait dans
la brutalité. Une pluie des coups et autres sévices ont été assenés aux étudiants.
Les cheveux des étudiants ont été coupés en signe de croix
Dans cette ambiance
de sauve-qui-peut, les étudiants ont perdu leurs effets personnels ; les portes des
chambres ont été cassés...
Les étudiants débusqués de leurs chambres à
coucher où ils se sont réfugiés ont été conduits en files indiennes, mains en
lair ou à la tête derrière laile droite du home. Regroupés en ce lieu et
assis à même le sol, lordre fut donné aux étudiants de se coucher sur le dos et
fixer le ciel sous un soleil accablant. Des étudiants blessés ou malades furent
séparés dautres. En ces moments, un policier sest permis de presser
légèrement les organes génitaux de quelques étudiants en première ligne. Des injures
ont été proférées contre les étudiants ainsi que es menaces de mort ou dêtre
envoyés à Kibomango pour une formation militaire forcée. Vers 15 heures, des centaines
détudiants sont embarqués à bord dun camion Benz de couleur orange,
dun bus de couleur bleue et de deux camions Jiefang de la police en direction de
lInspection provinciale de la police de Kinshasa (IPK, ex Circo). A la descente des
véhicules, ils sont accueillis par des coups de bâton, des gifles, des coups des pieds
sur place, les étudiants ont endurés des traitements inhumains, cruels et dégradants.
Ils ont été obligés de se déplacer à genoux sur un terrain bétonné ou par le ventre
en rampant sur les herbes. Torses nues, les étudiants son photographiés par groupe de
cinq personnes. Un commandant en tenue civile passait et assenait des coups de bâton sur
le dos de quelque étudiants sur son passage. Après lopération
denregistrement et consignation des effets personnels (argent, montres, appareil
téléphoniques portables, ceintures, valises, sacs à main
, la police a distribué
vers 22 heures 30 des boîtes de conserve et du pain aux étudiants. Les étudiants ont
passé la nuit à la belle étoile devant les bâtiments de lIPK. Samedi 15
décembre 2001, au total quatre cent vingt six (426) étudiants dont 17 filles
(étudiantes) ont recouvré la liberté vers 16 heures 00 17 heures 00.
Dans la foulée, il convient de signaler
larrestation de monsieur Justin Chiba Sengey, défenseur des droits de lhomme
et membre de la Voix des Sans-Voix pour les droits de lhomme (VSV), appréhendé à
lUNIKIN pendant quil récoltait les éléments dinformation sur les
incidents survenus à lUNIKIN. Pris pour un étudiant, M. Justin Chiba Sengey a subi
les traitement inhumains, cruels et dégradants. Quelques douze coups de fouet (plastique
denviron un mètre de longueur et cinq mètre de rayon) lui sont infligé sur le dos
en lui disant " tu apprends ainsi a ne plus jamais aller chercher le recteur à
luniversité
". M. Justin Chiba Sengey a perdu ses effets
personnels (un portable cellulaire Celtel, une ceinture, une paire des lunettes
médicales
). Acheminé en compagnie détudiants à lIPK, il a recouvré
la liberté le même jour dans la soirée.
Par contre, une dizaine détudiants accusés
des meneurs de ces incidents tragiques sont placés en détention aux cachots des services
spéciaux de la police sis immeuble ex Kin-Mazière à Kinshasa/Gombe.
Parmi les policiers blessés, lon
compte le commandant Mputu (grièvement blessé), messieurs Buyika (fracture fémur),
Tafar Ngalala (grièvement blessé, lutte entre la vie et la mort), mademoiselle Moke
Moasuna (douleurs thoraciques).
Tout en fustigeant la violence sous toutes ses
formes et condamnant les atrocités tragiques commises par les étudiants sur des
policiers, la Voix des Sans-Voix pour les droits de lhomme (VSV) invite le
gouvernement à :
Ouvrir effectivement une instruction judiciaire sur
ces incidents meurtriers en vue détablir objectivement les responsabilités et
sanctionner les personnes mises en cause.
Assurer une prise en charge effective de toutes les
personnes blessées et décédées.
Concrétiser les intentions visant à humaniser les
conditions de vie et détudes des étudiants sur lensemble du territoire
national.
Fait à Kinshasa, le 16 décembre 2001
LA VOIX DES SANS VOIX POUR LES DROITS DE LHOMME
(VSV)
Pour la Voix des Sans Voix pour les droits de
lhomme (VSV)
Floribert CHEBEYA BAHIZIRE
Président.
Adresse de contact : VOIX DES SANS VOIX
POUR LES DROITS DE LHOMME (VSV)
3858, avenue des Ecuries, Kinshasa-Ngaliema
Téléphone : (243) 88 40394 Téléphone : (243) 12 50832 Fax : (243.88) 01.826
E-mail vsv@ic.cd Site web : www.congonline.com/vsv/
|