Mwamba wa ba Mulamba, Secrétaire général

D. M’Baya Tshimanga, Président

73, avenue Maringa, Kinshasa / Kasa-Vubu

République démocratique du Congo (RDC)

Téléphone et Fax : (+243) 12 61576

E-mail : jedkin@ic.cd

Rapport 1999:

La liberté  de la presse en République démocratique du Congo

VII. Entraves à la circulation nationale et internationale de l'information

Mwin Murub Fel et RTKM

Mwin Murub Fel, journaliste à la chaîne Kin-Malebo (RTKM), a été arrêté le dimanche 27 décembre 1998 au siège de cet organe de presse. M. Mwin Murub Fel était de permanence à RTKM lorsque des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) ont fait irruption dans les locaux de cette chaîne à Kinshasa/Gombe. En ce moment-là, RTKM était en train de diffuser l’émission « Temps forts » qui recevait M. Cléphas Kamitatu Massambla ancien ministre et ambassadeur sous Mobutu et dont un des enfants a rejoint, en juin 1999, les rangs des rebelles du Mlc de M. Jean-Pierre Bemba – qui faisait ainsi une première sortie publique depuis son élargissement de l’ex-Prison centrale de Makala où l’avait enfermé, en compagnie d’autres dignitaires de la IIième République, le pouvoir de M. Kabila. Mwin Murub Fel a été arrêté apparemment parce qu’il ne pouvait pas faire interrompre, à la demande des agents précités, l’émission qui était diffusée à partir de la station RTKM de Ngaliema, loin du centre-ville. Il n’est sorti du cachot de l’ANR que vers 22 heures après des interventions des responsabls de RTKM. L’émission incriminée a, quant à elle, été suspendue trente minute après son début, le responsable de l’ANR ayant réussi à faire exécuter leur ordre par téléphone. Les services de renseignements ont fait savoir qu’il n’était pas acceptable que des politiciens s’expriment sur les antennes des médias publics ou privés en période d’interdiction des activités des partis politiques. Il est à noter que M. Kamitatu s’exprimait, entre autres, à propos de la nécessité, pour le Président Kabuila, de négocier avec la rébellion.

Censure d’une émission à Antenne A

(AA)

L’émission « Droit à la parole » du 16 mai 1999 a été interrompue sur ordre de l’Agence Nationale de renseignements (ANR). Willy Kalengayi, présentateur de cette émission, qui passait en différée, recevait M. François Lumumba, qui a été très critique vis-à-vis du gouvernement du Président L .D. Kabila dans lequel siège sa sœur cadette. Pendant la diffusion de ladite émission, des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) sont entrés dans les studios de AA et ont demandé non seulement l’interruption immédiate de l’émission mais aussi la fermeture pure et simple de la chaîne. Après l’intervention du ministre de l’information,   la chaîne sera réouverte quelques heures après. Le 18 mai 1999, les responsables de AA ont été convoqués au siège de l’ANR pour « remplir certaines formalités relatives à la reprise de l’émission « Droit à la parole ». Maze Mwakumanya Marcelline, journaliste à la même chaîne, a été interpellée chez elle à la maison par des éléments de l’ANR qui lui reprochait « le ton moqueur » utilisé dans la présentation des voeux à l’occasion du deuxième anniversaire du nouveau régime. Paraphrasant le président Kabila, Maze avait dit que la libération du peuple congolais était d’abord le fait des « aventuriers de l’AFDL (Alliance des forces démcratiques pour la libération) pour être, enfin, donnée au peuple par les CPP (Comités de pouvoir populaire). L’émission « Droit à la parole » a repris le 4 juillet 1999. Bon nombre d’observateurs ont remarqué un changement de ton surtout sur les questions politiques.

Interdiction aux chaînes privées de relayer

Les informations des radios et télévisions étrangères

Une lettre circulaire (n° 0394/CAB/MIN/LT/99), datée du 22 juillet 1999 et signée par le ministre de l’Information et du Tourisme, M. Didier Mumengi, a été adressée aux stations de radiodiffusion et de télévision privées qui relaient certains programmes des chaînes étrangères. Elle a été réceptionnée par les destinataires le lundi 26 juillet 1999. Dans cette lettre – nous n’avons lu que la copie adressée à Radio Elikya (propriété de l’archidiocèse catholique de Kinshasa) -, dont l’objet est : « Interdiction de relais des journaux parlés et télévisés des radios et télévisions étrangères », M. Mumengi écrit ce qui suit : « Le rapport de la mission de contrôle effectuée à votre station met en exergue le non respect du cahier de charges ». Le ministre Mumengi soutient que le cahier de charges en question stipule, en son point 4, que « dans la co-production et les droits d’auteurs en cas d’un relais ou d’une retransmission d’émission d’une station de radio et/ou de télévision étrangère publique ou privée, il ne vous est nullement autorisé de diffuser les journaux parlés ou télévisés ». Le ministre donne un ultimatum de six (6) jours aux maisons de presse concernées pour arrêter le relais. Il avertit que « si, endéans ce délai, les prescrits de cette lettre ne sont pas respectés, des mesures coercitives et punitives seront énergiquement prises ». M. Mumengi finit sa lettre en soutenant que « le respect des textes est la condition sine qua non et le soubassement d’un véritable partenariat entre votre chaîne et le ministère ».

Il convient de noter que Radio Elikya relaie en FM les journaux parlés de Radioi Vatican. RAGA FM relaie les journaux parlés de la Voix de l’Amérique et de BBC. RTKM relaie, en FM, les journaux parlés de RFI et   les journaux télévisés de France 2. Antenne A relaie également France 2. Le ministre veut que toutes les stations étrangères "fassent comme Africa n° 1 qui a payé de l’argent à son office pour installer une antenne à Kinshasa ». Il faut noter qu’Africa n° 1 a primé dernièrement, avant son installation à Kinshasa, le président Kabila comme « homme politique de l’année ». RAGA FM s’est vu, par ailleurs, interdit d’émettre à Lubumbashi (capitale de la province du Katanga, à quelque 2.000 kms de Kinshasa), où ses émissions étaient captées depuis un mois. Il sied de relever que Radio Elikya a diffusé la veille de la signature de la lettre circulaire du ministre, le mercredi 21 juillet 1999, un reportage sur le préavis de grève lancé au ministre Mumengi par les syndicats des organes de la presse officielle de la RDC .

Interdiction tacite de passer la frontière

Avec des journaux congolais

Depuis plusieurs mois, des voyageurs en partance pour l’étranger à partir de l’aéroport international de Kinshasa/N’djili nous font part d’une mesure interdisant de passer la frontière avec les journaux congolais en général et plus particulièrement les journaux catégorisés comme étant proches de l’opposition tels que Le Phare, Le Potentiel, La Référence Plus, La Libre Afrique, L’Alarme, etc. Ces faits ont été confirmés lorsque M. André Ipakala, directeur du quotidien La Référence Plus, a été  empêché de prendre, le 26 janvier 1999, son vol à destination de Nairobi parce qu’il transportait dans sa valise une pile du journal La Référence Plus distribué ce jour. Aucune note officielle n’existe concernant cette mesure. Des responsables de la DGM (Direction générale des migrations), police des frontières, mettent ces agissements sur le compte « d’un excès de zèle de certains agents ».

Rafles fréquentes des journaux à la Place Victoire

Des vendeurs des journaux à la criée sur la place Victoire à Kinshasa/Kalamu sont souvent victimes des rafles des journaux qu’ils vendent à même le sol ou en main. Ces opérations menées par des éléments de la Police nationale en uniformes ou en civil se déroulent souvent le matin. Les journaux sont arrachés et déchirés. Parfois, les vendeurs se plaignent aussi pour les recettes qu’on leur arrache lors de ces opérations dites « d’ordre public ». En effet, le motif officiel contre les vendeurs à la criée est qu’ils provoquent des attroupements qui troublent l’ordre public. Les jeunes vendeurs sont souvent arrêtés et relâchés après une bastonnade ou une « amende ».

Interdiction des émissions à caractère politique sur les chaînes privées

Des responsables des chaînes de radios et de télévisions privées (Raga, Rtkm, Antenne A) et des animateurs de certaines émissions politiques sur ces chaînes (Marie-Ange Mushobekwa, Dieudonné Ilunga et Willy Kalengayi) ont été convoqués, le mardi 14 septembre 1999, à l’Agence nationale des renseignements (ANR) où il leur a été signifié l’interdiction de diffuser les manifestations, émissions et débats à caractère politique.

Cette mesure est intervenue au lendemain de la messe de suffrage dite, en la cathédrale Notre Dame du Congo à Kinshasa/Lingwala, par le cardinal Frédéric Etsou, le samedi 11 septembre 1999, en mémoire du Maréchal Mobutu. Cette messe, organisée par des membres du Mpr (Mouvement Populaire de la Révolution, parti du défunt président), a été couverte par les chaînes privées dont question.

La RTMV interdite d’émission

La Radiotélévision message de vie (RTMV),  éméttant à Kinshasa, a été fermée le samedi 18 septembre 1999, sur décision du parquet de grande instance de Kinshasa/Kalamu pour « raison d’ordre public ». Depuis lors, des agents de la Police nationale congolaise occupent les installations de cet organe chrétien appartenant au pasteur Kuthino Fernando, chef d’une église indépendante dénommée Armée de Victoire.

Kuthino Fernando lui-même est détenu, depuis le 18 septembre 1999, au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (Cprk, ex-Prison centrale de Makala). Il est accusé par la communauté islamique de Kinshasa d’avoir, au cours d’un culte retransmis en direct sur les antennes de la RTMV, le dimanche 12 septembre 1999, brulé un coran apporté par un nouveau converti. Kuthino s’est catégoriquement défendu d’avoir brulé le coran, soutenant, en rediffusant les images de la scène incriminée, qu’il ne s’était agi que d’un petit cahier dans lequel étaient écrites des prières magiques.

L’affaire a provoqué une énérgique réaction de la part des musulmans de Kinshasa qui ont organisé, en dépit de l’interdiction décidée par le gouverneur de la ville de Kinshasa, Théophile Mbemba Fundu, une gigantesque marche de protestation le vendredi 17 septembre 1999.

Parmi les réactions, on a noté celle de l’ambassadeur d’Iran à Kinshasa qui, dans une déclaration remise à la presse, a dit avoir exprimé « ses regrets » au ministre congolais des Affaires étrangères, Yerodia Abdoulaye Ndombasi, et au doyen du corps diplomatique et ambassadeur du Togo, Mama Gnofam. Le diplomate iranien a poursuivi que « cette attitude blasphématoire de ce pasteur m’a profondément bouleversé. L’ampleur de cette consternation et les réactions qui s’en suivront dans le monde entier, et en particulier dans le monde musulman, ne sont pas encore prévisibles ». L’ambassadeur d’Iran a également demandé que le pasteur Kuthino et « ses médias » soient mis « hors d’état de nuire ».

La RTMV ne diffuse que des émissions à caractère religieux et autre messages publicitaires.  

Accueil - Présentation - Communiqués - Rapports - Activités - Contacts