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COMMUNIQUE DE PRESSE N° 014/RDC/VSV/CD/99
Extraction
des détenus à l’occasion de la visite en RDC
du Rapporteur spécial des Nations Unies
La
Voix des Sans - Voix pour les droits de
l’homme (VSV) salue de nouveau l’initiative
du gouvernement congolais d’inviter en république
démocratique du Congo (RDC) le rapporteur spécial
des Nations Unies sur la situation des droits de
l’homme en RDC.
A
propos du séjour du rapporteur spécial,
monsieur Roberto Garreton, en RDC du 16 au 23 février
1999, le gouvernement Kabila a donné des
assurances sur le bon déroulement de la mission
du rapporteur spécial en soutenant notamment
que la RDC et ses autorités n’ont rien à
cacher en matière des droits de l’homme.
Tout
en réaffirmant l’importance cardinale de la
visite sur la situation des droits de l’homme
et félicitant le pas gouvernemental, la VSV
constate tout de même qu’il reste du chemin
à parcourir pour obtenir des autorités de la république
démocratique du Congo (RDC) la pleine coopération
avec les mécanismes des Nations Unies, plus
particulièrement avec le rapporteur spécial
sur la situation des droits de l’homme.
S’agissant
de la visite des lieux de détention, des
dispositions pratiques ont été prises, dans le
souci de sacrifier le fond à la forme, pour
extraire plusieurs personnes
détenues dans différentes geôles disséminées
à Kinshasa vers d’autres endroits secrets.
C’est
le cas, entre autres, des lieux de détention
aux mains du Groupe spécial de sécurité Présidentielle
(GSSP), plus précisément l’immeuble ex
Groupe Litho Moboti (GLM) et une maison en face
à Kinshasa - Gombe ainsi que de la détection
militaire des activités anti-patrie (DEMIAP) à
Kinshasa Kintambo.
En
plus de mauvaises conditions de détention et la
pratique de tortures, les cachots situés au 1er
étage et
7ème étage de l’immeuble Ex GLM
ainsi que la cave de la maison en face ont été
vidés de leurs détenus en prévision du
passage du rapporteur spécial, M. Roberto
Garreton.
A
l’approche de l’arrivée à Kinshasa du
rapporteur spécial des Nations Unies sur la
situation des droits de l’homme en RDC, au
moins une cinquantaine des
détenus à la détection militaire des
activités anti-patrie (DEMIAP) ont été
nuitamment embarqués à bord d’un camion
militaire couvert par une bâche à destination
de la base logistique du camp Kokolo à
Kinshasa- Bandalungwa où les concernés
croupissent dans une cellule dans des conditions
plus inhumaines qu’à la DEMIAP. Visites
interdites, les détenus dorment à même le sol
avec possibilité d’aller aux toilettes que la
nuit ; les détenus malades de diarrhée
sont ainsi obligés de se soulager dans la
cellule ; pour tout repas, un petit bol de
riz ou une boulette de foufou
(pâte de manioc ou de maïs) avec une dizaine
de graines de haricots leur est servi une fois
par jour ; la DEMIAP fait tout pour
que les membres de famille des victimes
et leurs proches ne se rendent pas compte du déplacement
des détenus. Ainsi, la nourriture, les médicaments
et autres effets de toilette ou d’hygiène
apportés à ces derniers sont détournés à la
DEMIAP par les militaires commis à la garde qui
prennent soin de retourner paniers et assiettes
vidés de leur contenu comme à l’accoutumée.
Il
est à noter que la plupart des détenus sont
des militaires des forces armées congolaises
affectés à la 22ème, 230ème
et 25ème brigades établies à
Mbandaka (province de l’Equateur), Matadi
(province du Bas-Congo) et Kisangani (province
Orientale). Il sont tous soupçonnés d’être
en intelligence avec les ennemis agresseurs de
la RDC. Pour certains, le soupçon d’être, en
plus, de nationalité rwandaise aggrave
davantage leur situation. Avant leur
transfert à la DEMIAP/Kinshasa-Kintambo, les
militaires ont été arrêtés quelques mois
auparavant
essentiellement sur base d’une délation
reposant sur un esprit de règlement de compte.
Les militaires en provenance de Mbandaka dont
certains totalisent déjà 8 mois de détention,
ont été plus particulièrement victimes des
traitements inhumains, cruels et dégradants.
Humiliés en public, nonobstant le rang et les
responsabilités exercées au sein des FAC, ils
ont été traînés par terre, assenés des
coups et ont fait l’objet de simulacre d’exécution
sommaire et extra-judiciaire à telle enseigne
que des cérémonies de deuil ont déjà été
organisées dans plusieurs familles.
La
VSV exprime ses vives préoccupations concernant
les manoeuvres destinées à abuser de
l’attention et de la bonne foi du rapporteur
spécial des
Nations Unies sur la situation des droits
de l’homme en RDC, pays, qui est appelé par
la communauté internationale à coopérer
pleinement avec les mécanismes des Nations
Unies en vue d’améliorer la situation des
droits de l’homme en RDC.
Hautement
préoccupée par le manque de considération et
de dignité envers les personnes détenues
longtemps à la DEMIAP sans jugement ainsi qu’à
l’égard des membres de leur famille torturés
moralement
par l’interdiction de visite, le manque
de nouvelles et de craintes sur leur vie, la VSV
invite la hiérarchie militaire à humaniser les
conditions de détention dans les geôles tenues
par les forces armées congolaises (FAC),
singulièrement la DEMIAP et le GSSP, et ce,
conformément aux principes universels en matière
de détention.
Fait
à Kinshasa, 08 mars 1999
La
Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme
(VSV)
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