Le naturaliste américain, Carl Akeley, fut un des
premiers scientifiques à visiter la chaîne des volcans Virunga, en 1923. Il vint d'abord
à la recherche de gorilles de montagnes dont il devait collecter des spécimens pour les
musées américains, mais il retourna plus tard "sponsorisé" par le roi des
Belges, Albert I, pour rassembler des informations scientifiques sur cet animal qui le
fascinait tant. Il mourut quatre ans plus tard sur les hauteurs de Kabara, dans le col qui
sépare le Mikeno du Karisimbi.
Entretemps son travail avait conduit à la créatoin, en 1925, du premier
parc national africain, le Parc National Albert. Le parc fut prolongé plus tard vers le
nord de la vallée du Rift jusqu'à inclure la plaine de la Rwindi, le lac Edouard, la
forêt humide de basse altitude de Watalinga et le Ruwenzori, comprenant ainsi une
extraordinaire diversité d'habitats dont l'altitude varie de 700 m à 5.100 m, et 71
espèces de grands mammifères dont 14 primates. A la création du parc, les populations
locales conservèrent le droit de pêcher dans le lac, un des plus poissonneux d'Afrique,
et deux grandes pêcheries, Kyavinyonge et Vitshumbi, furent maintenues à l'intérieur du
parc. A l'indépendance, en 1960, le parc fut divisé entre deux pays, 165 km² des
volcans Virunga devinrent le Parc National rwandais et le reste, soit 8.000 km², forma le
Parc National des Virunga.
Avec ses 300 km de long et une largeur qui ne dépasse jamais 50 km, le
Parc National des Virunga a des frontières exceptionnellement longues et subit une
pression toujours croissante de la part des populations humaines vivant sur les sols très
fertiles qui le bordent, de même que celle des pêcheries à l'intérieur du parc. Pour
circonscrire au mieux les problèmes créés par cette forme longue et étroite, le Parc
National des Virunga est divisé entrois secteurs sous la responsabilité d'un
Conservateur en chef, et bien que le parc ait eut à affronter de sérieux problèmes ces
dernières années -particulièrement le braconnage et l'afflux de réfugiés rwandais- il
faut considérer comme un exploit le fait que ses limites soient restées pratiquement
inchangées depuis sa création.
Le secteur Nord s'étend du Ruwenzori jusqu'à la rive nord du lac
Edouard. D'Ishango, un des endroits les plus merveilleux du parc, la rivière Semliki
mène les eaux du lac jusqu'au lac Mobutu. Le long des berges et des falaises qui
surplombent la rivière, les scientifiques ont découvert beaucoup de vestiges du passé
archéologique de la région. Les objets façonnés découverts à Ishango montrent que
l'homme pêchait déjà sur les berges du lac, il y a des milliers d'années. Dominant
Ishango, sur la branche ouest de la vallée du Rift, une petite population de gorilles
continue de survivre dans la forêt de bambou du mont Tshiaberimu. Cette population de
gorilles appartient à la sous-espèce de basse altitude, Gorilla gorilla graueri,
et non à la sous-espèce de montagne Gorilla gorilla beringei pour qui le parc
avait été originellement créé. Le parc a donc la particularité d'être la seule aire
protégée qui contienne les deux sous-espèces orientales de gorilles ainsi que le
chimpanzé.
La Semliki serpente vers le nord sur environ 100 km à travers une savane
peu arborée avant de pénétrer dans la forêt tropicale humide de Watalinga où l'on a
observé l'okapi, animal endémique en République démocratique du Congo. On a longtemps
considéré la succession de rapides dans une gorge profonde au coeur de la forêt comme
un obstacle naturel à la progression des crocodiles du lac Mobutu vers le lac Edouard.
Néanmoins, l'apparition des crocodiles à Ishango en 1986 a marqué leur retour au lac
après une absence de peut-être 20.000 ans.
Le Ruwenzori, que la République démocratique du Congo partage avec
l'Ouganda, ne constitue pas seulement une aire importante pour l'approvisionnement en eau,
mais aussi une attraction touristique de grand intérêt. Les forêts étranges et
magnifiques de bruyères arborescentes couvertes de mousses et, plus en altitude, les
séneçons géants et les lobélias de l'étage alpin attirent bien des visiteurs dans la
montagne. Il faut prendre guides et porteurs à la station de Mutsora. Les marcheurs
peuvent atteindre la base du glacier de Stanley grâce à l'existence de quatre gîtes de
montagne et les grimpeurs plus expérimentés continuent au-delà du glacier pour arriver
au sommet, le pic Marguerite (5.119 m).
Le secteur Central comprend presque toute la partie congolaise du lac
Edouard ainsi que la plaine de la Rwindi jusqu'au sud du lac. L'hôtel de la Rwindi, à la
station principale, permet chaque année à plus de 7.000 personnes de visiter cette
partie du parc dont une des principales attractions est le nombre spectaculaire
d'hippopotames dans la rivière Rutshuru. On peut aussi y voir de grands troupeaux de
buffles ainsi que beaucoup de cobes et de lions. Le nombre d'éléphants du parc s'est
effondré dramatiquement (peut-être de 80 %) dans les années 80 à cause de la pression
intense du braconnage. Ils sont devenus craintifs et difficiles à observer.
A l'est de ce secteur, la rivière Ishasha forme la frontière entre la
République démocratique du Congo et l'Ouganda. Ici, comme dans le lac, le Parc National
des Virunga jouxte le Parc National Queen Elisabeth d'Ouganda. A Lulimbi, sur les berges
de la rivières Ishasha, on a établi, il y a quelque 18 ans, une station de recherches
qui fait aussi office de sous-station pour la surveillance de ce secteur. Au milieu des
années 50, on a créé le domaine de chasse de Rutshuru contigu à la limite sud-est du
parc mais, contrairement à ce qui se passe pour le parc, il s'est avéré impossible
d'empêcher l'empiètement de cette zone-tampon par les populations environnantes.
Il y a 1,5 million d'années, l'eau de ce qui est maintenant le lac Kivu
se déversait vers le nord. Une activité volcanique intense a conduit dans un passé
géologique récent à la formation de la chaîne des 8 volcans Virunga. S'élevant
jusqu'à des hauteurs de 4.500 m, ces volcans, dont certaines cimes sont couvertes de
neige, forment un barrage en travers de la vallée du Rift, empêchant l'eau du lac de
s'écouler vers le nord. Deux de ces volcans, le Nyamulagira et le Nyiragongo, sont encore
en activité et leurs éruptions spectaculaires à quelques années d'intervalle, quoique
détruisant des centaines d'hectares de forêts dans le parc, constituent une attraction
touristique majeure. De luxuriantes forêts ont poussé depuis des siècles sur les champs
de lave et le passage fréquent de nouvelles coulées de lave a créé une mosaïque
fascinante de forêts de différents âges. Ces forêts sont riches en figuiers (Ficus
sp.), sources de nourriture importantes pour de nombreuses espèces d'oiseaux et de
primates. |