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HYDROGRAPHIE ar2-r.gif (1769 octets) Signification économique
Signification économique du bassin fluvial du Congo
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Deux aspects économiques ont retenu spécialement l'attention des chercheurs et des autorités : les tronçons navigables et les possibilités d'exploitation de l'énergie hydro-électrique.
  • 1) La navigabilité

Dans un pays comme le Zaïre, où la construction et l'entretien de routes terrestres sont très coûteux, et cela aussi bien dans le relief tourmenté de la ceinture montagneuse qui borde la cuvette centrale marécageuse que dans cette cuvette même, on a très vite cherché à organiser le trafic plus rentable sur les rivières. Mais le bassin du Zaïre n'offre pas les mêmes avantages que celui de l'Amazone, car plusieurs éléments de géographie physique y entravent la navigabilité des cours d'eau. L'existence de chutes et de rapides a déjà été signalée souvent : le passage des cours d'eau venant de l'anneau de montagnes autour de la cuvette centrale se fait partout par des ruptures de pente importantes. Signalons comme exemple la zone des Cataractes dans les monts de Cristal, les nombreux rapides et chutes dans le bassin du Lualaba (chutes de Nzilu et de Cornet) et dans le Kasaï (chutes Delporte, Pogge II, François-Joseph, Stéphanie, von Wissmann, von François et Wolf), les chutes de la Tshopo et les nombreuses chutes de l'Uele et de l' Aruwimi. Là où le trafic de marchandises s'avérait être indispensable on a dû doubler les tronçons impropres au transport par eau par des chemins de fer (entre autres, le chemin de fer de Kinshasa-Matadi et les chemins de fer longeant le Lualaba). L'importance du chemin de fer Kinshasa-Matadi n'échanppe à personne et on peut affirmer que le bombement récent du relief occidental du bassin grève lourdement le prix de revient des produits d'exportation venant de l'intérieur du pays.

En faisant abstraction des lacs, on peut estimer à environ 13.000 km la longueur totale du bassin fluvial du Zaïre qui est accessible à des unités fluviales autres que des baleinières. Une grande partie du bassin reste donc impropre à la navigation. Ce sont surtout les régions du nord-est et de l'est (région des grands lacs) qui restent isolées par rapport à l'axe fluvial navigable du fleuve Zaïre en aval de Kisangani.

Même pour les tronçons navigables du bassin une étude et un entretien continus s'avèrent être indispensables pour assurer la navigabilité qui en général ne devient possible que pendant la journée. Il y a d'abord le grand écart entre le débit d'étiage et celui des hautes eaux, dû surtout au régime des précipitations dans la zone climatique Aw. Certains affluents du Lualaba ont des débits minima = à 0 et même dans les grandes rivières le niveau des basses eaux peut rendre la navigation difficile voire temporairement impossible (entre autres dans les biefs Bukama - Kongolo et Kindu - Bubundu du Lualaba). Une autre conséquence de cet écart dans les débits est le remaniement répété de la morphologie du fond du lit de la rivière. Les bancs de sable changent de volume et se déplacent sous l'influence du débit variable auquel il faut ajouter l'influence des crues exceptionnelles. Dans certains tronçons du bassin du Kasaï, la route navigable peut changer chaque semaine pendant la période de la grande et rapide décrue en mai-juin.

Si la vallée s'est formée dans des roches tendres (entre autres les sables ocres, qui couvrent une partie du bassin du Kasaï) le sapement et l'écroulement des berges sont choses courantes. Enfin, il y a l'entrave de la navigation par la végétation. Signalons tout d'abord les "  snags  ", obstacles mobiles et durs, formés par des troncs d'arbres, tombés dans la rivière. Comme le bois est souvent très lourd, les "  snags  " roulent sur le fond du lit ou flottent entre deux eaux, ce qui les rend difficilement visibles de la surface. Ensuite, il y a la végétation aquatique flottante qui pendant les hautes eaux envahit les rivières comme c'est le cas dans le Lualaba sur le bief Bukama-Kongolo et dans la Lufira aval. Enfin, signalons l'envahissement du bassin du Zaïre par la jacinthe d'eau qui semble avoir trouvé dans ce bassin des conditions optimales de développement.

  • 2) L'énergie hydro-électrique

Ce qui est un malheur pour l'un peut être le bonheur de l'autre : les chutes et rapides empêchant la navigabilité sont parfois des sites très propices pour la production d'énergie hydro-électrique. Des géologues et des ingénieurs avaient déjà reconnu dés le premier quart du XXe siècle, ce cadeau de la géographie physique à l'économie du pays. Le problème s'était posé d'ailleurs très vite dans le cadre du développement économique de l'ancienne colonie et notamment au Katanga. En effet, les gisements de cuivre étant généralement constitués de minerai pauvre et étant très éloignés de l'océan Atlantique, un raffinement préalable du minerai s'imposait. L'hydro-électricité était l'unique source d'énergie abondamment disponible. Des centrales ont été aménagées ainsi dans les régions minières (bassins de haut Lualaba et du Kasaï) et près des grandes agglomérations urbaines. Elles étaient destinées à répondre aux besoins locaux ou régionaux en énergie.

Mais il est un fait bien connu que l' Afrique tropicale humide ainsi que l' Amérique tropicale humide se rangent à cause de leur climat à précipitations abondantes et de leur relief tourment‚ parmi les premières régions riches en énergie électrique potentielle. Potentielle, parce qu'il y a une énorme marge entre les possibilités de production d'énergie d'une part et la faible densité de la population ainsi que le faible développennent de l'industrie d'autre part. Le bassin fluvial du Zaïre ne fait pas exception et son énergie hydro-électrique potentielle en territoire zaïrois est grossièrement estimée à plus de l 00.000.000 kW, dont on utilise à peine 4 % pour les besoins de l'intérieur du pays. Actuellement ce potentiel ne peut être converti en production réelle que si on parvient à utiliser cette énergie pour des produits importés. Dans cette optique, l'anomalie désastreuse pour la navigation fluviale du Bas-Zaïre, dont la communication avec l'océan est coupée par une série de chutes et rapides, devient un élément très favorable. C'est ainsi qu'on a commencé peu avant l'indépendance du Zaïre, l'étude du site d'Inga. Ce site déjà signalé par Stanley en 1885 et dont la valeur économique fut reconnue dés 1928 par Van Deuren consiste en un plateau à environ 320 m d'altitude sur le versant droit du fleuve Zaïre, à 40 km à vol d'oiseau de Matadi. A cet endroit le fleuve décrit une boucle est-ouest en aval du confluent avec la Lufu et dans cette boucle le plan d'eau possède une dénivellation de 96 m de l'amont vers l'aval. Le débit d'étiage serait au moins de 20.000 m³/sec. ce qui laisse espérer une production d'énergie d'environ 25.000.000 kW. Nous voici devant le site idéal pour la production d'énergie hydro-électrique à bas prix de revient : un port maritime à courte distance et un débit d'eau qui, même dans les conditions les plus mauvaises, reste énorme. Mais il y a plus si on considère la morphologie du site dans le détail. En effet, on y note plusieurs dépressions orientées parallèlement au fleuve et communiquant de façon intermittente avec lui. Il s'agit probablement d'anciens lits du Zaïrc en voie d'abandon. Cela permet à relativement peu de frais de dévier les eaux du fleuve et d'en contrôler le débit. Le sous-sol du site est composé de roches diverses mais dont en général la perméabilité est faible ou nulle. Quelques inconvénients cependant : il existe des formations mylonitisées ou très diaclasées; les roches schisteuses sont profondément altérées ce qui rend les flancs de va11ée parfois instables.

Malgré ces facteurs géographiques très favorables, on se rend compte qu'il faudra des investissements considérables pour mettre ce site en exploitation. Mais la nature même du site permet d'envisager un aménagement par étapes avant d'arriver à l'aménagement total. Une exploitation " au fil de l'eau " par simple prise d'eau et en n'utilisant que 20 % du débit d'étiage, produirait déjà 4.000.000 kW. En outre, en utilisant les vallées abandonnées une à une, on obtiendrait pour 5 % du débit d'étiage dans chaque cas une production variant de 100.000 kW à 300.000 kW.