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LES RESSOURCES MINERALES ET AUTRES

Le Zaïre, qui, avec la Zambie, forme la Copper Belt (ceinture de cuivre) africaine, était le 6e producteur mondial de cuivre. Il est en même temps le plus gros fournisseur de cobalt (dont il possède 65 % des réserves connues du globe) et de diamants industriels au monde. Le cuivre et le cobalt sont extraits au Shaba principalement, tandis que le diamant est surtout produit au Kasaï, aux alentours de Mbuji-Mayi et de Tshikapa. L’ Etat zaïrois a des participations dans les compagnies étrangères qui exploitent ses mines. Le Zaïre produit également d’autres minerais (zinc, or, étain, argent, manganèse, charbon,uranium, cadmium et tungstène) ; en outre, des nappes de gaz naturel ont été découvertes dans le lac Kivu. Des puits de pétrole sont exploités depuis 1976 sur le plateau continental et, depuis le début des années quatre-vingts, on prospecte le centre du Zaïre à la recherche de nouveaux sites. La presque totalité de l’approvisionnement du pays en courant est assuré par les grandes centrales hydro-électriques du Shaba et de Kinshasa (barrage d’Inga). Quant aux immenses réserves zaïroises d’essences tropicales (afrormosia, ébène, wenge, iroko, sapelli, sipo, tiama, tola, kambala, lifaki), leur mise en valeur a jusqu'à présent buté sur des problèmes de transport et sur l’extrème dispersion géographiques de ces mêmes essences. La forêt zaïroise représente 47 % de la forêt africaine avec 1 million de km².

  • A. Les ressources minérales

Nous avons signalé, dans le chapitre sur les formations géologiques, que les formations du soubassement sont souvent très granitisées. Cette granitisation fait espérer la découverte de gisements miniers. En effet, il est bien connu que les roches granitiques dans certains cas peuvent développer dans leur auréole de métamorphisme des concentrations de matière utile telles que l'exploitation en devienne rentable. En plus la présence de roches basiques comme la kimberlite évoque l'existence possible de gîtes de diamant. Le Zaïre n'a pas fait exception à la règle générale et les formations du soubassement sont riches en gisements miniers. Notons cependant que ces formations affleurent en bordure de la cuvette centrale et qu'elles sont donc très éloignées de la côte zaïroise, le Bas-Zaïre mis à part. Malheureusement, les possibilités minières des monts de Cristal sont plutôt limitées.

Le Zaïre est un important producteur de cuivre. On rencontre quelques petits gisements et des indices à plusieurs endroits (Bas-Zaïre, bassin de la Lubi au Kasaï, pointement du soubassement près de Bubundu), mais la zone la plus productive se trouve au Shaba. Dans cette dernière région le cuivre était déjà exploité par les habitants bien avant l'arrivée des Européens. En effet, les indices superficiels d'une minéralisation de cuivre avec ses métaux accompagnateurs y sont abondants et il y existe même une flore spéciale adaptée aux sols métallifères de cuivre et de cobalt. En plus, les produits d'altération sont souvent très résistants à l'érosion et la présence d'une minéralisation en profondeur se manifeste en surface par de petites collines. Il n'est donc pas étonnant que les premiers prospecteurs venus dans le pays pour y chercher de l'or aient bien vite changé leur programme et la découverte d'importants gisements de cuivre ne s'est pas fait attendre longtemps.

Le cuivre se présente au Zaïre sous forme de deux associations. Il y a d'abord l'association cuivre-cobalt-uranium (Cu-Co-U) qu'on ne rencontre qu’au Shaba méridional dans une bande étroite à cheval sur la frontière avec le Zimbabwe et plus spécialement dans un grand arc plissé allant de Lubumbashi jusqu'à Kolwezi. La minéralisation s'est faite dans les zones inférieures du Katangien. Les gisements comportent du haut vers le bas une épaisse zone d'oxydation (50 m à 100 m d'épaisseur) à minéraux oxydés, carbonatés et silicatés; une zone d'enrichissement en sulfures ; le minerai primaire. A quelques exceptions près l'exploitation se fait partout à ciel ouvert. La production d'uranium a été importante. Celle du cuivre et du cobalt continue à occuper une place primordiale dans la production minière du Zaïre. A part les trois constituants principaux, on rencontre localement et en petites quantités les éléments suivants : platine. or, vanadium, molybdène, nickel.

La minéralisation en uranium serait due à des remaniements hydrothermaux. Mais il n'y a pas encore d'accord sur l'explication des autres minéralisations. Pour les uns, elles seraient épigénétiques (c'est-à-dire associées à

une granitisation); pour les autres, elles seraient syngénétiques. Il est évident que la connaissance de l'origine de la minéralisation a son importance, surtout pour l'organisation de la prospection en profondeur.

La seconde association est celle du cuivre avec le zinc et le p1omb (Cu-Zn-Pb). Elle est beaucoup plus répandue au Zaïre que la première et se localise dans la partie supérieure du Katangien. Son origine serait hydrothermale. Les principales exploitations se trouvent au Shaba, entourant la zone ferrifère du Shaba méridional. Ailleurs, on ne rencontre que de petits gisements ou indices de minéralisation (au Bas-Zaïre et localement au Kasaï). Outre le cuivre, le zinc et le p1omb, les gisements livrent parfois de petites quantités d'argent.

Notons enfin que pour les deux associations mentionnées la proportion des éléments peut varier très fortement d'un endroit à l'autre.

Si le Shaba méridional représente la zone productive de cuivre et ses associés, le Shaba septentrional par contre contient d'importants gisements de cassitérite, qui y fut découverte pour la première fois en 1903. Mais le Shaba n'en possède pas le monopole car dés l 926 plusieurs gisements de valeur furent trouvés au Kivu et au Maniema. Tous ces gisements se localisent dans la chaîne plissée kibarienne-burundienne et sont en relation avec une granitisation du même âge. Il y a des gisements alluvionnaires et éluvionnaires ainsi que des gîtes primaires. Ces derniers sont parfois exploités à ciel ouvert. Outre l'étain, ces gisements de cassitérite livrent une importante production de niobium, tantale et tungstène.

La recherche de l'or fut une déception au Shaba. Elle fut heureusement compensée par un succès éclatant dans le nord-est du Zaïre. Dés la fin du XIXe siècle, on avait déjà trouvé de l'or dans les alluvions d'un affluent de l'Ituri. En 1906, l'or fut décelé dans les alluvions de la rivière Moto et dés 1910, la prospection battait son plein dans toute la région de Kilo-Moto. On a découvert plus tard une série de gisements ailleurs associés à la granitisation burundienne (Maniema, Kivu, versant occidental du lac Tanganyika et un peu au Kasai et au Mayumbe). Mais le nord-est du Zaïre reste de loin le plus grand producteur. L'or se présente partout à l'état natif. L'argent lui est associé. Les gisements détritiques sont du type alluvionnaire. Les gîtes primaires sont souvent exploités à ciel ouvert mais il existe également des exploitations souterraines. Les gisements détritiquces ont parfois livrés de très belles pépites de plusieurs kilos dont l'une atteignait même un poids de près de 65 kg.

C'est en 1909 que le diamant fut signalé dans les alluvions d'un petit affluent du Kasaï. Dés 1912, la prospection générale fut organisée dans le bassin du Kasaï, ce qui a permis d'y délimiter deux zones : une zone occidentale, dont le centre est Tshikapa, et une région orientale dans le bassin de la Lubilash. Dans les deux cas, il s'agit uniquement de gisements détritiques dans les alluvions récentes et anciennes. La production de la zone occidentale consiste en majorité en petits diamants de joaillerie; le bassin de la Lubilash produit surtout des diamants industriels. On associe la présence du diamant à l'érosion des brèches de kimberlite. Les deux zones du Kasaï sont les principaux producteurs de diamant qu'on trouve sporadiquement ailleurs dans la ceinture des roches du soubassement. Lcs kimberlites du Shaba ne semblent pas avoir de valeur économique.

Le cuivre et ses associés, l'étain et ses associés, l'or et le diamant représentent la grosse majorité de la production minérale du Zaïre. Bien sûr, le tableau n'est pas complet et on pourrait y ajouter la présence de manganèse dans le sous-sol du Shaba et celle de monazite alluviale au Maniema. Mais cela est peu de chose comparé à la valeur économique des quatre " grands ". Il faut également mentionner la recherche de bauxite au Bas-Zaïre, recherche inspirée évidemment par la présence de l'hydro-énergie d'Inga. Elle a laissé fort peu d'espoir et pour le moment la présence de bauxite à teneur intéressante parait aléatoire.

Mais l'inventaire des ressources minérales des roches du soubassement ne serait certainement pas complet sans parler des réserves potentielles énormes en fer, que constituent les collines allongées d'itabirite dans le nord-est et la région du Kasaï. Rien que dans le bassin de l'Uele, on estime ces réserves de l'ordre de 5 milliards de tonnes de minerai et dans la région Luebo-Charlesville (Kasaï) les réserves probables ou possibles seraient de 105.000.000 de tonnes de minerai, renfermant près de 44.000.000 de tonnes de fer. Ces collines, dont la longueur peut être de l'ordre de plusieurs km, émergent du paysage sur plusieurs centaines de mètres de haut et permettraient ainsi une exploitation aisée à ciel ouvert d'un minerai (hématite, magnétite) très riche avec des teneurs en fer supérieures à 45 %, allant parfois jusqu'à 70 %. En outre, ce minerai est très pauvre en phosphore et le soufre est pratiquement inexistant.

Les collines d'itabirite ne sont d'ailleurs pas les seuls gisements potentiels de fer. Dans les roches du Katangien au Shaba, on connaît d'importantes concentrations de minerai (magnétite, oligiste, martite) peu siliceux et également à haute teneur en fer. Tout cela reste cependant bien potentiel à défaut d'industrie sur place.

  • B. Le charbon et les hydrocarbures

C'est en 1873 que des indigènes remettaient à l'explorateur Cameron des fragments de charbon qui d'après eux provenaient des rives occidentales du lac Tanganyika. En 1904, la présence de la houille fut signalée dans quelques vallées des affluents de droite du Lualaba. Actuellement on connaît quelques gisements au sud de Bukama (bassins de la Luena et du haut Lualaba) et dans les environs de Kalemie. Tous ces gisements appartiennent au Permien. Il s'agit de petits gisements livrant un charbon de basse qualité, riche en cendres. Mais comme le charbon est rare en Afrique centrale ces gisements sont les bienvenus pour la consommation locale. Il ne semble pas y avoir d'espoir de nouvelles découvertes.

Le lignite est inconnu au Zaïre. Par contre on a trouvé de petits gisements de tourbe dans quelques dépôts alluviaux au Kivu. Mais leur valeur économique pour des fins énergétiques est médiocre. Eventuellement on pourrait envisager leur traitement dans l'industrie des engrais.

Pauvre en charbon, le Zaïre semble l'être également en ce qui concerne les gisements d'hydrocarbures. Des schistes bitumineux appartenant au Mésozoïque sont connus depuis longtemps dans la région Kisangani-Bubundu et dans le bassin du Lomami. Quoique les réserves paraissent être importantes, il reste fort douteux à présent que le prix de revient après traitement de ces schistes puisse concurrencer celui des hydrocarbures importés. Des suintements et des imprégnations d'hydrocarbures ont été signalés dans les roches de remplissage de certains fossés tectoniques de l'est du Zaïre mais leur valeur économique semble être nulle. Des indices d'hydrocarbures ont été trouvés dans les formations du littoral. Ils ont conduit à une petite exploitation pour la consommation locale (revêtement routier) mais ce n'est certainement pas le grand gisement de pétrole qu'on espérait y trouver. Les quelques sondages dans la cuvette centrale, vaste bassin de sédimentation continentale, n'ont rien donné et ce n'est pas dans les roches plissées et fracturées du soubassement qu'il faut s'attendre à des conditions propices à l'emmagasinement d'hydrocarbures. Reste la prospection en mer mais qui dés le début soulèvera des problèmes juridiques : la ligne de la côte du Zaïre est très courte ce qui limite les aspirations concernant la part zaïroise du plateau continental. Les quelques exploitations ont rencontré beaucoup de difficultés techniques et les perspectives concernant les réserves et les possibilités de découverte de nouveaux gisements sont sombres.

  • C. Conclusions

Le Zaïre possède quelques atouts importants dans le domaine des richesses minérales. L'exploitation de ces richesses ayant débuté par les gisements les plus faciles à prospecter et à exploiter - à savoir les gisements détritiques - l'avenir appartient donc surtout aux gisements primaires. Comme il s'agit de produits d'exportation et comme ces gisements sont très éloignés de la côte, leur rentabilité suppose un entretien constant des voies d'acheminement. Le Zaïre restera en outre dépendant en ce qui concerne ses besoins en hydrocarbures.