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10EME JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE

 

QUI A TUE L.D. KABILA ? QUAND ET COMMENT ?

LE DROIT DU PUBLIC A L'INFORMATION

 

Rapport spécifique rendu public à Kinshasa le 3 mai 2001
à l'occasion de la 10ème journée mondiale de la liberté de la presse


Journaliste en danger (JED)
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IV. Conclusion

Le droit du public à l'information lui a été dénié pendant les événements dramatiques du 16 janvier 2001. Eu égard aux normes internationales du droit du public à l'information telles que présentées dans le premier chapitre de ce rapport, le gouvernement congolais devait-il faire de la rétention de l'information telle qu'elle a été pratiquée ? La divulgation, à temps, de toutes les informations concernant le meurtre du chef de l'Etat avait-elle le risque de produire des effets contraires à l'intérêt public ? Le débat est houleux à ce niveau.

Le culte de la personnalité du chef de l'Etat, pratiqué à outrance par les spécialistes de l'art, avait conduit le commun des mortels et même des membres du régime à ignorer cette triste réalité : tu es poussière, tu retourneras à la poussière. Autrement dit, l'homme est mortel. Qui qu'il soit. Et que la mort d'un homme peut intervenir à tout moment et de diverses manières. Le texte tenant lieu de loi fondamentale depuis la chute de Mobutu, le décret 003, est totalement muet sur la question de la fin des fonctions du chef de l'Etat et sur le mode de succession. Lorsque intervint le meurtre du président Kabila, personne à Kinshasa ne pouvait parier sur la personne qui lui succéderait. Des scénarii apocalyptiques avaient même été envisagés. L'EXPRESS INTERNATIONAL dans son édition N° 2585 du 18 au 24 janvier 2001 ne s'est pas empêché de titrer en couverture : "Après l'attentat contre le président congolais Kabila. LE SPECTRE DU CHAOS". Cette vision des choses était partagée par bon nombre de capitales occidentales et même par des congolais compte tenu du fait que Kinshasa faisait, depuis trois ans, face à des rébellions qui occupaient, le 16 janvier 2001, près de 50 % du territoire. Face au vide juridique et à la guerre, la panique a donc guidé les stratégies de communication du gouvernement.

L'intérêt public était certes d'annoncer le meurtre du président mais surtout d'éviter que cette annonce ne crée le désordre et le chaos sur le territoire national (du moins la partie sous contrôle du gouvernement). L'appel au calme lancé par l'aide de camps du chef de l'Etat et l'instauration du couvre-feu ont été suivis et Kinshasa a passé ces tragiques événements dans la sérénité. L'information capitale avait été, tout de même, donnée par d'autres sources sans que celle-ci ne remette en cause, ni l'ordre public ni la sécurité nationale. Donc, le gouvernement pouvait garder l'initiative de l'information au lieu de courir derrière elle comme ce fut, malheureusement, le cas.

Cette rétention de l'information - qui a caractérisé le règne de Kabila père - due à la panique et à un cadre juridique taillé sur mesure a eu des conséquences néfastes pour la marche des affaires publiques après la mort de Kabila :

-La désignation de Joseph Kabila pour succéder à son père a créé des vagues non pas tant à cause du mode de désignation mais plus autour de l'identité de la personne. Pendant tout le règne de l'ancien président, personne, excepté ses intimes, ne connaissait rien sur sa famille. Au cours de la première conférence de presse qu'il avait donnée à Kinshasa, un journaliste avait demandé au chef de l'Etat de présenter "la première dame" du pays. Rien n'y fit. C'est lorsque, à la mort de Kabila, les médias internationaux vont émettre des doutes sur l'identité du fils, que les médias publics, poussés certainement par le gouvernement, vont présenter la maman du nouveau chef de l'Etat et que des compagnons de maquis du père vont défiler à la télévision publique pour apporter leurs témoignages. Une fois encore, on a couru derrière l'information. Joseph Kabila est au pouvoir depuis le 26 janvier 2001 et personne ne sait s'il est marié ou pas. La tradition a tendance à se perpétuer ;

- Une commission d'enquête a été constituée pour tirer au clair le mystère de l'assassinat du chef de l'Etat. A part la publication du décret instituant cette commission, aucune information de source officielle n'est venue édifier le public sur la vague d'arrestation de certains proches collaborateurs de l'ancien chef de l'Etat. A tel point qu'un journal de Kinshasa, se fiant à la rumeur, affichait un matin à la Une que l'ancien ministre de la Justice, M.Mwenze Kongolo était aux arrêts dans le cadre de l'enquête sur la mort de Kabila. Curieusement, le soir du même jour, une chaîne de télévision montrait M. Mwenze Kongolo faisant tranquillement son sport dans un terrain de football. Les journalistes n'ont pas accès à l'information sur le travail de la Commission d'enquête. Toutes les informations publiées jusque-là ne relève que des supputations obtenues des sources non identifiables ;

- Des citoyens libanais (11 personnes selon diverses sources) sont raflés et exécutés "dans le cadre du crime contre le chef de l'Etat". Le gouvernement n'en dit rien jusqu'au moment où des médias internationaux en font leur affaire. C'est le président Joseph Kabila qui, à la suite des informations diffusées, admet le crime et explique qu'il s'agit d'un acte isolé de banditisme et que les coupables seront châtiés conformément aux lois de la République. Des corps sont retrouvés et expédiés à Beyrouth.

 

 

Recommandations :

Eu égard à tout ce qui précède, Journaliste en danger (JED), recommande :

- Que l'Etat assume son rôle d'assurer et de rendre effectif le droit du public à l'information conformément aux prescrits des normes internationales et de la loi N° 96/002 du 22 juin 1996 ;
- L'obligation pour toutes les institutions publiques (de la présidence de la république aux collectivités locales) de diffuser l'information au public et de permettre, à ceux qui le demandent, l'accès aux sources d'informations ;
- La publication du rapport de la commission d'enquête sur l'assassinat du président Laurent-Désiré Kabila. Si les travaux ne sont pas encore terminés, de rendre compte, périodiquement, de l'évolution des travaux ;
- L'obligation pour le gouvernement de mettre fin à la gestion secrète de l'Etat et de considérer que le refus de donner l'information ou d'y accéder constitue une infraction qui doit être punie ;
- L'arrêt de l'ingérence du gouvernement et des services de sécurité dans le traitement de l'information aussi bien dans les médias publics que privés ;
- La publication des informations d'état civil concernant le chef de l'Etat.

 

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Table des matières

Message conjoint à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.
Par Kofi Annan, Mary Robinson et Koïchiro Matsuura

INTRODUCTION

I. Le droit du public à l'information.

II. L'assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila.

III. Le gouvernement et la gestion de l'information sur la mort du Président Kabila.

IV. Conclusion.

 

 

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