Kinshasa, le 05 février 2001

 

APPEL URGENT N°001/RDC/VSV/CD/2001

 

S.O.S. en faveur des personnes détenues au GLM

Depuis l’assassinat à Kinshasa du Chef de l’Etat, feu Laurent Désiré Kabila mardi 16 janvier 2001, la Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme (VSV) est saisie du danger de mort pesant sur la vie de plusieurs dizaines des personnes, en majorité originaires des provinces du Sud-Kivu, Nord-Kivu et Maniema suite à la gâchette facile et aux actes prémédités de torture au cachot de service de sécurité présidentielle sis dans l’immeuble ex-Groupe Litho Moboti (GLM) dans la commune de Gombe à Kinshasa.

En effet, en raison de la version du gouvernement selon laquelle le Chef de l’Etat a été assassiné par un de ses gardes rapprochés, commandant RACHIDI MIRINDI, originaire de la province du Sud-Kivu, plusieurs personnes civiles et militaires, pour la plupart originaires de l’ancien Kivu travaillant soit dans la garde présidentielle, soit dans l’entourage du Chef de l’Etat ont été appréhendées ; les unes à leur poste de travail, les autres à leur domicile respectif, d’autres encore en cours de route et divers endroits.

Aussi, leurs proches et d’autres personnes soupçonnées d’être impliquées dans cet attentat n’ont pas été épargnés.

 

Selon les témoignages des familles des victimes, les visites sont interdites au GLM. La nourriture, médicaments, habits, serviettes et autres effets personnels apportés par les visiteurs (famille, proches) sont remis non au détenu mais déposés au corps de garde avec tous les risques possibles et sans aucune garantie de parvenir au détenu.

Le GLM serait en ces moments plein à craquer, il y a surnombre des détenus.

Les personnes détenues font l’objet des traitements inhumains, cruels et dégradants. Elles sont détenues dans une cave, mal éclairée et aérée, dormant à même le sol où elles sont obligées de manger et de faire leurs besoins. Les détenus sont copieusement flagellés chaque jour. Les détenus les plus visés sont plus atrocement torturés. Des cas des détenus aux jambes et mains liées au moyen des chaînes et cadenas sont rapportés.

Certaines familles se plaignent de manque d’information sur le lieu exact de détention de leurs membres ou proches portés disparus.

 

A titre illustratif, quelques cas des personnes en détention au GLM:

 

  • Commandant Kamwanya Bora Uzima, a été appréhendé par le service de sécurité à bord d’un avion de Cameroon Airlines (CAMAIR) en transit à l’aéroport international de Kinshasa/Ndjili samedi 20 janvier 2001 dans l’après-midi en provenance de Lagos, Nigeria à destination de Nairobi, Kenya, et ce, en violation flagrante des normes de l’aviation civile en vigueur.

 

M. Kamwanya Bora Uzima a été aussitôt embarqué avec ses bagages à bord d’un véhicule pour une destination inconnue. Après environ une semaine des recherches menées par sa famille, il a été retrouvé ce vendredi 26 janvier 2001 en détention dans une cave au GLM où croupissent aussi dans des conditions inhumaines tant d’autres personnes.

  • Monsieur Patrick, ressortissant nigérian, responsable du groupe PATSON spécialisé dans la fabrication des huiles moteurs, arrêté en compagnie du commandant Kamwanya Bora Uzima.
  • Plusieurs militaires de la garde présidentielle, des personnes civiles et militaires qui travaillent au Palais de Marbre, tous originaires des provinces précitées. C’est le cas entre autres du commandant Jean Didier Amissi, ancien chef d’Etat-Major des forces navales, appréhendé à son domicile dans la nuit du samedi 20 à dimanche 21 janvier 2001, commandants Jean de Dieu Chiribagula, Jacques Chiruza, Désiré Kurinjiragi, etc.
  • Messieurs Malingumu, Okonkwa Katabi, etc. originaires du Sud-Kivu soupçonnés d’être impliqués dans l’attentat.
  • Des femmes, même porteuses de nourrissons, bébés et enfants et autres proches, à la recherche de leurs maris, pères et amis, seraient aussi pris au GLM et placés en détention.
  • De ressortissants de la république démocratique du Congo (RDC) qui auraient été arrêtés il y a environ quelques jours à Brazzaville, république du Congo et extradés en RDC.

 

Cette vague d’arrestations avait été précédée par une autre amorcée le 28 octobre 2000 à l’issue de laquelle plusieurs personnes civiles et militaires originaires du Kivu ont été appréhendées par des militaires des forces armées congolaises (FAC) et agents de la police nationale congolaise et placées en détention respectivement dans les cachots du camp militaire Kokolo, à la Détection Militaire des Activités Anti-Patrie (DEMIAP), au GLM et dans d’autres lieux secrets où des traitements cruels, inhumains et dégradants leur auraient été infligés. Parmi les victimes figurent madame Aimée Ntabarusha Mungu, arrêtée avec son bébé de deux mois et demi le 13 novembre 2000 et M. Olivier Rachidi, militaire de son état, abattu au camp militaire Kokolo par le commandant Eric Lenge de Force d’Intervention Spéciale des Forces Armées Congolaises (FIS/FAC) le 31 octobre 2000 lors de son arrestation pour avoir tenté de s’échapper.

Du fait de manque d’information sur les conditions et les lieux de détention actuels, les familles concernées expriment des appréhensions en considérant les victimes comme des personnes portées disparues ou en danger de mort.

 

Ci-après et à titre illustratif la liste non exhaustive des personnes enlevées :

1. M. Vincent Madjaga (militaire, arrêté le 26/10/2000)

2. M. Donat Kisimba Mwi-Mule (militaire, arrêté le 26/10/2000)

3. M. Zico Kinyero (militaire, arrêté le 31/10/2000)

4. M. Masasu Nindaga (ancien conseiller spécial du chef de l’Etat, Laurent Désiré     Kabila en matière de sécurité, militaire non en fonction, arrêté le 30/10/2000)

5. Mme Aimée Ntabarusha Mungu, avec son bébé âgé de deux mois et demi (civile     arrêtée le 13/11/2000 pour avoir logé un proche de Masasu , lui aussi arrêté à la     même date)

6. M. Pierre Bobi Alifi (civil, arrêté le 10/11/2000 et détenu actuellement au Centre     Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa (CPRK, ex prison centrale de Makala)

7. M. Abdon Mweze (civil logé sur avenue Kwango n°1, commune de Kintambo,      arrêté le 10/11/2000 et proche de Masasu)

8. M. Das Pelende (civil, arrêté le 10/11/2000 et détenu actuellement au CPRK)

9. M. Guillaume Rugumbira (civil, agent de l’ANR, arrêté le 10/11/2000, résidant sur    avenue Kwango n°1, commune Kintambo)

10. M. Bernard Monogolo (militaire Force Navale, arrêté le 28/10/2000)

11. M. Batasma Mastaki (militaire, arrêté le 28/10/2000)

12. M. Katende Jimy (militaire, arrêté le 28/10/2000)

13. M. Set Sele (militaire, arrêté le 28/10/2000)

14. M. Kubuya Désiré (militaire, arrêté le 28/10/2000)

15. M. Kanyambindo (militaire, arrêté le 28/10/2000)

16. M. Masumbuko Isilima (militaire, arrêté le 28/10/2000)

17. M. Antoine Tony Ngalamulume Ngalasi (civil)

18. M. Sibakulu Mulanda Antoine (militaire)

19. M. Achilo Elaba alias Zimbabween (militaire).

20. M. Chirimwani Buhambahamba (militaire, arrêté le 02/11/2000 et détenu       actuellement au CPRK)

21. M. Chirimwani Déo (militaire, arrêté le 02/11/2000 et détenu actuellement au       CPRK)

 

En outre, il convient de relever le cas de madame Jeanine Mukanirwa Tshipambu, vice-présidente de l’ONG " Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF) " oeuvrant à Goma, Nord-Kivu arrêtée mardi 12 décembre 2000 au port fluvial " Beach Ngobila " à Kinshasa/Gombe et détenue à la DEMIAP/Intérieure. Libérée provisoirement dimanche 14 janvier 2001, elle a été reprise vendredi 26 janvier 2001 par la DEMIAP et replacée en détention.

 

Dans le même cadre, la VSV vient d’être encore informée qu’il existerait aussi un plan d’arrestation des officiers militaires de ex forces armées zaïroises (ex FAZ), des agents des services de renseignements ayant travaillé sous le régime du président Mobutu visant les originaires des provinces précitées et de l’Equateur.

C’est le cas, entre autres, de : Monsieur Jean-Denis Bokoli Botikala, originaire de la province de l’Equateur, employé à l’UNICEF depuis 1999 dans le groupe de travail sur le programme de démobilisation et réinsertion des enfants soldats est enlevé ce dimanche 04 février 2001 vers 5 heures du matin à son domicile sis dans la commune de Ngaliema par quelque cinq militaires des forces armées congolaises (FAC) bien armés parlant swahili et lingala sans mandat ni autres titres qui ont forcé le portail d’entrée de la clôture . M. Jean Dénis Bokoli Botikala, menotté, roulé dans la boue a fait l’objet des traitements cruels, humiliants et dégradants suivis des menaces de mort en cas de tentative de fuite lors de son enlèvement. Et ce, devant son épouse et ses quatre enfants, tous sous terreur et traumatismes. Après fouille systématique du domicile à la recherche des armes et des appareils de communication, les militaires ont emporté le chargeur d’un appareil de communication cellulaire Celtel, de l’argent et quelques documents. Avant leur départ et après avoir menacé d’abattre l’épouse de la victime, madame Mizerero Fitina Kabibi si elle continue de refuser de remettre l’appareil de communication, les militaires ont informé cette dernière que son mari est arrêté " pour raison politique " et qu’il est emmené au GLM.

Agé de 41 ans, M. Jean-Denis Bokoli Botikala était capitaine des forces armées zaïroises (ex FAZ) affecté au Service d’Actions et de Renseignements Militaires (SARM).

 

Recommandations :

Tout en condamnant l’assassinat du Chef de l’Etat, feu Laurent Désiré Kabila, un acte contraire aux idéaux proclamés par la Déclaration Universelle des droits de l’homme, la Charte des Nations Unies et autres instruments juridiques internationaux, la VSV exige l’ouverture d’une enquête impartiale et indépendante en vue d’établir les responsabilités à tous les niveaux et de traduire en justice les personnes mises en cause.

En attendant la conclusion de l’enquête, en outre, la VSV :

  • Exprime ses appréhensions pour la vie des dizaines personnes portées disparues et actuellement détenues en dehors des circuits judiciaires dans des conditions inhumaines, cruelles et dégradantes au GLM et dans d’autres geôles des services de sécurité où elles sont quotidiennement soumises à la torture.
  • Constate que le démenti du lieutenant-général Sylvestre Lwetcha, Chef d’Etat-Major Interarmées, du 16 décembre 2000 et la promesse de déférer devant la Cour d’Ordre Militaire (COM) n’ont pas réussi à balayer les allégations de plus en plus persistantes de l’exécution par les forces armées congolaises (FAC) du commandant Anselme Masasu Nindaga en date du 27 novembre 2000 dans la province du Katanga et, par conséquent, invite le gouvernement à éclairer dans les meilleurs délais l’opinion tant nationale qu’internationale à ce propos.
  • Rappelle au gouvernement sa décision antérieure portant fermeture du cachot GLM et insiste sur la nécessité impérieuse d’appliquer cette mesure dans le contexte actuel.
  • En appelle à l’humanisation des conditions de détention par la cessation des harcèlements, tortures et autres traitements inhumains, cruels et dégradants dont font l’objet les détenus au GLM et autres cachots des forces armées congolaises, de la police nationale et des services de sécurité.
  • Sollicite la mise en liberté des personnes manifestement innocentes et la présentation d’autres détenus devant des juridictions compétentes.
  • Demande au gouvernement congolais de sécuriser les familles de victimes aujourd’hui en proie aux traumatismes, torture morale et harcèlements de la part d’agents armés de la police nationale, des forces armées congolaises et des services de sécurité qui s’adonnent présentement à l’expropriation des biens des personnes en détention.
  • Recommande enfin au gouvernement congolais lever la mesure d’interdiction de visite au GLM et autres cachots en vue de permettre aux détenus d’entrer en contact avec leurs familles, proches, avocats, médecins, défenseurs des droits de l’homme,…

 

Fait à Kinshasa, le 03 février 2001

 

Pour la Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme (VSV)

Floribert CHEBEYA BAHIZIRE

Président.

Adresse de contact : VOIX DES SANS VOIX POUR LES DROITS DE L’HOMME (VSV)

3858, avenue des Ecuries, Kinshasa-Ngaliema

Téléphone : (243) 88 40394   Téléphone : (243) 12 50832   Fax : (243.88) 01.826

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