Depuis lassassinat à Kinshasa du Chef de lEtat,
feu Laurent Désiré Kabila mardi 16 janvier 2001, la Voix des Sans Voix pour les droits
de lhomme (VSV) est saisie du danger de mort pesant sur la vie de plusieurs dizaines
des personnes, en majorité originaires des provinces du Sud-Kivu, Nord-Kivu et Maniema
suite à la gâchette facile et aux actes prémédités de torture au cachot de service de
sécurité présidentielle sis dans limmeuble ex-Groupe Litho Moboti (GLM) dans la
commune de Gombe à Kinshasa.
En effet, en raison de la version du gouvernement selon laquelle le
Chef de lEtat a été assassiné par un de ses gardes rapprochés, commandant
RACHIDI MIRINDI, originaire de la province du Sud-Kivu, plusieurs personnes civiles et
militaires, pour la plupart originaires de lancien Kivu travaillant soit dans la
garde présidentielle, soit dans lentourage du Chef de lEtat ont été
appréhendées ; les unes à leur poste de travail, les autres à leur domicile
respectif, dautres encore en cours de route et divers endroits.
Aussi, leurs proches et dautres personnes soupçonnées
dêtre impliquées dans cet attentat nont pas été épargnés.
Selon les témoignages des familles des victimes, les visites sont
interdites au GLM. La nourriture, médicaments, habits, serviettes et autres effets
personnels apportés par les visiteurs (famille, proches) sont remis non au détenu mais
déposés au corps de garde avec tous les risques possibles et sans aucune garantie de
parvenir au détenu.
Le GLM serait en ces moments plein à craquer, il y a surnombre des
détenus.
Les personnes détenues font lobjet des traitements inhumains,
cruels et dégradants. Elles sont détenues dans une cave, mal éclairée et aérée,
dormant à même le sol où elles sont obligées de manger et de faire leurs besoins. Les
détenus sont copieusement flagellés chaque jour. Les détenus les plus visés sont plus
atrocement torturés. Des cas des détenus aux jambes et mains liées au moyen des
chaînes et cadenas sont rapportés.
Certaines familles se plaignent de manque dinformation sur le
lieu exact de détention de leurs membres ou proches portés disparus.
A titre illustratif, quelques cas des personnes en détention au
GLM:
- Commandant Kamwanya Bora Uzima, a été appréhendé par le service de sécurité à
bord dun avion de Cameroon Airlines (CAMAIR) en transit à laéroport
international de Kinshasa/Ndjili samedi 20 janvier 2001 dans laprès-midi en
provenance de Lagos, Nigeria à destination de Nairobi, Kenya, et ce, en violation
flagrante des normes de laviation civile en vigueur.
M. Kamwanya Bora Uzima a été aussitôt embarqué avec ses bagages à
bord dun véhicule pour une destination inconnue. Après environ une semaine des
recherches menées par sa famille, il a été retrouvé ce vendredi 26 janvier 2001 en
détention dans une cave au GLM où croupissent aussi dans des conditions inhumaines tant
dautres personnes.
- Monsieur Patrick, ressortissant nigérian, responsable du groupe PATSON spécialisé
dans la fabrication des huiles moteurs, arrêté en compagnie du commandant Kamwanya Bora
Uzima.
- Plusieurs militaires de la garde présidentielle, des personnes civiles et militaires
qui travaillent au Palais de Marbre, tous originaires des provinces précitées.
Cest le cas entre autres du commandant Jean Didier Amissi, ancien chef
dEtat-Major des forces navales, appréhendé à son domicile dans la nuit du samedi
20 à dimanche 21 janvier 2001, commandants Jean de Dieu Chiribagula, Jacques Chiruza,
Désiré Kurinjiragi, etc.
- Messieurs Malingumu, Okonkwa Katabi, etc. originaires du Sud-Kivu soupçonnés
dêtre impliqués dans lattentat.
- Des femmes, même porteuses de nourrissons, bébés et enfants et autres proches, à la
recherche de leurs maris, pères et amis, seraient aussi pris au GLM et placés en
détention.
- De ressortissants de la république démocratique du Congo (RDC) qui auraient été
arrêtés il y a environ quelques jours à Brazzaville, république du Congo et extradés
en RDC.
Cette vague darrestations avait été précédée par une autre
amorcée le 28 octobre 2000 à lissue de laquelle plusieurs personnes civiles et
militaires originaires du Kivu ont été appréhendées par des militaires des forces
armées congolaises (FAC) et agents de la police nationale congolaise et placées en
détention respectivement dans les cachots du camp militaire Kokolo, à la Détection
Militaire des Activités Anti-Patrie (DEMIAP), au GLM et dans dautres lieux secrets
où des traitements cruels, inhumains et dégradants leur auraient été infligés. Parmi
les victimes figurent madame Aimée Ntabarusha Mungu, arrêtée avec son bébé de deux
mois et demi le 13 novembre 2000 et M. Olivier Rachidi, militaire de son état, abattu au
camp militaire Kokolo par le commandant Eric Lenge de Force dIntervention Spéciale
des Forces Armées Congolaises (FIS/FAC) le 31 octobre 2000 lors de son arrestation pour
avoir tenté de séchapper.
Du fait de manque dinformation sur les conditions et les lieux de
détention actuels, les familles concernées expriment des appréhensions en considérant
les victimes comme des personnes portées disparues ou en danger de mort.
Ci-après et à titre illustratif la liste non exhaustive des personnes
enlevées :
1. M. Vincent Madjaga (militaire, arrêté le 26/10/2000)
2. M. Donat Kisimba Mwi-Mule (militaire, arrêté le 26/10/2000)
3. M. Zico Kinyero (militaire, arrêté le 31/10/2000)
4. M. Masasu Nindaga (ancien conseiller spécial du chef de
lEtat, Laurent Désiré Kabila en matière de sécurité,
militaire non en fonction, arrêté le 30/10/2000)
5. Mme Aimée Ntabarusha Mungu, avec son bébé âgé de deux mois et
demi (civile arrêtée le 13/11/2000 pour avoir logé un proche de
Masasu , lui aussi arrêté à la même date)
6. M. Pierre Bobi Alifi (civil, arrêté le 10/11/2000 et détenu
actuellement au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de
Kinshasa (CPRK, ex prison centrale de Makala)
7. M. Abdon Mweze (civil logé sur avenue Kwango n°1, commune de
Kintambo, arrêté le 10/11/2000 et proche de Masasu)
8. M. Das Pelende (civil, arrêté le 10/11/2000 et détenu
actuellement au CPRK)
9. M. Guillaume Rugumbira (civil, agent de lANR, arrêté le
10/11/2000, résidant sur avenue Kwango n°1, commune Kintambo)
10. M. Bernard Monogolo (militaire Force Navale, arrêté le
28/10/2000)
11. M. Batasma Mastaki (militaire, arrêté le 28/10/2000)
12. M. Katende Jimy (militaire, arrêté le 28/10/2000)
13. M. Set Sele (militaire, arrêté le 28/10/2000)
14. M. Kubuya Désiré (militaire, arrêté le 28/10/2000)
15. M. Kanyambindo (militaire, arrêté le 28/10/2000)
16. M. Masumbuko Isilima (militaire, arrêté le 28/10/2000)
17. M. Antoine Tony Ngalamulume Ngalasi (civil)
18. M. Sibakulu Mulanda Antoine (militaire)
19. M. Achilo Elaba alias Zimbabween (militaire).
20. M. Chirimwani Buhambahamba (militaire, arrêté le 02/11/2000 et
détenu actuellement au CPRK)
21. M. Chirimwani Déo (militaire, arrêté le 02/11/2000 et détenu
actuellement au CPRK)
En outre, il convient de relever le cas de madame Jeanine Mukanirwa
Tshipambu, vice-présidente de lONG " Promotion et Appui aux Initiatives
Féminines (PAIF) " oeuvrant à Goma, Nord-Kivu arrêtée mardi 12
décembre 2000 au port fluvial " Beach Ngobila " à Kinshasa/Gombe et
détenue à la DEMIAP/Intérieure. Libérée provisoirement dimanche 14 janvier 2001, elle
a été reprise vendredi 26 janvier 2001 par la DEMIAP et replacée en détention.
Dans le même cadre, la VSV vient dêtre encore informée
quil existerait aussi un plan darrestation des officiers militaires de ex
forces armées zaïroises (ex FAZ), des agents des services de renseignements ayant
travaillé sous le régime du président Mobutu visant les originaires des provinces
précitées et de lEquateur.
Cest le cas, entre autres, de : Monsieur Jean-Denis Bokoli
Botikala, originaire de la province de lEquateur, employé à lUNICEF depuis
1999 dans le groupe de travail sur le programme de démobilisation et réinsertion des
enfants soldats est enlevé ce dimanche 04 février 2001 vers 5 heures du matin à son
domicile sis dans la commune de Ngaliema par quelque cinq militaires des forces armées
congolaises (FAC) bien armés parlant swahili et lingala sans mandat ni autres titres qui
ont forcé le portail dentrée de la clôture . M. Jean Dénis Bokoli Botikala,
menotté, roulé dans la boue a fait lobjet des traitements cruels, humiliants et
dégradants suivis des menaces de mort en cas de tentative de fuite lors de son
enlèvement. Et ce, devant son épouse et ses quatre enfants, tous sous terreur et
traumatismes. Après fouille systématique du domicile à la recherche des armes et des
appareils de communication, les militaires ont emporté le chargeur dun appareil de
communication cellulaire Celtel, de largent et quelques documents. Avant leur
départ et après avoir menacé dabattre lépouse de la victime, madame
Mizerero Fitina Kabibi si elle continue de refuser de remettre lappareil de
communication, les militaires ont informé cette dernière que son mari est arrêté
" pour raison politique " et quil est emmené au GLM.
Agé de 41 ans, M. Jean-Denis Bokoli Botikala était capitaine des
forces armées zaïroises (ex FAZ) affecté au Service dActions et de Renseignements
Militaires (SARM).
Recommandations :
Tout en condamnant lassassinat du Chef de lEtat, feu
Laurent Désiré Kabila, un acte contraire aux idéaux proclamés par la Déclaration
Universelle des droits de lhomme, la Charte des Nations Unies et autres instruments
juridiques internationaux, la VSV exige louverture dune enquête impartiale et
indépendante en vue détablir les responsabilités à tous les niveaux et de
traduire en justice les personnes mises en cause.
En attendant la conclusion de lenquête, en outre, la VSV :
- Exprime ses appréhensions pour la vie des dizaines personnes portées disparues et
actuellement détenues en dehors des circuits judiciaires dans des conditions inhumaines,
cruelles et dégradantes au GLM et dans dautres geôles des services de sécurité
où elles sont quotidiennement soumises à la torture.
- Constate que le démenti du lieutenant-général Sylvestre Lwetcha, Chef
dEtat-Major Interarmées, du 16 décembre 2000 et la promesse de déférer devant la
Cour dOrdre Militaire (COM) nont pas réussi à balayer les allégations de
plus en plus persistantes de lexécution par les forces armées congolaises (FAC) du
commandant Anselme Masasu Nindaga en date du 27 novembre 2000 dans la province du Katanga
et, par conséquent, invite le gouvernement à éclairer dans les meilleurs délais
lopinion tant nationale quinternationale à ce propos.
- Rappelle au gouvernement sa décision antérieure portant fermeture du cachot GLM et
insiste sur la nécessité impérieuse dappliquer cette mesure dans le contexte
actuel.
- En appelle à lhumanisation des conditions de détention par la cessation des
harcèlements, tortures et autres traitements inhumains, cruels et dégradants dont font
lobjet les détenus au GLM et autres cachots des forces armées congolaises, de la
police nationale et des services de sécurité.
- Sollicite la mise en liberté des personnes manifestement innocentes et la présentation
dautres détenus devant des juridictions compétentes.
- Demande au gouvernement congolais de sécuriser les familles de victimes
aujourdhui en proie aux traumatismes, torture morale et harcèlements de la part
dagents armés de la police nationale, des forces armées congolaises et des
services de sécurité qui sadonnent présentement à lexpropriation des biens
des personnes en détention.
- Recommande enfin au gouvernement congolais lever la mesure dinterdiction de visite
au GLM et autres cachots en vue de permettre aux détenus dentrer en contact avec
leurs familles, proches, avocats, médecins, défenseurs des droits de lhomme,
Fait à Kinshasa, le 03 février 2001
Pour la Voix des Sans Voix pour les droits de lhomme (VSV)
Floribert CHEBEYA BAHIZIRE
Président.