| Caché au coeur des denses forêts d'Afrique
centrale, le bonobo ou chimpanzé pygmée, Pan Paniscus, est resté inconnu du
monde extérieur jusqu'en 1929, date à laquelle des scientifiques examinèrent un lot de
crânes déposés dans un musée belge. Après avoir pensé qu'il s'agissait des ossements
d'une sous-espèce inconnue du chimpanzé, les taxinomistes réalisèrent qu'ils étaient
en présence d'une espèce de grand singe totalement nouvelle. C'est en 1993 que Harold J.
Coolidge proposa de la classifier comme espèce à part entière : Pan Paniscus,
le quatrième grand singe. Le "chimpanzé
pygmée", comme il fut tout d'abord appelé, est assez différent du chimpanzé
"commun" : son crâne est plus petit et plus arrondi, son front moins large et
sa face plus plate. Son corps est plus élancé, avec des membres plus longs, des oreilles
plus menues et souvent une minuscule "palme" entre le deuxième et le troisième
doigt de pied. Les bonobos se signalent en outre par une touffe de poils aplatie sur le
sommet du crâne. Enfin, les bébés bonobos naissent avec la face noire alors que celles
des petits des autres chimpanzés est claire.
Au fur et à mesure que l'on amassait des connaissances
sur les bonobos, il est apparu que l'appellation de "chimpanzé pygmée" leur
était impropre. En fait, la plupart de ces "chimpanzés pygmées" sont aussi
grands que les chimpanzés "communs" mais leur tête peu volumineuse et leur
corps finement proportionné les font apparaître plus petits. de sorte qu'aujourd'hui on
préfère le nom de bonobo. L'origine de ce terme n'est pas claire mais il se pourrait que
ce soit une version déformée de Bolobo, ville de l'ex-Zaïre (RDC) où les scientifiques
ont découverts les premiers spécimens de l'espèce.
Les études sur les bonobos sauvages révèlent que, par
rapport aux chimpanzés, leur écologie et leur comportement diffèrent sensiblement. Les
deux espèces sont certes très sociables mais les bonobos vivent en groupes restreints :
en principe moins de 20 individus, quoique quelques observations mentionnent des ensembles
de 50 individus. Par ailleurs, les bonobos restent la plupart du temps dans les arbres.
Ils descendent même rarement à terre. Comme les chimpanzés, ils confectionnent, dans le
branchage, des nids sommaires pour faire la sieste et d'autres plus solides pour passer la
nuit.
les groupes de bonobos ont besoin d'un territoire de 30 à
50 km². Ils se nourrissent de plantes diverses, avec cependant une prédilection pour les
fruits et la sève des arbres et des buissons de la forêt tropicale, ainsi que pour les
herbes du sous-bois. Contrairement aux chimpanzés, les bonobos ne chassent
qu'exceptionnellement d'autres animaux, par exemple de jeunes céphalophes s'ils en
rencontrent.
Tandis que la société des chimpanzés semble être
dominée par les mâles, celle des bonobos est moins hiérarchisée. Le comportement du
bonobo est moins agressif et moins violent que celui de son cousin, peut-être ârce que
la nourriture est plus facilement accessible au milieu de la forêt tropicale. Les bonobos
aiment la promiscuité et s'accouplent fréquemment. Cette activité sexuelle est même un
élément primordial de leur vie sociale, les contacts sexuels, y compris entre individus
du même sexe, servant à resserer les liens au sein du groupe. On a ainsi observé des
bonobos femelles copuler avec un mâle en échange de nourriture. A côté de leurs
démonstrations d'ordre sexuel, les bonobos recourent à une quantité d'expressions
faciales, de sifflements, de hurlements et de grognements pour communiquer entre eux.
même s'ils s'accouplent avec ardeur, les bonobos ne sont pas plus prolifiques que les
autres grands singes. Au contraire, leur taux de reproduction est plutôt bas. Les
femelles n'arrivent à maturité sexuelle que vers l'âge de 14 ans et ensuite ne mettent
bas que tous les quatre à six ans. Elles maternent particulièrement leur progéniture;
les jeunes ne sont pas sevrés avant l'âge de trois ans; Dans la nature, les bonobos
peuvent vivre un peu plus de 30 ans. Au cours de son existence, une femelle n'élèvera
donc guère que quatre ou cinq jeunes.
Les bonobos ne se rencontrent que dans une zone de 350.000
km², au coeur des forêts tropicales du bassin du Congo, dans le centre de la RDC. Leur
territoire est fragmenté, mais les bonobos s'adaptent facilement à la proximité des
communautés humaines qui ne les menacent pas. De récentes recherches ont cependant
révélé que de nombreux sites, où les bonobos abondaient il y 20 ans, n'en comptent
plus aujourd'hui.
Les derniers travaux de recherche confirment que la
présence de bonobos en grand nombre se limite à quelques endroits. La population la plus
significative a été repérée dans une zone de 3.000 km² entre les rivières Yekokora
et Lomako, au nord de leur aire de répartition. Les estimations du nombre total de
bonobos varient considérablement : d'après les observations effectuées sur le terrain,
certains scientifiques avancent le chiffre de 5.000 individus dans les territoires du nord
et de moins de 10.000 en tout. D'autres pensent que, en tenant compte de la taille de leur
aire de répartition, il reste 25.000 bonobos actuellement. Ces estimations sont
continuellement revues à la baisse et il semble probable que les effectifs de cette
espèce ont été réduits de moitié au cours des 20 dernières années. |