| L'animation dans sa forme actuelle est un phénomène musical né à
Kinshasa, capitale incontestée de la rumba. Elle est aujourd'hui, au coeur de l'ensemble
de la création musicale congolaise des deux rives du fleuve Congo. Ce qu'il est convenu
d'appeler animation est, en général, un corpus autonome intégré dans une chanson au
moment du sébène (accords en boucle) : mais, dans certaines oeuvres récentes, elle
domine dés le départ et en constitue la quintessence. C'est le cas de "Pile ou
face" de Makaba du groupe Wenge Musica.
Animation, du latin animare, veut dire donner la vie, vivacité, mouvement, chaleur,
etc... L'acception plus prosaïque donnée à ce mot par les mélomanes congolais, rejoint
ces définitions. Dans le jargon musical congolais, animation signifie ambiance, appel à
la fête, hymne pour l'euphorie collective dans la danse. Car, l'animation en est
consubstantielle. Onduruwe (Maboko Likolo, Pututu Emata), de Jimmhy le guitariste hawaien
(congolais comme son nom ne l'indique pas), au début des années 50 est, sans doute la
première oeuvre dans laquelle intervient l'animation. Mais le phénomène est assez
résiduel dans la musique congolaise moderne naissante. Après plusieurs années de
somnolence, il ressurgit au cours de la décennie 60, mais de manière feutrée, entre
autres, dans une chanson intitulée "Catherine" de Luambo Makiadi et l'orchestre
OK Jazz. En 1968, l'orchestre Thu Zaïna adopte l'animation dans un titre célèbre "Ba
patrons na ba mbongo" avec le cri (autre nom de l'animation) Lokoko. A partir de
1970, l'animation, genre mineur au départ, connaît une formidable explosion avec Zaïko
Langa Langa et ses transfuges qui font assaut d'imagination pour nourrir dans un incessant
renouvellement le vivier musical de l'animation. Chaque orchestre a son cri. L'animation
qui, au départ, est supplétive de la faiblesse orchestrale des groupes formés par les
jeunes musiciens, devient un genre majeur de la musique congolaise. En effet, les cris ou
animation remplacent entre autres la section cuivre (saxophone, trombone, trompette,
clarinette...) inexistante dans ces groupes créés sur le modèle rock band.
L'animateur ou atalaku. Ce terme péjoratif traduit le relatif mépris qui entoure
l'animateur au début. Mais depuis quelques années, les atalaku, véritables chevilles
ouvrières des orchestres dits "jeunes" ont conquis leur titre de
noblesse. Doudou, Nono, Djuna Mumbafu sont aujourd'hui des stars à part entière de la
musique congolaise.
Dans "Wake up", le CD réalisé par Papa Wemba et Koffi Olomide, ce dernier
n'a pas répugné à assurer l'animation. C'est dire...
A l'origine, chaque groupe avait ses propres animations, véritables cris de ralliement
ou cris de guerre. Au milieu des années 80, avec l'essor de la danse Kwasa Kwasa de
Janora puis de Sundama de Boketsu Ier, on assiste à une uniformisation des animations.
Tous les groupes reprennent les cris en vogue dans un affligeant mimétisme collectif.
Désormais tout le monde copie tout le monde pour parler de manière triviale. Dans ce
choeur consensuel des copistes, "Viva la musica" fait exception. Dés sa
création en 1977 par Papa Wemba, "Viva la musica" impose son identité et sa
spécificité. Il a ses animations. Il a ses danses. Son dernier album mis sur le marché
en 1995/96 n'échappe à cette constante. Au fond, l'animation est un phénomène
récurant profondément enraciné dans la tradition congolaise. Au départ, elle est
constituée d'emprunts au folklore des séquences injectées dans les chansons modernes.
Aujourd'hui, elle ne consiste plus qu'en une litanie de noms cités de manière
intempestive contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Cette pratique contribue à
appauvrir le contenu de la chanson congolaise déjà mal en point. Les différents acteurs
de la musique congolaise doivent donc faire preuve d'une créativité féconde pour
éviter le nivellement par le bas auquel on assiste actuellement. |