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La
liberté de la presse en République démocratique
du Congo
Rapport
2000
(Préface
de Christine Ockrent)

Rendu
public à Kinshasa, le 10 décembre 2000
à
l’occasion du 52 ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits
de l’homme
PREFACE
A Cuba, posséder un
fax ou un photocopieur sans autorisation peut conduire en prison. Cette
réalité n'est malheureusement pas l'apanage du régime de Fidel Castro.
Dénoncer la corruption à Kinshasa ou l'absence de liberté en Birmanie vaut
à des journalistes de croupir au fond de cachots et à leurs articles de
finir dans les poubelles des censeurs. Aujourd'hui, près de la moitié des
189 Etats qui siègent aux Nations unies bafouent la liberté de la presse.
Depuis quinze ans, plus de 750 journalistes ont été tués dans le monde.
Sur tous les
continents, les enquêtes de certains journalistes dérangent, leurs opinions
agacent, leur indépendance exaspère. Des guérilleros aux groupes
paramilitaires, des narcotrafiquants aux mafias, nombreux sont ceux qui
recourent à l'élimination physique pour faire taire quiconque dénonce leurs
agissements. Ces assassinats ont un point commun: les meurtriers, sauf de trop
rares exceptions, courent toujours.
Depuis le 10 décembre
1948, date de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de
l’homme, la liberté de la presse a, néanmoins, fait des progrès. Malgré
le génocide rwandais ou le drame algérien, l'Afrique n'est plus cette terre
où ne fleurissaient que des régimes de parti et de presse uniques. Le
communisme s'est effondré en Europe centrale et orientale, laissant la place
à des démocraties mais également à la guerre dans les Balkans ou en
Tchétchénie, et au règne des mafias dans l'ex-URSS. Quant à l'Amérique
latine, elle a cessé d'être le sanctuaire des régimes militaires.
Il reste de trop
nombreux pays où les journalistes continuent à être pris pour cible. Ainsi,
la République démocratique du Congo où plus d’une centaine de
professionnels des médias ont été emprisonnés depuis la prise de pouvoir
de Laurent-Désiré Kabila. Sans parler des mauvais traitements, des sévices,
des tortures dont des dizaines de journalistes ont été victimes
La liberté de la
presse est un droit de l’homme majeur. Les médias ont un tel poids que
chacun a pris conscience, pour le meilleur et pour le pire, qu’ils sont un
contre-pouvoir capable de rivaliser avec la toute puissance des Etats. La
presse est un enjeu, et donc un otage potentiel. C’est dangereux et
inquiétant pour ceux qui exercent le métier d’informer.
Dans le combat pour
faire reculer l'arbitraire, la communauté internationale a des
responsabilités. Mais encore faut-il qu'elle se décide enfin à "parler
vrai".
Comment décerner un
brevet de "démocrate" à M. Ben Ali, le président tunisien, alors
qu'il a été élu, en 1999, avec... 99% des voix ? Comment traiter avec un
gouvernement totalitaire - la Chine par exemple - en "oubliant" les
milliers de prisonniers d'opinion qui hantent ses camps ? Qu'un Etat ne prenne
pas en compte les seuls droits de l'homme pour conduire sa politique
extérieure, personne n'y trouvera à redire. Mais de là à n'aborder la
protection des libertés qu’entre deux portes lors d’une visite
gouvernementale…
Protester contre
l'emprisonnement d'un journaliste, c'est défendre la liberté d'informer et
la liberté d'être informé. Si la première est effectivement l'affaire des
médias, elle n'a de sens que par rapport à la seconde, qui est l'affaire de
tous. Dans cette lutte pour la liberté d’expression - et, au-delà, pour la
démocratie -, l’organisation Journaliste en danger (JED) a pris toute sa
place. Un modèle pour le continent africain. Un exemple pour tous ceux qui
sont attachés à faire respecter le droit de penser en toute liberté.
Christine
Ockrent
Christine
Ockrent
est une référence en matière de journalisme. Première femme présentatrice
du journal télévisé sur Antenne 2
dans les années 80. Rédactrice en chef de L'Express
au début des années 90. Actuellement, elle est présentatrice du journal de
la nuit sur France 3.
Elle collabore également avec plusieurs journaux de la presse écrite.
Elle est mariée à Bernard Kouchner.
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