| Né à Moba (ex-Baudouinville) le 27 novembre 1939, Laurent Désiré
Kabila est originaire du Nord-Katanga (ex-Shaba), de l'ethnie Luba. Après ses études
secondaires, il se rend à Paris. D'août 1960 à janvier 1961, il lutte contre la
gendarmerie katangaise dans les rangs de la jeunesse du Parti Balubakat (Jeubakat). Jason
Sendwé, chef de la Balubakat, le parti qui regroupe les membres de leur ethnie commune,
celle des Lubas du Katanga, remarque ses talents d'orateur et le nomme "colonel"
des jeunesses, en fait des milices Balubakat. Il rejoint ensuite le gouvernement
provincial du Nord-Katanga à Manono et devient président de la Jeubakat. De 1961 à
1962, il étudie pendant un an à l'université de Belgrade en Yougoslavie. A partir de
février 1962, il devient le chef de cabinet à l'Information au sein du gouvernement du
Nord-Katanga, puis chef de cabinet aux Travaux Publics (octobre 1962). Fin novembre 1962,
il est élu conseiller suppléant à l'Assemblée provinciale. C'est une année plus tard,
en novembre 1963, qu'il se rend à Brazzaville où sejournent les leaders lumumbistes qui
créent le Comité national de libération (CNL), dirigé par Christophe Gbenye. Nommé
secrétaire général aux Affaires sociales, à la Jeunesse et aux Sports, du CNL, il est
envoyé à Bujumbura (Burundi) en même temps que Gaston Soumialot, en janvier 1964 avec
la mission de préparer le soulèvement des populations de la plaine de la Ruzizi et du
Nord-Katanga contre le gouvernement de Léopoldville aux mains des
"impérialistes". Le mois suivant, il se rend à Albertville (Kalemie). En mai
1964, il participe à la première insurrection d'Albertville avec l'Armée Populaire de
Libération (APL). Le 21 juillet, il est nommé vice-président chargé des Relations et
du Commerce extérieurs dans le gouvernement provisoire du CNL, section de l'Est
(Albertville). D'août à novembre 1964, il séjourne successivement à Nairobi, Dar-es
Salaam et Paris. Il est nommé secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères du CNL et
ministre plénipotentiaire en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda. Le 21 avril 1965, il est
nommé deuxième vice-président du Conseil suprême de la révolution. En mai 1965, il se
rend en Tanzanie pour diriger, depuis Kigoma, la zone opérationnelle du Kivu et du
Katanga. Après la défaite de la rébellion au Congo, il se réfugie au Kenya et
s'installe ensuite en Ouganda où il rejoint, dans les années 80, le maquis de Yoweri
Museveni, actuel Président d'Ouganda. Entre-temps, Kabila fonde, le 24 décembre 1967, en
exil à Nairobi, sa propre formation : le Parti de la Révolution Populaire (PRP) doté de
sa branche militaire, les Forces Armées Populaires (FAP). Ayant à nouveau établi ses
bases dans la région de Fizi, il entreprend une reprise en main idéologique, enseignant
les "sept erreurs" de la révolution simba : 1) manque d'éducation politique -
2) trop grande dépendance envers l'étranger - 3) négligence du rôle des paysans - 4)
tribalisme - 5) manque de discipline - 6) manque de coopération entre les combattants et
le peuple - 7) absence d'un parti révolutionnaire. Sur le plan militaire, sa stratégie
est celle d'une "guerre populaire prolongée" à la chinoise, enracinée en
milieu rural. une méthode propre à séduire l'un des parrains de Kabila, lui aussi
admirateur de Mao : le président tanzanien Julius Nyerere, alors figure importante des
pays non-alignés. Mais pendant sept ans, la lutte du PRP demeure ignorée jusqu'à
l'enlèvement par un commando, en 1975, en Tanzanie, de trois spécialistes américains
des grands singes et de leur collègue hollandaise, pour obtenir une rançon et la
libération de 30 de ses militants incarcérés à Dar-es-Salaam. Beaucoup plus tard, en
1984, Kabila sera l'initiateur d'une autre prise d'otage, celle d'un patron français
d'une coopérative de pêche, André Lézy, qui est enlevé à Kalémié puis libéré au
Burundi, sept mois plus tard. Ces quelques faits d'armes augmentent son prestige auprès
de ses troupes. Il se fait appeler "Mzee", terme swahili exprimant le respect
envers les aînés et, vers 1977, il met en place un mini-Etat socialiste avec ses champs
collectifs, ses écoles et ses dispensaires. Kabila jette les bases d'une économie de
guerre, reposant sur le commerce de l'or, l'agriculture et la chasse. Dans cet univers
autarcique, il introduit même sa propre monnaie.
Curieusement, il se tient à l'écart lors des deux invasions des ex-gendarmes
katangais au Shaba en 1977 et en 1978. Mais, en novembre 1984, le PRP refait surface quand
ses commandos venus de Tanzanie investissent pendant trois jours la ville de Moba, au
Nord-Shaba, sur le lac Tanganyika, avant de se replier.
Début octobre 1996, il prend la tête de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la
Libération du Congo-Zaïre (AFDL) avec pour objectif le renversement de la dictature du
Maréchal Mobutu. Après sept mois de conquêtes, les troupes de l'AFDL entrent, le 17 mai
1997, dans la ville de Kinshasa, désertée par tout le clan Mobutu et par les principaux
généraux. Cette entrée, à l'exception de quelques heurts, se fait en toute
tranquilité. Laurent-Désiré Kabila a gagné son pari "prendre la capitale du
Zaïre avant juin 1997" et prend, de facto, le pouvoir (voir "Déclaration de prise de
pouvoir") en devenant le troisième Président du pays. Le Zaïre
s'appelle désormais la République Démocratique du Congo. |