Dans son ensemble, la faune
congolaise régresse. Les raisons principales de ce déclin sont la réduction constante
de l'espace vital disponible, ainsi que l'exploitation illégale des animaux sauvages qui
s'est considérablement amplifiée. Par ailleurs, ces dernières années, d'autres causes
telles que l'afflux de réfugiés rwandais consécutifs au génocide perpétré au Rwanda
en 1994 et la rébellion zaïroise qui conduisit à la chute du régime mobutiste,
accélérèrent encore ce déclin.
toutes les espèces ou presque sont chassées
pour la viande, hautement appréciée en République démocratique du Congo, mais aussi
pour l'ivoire, les peaux ou d'autres produits encore destinés principalement au marché
international.
En 1923, on estimait que les trois quarts de la viande consommée en
République démocratique du Congo provenaient d'animaux sauvages (poissons y compris). Il
en va de même aujourd'hui encore dans les régions où l'élevage est rendu impossible
suite aux maladies tropicales qui déciment les bovins, ou suite à l'absence de
pâturages naturels, comme dans la région de Kisangani par exemple. La viande boeuf
provient d'autres régions, ce qui en explique la rareté et le prix élevé. il en
réssulte une entière dépendance de la population vis-à-vis de la chasse et de la
pêche pour satisfaire ses besoins en protéines. La viande de brousse est offerte toute
l'année sur les marchés de Kisangani, même et surtout en dehors de la saison de chasse
officielle qui s'étend en principe sur sept mois. Cette situation s'explique par le fait
que pendant la fermeture de la chasse (c'est-à-dire en saison des pluies), la présence
des hommes dans les villages est moins nécessaire, le travail aux champs étant assez
réduit. Dans les régions rurales, seule la viande de moindre qualité sera consommée,
quant aux pièces de choix (singes et céphalophes principalement), elles sont expédiées
vers Kisangani ou, via le fleuve Congo, en direction de Kinshasa.
La surexploitation généralisée du gibier entraîne désormais les
chasseurs à s'enfoncer pendant des jours dans la forêt afin de trouver suffisamment
d'animaux. Toutes les espèces sont abattues, sans aucune distinction : même des espèces
rares, comme les chimpanzés ou les colobes, ne sont pas épargnées. Pareille
exploitation a déjà conduit localement des animaux tels que le cercopithèque ascagne,
le céphalophe bleu, le rat géant d'Emin ou l'athérure africain au seuil de
l'extinction.
Certaines techniques de chasse, tels l'affût nocturne à l'aide de
projecteurs ou les incendies de brousse, peuvent en outre s'avérer particulièrement
gaspilleuses et destructrices. L'accroissement de la population dans les villages et
surtout dans les villes, l'utilisation d'armes modernes, la construction de routes et le
déboisement (qui facilitent la pénétration des chasseurs au plus profond de la forêt),
ainsi que le passage d'une consommation locale traditionnelle vers des circuits
commerciaux à grande échelle, sont autant de facteurs qui expliquent pourquoi la
pression de la chasse est devenue intolérable dans la plus grande partie du pays.
La demande au niveau international pour certains produits tels les peaux
de reptiles ou l'ivoire, ou pour des animaux vivant tels les chimpanzés, les perroquets
jaco ou les jeunes pythons, est également à l'origine d'un braconnage intense. Souvent,
les produits bruts sont travaillés en Europe ou en Asie pour produire des articles de
luxe, tandis que les animaux vivants aboutissent finalement chez des marchands, dans des
zoos ou des centres de recherche. Le commerce de telles espèces est réglementé par la
Convention de Washington (CITES), dont la République démocratique du Congo est membre
depuis 1976.
Les effets néfastes d'une exploitation anarchique sont clairement
illustrés par le destin tragique des rhinocéros blancs, dont la sous-espèce d'Afrique
centrale ne compte plus que 24 spécimens, qui vivent dans le Parc Natoinal de la Garamba
: ces animaux furent impitoyablement massacrés pour leur corne qui partait en fraude à
destination de l'Extrême-Orient et du Yémen. Un tel trafic est très souvent organisé
et stimulé par des intermédiaires qui habitent les villes : ce sont eux d'ailleurs qui
amassent les plus gros bénéfices, tandis qu'en brousse, les braconniers ne reçoivent
qu'une aumône pour s'occuper des sales besognes. Les marchandises fraudées quittent la
République démocratique du Congo via les pays voisins ou sont parfois expédiées
directement, comme le démontrent des saisies occasionnelles opérées dans certains ports
congolais.
L'ivoire demeure en vogue et s'il n'est pas mis fin rapidement aux
massacres perpétrés à l'heure actuelle, l'avenir de l'éléphant apparaît comme
particulièrement sombre. Dans les forêts du Haut-Congo et de l'Equateur, on les décime
à l'arme automatique tandis qu'au Katanga, une région de savanes, on empoisonne
régulièrement leur nourriture ou les points d'eau qu'ils utilisent. Les principales
raisons d'être de cetrafic très lucratif sont la demande incessante d'ivoire brut en
Asie et la flambée des prix de l'ivoire. Par ailleurs, le braconnage est également
stimulé par l'existence d'un certain nombre d'ateliers locaux de transformation de
l'ivoire dont la plupart sont établis à Kinshasa.
Le riche patrimoine naturel de la République démocratique du Congo ne
pourra survivre que pour autant qu'il subsiste suffisamment d'espace pour les animaux et
les plantes. Afin de pouvoir assurer une exploitation durable de la faune, il est
également urgent de mettre fin au braconnage et à la chasse abusive. Les populations
rurales ont particulièrement intérêt à ce que le gibier se porte bien. le marché
intérieur de la viande devrait être mieux contrôlé et, en premier lieu, il faudrait
appliquer la législation existante (respect des saisons de chasse, limitation du nombre
de permis de chasse et de port d'armes, renforcement de la lutte anti-braconnage dans les
parcs nationaux et protection des espèces menacées en général, élimination des
intermédiaires qui commercialisent la viande de façon illégale).
Afin d'arriver à un niveau d'exploitation supportable pour le gibier, les
réserves forestières existantes devraient être agrandies et il faudrait d'urgence
améliorer la gestion des domaines de chasse et nos connaissances au sujet de la faune
afin de pouvoir fixer des normes de capture et des quotas d'abattage rationnels. En outre,
il faut faire comprendre aux populations rurales que l'élevage de volailles, d'autres
animaux domestiques, ou même de certaines espèces sauvages, offre des alternatives
intéressantes pour l'approvisionnement en viande.
La République démocratique du Congo se trouve confrontré à un défi
extraordinaire : il mérite pour le vaincre, le soutien de la communauté internationale
toute entière. |