| Le Zaïre a la réputation
d'avoir un climat chaud et humide sur la plus grande étendue de son territoire, lequel se
trouve en zone équatoriale et tropicale humide. En effet, le pays s'étend de façon
inégale à cheval sur l'Equateur à peu près jusque 5° de latitude nord et 13° de
latitude sud. La partie située au sud de l'Equateur est donc plus importante que celle
située dans l'hémisphère nord. Il n'est dés lors pas surprenant de retrouver dans les
caractéristiques de son climat des traits qui sont communs au climat des tropiques
humides en général. Ces caractéristiques seront cependant modifiées et parfois
sensiblement par le relief, qui à l'est et dans la partie méridionale extrême (province
du Shaba) dépasse en beaucoup d'endroits 1.000 mètres d'altitude. Le climat du Zaïre connaît sur de grandes zones de
son territoire des températures élevées. La température moyenne annuelle dans la
cuvette est de 25° 5. A l'exception des hauts massifs dans l'Est et des plateaux élevés
du sud du Shaba, elle ne descend que de quelques degrés sur la plus grande partie du
territoire du pays, la température moyenne du mois le plus froid restant toujours
supérieure à 18°. Ce n'est qu'à partir de 1.800 mètres d'altitude que la diminution
de la température devient importante. C'est ainsi que la base du massif du Ruwenzori se
trouve encore dans l'aire de l'isotherme de 20,5° alors qu'à 4.500 m d'altitude on note
la présence de l'isotherme de 1,5°.
On doit compléter ces renseignements par
quelques données concernant les extrêmes de températures journalières que l'on trouve
dans l'atlas climatique du bassin congolais. La carte annuelle des températures
journalières maximales nous montre des valeurs de 29° à 32° dans les zones à faible
altitude alors que dans les massifs montagneux surplombant les lacs Kivu et Tanganyika la
carte mentionne 21°. Sur la carte annuelle des moyennes des températures journalières
minimales, on note des températures de 19° à 22° dans le Bas-Zaïre et la partie
occidentale de la cuvette, 13° au Shaba et 10° sur les plateaux des graben des lacs Kivu
et Tanganyika. Le temps peut donc être frais certains jours en montagne.
L'amplitude annuelle de température est
faible pour la plus grande partie du Zaïre : un degré en moyenne dans la cuvette
centrale, quelques degrés ailleurs, même en haute montagne ( 1° à 2ø en moyenne et
maximum 4°). Il n'y a donc pas de saisons thermiques. Par contre les variations diurnes
sont beaucoup plus nettes. Dans la cuvette centrale on note de brusques chutes de la
température lors des averses orageuses et la station de Tshibinda, dans l'Est, nous livre
une moyenne de variation diurne de l'ordre de 10°.
Enfin, il faut signaler un fait très commun
des régions montagneuses et qui se produit également dans certaines vallées de haute
montagne : c'est l'inversion de la température la nuit, pendant laquelle la température
peut descendre jusqu' 5° à 6° en-dessous de la normale, à cause de la stagnation d'air
froid, amené par la brise de montagne. On peut donc résumer les données concernant la
température commesuit : températures élevées (à l'exception des zones de haute
montagne);absence de saisons thermiques.
Le régime des précipitations offre un
tableau beaucoup plus varié que celui des températures. En effet, si le climat du Zaïre
diffère d'une région à l'autre, cela est dû avant tout aux différences dans la
répartition des précipitations au cours d'une année. Tout comme pour la température,
le total annuel des précipitations est élevé. En effet, à quelques rares exceptions
près, les précipitations annuelles sont de l'ordre de > 1.000 mm; quelques régions
seulement n'ont que 900 mm de précipitations annuelles. Les zones à précipitations
maxima se trouvent au centre de la cuvette centrale (isohyète moyenne annuelle de 2.000
mm) et au pied du versant occidental de la région montagneuse qui borde la dépression du
lac Kivu (isohyète moyenne annuelle de 2.500 mm). A partir de ces régions très humides,
le montant des précipitations annuelles diminue généralement suivant les directions
nord-sud.
L'origine de cette humidité doit être
recherchée dans l'existence de courants atmosphériques. A ce propos il est intéressant
de noter que le Zaïre occupe une position assez particulière puisqu'il représente une
région de convergence de trois grands courants atmosphériques, à savoir : le
courant sud-ouest humide atlantique, le courant sec nord-nord-est égyptien et l'alizé
sud-est, venant de l'océan Indien. De ces trois courants le courant atlantique est avant
tout le grand responsable de l'humidité. Son influence est dominante dans la cuvette
centrale et diminue évidemment en allant vers l'est, d'autant plus que les hauts plateaux
de l'Est sont orientés nord-sud et forment ainsi un écran protecteur.
La majeure partie des précipitations est
duc à des courants verticaux de convection. Cela donne aux précipitations une certaine
régularité journalière, avec un maximum d'intensité au début de l'après-midi. En
plus il ya un rythme saisonnier en relation avec la position zénithale du soleil. Il
existe également des tornades accompagnant des fronts orageux. Elles sont assez
fréquentes dans la cuvette centrale. Le caractère d'averse des précipitations est
prédominant. Ces averses peuvent être très locales et la pluie est abondante. C'est
ainsi que la cuvette centrale compte 30 jours par an avec une précipitation de 20 mm.
Dans la même région l'intensité journalière moyenne oscille entre 12 mm et 16 mm. Des
averses dépassant 25 mm/h peuvent se produirent deux fois par an et dans certaines
régions on peut s'attendre à une averse dépassant 50 mm/h tous les dix ans. La
répartition des précipitations prend une allure particulière dans la zone montagneuse
de l'Est où le relief devient un élément important. En effet, à cause des pentes des
montagnes les masses d'air amenées par les alizés du nord-est (courant égyptien) et du
sud-est (courant de l'océan Indien) sont contraintes à des mouvements verticaux
ascendants (pluies orographiques sur le côté au vent) et descendants (effet de foehn sur
le côté sous le vent).
Les deux alizés semblent se rencontrer à
1° de latitude sud sur le lac Kivu et cela suivant un plan incliné qui sépare l'alizé
du sud-est, relativement froid et surmonté par l'alizé relativement chaud du nord-est.
L'action combinée des courants de convection avec les mouvements verticaux des masses
d'air donne les résultats suivants : sur le côté oriental au vent il s'établit un
niveau de précipitations maxima autour de 2.400 mètres avec un maximum de 2.300 mm. Plus
haut, les précipitations diminuent et à 4.500 mètres d'altitude le montant des
précipitations reste inférieur à 900 mm : sur le côté occidental sous le vent la
rencontre des masses d'air venant de l'est avec la masse d'air humide atlantique de la
cuvette centrale engendre un mouvement tourbillonnaire dont la partie ascendante provoque
un second maximum de précipitations supérieur à 2.000 mm à faible altitude (entre
1.100 et 1.200 mètres). Enfin, le mouvement descendant des masses d'air le long du
versant occidental des hauts plateaux est accompagné d'un effet de foehn avec diminution
des précipitations. Quant au type de précipitations, remarquons qu'en haute montagne la
zone de 2.400 mètres est caractérisée par du brouillard et une pluie fine continue.
Enfin, dans toute cette région montagneuse de l'Est des chutes de grêle sont
enregistrées annuellement.
Le Zaïre est donc bien un pays humide. Les
fortes précipitations combinées avec les hautes températures provoquent une grande
évaporation. Dans la cuvette centrale, cette évaporation annuelle effective est estimée
à 1.395 mm. L'évaporation par la végétation (évapotranspiration) est elle aussi
importante. Dans la cuvette centrale à couverture végétale forestière cette
évapotranspiration est estimée à 1.350 mm. En savane, elle atteint dans le nord 1.150
mm à 1.050 mm, mais dans le sud (Shaba), elle descend jusqu'à 900 mm. Les hautes
montagnes du Kivu auraient une évapotranspiration de l'ordre de 1.050 mm. Il n'est donc
pas surprenant de trouver partout des valeurs élevées de l'humidité relative de l'air
(de l'ordre de 70 % à 95 %).
Autre conséquence de cette forte humidité
de l'air : la nébulosité. Le Zaïre n'est pas un pays à ciel bleu permanent. Dans
la cuvette centrale, la nébulosité est de l'ordre de 6/10 à 7/10 et l'insolation
déficiente atteindrait 40 % de l'insolation possible. Dans la même région, la durée
d'insolation annuelle (en heures) est de 2.000 à 2.100 heures. Cette durée augmente en
s'éloignant de la cuvette vers des régions à saison sèche marquée. C'est ainsi qu'en
Haut-Uele et au Shaba, elle atteint des valeurs maxima de 2.600 à 2.700 heures. Bien
entendu c'est dans la région montagneuse de l'Est qu'on rencontre une répartition très
locale de cette humiditè et de ses conséquences. Citons comme exemple la zone
relativement aride au-dessus de 3.000 mètres et le fait que les versants sous le vent
sont généralement moins ensoleillés que ceux au vent.
Les courants de convection de l'air, liés
à la marche du soleil, étant à la base de précipitations, il est normal de rencontrer
en s'éloignant de l'Equateur des régimes de pluie à saison sèche. Cette dernière,
insensible dans la cuvette centrale se manifeste clairement dans le nord (durée jusqu'à
140 jours) et dans le sud (durée jusqu'à 150 jours) du Zaïre. Notons que, en tenant
compte de la position dissymétrique du Zaïre par rapport à l'Equateur, la durée
moyenne de la saison sèche augmente plus rapidement vers le nord que vers le sud. Cette
différence s'explique par l'influence desséchante du courant sec égyptien sur la partie
septentrionale du Zaïre. On constate donc que si le Zaïre ne connaît pas de saisons
thermiques, de grandes parties de son territoire sont soumises à un rythme saisonnier des
précipitations, divisant l'année en saisons humides et saisons sèches. Ce caractère
saisonnier des précipitations détermine en grande partie l'activité humaine dans le
domaine de l'agriculture. Dés lors, il est intéressant de savoir jusqu'à quel point on
peut se fier aux données moyennes concernant le montant des précipitations et la durée
de la saison sèche. En effet, on a déjà connu à plusieurs reprises des situations
désastreuses dans l'agriculture suite à une succession d'années à précipitations
moins abondantes qu'habitue11ement, suivies de saisons sèches dont la durée dépassait
la période normale. En climatologie, on exprime cet écart possible des moyennes par la
variabilité des précipitations. Or, il est un fait établi que dans la zone tropicale et
équatoriale, cette variabilité est élevée (20 % à 30 %). Le Zaïre malheureusement
n'échappe pas à cet état général des tropiques humides. Il suffit de regarder les
minima et maxima des précipitations pour se rendre compte que l'écart de ces valeurs à
la moyenne peut être considérable. C'est ainsi qu'en décembre 1959, le Mayumbe recevait
une quantité d'eau qui en maints endroits dépassait le double de la valeur moyenne pour
ce mois. Une maigre fiche de consolation : il paraît que ces anomalies ne se produisent
pas dans le même sens sur tout le territoire du Zaïre à la fois. A titre d'exemple, on
peut citer qu'en avril 1959, il régnait une sécheresse anormale dans la partie
méridionale du pays, alors qu'au même moment on notait des excédents de précipitations
assez marqués dans la province Orientale et dans le nord-ouest du Kivu. Enfin, une étude
statistique poussée du problème arrive à des conclusions assez pessimistes : en effet,
actuellement, et malgré le nombre d'années assez considérable dont on dispose , il
semble qu'il ne soit pas possible de prévoir les années sèches ou pluvieuses au Zaïre. |