| Deux aspects économiques ont
retenu spécialement l'attention des chercheurs et des autorités : les tronçons
navigables et les possibilités d'exploitation de l'énergie hydro-électrique.
Dans un pays comme le Zaïre, où la
construction et l'entretien de routes terrestres sont très coûteux, et cela aussi bien
dans le relief tourmenté de la ceinture montagneuse qui borde la cuvette centrale
marécageuse que dans cette cuvette même, on a très vite cherché à organiser le trafic
plus rentable sur les rivières. Mais le bassin du Zaïre n'offre pas les mêmes avantages
que celui de l'Amazone, car plusieurs éléments de géographie physique y entravent la
navigabilité des cours d'eau. L'existence de chutes et de rapides a déjà été
signalée souvent : le passage des cours d'eau venant de l'anneau de montagnes autour de
la cuvette centrale se fait partout par des ruptures de pente importantes. Signalons comme
exemple la zone des Cataractes dans les monts de Cristal, les nombreux rapides et chutes
dans le bassin du Lualaba (chutes de Nzilu et de Cornet) et dans le Kasaï (chutes
Delporte, Pogge II, François-Joseph, Stéphanie, von Wissmann, von François et Wolf),
les chutes de la Tshopo et les nombreuses chutes de l'Uele et de l' Aruwimi. Là où le
trafic de marchandises s'avérait être indispensable on a dû doubler les tronçons
impropres au transport par eau par des chemins de fer (entre autres, le chemin de fer de
Kinshasa-Matadi et les chemins de fer longeant le Lualaba). L'importance du chemin de fer
Kinshasa-Matadi n'échanppe à personne et on peut affirmer que le bombement récent du
relief occidental du bassin grève lourdement le prix de revient des produits
d'exportation venant de l'intérieur du pays.
En faisant abstraction des lacs, on peut
estimer à environ 13.000 km la longueur totale du bassin fluvial du Zaïre qui est
accessible à des unités fluviales autres que des baleinières. Une grande partie du
bassin reste donc impropre à la navigation. Ce sont surtout les régions du nord-est et
de l'est (région des grands lacs) qui restent isolées par rapport à l'axe fluvial
navigable du fleuve Zaïre en aval de Kisangani.
Même pour les tronçons navigables du
bassin une étude et un entretien continus s'avèrent être indispensables pour assurer la
navigabilité qui en général ne devient possible que pendant la journée. Il y a d'abord
le grand écart entre le débit d'étiage et celui des hautes eaux, dû surtout au régime
des précipitations dans la zone climatique Aw. Certains affluents du Lualaba ont des
débits minima = à 0 et même dans les grandes rivières le niveau des basses eaux peut
rendre la navigation difficile voire temporairement impossible (entre autres dans les
biefs Bukama - Kongolo et Kindu - Bubundu du Lualaba). Une autre conséquence de cet
écart dans les débits est le remaniement répété de la morphologie du fond du lit de
la rivière. Les bancs de sable changent de volume et se déplacent sous l'influence du
débit variable auquel il faut ajouter l'influence des crues exceptionnelles. Dans
certains tronçons du bassin du Kasaï, la route navigable peut changer chaque semaine
pendant la période de la grande et rapide décrue en mai-juin.
Si la vallée s'est formée dans des roches
tendres (entre autres les sables ocres, qui couvrent une partie du bassin du Kasaï) le
sapement et l'écroulement des berges sont choses courantes. Enfin, il y a l'entrave de la
navigation par la végétation. Signalons tout d'abord les " snags
", obstacles mobiles et durs, formés par des troncs d'arbres, tombés dans la
rivière. Comme le bois est souvent très lourd, les " snags "
roulent sur le fond du lit ou flottent entre deux eaux, ce qui les rend difficilement
visibles de la surface. Ensuite, il y a la végétation aquatique flottante qui pendant
les hautes eaux envahit les rivières comme c'est le cas dans le Lualaba sur le bief
Bukama-Kongolo et dans la Lufira aval. Enfin, signalons l'envahissement du bassin du
Zaïre par la jacinthe d'eau qui semble avoir trouvé dans ce bassin des conditions
optimales de développement.
- 2) L'énergie hydro-électrique
Ce qui est un malheur pour l'un peut être
le bonheur de l'autre : les chutes et rapides empêchant la navigabilité sont parfois des
sites très propices pour la production d'énergie hydro-électrique. Des géologues et
des ingénieurs avaient déjà reconnu dés le premier quart du XXe siècle, ce cadeau de
la géographie physique à l'économie du pays. Le problème s'était posé d'ailleurs
très vite dans le cadre du développement économique de l'ancienne colonie et notamment
au Katanga. En effet, les gisements de cuivre étant généralement constitués de minerai
pauvre et étant très éloignés de l'océan Atlantique, un raffinement préalable du
minerai s'imposait. L'hydro-électricité était l'unique source d'énergie abondamment
disponible. Des centrales ont été aménagées ainsi dans les régions minières (bassins
de haut Lualaba et du Kasaï) et près des grandes agglomérations urbaines. Elles
étaient destinées à répondre aux besoins locaux ou régionaux en énergie.
Mais il est un fait bien connu que l'
Afrique tropicale humide ainsi que l' Amérique tropicale humide se rangent à cause de
leur climat à précipitations abondantes et de leur relief tourment parmi les
premières régions riches en énergie électrique potentielle. Potentielle, parce qu'il y
a une énorme marge entre les possibilités de production d'énergie d'une part et la
faible densité de la population ainsi que le faible développennent de l'industrie
d'autre part. Le bassin fluvial du Zaïre ne fait pas exception et son énergie
hydro-électrique potentielle en territoire zaïrois est grossièrement estimée à plus
de l 00.000.000 kW, dont on utilise à peine 4 % pour les besoins de l'intérieur du pays.
Actuellement ce potentiel ne peut être converti en production réelle que si on parvient
à utiliser cette énergie pour des produits importés. Dans cette optique, l'anomalie
désastreuse pour la navigation fluviale du Bas-Zaïre, dont la communication avec
l'océan est coupée par une série de chutes et rapides, devient un élément très
favorable. C'est ainsi qu'on a commencé peu avant l'indépendance du Zaïre, l'étude du
site d'Inga. Ce site déjà signalé par Stanley en 1885 et dont la valeur économique fut
reconnue dés 1928 par Van Deuren consiste en un plateau à environ 320 m d'altitude sur
le versant droit du fleuve Zaïre, à 40 km à vol d'oiseau de Matadi. A cet endroit le
fleuve décrit une boucle est-ouest en aval du confluent avec la Lufu et dans cette boucle
le plan d'eau possède une dénivellation de 96 m de l'amont vers l'aval. Le débit
d'étiage serait au moins de 20.000 m³/sec. ce qui laisse espérer une production
d'énergie d'environ 25.000.000 kW. Nous voici devant le site idéal pour la production
d'énergie hydro-électrique à bas prix de revient : un port maritime à courte distance
et un débit d'eau qui, même dans les conditions les plus mauvaises, reste énorme. Mais
il y a plus si on considère la morphologie du site dans le détail. En effet, on y note
plusieurs dépressions orientées parallèlement au fleuve et communiquant de façon
intermittente avec lui. Il s'agit probablement d'anciens lits du Zaïrc en voie d'abandon.
Cela permet à relativement peu de frais de dévier les eaux du fleuve et d'en contrôler
le débit. Le sous-sol du site est composé de roches diverses mais dont en général la
perméabilité est faible ou nulle. Quelques inconvénients cependant : il existe des
formations mylonitisées ou très diaclasées; les roches schisteuses sont profondément
altérées ce qui rend les flancs de va11ée parfois instables.
Malgré ces facteurs géographiques très
favorables, on se rend compte qu'il faudra des investissements considérables pour mettre
ce site en exploitation. Mais la nature même du site permet d'envisager un aménagement
par étapes avant d'arriver à l'aménagement total. Une exploitation " au fil de
l'eau " par simple prise d'eau et en n'utilisant que 20 % du débit d'étiage,
produirait déjà 4.000.000 kW. En outre, en utilisant les vallées abandonnées une à
une, on obtiendrait pour 5 % du débit d'étiage dans chaque cas une production variant de
100.000 kW à 300.000 kW. |