Le 22 septembre 2000, M. Bagalama Ka Yange,
Secrétaire général du Ministère de la communication, signe la lettre N°
041/MC/SG/T.W/0155/2000 adressée à "Monsieur le responsable de la station de
radiodiffusion RTKM et de la Chaîne de télévision TKM". Par cette lettre
portant objet "Mise sous tutelle du ministère de la communication de vos stations
et chaînes (RTKM-TKM)", le secrétaire général du ministère de la
communication dit que "sur décision du gouvernement du Salut Public, je me fais
le devoir de porter à votre connaissance que la station de radiodiffusion RTKM et la
Chaîne de télévision TKM sont mises sous tutelle du ministère de la communication pour
la simple raison que les fonds ayant servi à l'acquisition de leurs équipements
proviennent du Trésor public".
Dans une autre lettre portant N°
041/MC/SG/TW/0265/2000 et datée 30 octobre 2000, le Secrétaire général Bagalama dit à
M. Kasonga Mbunga (ancien Pdg de l'ex-OZRT-Office zaïrois de radiodiffusion et de
télévision, Chaîne publique devenue RTNC),nommé, entretemps, chargé de mission
à TKM, que "sur instruction du Chef de l'Etat, Son excellence
monsieur le ministre de la communication vous informe, par l'entremise de son secrétaire
général, que la chaîne de télévision TKM mise sous tutelle du ministère s'appellera
désormais RTNC 4 ".
Depuis cette date, RTKM, propriété
de M. Aubin Ngongo Luwowo, ancien ministre de l'information de Mobutu, est devenue une
"propriété" de l'Etat congolais. Avec elle, les chaînes Canal Kin 1 et 2,
rebaptisées RTNC 3, propriété, selon le gouvernement, du chef rebelle
Jean-Pierre Bemba dont le père, Jeannot Bemba Saolona a été ministre de l'économie du
gouvernement Kabila. Une nouvelle grille de programme, copie quasi parfaite de la chaîne
publique RTNC, confectionnée au cabinet du ministre de la communication a été
imposée. Cette nouvelle grille consacre quotidiennement près de trois heures à la
propagande du régime sous forme d'émissions, de spot et des chansons dites pudiquement
patriotiques.
Avec ces actes, l'Etat congolais contrôle
directement, à ce jour, les principaux médias audiovisuels du pays : 4 chaînes de
télévision et 3 radios. A l'exception de RAGA FM et RAGA Tv - qui n'ont
plus la même liberté de ton comme il y a quelques années -, toutes les autres chaînes
de radiotélévision sont confessionnelles et consacrent, dans leur majorité, leurs
programmes à l'évangélisation. Cette concentration des espaces de liberté, dans des
conditions qui violent les principes de la propriété privée et de la liberté
d'expression, constitue non seulement un danger pour le droit du peuple à une information
plurielle mais aussi un recul par rapport aux dernières années du régime déchu du
maréchal Mobutu.
En tant qu'organisation indépendante et non
partisane de défense et de promotion de la liberté de la presse, Journaliste en danger
(JED), a pris le décision de rédiger le présent dossier pour dénoncer :
- la violation flagrante de la liberté de la presse;
- la violation dangereuse du droit à la propriété privée;
- la concentration de principaux médias entre les mains de
l'Etat -qui n'a pas la réputation de donner la parole à tous -
- le retour, à pas de géant, du culte de la personnalité qui
a caractérisé le régime honni de Mobutu et dont on contemple encore les dégâts.
En outre, à l'occasion de la première
mission du rapporteur spécial des Nations-Unies pour les questions des droits de l'homme
en RD Congo, M. Roberto Garreton, depuis l'assassinat du Président Laurent-Désiré
Kabila, , JED a estimé utile d'éclairé sa lanterne et d'obtenir son soutien pour que le
gouvernement annule les décisions liberticides prises par le ministre de la communication
dans ce dossier qui risque de faire, à la longue, jurisprudence.
JED