| LES PRINCIPALES FORMATIONS
GEOLOGIQUES L'histoire
géologique du Zaïre peut être subdivisée en deux grandes périodes. I1 y a d'abord les
formations du soubassement d'âge précambrien qui offrent une tectonique compliquée
(nombreux plis et failles). Ces formations sont plus ou moins métamorphiques et
régionalement très granitisées. En discordance sur ces couches anciennes reposent les
terrains de couverture (terrains phanérozoïques) allant du Carbonifère supérieur à
l'Holocène. D'allure horizontale à subhorizontale ces formations ne sont pas
métamorphiques.
En général, on constate que cette
subdivision correspond à une répartition géographique bien distincte. Les formations du
soubassement affleurent surtout en bordure de la cuvette centrale, qui elle est
constituée à son tour par la majeure partie des terrains de couverture. Ces derniers
apparaissent en outre dans la zone littorale, comprise entre l'océan Atlantique et les
monts de Cristal, et recouvrent une partie du bassin du Kasaï. Enfin, des formations
récentes de faciès divers se rencontrent au-dessus des deux grandes subdivisions.
Examinons maintenant en détail comment s'est formé le sous-sol du Zaïre.
- A. Les formations du soubassement
L'absence de fossiles d'importance
stratigraphique complique l'étude de ces formations. L'ensemble est pauvre en fossiles et
les quelques stromatolithes et microfossiles n'ont pas permis de tirer des conclusions
stratigraphiques. Le raccord de région à région se fait en combinant les données
d'âge absolu (âge radiométrique) avec la continuité géographique. Ce raccord reste
encore incertain entre plusieurs zones. En outre, la position stratigraphique de plusieurs
ensembles fait encore l'objet de discussions entre géologues. Néanmoins on parvient à
subdiviser les formations du soubassement en deux grandes unités bien distinctes, à
savoir : l'ensemble du Katangien représentant les formations les moins anciennes et
l'ensemble anté-katangien.
Les formations anté-katangiennes (âge
absolu antérieur à environ 1300 millions d'années)
Actuellement, on propose de subdiviser ces
formations en trois ensembles. Il y a d'abord les roches les plus anciennes du Zaïre, qui
seraient antérieures à 2.700 millions d'années et dont l'âge absolu le plus reculé
serait d'environ 3.400 millions d'années (roches essentiellement gneissiques de la haute
Luanyi au Kasaï et du bassin de la Bomu). Ensuite, il existe une série de formations qui
affleurent régionalement mais sans continuité géographique. De ce fait, elles sont
désignées par des appellations régionales. Il s'agit d'un ensemble de métasédiments,
généralement pauvres en calcaire, qui régionalement sont très granitisés. Ils
affleurent au Zaïre occidental, nord-occidental et nord-oriental, ainsi qu'au
Kivu-Maniema, au Shaba méridional et dans la région Kwango-Kasaï-Lomami. Enfin, on
distingue l'ensemble du Kibarien-Burundien, plus récent que les formations décrites
ci-dessus. Le Kibarien a été étudié en détail au Shaba. Il est composé de
métasédiments. A part quelques intercalations de calcaires, cipolins et dolomies dans le
Kibarien inférieur, c'est uniquement dans le Kibarien supérieur qu'on note la présence
de formations puissantes de roches calcaires. En outre, le Kibarien renferme des roches
effusives et a été affecté par plusieurs granitisations (granites syntectoniques et
granites post-tectoniques).
La chaîne kibarienne se poursuit dans le
Maniema et le Kivu où elle est désignée sous le nom de Burundien mais dont la
stratigraphie est encore malconnue.
Les rhyolites du plateau des Marungu
appartiennent également à l'ensemble Kibarien-Burundien.
L'ensemble du Katangien
Comme le nom l'indique clairement c'est au
Shaba (anciennement appelé Katanga) que se trouve la région-type de cet ensemble qui y
occupe la partie centrale et méridionale, au sud-est de la chaîne kibarienne. Dans cette
région, les couches du Katangien reposent partout par une discordance marquée sur celles
du Kibarien. Elles sont donc plus jeunes que le Kibarien, et exprimé en âge absolu, elle
représentent la période ultime du Précambrien, comprise entre 1.300 millions d'années
et 645 millions d'années. Malgré des études très poussées sur le Katangien, il ne
semble pas que les géologues se soient mis d'accord quant à sa subdivision. La formation
du Katangien se compose du haut vers le bas du Kundulungu, de l'ensemble Grand
Conglomérat-Mwashya et du Roan.
On y trouve une grande variété de roches,
parmi lesquelles il faut mentionner spécialement la présence de dolomies et de calcaires
ainsi que des intrusions de kimberlite.
En dehors du Shaba il existe plusieurs
ensembles qui feraient également partie du Katangien et portent des dénominations
régionales. Dans le Nord du Zaïre, on note ainsi le Lindien (bassins de l'
Aruwimi-Lokoma-Ituri). En continuité avec le Lindien affleure l' Ubangien (bassins
Aruwimi-Lokoma). Leur composition lithologique est identique à celle du Katangien au
Shaba.
Dans le Bas-Zaïre, le Katangien occupe une
place importante dans la géologie et y est appelé Ouest-Congolien. Il affleure à l'est
des formations plus anciennes de la région Luozi-Ngungu. En se dirigeant de l'ouest vers
l'est cet ensemble, d'abord plissé, devient subhorizontal. L'Ouest-Congolien contient un
ensemble de roches schisto-gréseuses qui repose en discordance sur un ensemble
schisto-calcaire. A la base, on rencontre des tillites (conglomérats glaciaires). On note
la présence de laves basaltiques et andésitiques interstratifiées dans ces tillites
ainsi que des tufs et des dolérites. Cette dernière roche est également signalée en
dehors du domaine des tillites.
Des sondages effectués dans la cuvette
centrale ont rencontré à grande profondeur des roches qu'on attribue soit au Lindien,
soit au Katangien du Bas-Zaïre. Des plages de grès rouges en couches subhorizontales
ainsi que de rares 1ambeaux de roches carbonatées qui affleurent au Maniema sont à
raccorder soit avec le Lindien de la région-type, soit avec les roches du soubassement de
la cuvette centrale. Il y aurait donc une continuité assez bonne entre les trois régions
isolées ou le Katangien est bien représenté (Shaba, Bas-Zaïre et nord du Zaïre).
Notons enfin qu'il existe des formations non
datées radiométriquement qu'on hésite actuellement à classer, soit dans le Katangien
inférieur, soit dans l'ensemble Kibarien-Burundien.
- B. Les formations de la couverture dans la
cuvette centrale et son pourtour
Vers la fin du Katangien, l'influence
continentale commence à se manifester de plus en plus. A l'exception d'une étroite
frange côtière cette tendance continentale devient ensuite définitive à quelques rares
exceptions près et les formations de couverture à l'intérieur du Zaïre sont presque
toutes continentales. Il y a cependant un hiatus dans nos connaissances de l'histoire
géologique. En effet, le Katangien représente le Précambrien supérieur alors que
l'histoire géologique des dépôts de couverture commencerait au Carbonifère supérieur.
On ignore donc ce qui s'est passé pendant une grande partie du Paléozoïque. Les
dépôts de couverture contiennent souvent des fossiles permettant de leur attribuer un
âge géologique certain.
Un premier ensemble date du Carbonifère
supérieur et du Permien et est constitué de schistes, argilites, psammites, grès et
poudingues. Ces derniers sont souvent d'origine glaciaire ou périglaciaire. Cet ensemble
affleure dans le bassin de la Lukuga, sur le versant du lac Tanganyika, dans le bassin de
la Luena, au Maniema et dans la région d'Irumu. Il a été traversé dans la cuvette par
sondage. Il ne contient aucune roche effusive ou intrusive.
Le Mésozoïque contient d'importantes
formations de différentes variétés de grès ainsi que d'argilites. Accessoirement on y
trouve des calcaires, des marnes et des schistes. Régionalement (entre autres au Kasaï),
l'ensemble mésozoïque est traversé par des kimberlites. Les couches du Mésozoïque
affleurent sur le pourtour de la cuvette centrale et ont été reconnues en profondeur par
sondage dans la cuvette même.
Le Tertiaire débute par une épaisse
formation (jusqu'à 80 m d'épaisseur) de sables et grès tendres (série des "grès
polymorphes ") suivie d'un dépôt également important (épaisseur presque 120
m) de sables et limons (série des sables ocres). Les deux séries sont souvent groupées
sous le nom de " système du Kalahari " et affleurent dans la partie
méridionale du Zaïre (entre autres dans les bassins du Kwango et du Kwilu).
Pendant la 2e moitié du Tertiaire ainsi que
pendant le Quaternaire se forment à travers tout l'intérieur du Zaïre des alluvions
(récentes et anciennes), des dépôts de pentes et de plateaux (entre autres des
latérites), des travertins et des dépôts de cavernes. Régionalement ces dépôts
peuvent atteindre une extension horizontale importante comme par exemple dans la cuvette
centrale qui est couverte par des dépôts lacustres et fluviatiles. Les dépôts
quaternaires de la cuvette et son pourtour sont pauvres en fossiles. Heureusement on y
trouve fréquemment des artéfacts, permettant ainsi de définir l'âge d'après les
industries préhistoriques. Il est à noter que pendant le Tertiaire et le Pléistocène
plusieurs dépôts se seraient formés sous des conditions climatiques arides à
subarides, contrastant ainsi avec le climat tropical et équatorial humide actuel.
Au pied du versant occidental des monts de
Cristal affleurent à plusieurs endroits des grès et des argilites appartenant au
Crétacé inférieur continental et désignés sous le nom de " grès
sublittoraux ". Mais à l'ouest de cet ensemble et jusqu'à la côte actuelle on
ne rencontre plus que des dépôts marins dont l'âge devient de plus en plus récent en
allant de l'intérieur vers la côte : calcaire, marnes, grès tendres, sables et
conglomérats du Crétacé supérieur; calcaires, argiles, sables et grès du Tertiaire;
sables conglomérats, grès tendres du Quaternaire.
A l'exception de la zone littorale et du
Shaba méridional, on observe un certain zonage dans la disposition géographique de
certaines formations géologiques. C'est ainsi que les formations précambriennes les plus
anciennes occupent une position externe dans l'anneau des roches du soubassement qui
entoure la cuvette centrale. En se dirigeant vers l'intérieur on rencontre d'abord des
affleurements du Katangien et ensuite les terrains de couverture dont l'âge décroît
généralement en direction de la cuvette centrale. On pourrait en conclure, en guise
d'hypothèse, que la tendance générale de soulèvement des bords de la cuvette - et la
subsidence concomitante de la cuvette-même - a débuté très tôt dans l'histoire
géologique du Zaïre et s'est maintenue à travers les vicissitudes de l'évolution
géologique du pays. |