La fièvre jaune est une
maladie infectieuse aiguë qui constitue une menace majeure pour la santé publique dans
les zones d'endémicité d'Afrique, où le virus réapparaît de temps en temps, même
après de longues périodes de quiescence. Des flambées se produisent épisodiquement en
Afrique depuis de nombreuses années. On estime que les graves épidémies survenues en
Ethiopie en 1960-62 et en Afrique de l'Ouest en 1969-70 ont fait des centaines de milliers
de victimes et des milliers de morts. On trouve également cette maladie au Panama et dans
le nord de l'Amérique du Sud. Lors des épidémies, le taux de létalité chez l'adulte
non vacciné peut dépasser 50%.
Prévalence
Bien que la déclaration des cas de fièvre jaune soit
obligatoire pour les Etats Membres de l'OMS, les données statistiques disponibles
sous-estiment considérablement l'incidence réelle de la maladie, car seule une petite
fraction de cas sont vus en consultation et diagnostiqués. Il y a à cela plusieurs
raisons: le fait que des cas surviennent dans des zones éloignées peu équipées en
services médicaux, la méconnaissance de la maladie par le personnel médical, une
confusion avec d'autres maladies endémiques (hépatite virale ou paludisme, par exemple),
ainsi que le manque d'accès à des laboratoires permettant l'analyse d'échantillons.
Mais, plus encore que le problème de la sous-notification
, se pose le problème de la reconnaissance tardive et de l'investigation en cas de
flambée épidémique, ce qui retarde la mise en place de mesures de lutte. En Afrique, il
n'est pas rare qu'il s'écoule deux mois ou plus entre le moment où l'épidémie commence
et le moment où elle est diagnostiquée.
L'incidence de la fièvre jaune est plus forte dans les
régions d'endémie/enzootie connues d'Afrique de l'Ouest, en particulier au Libéria, au
Ghana, au Nigéria et dans les pays voisins. Plusieurs centaines à plusieurs milliers de
cas sont signalés chaque année dans les régions d'endémie. Les populations rurales
sont les plus exposées, la plupart des cas survenant, pour l'adulte, parmi les hommes
jeunes travaillant en forêt. Il y a généralement deux fois plus d'hommes touchés que
de femmes.
Transmission
L'agent responsable de la fièvre jaune est un virus de la
famille des Flaviviridés transmis par un moustique. Le cycle de transmission, ou cycle
"selvatique", fait intervenir des moustiques vivant dans la forêt et des
primates non humains. Il peut arriver que l'homme contracte la fièvre jaune dans la
forêt, puis se déplace dans un village ou dans une zone urbaine où la maladie trouvera
un vecteur chez une espèce domestique de moustique, notamment Aedes aegypti, également
porteur du virus. C'est ainsi que se déclenchent des épidémies "urbaines" qui
peuvent avoir des effets dévastateurs. Beaucoup de grandes villes d'Afrique sont
infestées par des moustiques Aedes aegypti et l'introduction de la fièvre jaune pourrait
faire des milliers de morts avant qu'une campagne de vaccination ne produise ses effets.
Symptomatologie
La fièvre jaune se caractérise par une ascension
thermique brutale, avec frissons, maux de tête, douleurs lombaires et douleurs
musculaires généralisées, prostration, nausées et vomissements. La leucopénie
apparaît rapidement parfois en même temps que les symptômes hémorragiques. L'ictère
est d'abord modérée, puis s'intensifie. A mesure que la maladie évolue, le pouls
ralentit et s'affaiblit, une albuminurie s'installe et parfois une anurie.
La période d'incubation de la fièvre jaune est
généralement de 3 à 6 jours après la piqûre du moustique infecté, parfois davantage.
Généralement, le troisième ou le quatrième jour après
le début de la maladie, on observe une rémission caractérisée par une baisse de la
température, la disparition des céphalées et une amélioration de l'état général du
patient. Dans la majorité des cas, le malade guérit. Mais cette rémission est parfois
trompeuse et peut ne durer que quelques heures; elle peut être suivie d'une période
d'intoxication marquée par la réapparition des symptômes généralisés, l'ictère, les
vomissements et les signes hémorragiques. Le décès survient alors généralement 7 à
10 jours après le début de la maladie. Il n'y a pas de traitement spécifique de la
fièvre jaune.
Les autorités sanitaires peuvent prendre certaines
mesures pour prévenir ou maîtriser la propagation de la maladie, à savoir:
- 1. Vaccination systématique, dans le cadre du Programme
élargi de Vaccination en vigueur ou, en cas de flambée épidémique, dans le cadre de
campagnes de vaccination d'urgence;
- 2. Lutte antivectorielle, c'est-à-dire réduction de la
population d'A. aegypti en organisant des campagnes locales de nettoyage par la
communauté pour éliminer les gîtes larvaires; et
- 3. Isolement des patients dans des chambres protégées des
moustiques pour éviter la propagation du virus dans la population de moustiques.
Certificat de vaccination
Le certificat de vaccination antiamarile est aujourd'hui
le seul certificat exigé dans les voyages internationaux. Beaucoup de pays exigent un
certificat international de vaccination valable des voyageurs en provenance de zones
infectées ou de pays qui possèdent des zones infectées, ou ayant transité par ces
zones. Certains pays exigent un certificat de tous les voyageurs entrant sur leur
territoire, y compris les voyageurs en transit. Bien que cette mesure outrepasse les
prescriptions du Règlement sanitaire international, les voyageurs constateront à
l'occasion qu'elle est strictement appliquée, en particulier pour les personnes arrivant
en Asie en provenance d'Afrique ou d'Amérique du Sud.
La vaccination est vivement recommandée en cas de
déplacement hors des zones urbaines dans les pays appartenant à la zone d'endémicité,
même si ces pays n'ont pas notifié officiellement de cas de fièvre jaune et n'exigent
pas de certificat de vaccination à l'entrée sur leur territoire. Des cas mortels de
fièvre jaune sont survenus chez des touristes non vaccinés s'étant rendus dans des
régions rurales de la zone d'endémicité. Le vaccin est sans danger et efficace. Les
anticorps protecteurs apparaissent 7 à 10 jours après la vaccination et persistent sans
doute toute la vie, bien qu'une revaccination soit actuellement recommandée tous les dix
ans.