| "Le samedi soir et le dimanche, toutes contraintes relâchées, les
citadins donnent libre cours à leur faim de joie, de détente, de communication avec
autrui. Dans tous les quartiers, autour des "tam-tams" qui maintiennent les
thèmes folkloriques ou des orchestres de fortune, les danses ne s'interrompent
plus". C'est ainsi que Balandier décrit, dans les Brazzavilles "noires",
l'atmosphère au début des années 50. Kinshasa, de l'autre côté du Pool Malebo,
n'échappe pas à ce cliché. Depuis, en dépit de la morosité économique dans les deux
capitales soeurs, comme le dit Wemba dans une chanson récente, "Tous les jours,
ambiance à gogo". A Poto-Poto et Matonge, les repères temporels sont brouillés.
La danse est une réalité incontournable de l'univers congolais. Le Kebo et le Zango
ont fait danser de nombreuses générations de congolais avant d'être supplantés par les
danses exogènes introduites à la faveur de l'arrivée du phonographe sur les deux rives
du fleuve Congo. Depuis, ces danses du terroir ne sont plus que des manifestations
ludiques qui tombent en lambeaux.
Au début des années 50, polka, swing, chacha, tango, etc... investissent les lieux
des mondanités. Quist, Air-France, Parc de Boek, Yaka Awa, Si'luvangui, à Kinshasa,
Faignond, Congo Zoba, Lumi-Congo, Mouendo Koko, Nouani Bar... à Brazzaville. Les danses
étrangères ont incontestablement favorisé l'éclectisme musical des congolais. Mais en
dépit de l'engouement qu'ils ont pour les rythmes de l'étranger, les congolais
préfèrent, malgré tout, la rumba, danse congolaise par excellence, tant sa gestuelle
est intrinsèquement traditionnelle.
La rumba est une danse lascive qui est exécutée par deux danseurs enlacés. Elle
suggère une véritable scène d'amour. La rumba revenue de Cuba, ne serait en fait que la
kumba (nombril) réappropriée par les congolais qui l'ont élevée au rang de danse
mythique de la musique congolaise moderne. Du reste, depuis peu, de nombreux auteurs
insistent sur l'origine congolaise de la rumba-kumba qui aurait engendré les termes
créoles de cumba, cumbachera, cumbé. Ce qui est important aujourd'hui, c'est que la
rumba renvoie désormais, spontanément, à musique congolaise.
Rumba, rumba Odemba, rumba karakara, etc... cette danse subit des changements mineurs
sans conséquence au fond. Mais, avec la danse des bouchers créée en 1965 par Bahonda et
Balla (ils sont membres de cette corporation), son omnipotence est sérieusement
ébréchée.
Avec le boucher, on assiste à une légère accélération de la cadence. "Ba
nguembo bo juger" des Bantous de la capitale ou "Ngai marie Nzoto ekeba" ou
"Catherine" de Luambo Makiadi et Luambo Jazz illustrent parfaitement le
changement "métronimique" qui caractérise la nouvelle danse. Massamba alors
président du Congo-Brazzaville n'hésite pas à déclarer le boucher danse nationale.
Le boucher doit son succès à son adoption par les n'guembos. par ce terme, on
désigne tous ceux qui suivent les concerts à l'extérieur des dancings à ciel ouvert de
Brazzaville et Kinshasa ou huchés sur les toits des maisons mitoyennes. Lors des premiers
jeux africains qui se tiennent à Brazzaville en 1965, les danseurs Wello, Berba et Oko
font une démonstration publique du boucher au stade de la Révolution. Ce qui permet à
la jeunesse africaine réunie dans la capitale congolaise (rive droite) de l'adopter à
son tour.
Le soukous puis le Kiri Kiri dont l'African Fiesta Sukisa et les Bantous se disputent
la paternité tentent en vain de déboulonner le boucher. Même le jobs, créé peu après
par Rochereau n'y parvient pas.
En 1969, les Bantous présentent le boucher au Premier festival panafricain d'Alger.
En prévision d'une tournée aux USA, Franco fait appel à Berba, Wello et Damas
(spécialiste du boucher) pour encadrer les francorettes : Elysée, Mamy, Lola et Astrid.
finalement, cette tournée n'a pas lieu. Entre temps, Rochereau décroche le contrat de
l'Olympia. Il débauche le danseur Pascal chez Franco et monte, avec lui, les rocherettes,
un groupe féminin. Rochereau a le privilège, entre autres, de présenter le boucher au
public parisien. D'une manière générale, on note deux courants dans la danse congolaise
: le courant traditionnaliste et le courant synthétique. Le premier est caractérisé par
l'intégration des danses du terroir dans le répertoire de la musique moderne, quasiment
sans modifications majeures. Le boucher, Mouyirika, Djale N'Goza, Sundama, le Mutuashi
pour ne citer que les plus importantes. Le deuxième courant fait la synthèse des
emprunts à la tradition avec les danses et rythmes du répertoire mondial. Le passage de
James Brown à Kinshasa, au début des années 70 a entraîné d'importantes mutation dans
l'évolution de la danse au Congo. Il a influencé de nombreux artistes : Matadidi, Mario,
Evoloko, Mbuta mashakado à Kinshasa, Titi Matondo à Brazzaville. Autre influence notable
à la même époque, l'irruption du disco, funk, reggae, punk, hard rock, pop, etc...
chacun de ces rythmes, à des degrés divers, a influé sur le développement des danses
de la musique congolaise moderne.
Zaïko Langa Langa et Lita Bembo ont marqué de leur empreinte l'art de la danse au
Congo. A l'actif du Zaïko, on peut citer : Ngouabin, Cavacha, Choque, Sonzo Ma, Volant,
Funky Zekete, Tara, Ontshoule, Mayeno, etc... De Lita Bembo, les mélomanes se
souviendront longtemps de Saccade, danse Ekondo, Caïmans, Quatre coins, Osaka dynastie,
etc...
Bi dumba, dumda, Wondostock, Oliwondo, Levole, Six, Pompe Kijection, Djembelo, Swingi,
Mbiri mbiri, Marepore, Asalamalekum Ndakara, Silikoti, La bionda, Appolo, Lofuinto,
N'gebru ngebru swele ma, muteta, BMW, Mayeno, Benda singa, Salekila sont autant de noms
qui ont constellé l'univers de la danse au Congo.
Depuis la fin des années 80, tous les orchestres adoptent la danse à la mode, Kwassa
kwassa de Jeanora vulgarisé au plan international par le passage d'Abeti Massikini au
Zénith en 1989, Sundawa de J... Swede, Mayeno de l'Ou Jazz, Mayeba de Zaïko Langa Langa,
Moto Masassi calculé, bareko et Tora de Mbuta rayakuta ont fait danser à tour de rôle
les mélomanes des deux rives du Congo. Il convient de signaler que Viva la Musica a
toujours évolué en marge de la tendance générale. Il a dés sa création, inventé ses
propres danses, véritables marques déposées : Mukonyono, Kuku dindon, Numba rock
frenche, etc...
Une nouvelle race d'artistes s'affirme depuis quelques années : les créateurs de
danses : Jeanovra, Mbuta Rajakula, Bemba Shora, Djuna Mumbafu Nuno, etc... inondent à un
rythme effréné, les pistes de danse de leurs trouvailles. Conséquence inévitable, les
danses ont désormais une durée de vie courte. Actuellement, les mélomanes congolais
dansent au pas du Ndombolo. Mais pour combien de temps encore ? En dépit, des offensives
répétées de nouvelles danses, la bonne rumba ébréchée régulièrement depuis le
boucher, reste indéracinable. Elle structure la musique congolaise. Les plus gros succès
populaires de ces derniers temps sont des rumbas : Ousmane Bagoyoko de Mayaula. Point
final de Youlou Ngobila de Koffi : Makolo Ya Massiya de Carlito. |