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ar2-r.gif (1769 octets) SOCIETE CIVILE

Le concept de société civile est entré dans le vocabulaire ordinaire du citoyen de la République Démocratique du Congo depuis le début de la transition vers la démocratie, quand Mobutu crut bon de convoquer une Conférence Nationale Souveraine, cédant ainsi aux pressions internes et externes contre son régime dictatorial. Mais la réalité qu'il évoque est plus ancienne.

Au Congo, la société civile apparaît comme un réseau insaisissable d'associations, d'organismes privés ou de groupements de natures diverses qui mobilisent les citoyens au niveau local et national, afin de participer de manière dynamique à l'amélioration de la qualité de la vie quotidienne, de défendre la démocratie et les droits de l'homme et de lutter pour un développement équitable et un environnement plus sain. Ce qui leur est commun, c'est la conscience de s'engager à construire le pays, de l'améliorer pour le bien de tous.

Depuis la fin de l'époque coloniale, on peut identifier deux moments importants pendant lesquels la société civile s'est instituée, surtout grâce au fait qu'elle est devenue un ensemble porteur des aspirations et du combat de la population : il s'agit de la période de l'indépendance et celle de la transition démocratique.

Lutte pour la conscience

La revendication de l'indépendance (1956) a commencé dans des associations et cercles culturels de Congolais. A mesure que ceux-ci accédaient à l'éducation et à l'information sur le pays, ils ont pris conscience des injustices du système colonial et ont entamé des actions de revendication pour la participation de la population à la gestion de son pays, la fin de la dépendance politique, l'égalité et la dignité. On peut dire que cette prise de conscience était plus forte dans les grandes villes du pays que dans les milieux ruraux. En effet, la création des associations culturelles à fondement ethnique a commencé dans les centres urbains vers le début des années 50. Elles étaient créées d'abord en vue de promouvoir l'identité culturelle et de renforcer la solidarité entre les membres d'une même ethnie. A mesure que ces associations devenaient importantes en nombre, elles ont commencé à prendre conscience de leur envergure économique et politique.

A la veille de l'indépendance, certaines de ces associations sont devenues des mouvement politiques.

Par exemple, l'ABAKO (association des Bakongo), qui dés 1940, constitue un regroupement ethnique populaire de familles parlant la même langue et ayant les mêmes usages. Ces regroupements ethniques changeront d'esprit et seront pris en charge par les nouvelles élites. C'est donc en 1954 que Joseph Kasa-Vubu prend les rênes de l'ABAKO et en 1959 qu'elle devient un parti nommé alliance des Bakongo.

La confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT) quant à elle, connaît un revirement politique avec Moïse Tshombé. Cette structure de concertation de plusieurs associations du Katanga fondée en 1958 pour repousser l'invasion des Luba du Kasaï (considérés comme des étrangers), devient ensuite la Convention nationale katangaise, parti politique des Katangais authentiques. En 1960, lors de la sécession du Katanga sous la direction de Tshombé, celui-ci est à la fois président provincial du Katanga et de la CONAKAT.

L'association "Conscience Africaine" regroupant des Bangala et des Baluba, tous anciens élèves des Pères de Scheut (missionnaires belges au Congo) est devenue un creuset d'analyse et d'engagement politique. Faut-il rappeler que la première déclaration publique demandant un processus de changement politique, le "Manifeste Conscience Africaine", publié le 30 juin 1956, sous la direction de M. Joseph Ileo, est sortie non pas de la société politique coloniale mais de la société civile congolaise.

Emergence de la démocratie

L'exigence d'une transition démocratique, la demande de gestion des ressources publiques au profit de la population, ont commencé au début des années 80, grâce à des actions de dénonciation du système dictotorial et de mobilisation de la population. On se rappellera les pressions faites par les églises (en particulier la Conférence épiscopale), par les ONG de développement, par les mouvements étudiants et par les milieux intellectuels...

Mais il a fallu attendre la Conférence Nationale Souveraine (CNS), qui regroupait 2.840 membres représentant la société civile, les partis politiques, les institutions publiques ainsi que des invités extérieurs, pour observer une prise de conscience nationale et une solidarité des associations de la société civile avec l'opposition afin de contribuer au renforcement du combat contre la dictature.

Au Zaïre, la Conférence Nationale n'a pas été un cadeau des dirigeants politiques. On a vu émerger des groupes de populations dont l'influence s'est avérée fondamentale. C'est sous la pression de la rue que le Président Mobutu lancera, en janvier 1990, un appel à la consultation populaire concernant l'organisation générale du pays. Les associations populaires ont donc été à l'origine de l'agitation. Elles ont formulé la demande d'une Conférence Nationale Souveraine. Elles ont incité le peuple à descendre dans la rue. Elles ont initié des manifestations, transformé les mécontentements en revendications. En effet, la réaction populaire aux pièges tendus pour l'effritement de la CNS fut vive et se manifesta à travers des grèves, opérations ville morte, manifestations, dont on retiendra particulièrement la "Marche de l'Espoir" en 1992.

Pluralité des forces sociales

La société civile est devenue plus vigoureuse et plus diversifiée dans sa structuration. Loin des associations culturelles à fond ethnique des années 50 (telles que l'ABAKO ou Conscience Africaine à leurs débuts), les associations actuelles regroupent les citoyens non seulement sur base culturelle mais également en fonction de leurs activités socioprofessionnelles.

Leur diversité et leur généralisation au niveau de l'ensemble du pays ont amené ceux qui ont préparé la CNS à les classer en différents groupes afin de mieux les percevoir : les associations confessionnelles, syndicales, scientifiques, culturelles et sportives; les associations humanitaires, de développement, d'action économique et sociale; les associations éducatives, pour la jeunesse, pour la femme et la famille... (Organisation de "La société civile" au Zaïre). Actuellement, il faut ajouter la création des réseaux de travail et de collaboration entre les forces sociales d'une même région et entre différentes régions. Mais si l'on peut espérer que la société civile influence sensiblement les décisions politiques du pays, il ne demeure pas moins qu'elle reste tiraillée par des contradictions internes. Ce qui pourrait limiter sa capacité à développer des stratégies plus puissantes de mobilisation populaire.

Une éthique de la nation

Le pays était profondément marqué par la démission absolue de l'Etat. Dans une société où l'Etat est immoral et corrompu, les revendications se concentrent dans le combat pour exiger une direction plus morale de la nation. Car le rôle de la société civile ne peut pas être celui de justifier un pouvoir dominant qui ne résout pas les problèmes des citoyens. La société civile apparaît donc comme un ensemble de groupes capables de contrecarrer le pouvoir de gouvernements impersonnels, de systèmes dictatoriaux et de partis politiques nourrissant la population de discours démagogiques. L'éveil de la société civile correspond à un engagement fondamental de transformation et de changement. Le Congo s'est effondré sous le poids de la misère et de la gabegie. La société civile a lutté pour la démocratisation en vue de rétablir un Etat de droit. Quelques victoires ont été réalisées, mais tout reste encore à faire. Le peuple recherche un pouvoir légitime dirigé par des hommes et des femmes compétents qu'il choisira lui-même à travers des élections libres et transparentes.

Les associations peuvent jouer différents rôles pour renforcer la construction de la démocratie. Elles peuvent promouvoir la culture civique et démocratique, faire entendre la voix des plus petits citoyens, contribuer à empêcher le despotisme des partis et l'arbitraire des dirigeants, vérifier que les besoins de la population sont pris en compte, surveiller l'élaboration des textes juridiques relatifs aux élections et participer aux opérations préélectorales en luttant contre les tricheries. (Baudouin Hamuli Kabarhuza, Secrétaire Exécutif du CNONGD - Conseil National des ONG de Développement du Congo)

Annexe :