| Vaste pays où la pluviométrie est presque partout supérieure à 1.000
mm par an, la République démocratique du Congo bénéficie d'une remarquable diversité
de climats qui lui offrent des possibilités de cultures très variées. Un important
réseau hydrographique lui assure également des ressources halieutiques importantes. En
outre, plus de la moitié de la superficie du pays est couverte de forêts qui constituent
un potentiel sylvicole élevé. Enfin, certaines régions, en particulier celles
montagneuses situées au sud-est et à l'est du pays, se prêtent bien à l'élevage, en
particulier bovin, à cause le l'altitude et de la présence de savanes mais également
pour des raisons socio-ethniques. Pour autant, ce potentiel est insuffisamment et mal
exploité. L'agriculture connaît de sérieuses difficultés. Elle est, en effet,
incapable de couvrir les besoins alimentaires du pays qui sont de plus en plus satisfaits
par des importations substantielles de maïs, blé, riz, sucre, volailles, viande,
poisson... Cette situation résulte de la conjugaison de divers facteurs qui ont limité
les possibilités de son extension. outre la faiblesse des moyens mis à sa disposition,
aussi bien en terme de crédits que d'intrants, le secteur agricole a souffert de la
dégradation générale du tissu économique et du délabrement des services agricoles,
lié à l'affaiblissement de l'Etat tant au niveau central que régional (Ce constat a
été dressé, quelques semaines avant le changement de régime à Kinshasa). La
vulgarisation agricole, mal organisé et mal coordonné, n'a eu aucun effet tangible sur
le comportement des agriculteurs. En outre, certaines régions ont enregistré une
diminution de la force de travail masculine, les hommes ayant émigré vers les régions
minières pour se consacrer à l'exploitation artisanale de diamant ou d'or. A ceci
s'ajoute le manque d'infrastructures de transport et de communication. Couplée à la
pénurie chronique des carburants à l'intérieur du pays, cette carence en routes a
fortement limité la commercialisation des denrées alimentaires de base et des cultures
industrielles et, par ricochet, la production, faute de débouchés. Il est à noter que
les nouvelles autorités congolaises ont fait du développement du réseau routier une des
priorités gouvernementales. Par ailleurs, les problèmes économiques et politiques que
traverse la République démocratique du Congo depuis 1990 n'ont fait qu'aggraver la
situation.
Le secteur rural occupe plus de 70 % de la population et contribue, actuellement, à
hauteur de 53 % à la formation du PIB, contre 34 % en 1990. La modification de la
structure du PIB au profit du secteur agricole ne résulte pas d'une hausse spectaculaire
de la production agricole, mais provient plutôt du déclin qu'ont connu les autres
secteurs d'activité, en particulier les industries extractives et manufacturières, en
raison de la crise économique et politique.
La rupture des relations avec la communauté internationale à partir de 1992, qui
s'est traduite par un tarissement des sources de financement, a aggravé la situation.
Actuellement, le seul appui technique et financier dont dispose le secteur agricole émane
du PNUD, de la FAO, de l'Union Européenne et de certaines coopérations bilatérales. Il
est limité à des actions de type humanitaire, à quelques rares projets de
développement, encadrés par des ONG. Il a donc un impact assez réduit sur les volumes
produits et l'amélioration de la productivité. Seule une véritable stratégie agricole,
appuyée par des programmes et soutenue financièrement, pourra permettre un décollage du
monde rural. Toutefois, malgré les difficultés rencontrées, ce secteur connaît un
certain dynamisme et les populations impliquées dans l'agriculture font preuve d'une
grande initiative, notamment autour des grandes villes.
Les grands défis alimentaire et urbain
Si les zones rurales arrivent à satisfaire les besoins alimentaires de leurs
populations, grâce aux productions locales en majorité autoconsommées, il n'en est pas
de même pour certaines zones à fort peuplement, comme la région de Kinshasa et son
arrière-pays (qui comprend la "ceinture verte" de la capitale, le Bandundu à
l'est et le Bas-Congo) ou des régions telles que les hautes terres du Kivu et les
plateaux de moyenne altitude du Kasaï-oriental, qui connaissent une forte pression
démographique liée à l'afflux de "réfugiés" et autres
"refoulés", suite à des troubles socio-politiques et ethniques. En effet, plus
d'un million de personnes d'origine kasaïenne ont été refoulées du Katanga vers les
provinces du Kasaï, dont plus de 600.000 vers le Kasaï-oriental. Le Kivu a également vu
l'installation de plus de 3 millions de réfugiés rwandais et burundais dont la plus
grande partie est retournée dans leur pays respectif lors de l'avancée des troupes de
l'AFDL conduites par Laurent Kabila. Ces régions n'ont pu subvenir aux besoins de cet
émorme afflux de population.
Bien que les facteurs qui ont conduit à ces fortes concentrations humaines soient
différents d'une zone à l'autre, ces trois régions ont toutes des points communs. Il
s'agit de zones périurbaines au sens large, qui se caractérisent par un peuplement
important. La contrainte de terre y est forte et le niveau de fertilité des sols y est
particulièrement dégradé, notamment à cause du manque d'engrais. Seuls les bas-fonds
sont cultivés. Ces zones sont donc confrontées à de sérieux problèmes alimentaires.
Des programmes, souvent encadrés par des ONG, visent la sécurité alimentaire,
l'amélioration de la productivité agricole et la pérennisation des systèmes de
production. Ces actions portent sur la mise à disposition de semences améliorées aux
paysans, l'extension de la riziculture à toutes les régions, un meilleur accès aux
intrants grâce à la baisse des taxes, l'amélioration de la culture maraîchère autour
des grandes villes et l'introduction, certes encore limitée, de la culture attelée et du
transport par charrette.
D'une manière générale, l'agriculture est essentiellement de subsistance. elle est
pratiquée par des petits paysans, en particulier des femmes qui sont les véritables
agriculteurs, mais dont les méthodes de culture sont restées assez archaïques. Cette
agriculture traditionnelle, tournée vers la production de denrées vivrières, repose
partout sur la culture itinérante sur brûlis avec jâchère plus ou moins longue. Il
existe, toutefois, une production vivrière et maraîchère plus intensive autour des
grandes villes, pratiquées par des petits exploitants dont les rendements sont plus
élevés.
L'élevage est peu développé en République démocratique du Congo, en
partie en raison des conditions naturelles qui ne sont pas favorables à l'élevage du
gros bétail, sur une grande partie du territoire. La forêt dense n'a pas de pâturages
et la trypanosomiase, véhiculée par la mouche tsé-tsé, sévit à l'état endémique
dans la plupart des régions basses du pays. Les régions montagneuses de l'est et du
sud-est (Kivu) sont, en revanche, propices à l'élevage. Le bétail y aurait été
introduit par des populations tutsies venant des pays voisins. Cet élevage est pratiqué
par des populations de pasteurs spécialisées ou par quelques rares ranches modernes. Les
techniques d'élevage restent cependant rudimentaires chez les éleveurs traditionnels et
les soins vétérinaires sont peu pratiqués.
Les effectifs du cheptel bovin ont été estimés au niveau national à
environ 11.277.130 têtes. Ils sont en constante baisse depuis 1990, avec une chute de 11
% en 1993 et 18 % en 1995. Outre ce troupeau, dans presque tous les villages, un petit
cheptel de caprins, de porcs, d'animaux de basse-cour (volailles) vit en liberté autour
des cases et à la périphérie des villes. D'une manière générale, même si la viande,
surtout les morceaux "nobles", est de moins en moins consommée par les couches
défavorisées, qui privilégient les bas morceaux (capa), la poule (1.000 t. importées
mensuellement) ou le poisson bon marché dans leur alimentation, la production de viande
et de volailles reste insuffisante et contraint de recourir aux importations. De même, la
production d'oeufs et de lait est très insuffisante.
Le milieu naturel est particulièrement favorable à la pêche, qui peut
être pratiquée dans l'immense réseau des cours d'eau, dans les lacs qui couvrent plus
de 50.000 km² et sur la côte atlantique. La pêche est très active tout le long du
cours moyen du fleuve Congo et dans les lacs Tumba et Maïndombé. Elle est souvent le
fait de populations spécialisées, mais également de populations de l'intérieur qui
migrent pour une campagne de plusieurs mois. L'activité de pêche est particulièrement
intense dans la région du Pool, au large de Kinshasa, où se sont multipliés les
campements provisoires ou permanents (nganda) sur les berges, les îles et les bancs de
sable. La pêche maritime est, en revanche, peu développée. Elle est opérée par
quelques pêcheurs artisans et une petite flotte de chalutiers.
La consommatoin de poissons est plus élevée que celle de la viande,
notamment à Kinshasa (7kg/par habitant et par an). Si la pêche traditionnelle a été
stimulée par le marché urbain, la production nationale reste, cependant très
insuffisante (133.000 t.) et ne couvre pas les besoins nationaux. Le pays doit donc
recourir aux importations de poisson. Avec la crise, les habitudes de consommation se sont
déplacées vers le poisson de mer congelé, moins cher que la viande. Selon les
statistiques du port de Matadi, près de 10.000 t. de poisson (en majorité du chinchard)
sont importées chaque mois. A ceci s'ajoutent des importations de poisson séché qui
rentrent par le sud-est (Lubumbashi) et par l'est (kivu) du pays. L'un des plus gros
importateurs de produits alimentaires, en particulier de congelés (viande, poule, abats,
tripes, poissons pêchés en Namibie...) est le département Orgacom, du groupe Orgaman
(Damseaux), implanté en République démocratique du Congo depuis 1931. La société
importe environ 6.000 t. de congelés par mois, pour un chiffre d'affaires mensuel de
l'ordre de 5,5 millions % US. Le groupe fait également de l'élevage bovin (12.000
à 15.000 têts), dans le Bandundu occidental, par le biais de la société Sebo. |