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DESCRIPTION - Faune ar2-r.gif (1769 octets) Braconnage

Dans son ensemble, la faune congolaise régresse. Les raisons principales de ce déclin sont la réduction constante de l'espace vital disponible, ainsi que l'exploitation illégale des animaux sauvages qui s'est considérablement amplifiée. Par ailleurs, ces dernières années, d'autres causes telles que l'afflux de réfugiés rwandais consécutifs au génocide perpétré au Rwanda en 1994 et la rébellion zaïroise qui conduisit à la chute du régime mobutiste, accélérèrent encore ce déclin.

toutes les espèces ou presque sont chassées pour la viande, hautement appréciée en République démocratique du Congo, mais aussi pour l'ivoire, les peaux ou d'autres produits encore destinés principalement au marché international.

En 1923, on estimait que les trois quarts de la viande consommée en République démocratique du Congo provenaient d'animaux sauvages (poissons y compris). Il en va de même aujourd'hui encore dans les régions où l'élevage est rendu impossible suite aux maladies tropicales qui déciment les bovins, ou suite à l'absence de pâturages naturels, comme dans la région de Kisangani par exemple. La viande boeuf provient d'autres régions, ce qui en explique la rareté et le prix élevé. il en réssulte une entière dépendance de la population vis-à-vis de la chasse et de la pêche pour satisfaire ses besoins en protéines. La viande de brousse est offerte toute l'année sur les marchés de Kisangani, même et surtout en dehors de la saison de chasse officielle qui s'étend en principe sur sept mois. Cette situation s'explique par le fait que pendant la fermeture de la chasse (c'est-à-dire en saison des pluies), la présence des hommes dans les villages est moins nécessaire, le travail aux champs étant assez réduit. Dans les régions rurales, seule la viande de moindre qualité sera consommée, quant aux pièces de choix (singes et céphalophes principalement), elles sont expédiées vers Kisangani ou, via le fleuve Congo, en direction de Kinshasa.

La surexploitation généralisée du gibier entraîne désormais les chasseurs à s'enfoncer pendant des jours dans la forêt afin de trouver suffisamment d'animaux. Toutes les espèces sont abattues, sans aucune distinction : même des espèces rares, comme les chimpanzés ou les colobes, ne sont pas épargnées. Pareille exploitation a déjà conduit localement des animaux tels que le cercopithèque ascagne, le céphalophe bleu, le rat géant d'Emin ou l'athérure africain au seuil de l'extinction.

Certaines techniques de chasse, tels l'affût nocturne à l'aide de projecteurs ou les incendies de brousse, peuvent en outre s'avérer particulièrement gaspilleuses et destructrices. L'accroissement de la population dans les villages et surtout dans les villes, l'utilisation d'armes modernes, la construction de routes et le déboisement (qui facilitent la pénétration des chasseurs au plus profond de la forêt), ainsi que le passage d'une consommation locale traditionnelle vers des circuits commerciaux à grande échelle, sont autant de facteurs qui expliquent pourquoi la pression de la chasse est devenue intolérable dans la plus grande partie du pays.

La demande au niveau international pour certains produits tels les peaux de reptiles ou l'ivoire, ou pour des animaux vivant tels les chimpanzés, les perroquets jaco ou les jeunes pythons, est également à l'origine d'un braconnage intense. Souvent, les produits bruts sont travaillés en Europe ou en Asie pour produire des articles de luxe, tandis que les animaux vivants aboutissent finalement chez des marchands, dans des zoos ou des centres de recherche. Le commerce de telles espèces est réglementé par la Convention de Washington (CITES), dont la République démocratique du Congo est membre depuis 1976.

Les effets néfastes d'une exploitation anarchique sont clairement illustrés par le destin tragique des rhinocéros blancs, dont la sous-espèce d'Afrique centrale ne compte plus que 24 spécimens, qui vivent dans le Parc Natoinal de la Garamba : ces animaux furent impitoyablement massacrés pour leur corne qui partait en fraude à destination de l'Extrême-Orient et du Yémen. Un tel trafic est très souvent organisé et stimulé par des intermédiaires qui habitent les villes : ce sont eux d'ailleurs qui amassent les plus gros bénéfices, tandis qu'en brousse, les braconniers ne reçoivent qu'une aumône pour s'occuper des sales besognes. Les marchandises fraudées quittent la République démocratique du Congo via les pays voisins ou sont parfois expédiées directement, comme le démontrent des saisies occasionnelles opérées dans certains ports congolais.

L'ivoire demeure en vogue et s'il n'est pas mis fin rapidement aux massacres perpétrés à l'heure actuelle, l'avenir de l'éléphant apparaît comme particulièrement sombre. Dans les forêts du Haut-Congo et de l'Equateur, on les décime à l'arme automatique tandis qu'au Katanga, une région de savanes, on empoisonne régulièrement leur nourriture ou les points d'eau qu'ils utilisent. Les principales raisons d'être de cetrafic très lucratif sont la demande incessante d'ivoire brut en Asie et la flambée des prix de l'ivoire. Par ailleurs, le braconnage est également stimulé par l'existence d'un certain nombre d'ateliers locaux de transformation de l'ivoire dont la plupart sont établis à Kinshasa.

Le riche patrimoine naturel de la République démocratique du Congo ne pourra survivre que pour autant qu'il subsiste suffisamment d'espace pour les animaux et les plantes. Afin de pouvoir assurer une exploitation durable de la faune, il est également urgent de mettre fin au braconnage et à la chasse abusive. Les populations rurales ont particulièrement intérêt à ce que le gibier se porte bien. le marché intérieur de la viande devrait être mieux contrôlé et, en premier lieu, il faudrait appliquer la législation existante (respect des saisons de chasse, limitation du nombre de permis de chasse et de port d'armes, renforcement de la lutte anti-braconnage dans les parcs nationaux et protection des espèces menacées en général, élimination des intermédiaires qui commercialisent la viande de façon illégale).

Afin d'arriver à un niveau d'exploitation supportable pour le gibier, les réserves forestières existantes devraient être agrandies et il faudrait d'urgence améliorer la gestion des domaines de chasse et nos connaissances au sujet de la faune afin de pouvoir fixer des normes de capture et des quotas d'abattage rationnels. En outre, il faut faire comprendre aux populations rurales que l'élevage de volailles, d'autres animaux domestiques, ou même de certaines espèces sauvages, offre des alternatives intéressantes pour l'approvisionnement en viande.

La République démocratique du Congo se trouve confrontré à un défi extraordinaire : il mérite pour le vaincre, le soutien de la communauté internationale toute entière.