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Rapport 1999:
La
liberté de la presse
en
République démocratique du Congo
VII.
Entraves à la circulation nationale et internationale de
l'information
Mwin
Murub Fel et RTKM
Mwin Murub Fel,
journaliste à la chaîne Kin-Malebo (RTKM),
a été arrêté le dimanche 27 décembre 1998 au siège de cet organe
de presse. M. Mwin Murub Fel était de permanence à RTKM
lorsque des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) ont
fait irruption dans les locaux de cette chaîne à Kinshasa/Gombe. En
ce moment-là, RTKM était en train de diffuser l’émission « Temps
forts » qui recevait M. Cléphas Kamitatu Massambla ancien
ministre et ambassadeur sous Mobutu et dont un des enfants a rejoint,
en juin 1999, les rangs des rebelles du Mlc de M. Jean-Pierre Bemba
– qui faisait ainsi une première sortie publique depuis son élargissement
de l’ex-Prison centrale de Makala où l’avait enfermé, en
compagnie d’autres dignitaires de la IIième République, le pouvoir
de M. Kabila. Mwin Murub Fel a été arrêté apparemment parce
qu’il ne pouvait pas faire interrompre, à la demande des agents précités,
l’émission qui était diffusée à partir de la station RTKM
de Ngaliema, loin du centre-ville. Il n’est sorti du cachot de l’ANR
que vers 22 heures après des interventions des responsabls de RTKM. L’émission incriminée a, quant à elle, été suspendue
trente minute après son début, le responsable de l’ANR ayant réussi
à faire exécuter leur ordre par téléphone. Les services de
renseignements ont fait savoir qu’il n’était pas acceptable que
des politiciens s’expriment sur les antennes des médias publics ou
privés en période d’interdiction des activités des partis
politiques. Il est à noter que M. Kamitatu s’exprimait, entre
autres, à propos de la nécessité, pour le Président Kabuila, de négocier
avec la rébellion.
Censure
d’une émission à Antenne A
(AA)
L’émission
« Droit à la parole »
du 16 mai 1999 a été interrompue sur ordre de l’Agence Nationale
de renseignements (ANR). Willy
Kalengayi, présentateur de cette émission, qui passait en différée,
recevait M. François Lumumba, qui a été très critique vis-à-vis
du gouvernement du Président L .D. Kabila dans lequel siège sa
sœur cadette. Pendant la diffusion de ladite émission, des agents de
l’Agence nationale de renseignements (ANR) sont entrés dans les
studios de AA et ont demandé non seulement l’interruption immédiate
de l’émission mais aussi la fermeture pure et simple de la chaîne.
Après l’intervention du ministre de l’information,
la chaîne sera réouverte quelques heures après. Le 18 mai
1999, les responsables de AA ont été convoqués au siège de l’ANR
pour « remplir certaines
formalités relatives à la reprise de l’émission « Droit
à la parole ». Maze Mwakumanya Marcelline,
journaliste à la même chaîne, a été interpellée chez elle à la
maison par des éléments de l’ANR qui lui reprochait « le
ton moqueur » utilisé dans la présentation des voeux à
l’occasion du deuxième anniversaire du nouveau régime.
Paraphrasant le président Kabila, Maze avait dit que la libération
du peuple congolais était d’abord le fait des « aventuriers de l’AFDL (Alliance des forces démcratiques pour la
libération) pour être, enfin,
donnée au peuple par les CPP (Comités de pouvoir populaire).
L’émission « Droit à
la parole » a repris le 4 juillet 1999. Bon nombre
d’observateurs ont remarqué un changement de ton surtout sur les
questions politiques.
Interdiction
aux chaînes privées de relayer
Les
informations des radios et télévisions étrangères
Une
lettre circulaire (n° 0394/CAB/MIN/LT/99), datée du 22 juillet 1999
et signée par le ministre de l’Information et du Tourisme, M.
Didier Mumengi, a été adressée aux stations de radiodiffusion et de
télévision privées qui relaient certains programmes des chaînes étrangères.
Elle a été réceptionnée par les destinataires le lundi 26 juillet
1999. Dans cette lettre – nous n’avons lu que la copie adressée
à Radio Elikya (propriété de l’archidiocèse catholique de
Kinshasa) -, dont l’objet est : « Interdiction
de relais des journaux parlés et télévisés des radios et télévisions
étrangères », M. Mumengi écrit ce qui suit :
« Le rapport de la mission
de contrôle effectuée à votre station met en exergue le non respect
du cahier de charges ». Le ministre Mumengi soutient que le
cahier de charges en question stipule, en son point 4, que « dans
la co-production et les droits d’auteurs en cas d’un relais ou
d’une retransmission d’émission d’une station de radio et/ou de
télévision étrangère publique ou privée, il ne vous est nullement
autorisé de diffuser les journaux parlés ou télévisés ».
Le ministre donne un ultimatum de six (6) jours aux maisons de presse
concernées pour arrêter le relais. Il avertit que « si, endéans ce délai, les prescrits de cette lettre ne sont pas
respectés, des mesures coercitives et punitives seront énergiquement
prises ». M. Mumengi finit sa lettre en soutenant que
« le respect des textes est la condition sine qua non et le soubassement
d’un véritable partenariat entre votre chaîne et le ministère ».
Il
convient de noter que Radio
Elikya relaie en FM les journaux parlés de Radioi
Vatican. RAGA FM relaie les journaux parlés de la Voix
de l’Amérique et de BBC.
RTKM relaie, en FM, les
journaux parlés de RFI et les journaux télévisés de France
2. Antenne A relaie également
France 2. Le ministre veut
que toutes les stations étrangères "fassent
comme Africa n° 1 qui a payé
de l’argent à son office pour installer une antenne à Kinshasa ».
Il faut noter qu’Africa n° 1
a primé dernièrement, avant son installation à Kinshasa, le président
Kabila comme « homme
politique de l’année ». RAGA
FM s’est vu, par ailleurs, interdit d’émettre à Lubumbashi
(capitale de la province du Katanga, à quelque 2.000 kms de
Kinshasa), où ses émissions étaient captées depuis un mois. Il
sied de relever que Radio Elikya
a diffusé la veille de la signature de la lettre circulaire du
ministre, le mercredi 21 juillet 1999, un reportage sur le préavis de
grève lancé au ministre Mumengi par les syndicats des organes de la
presse officielle de la RDC .
Interdiction
tacite de passer la frontière
Avec
des journaux congolais
Depuis
plusieurs mois, des voyageurs en partance pour l’étranger à partir
de l’aéroport international de Kinshasa/N’djili nous font part
d’une mesure interdisant de passer la frontière avec les journaux
congolais en général et plus particulièrement les journaux catégorisés
comme étant proches de l’opposition tels que Le Phare, Le Potentiel, La Référence
Plus, La Libre Afrique, L’Alarme, etc. Ces faits ont été confirmés
lorsque M. André Ipakala, directeur du quotidien La Référence Plus, a été empêché de prendre, le 26
janvier 1999, son vol à destination de Nairobi parce qu’il
transportait dans sa valise une pile du journal La
Référence Plus distribué ce jour. Aucune note officielle
n’existe concernant cette mesure. Des responsables de la DGM
(Direction générale des migrations), police des frontières, mettent
ces agissements sur le compte « d’un excès de zèle de certains agents ».
Rafles
fréquentes des journaux à la Place Victoire
Des
vendeurs des journaux à la criée sur la place Victoire
à Kinshasa/Kalamu sont souvent victimes des rafles des journaux
qu’ils vendent à même le sol ou en main. Ces opérations menées
par des éléments de la Police nationale en uniformes ou en civil se
déroulent souvent le matin. Les journaux sont arrachés et déchirés.
Parfois, les vendeurs se plaignent aussi pour les recettes qu’on
leur arrache lors de ces opérations dites « d’ordre
public ». En effet, le motif officiel contre les vendeurs à
la criée est qu’ils provoquent des attroupements qui troublent
l’ordre public. Les jeunes vendeurs sont souvent arrêtés et relâchés
après une bastonnade ou une « amende ».
Interdiction
des émissions à caractère politique
sur les chaînes privées
Des
responsables des chaînes de radios et de télévisions privées (Raga,
Rtkm, Antenne A) et des animateurs de certaines émissions
politiques sur ces chaînes (Marie-Ange
Mushobekwa, Dieudonné Ilunga et Willy Kalengayi) ont été
convoqués, le mardi 14 septembre 1999, à l’Agence nationale des
renseignements (ANR) où il leur a été signifié l’interdiction
de diffuser les manifestations, émissions et débats à caractère
politique.
Cette
mesure est intervenue au lendemain de la messe de suffrage dite, en la
cathédrale Notre Dame du Congo à Kinshasa/Lingwala, par le cardinal
Frédéric Etsou, le samedi 11 septembre 1999, en mémoire du Maréchal
Mobutu. Cette messe, organisée par des membres du Mpr (Mouvement
Populaire de la Révolution, parti du défunt président), a été
couverte par les chaînes privées dont question.
La
RTMV interdite d’émission
La
Radiotélévision message de vie (RTMV), éméttant à Kinshasa, a été fermée le samedi 18
septembre 1999, sur décision du parquet de grande instance de
Kinshasa/Kalamu pour « raison
d’ordre public ». Depuis lors, des agents de la Police
nationale congolaise occupent les installations de cet organe chrétien
appartenant au pasteur Kuthino Fernando, chef d’une église indépendante
dénommée Armée de Victoire.
Kuthino
Fernando lui-même est détenu, depuis le 18 septembre 1999, au Centre
pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (Cprk, ex-Prison
centrale de Makala). Il est accusé par la communauté islamique de
Kinshasa d’avoir, au cours
d’un culte retransmis en direct sur les antennes de la RTMV, le
dimanche 12 septembre 1999, brulé un coran apporté par un
nouveau converti. Kuthino s’est catégoriquement défendu d’avoir
brulé le coran, soutenant, en rediffusant les images de la scène
incriminée, qu’il ne s’était agi que d’un petit cahier dans
lequel étaient écrites des prières magiques.
L’affaire
a provoqué une énérgique réaction de la part des musulmans de
Kinshasa qui ont organisé, en dépit de l’interdiction décidée
par le gouverneur de la ville de Kinshasa, Théophile Mbemba Fundu,
une gigantesque marche de protestation le vendredi 17 septembre 1999.
Parmi
les réactions, on a noté celle de l’ambassadeur d’Iran à
Kinshasa qui, dans une déclaration remise à la presse, a dit avoir
exprimé « ses regrets »
au ministre congolais des Affaires étrangères, Yerodia Abdoulaye
Ndombasi, et au doyen du corps diplomatique et ambassadeur du Togo,
Mama Gnofam. Le diplomate iranien a poursuivi que « cette
attitude blasphématoire de ce pasteur m’a profondément bouleversé.
L’ampleur de cette consternation et les réactions qui s’en
suivront dans le monde entier, et en particulier dans le monde
musulman, ne sont pas encore prévisibles ». L’ambassadeur
d’Iran a également demandé que le pasteur Kuthino et « ses
médias » soient mis « hors
d’état de nuire ».
La
RTMV ne diffuse que des émissions à caractère religieux et autre
messages publicitaires.
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