| Quand on observe la forme
générale du drainage du bassin du Zaïre on constate qu'il ne s'agit pas de la forme
courante d'un grand bassin fluvial, disposé en éventail, avec des affluents convergeant
vers la rivière principale. En ce qui concerne le bassin du Zaïre, on y distingue
nettement deux directions opposées. En effet, on note d'abord quelques grands collecteurs
est-ouest : le tronçon Ubangi (en amont de Bangui)-Uele ; le Zaïre entre Kisangani
et Mbandaka; le Kasai (en aval de Ilebo). Quelques grands collecteurs sud-nord s'y
ajoutent tels que le Lualaba, le Lomami et le Kasai (en amont de Ilebo) ainsi que le
tronçon nord-sud de l'Ubangi, en aval de Bangui. Enfin, le drainage vers l'océan
Atlantique se fait par le Zaïre qui à partir de Mbandaka coule en direction
sud-sud-ouest. Même dans le détail, on constate que le drainage dendritique typique
n'apparaît pas toujours clairement ou fait défaut. Le bassin du Lomami ainsi que
l'ensemble Kwango-Kwilu-Wamba en sont des exemples et le Lualaba reçoit surtout des
affluents de droite. On soupçonne ainsi à juste titre que le drainage actuel du bassin
du Zaïre doit être le résultat d'une évolution complexe. D'une part certaines directions de drainage pourraient être
très anciennes et d'autre part le réseau hydrographique du bassin du Zaïre serait loin
de son stade d'équilibre comme en témoignent les nombreux rapides et chutes ainsi que
l'anomalie de sa partie aval, elle aussi caractérisée par une série importante de
chutes et rapides à la traversée des monts de Cristal. La configuration du bassin doit
donc être récente. D'après l'opinion classique qui primait jusqu'à fort récemment,
cette configuration actuelle serait le résultat d'une capture par une petite rivière
côtière d'un grand lac intérieur qui occupait la dépression de la cuvette centrale.
Suite à cette capture, ce lac aurait été vidé, laissant comme témoin de son existence
les lacs Tumba et Maidombe. Les observations de terrain semblent cependant indiquer que
l'évolution du bassin a été plus complexe. Citons parmi ces observations que
l'épaisseur des sédiments tertiaires et quaternaires est minime dans la cuvette
centrale, ce qui veut dire que pendant ces périodes caractérisées par des phases
d'érosion importante pour les rivières au sud de la cuvette, cette dernière ne semble
pas avoir été une région de dépôt mais plutôt de transport de sédiments. En outre,
la présence d'une longue dépression topographique entre le bassin de l'Ubangi et celui
du Tchad permet de supposer l'évacuation de ces sédiments vers le bassin du Tchad,
évacuation d'autant plus vraisemblable que des mouvements tectoniques ont relevé le bord
occidental du bassin du Zaïre empêchant ainsi un écoulement direct vers l'océan
Atlantique (entre autres le bombement responsable du soulèvement du pays entre le Mayumbe
et la crête de Mbanza-Ngungu). Le bombement récent de la bordure septentrionale du
bassin du Zaïre et contemporain de la faille du Pool de Malembo aurait ensuite mis fin à
cet écoulement des eaux vers le Tchad. A partir de ce moment, les rivières ont dû
converger vers la cuvette centrale et ensuite vers le point le plus bas de l'intérieur
qu'était le Pool de Malembo. C'est cet ensemble qui a dù être capté finalement par une
rivière côtière. L'existence d'un lac endoréique occupant la cuvette n'est pas exclue
mais il s'agirait en tout cas d'un phénomène de courte durée. En effet, ni dans la
cuvette, ni dans les environs du Pool de Malembo on ne retrouve les traces d'une période
lacustre importante.
Tout ceci confirme les caractéristiques de
l'allure du drainage du bassin du Zaïre, mentionnée au début. L'individualisation de ce
bassin doit être très récente. |