Mwamba wa ba Mulamba, Secrétaire général

D. M’Baya Tshimanga, Président

73, avenue Maringa, Kinshasa / Kasa-Vubu

République démocratique du Congo (RDC)

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Bilan: 10 décembre 1999 au 3 mai 2000

JOURNALISTES EN PRISON

Freddy Loseke Lisumbu, éditeur du trihebdomadaire "La Libre Afrique", paraissant à Kinshasa, a été arrêté le 31 décembre 1999 à son domicile par un groupe de militaires. Selon des informations confirmées le matin du 7 janvier, il a été conduit au cachot du camps militaire Kokolo, siège de la septième région militaire.

L'arrestation de Loseke intervient aux lendemains de la publication de deux articles parus, les 28 et 31 décembre 1999, dans les éditions N° 145 et 146 du journal. Le premier article disait que "Un général Katangais (Ndlr : province du Congo dont est originaire le président Kabila) veut assassiner Kabila". Le deuxième article était intitulé : "Effet Bédié. Une mutinerie se prépare pour provoquer la fuite de Kabila". Dans ces deux articles, le journal a fait des affirmations "obtenues de sources américaines" non autrement identifiées, selon lesquelles un complot se préparait contre le Président Laurent-Désiré Kabila.

"La Libre Afrique" est un journal dont le ton va souvent au-delà du tolérable et qui ne fait pas souvent de différence entre l'injure et la critique.

Après une fugue qui n'aura duré que quelques heures, Loseke a été de nouveau arrêté et traduit devant la Cour d'ordre militaire au motif de " propagation de faux bruits ". Le 25 février 2000, Loseke est transféré au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK, ex-Prison centrale de Makala.

Jean- Bruno Kadima et José Moukanda Ntumba respectivement directeur de publication et technicien à l'hebdomadaire " Umoja ", paraissant à Kinshasa, ont été interpellés par des éléments de la Police nationale congolaise (PNC), le lundi 24 avril 2000,  et incarcérés aux cachots de l'Agence nationale des renseignements à Kinshasa/Ngaliema puis à Kinshasa/Gombe.

Aucun motif officiel n'a été communiqué pour justifier ces arrestations ainsi que l'occupation, pendant quelques heures, des installations abritant la rédaction du journal Umoja à Kinshasa/Kalamu.

Toutefois, selon des informations parvenues à JED, il est reproché à Umoja la publication de deux articles intitulés respectivement " Voici les huit premiers articles des Accords de Lemera " et " Hécatombe à l'aéroport de N'djili. Kabila civilement responsable ". Le premier article, qui date du 4 avril 2000 (édition 1859) et qui continue à être vendu en photocopie et sous le manteau, le journal rend public huit articles des Accords de Lemera ( une bourgade de la province du sud-Kivu) signés le 23 octobre 1996 par les fondateurs de l'Afdl (alliance des forces démocratiques pour la libération), mouvement armé qui, sous la conduite de Laurent-Désiré Kabila,  a chassé, le 17 mai 1997, Mobutu Sese Seko du pouvoir. L'article 2 de cet Accord dit que "le sol et le sous-sol congolais appartiennent à l'Alliance " et l'article 4 ajoute que " Prêchant le panafricanisme, l'Alliance s'engage à céder 300 Km aux frontières congolaises, à l'intérieur du pays, pour sécuriser ses voisins ougandais, rwandais et burundais contre l'insurrection rebelle ". L'article 5  stipule que " Dès que l'Alliance aura gagné la victoire, une rétribution spéciale sera allouée aux alliés. Sa détermination est de la compétence de l'instance supérieure de l'Alliance ". Quant à l'article 7, il promet la nationalité congolaise "collectivement aux camarades Banyamulenge et aux autres populations d'origine rwandaise établie au pays avant la date de l'indépendance de notre pays (30 juin 1960) ".

L'article cite comme source de ces articles de l'Accord de Lemera, un ouvrage d'une certaine Claudia McElroy, productrice de télévision pour la Chaîne Sky TV à Londres. Cette ouvrage, selon Umoja, est intitulé " In Search of the power " et a été édité aux éditions Penguin à Londres

Dans le second article du journal Umoja  a (édition  N° 1861 du mardi 18 avril 2000), fait allusion à l'explosion d'une poudrière à l'aéroport international de Kinshasa/N'Djili qui a causé la mort d'une centaine de personnes le 14 avril 2000 .  Pour le journal Umoja, M. Kabila et son gouvernement sont civilement responsables car " un aéroport civil n'est pas là pour servir d'entreposage des munitions ".

JOURNALISTES INCARCERES PUIS LIBERES

Joseph Mbakulu Pambu Diana. Le jeudi 30 décembre 1999 à 12:10 (heure locale), la Cour d'ordre militaire (COM) a acquitté le journaliste Joseph Mbakulu Pambu Diana.

Sous la conduite du juge-président Edouard Phongo Bokako, la COM a déclaré "non établie, en fait et en droit, l'infraction de 'propagation de faux bruits' mise à charge du prévenu Mbakulu". Juste après cette décision, Mbakulu a enlevé la tenue bleue et or de prisonnier et a pris place à bord de la voiture de son frère en route pour la liberté.

En rapport avec la prise de la ville de Matadi par la rébellion fin 1998, le journaliste avait été arrêté le 24 octobre 1998 et écroué au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), ex prison centrale de Makala.

La COM avait entendu, à l'audience publique du jeudi 9 décembre 1999, trois témoins à charge cités par Joseph Mbakulu Pambu Diana. Le premier témoin était l'ancien gouverneur de la province du Bas-Congo, Fuka Unzola (qui purge une condamnation de quinze ans de prison pour "trahison"). Ce dernier a confirmé le fait que Mbakulu a été contraint, par un commandant rebelle du nom de Panzu, de venir ouvrir la RTM et faire passer le message de la rébellion. Le même fait a été confirmé par le deuxième témoin, Camille Aleke, un collègue de service de Mbakulu. Le dernier témoin était le Président-délégué général ad interim de la RTM, Mbuma Nyimi qui, après avoir acculé le journaliste, a fini par admettre que Mbakulu a agit sous la contrainte des rebelles.

Dans son réquisitoire, le ministère public, représenté par le commandant Ntsinu Pukuta, a requis une peine de douze mois de prison ferme contre le prévenu Mbakulu Pambu conformément à l'article 119 du Code pénal congolais, livre II, qui stipule : "Sera puni de un mois à un an de servitude pénale et d'une amende de 20 à 100 F.C. ou de l'une de ces peines seulement, celui qui, sans intention de porter le trouble dans l'Etat, aura néanmoins sciemment répandu de faux bruits de nature à alarmer les populations, à les inquiéter ou à les exciter contre les pouvoirs établis".

Le ministère public a dit fonder sa requête sur l'existence d'un élément matériel à savoir : "avoir répandu de faux bruits par le simple fait d'avoir commenté, le 14 août 1998, sur le plateau de la Radiotélévision Matadi (RTM), le message du commandant rebelle Kabengele". Mais surtout "l'intention, la volonté d'agir en connaissance de cause, en vue d'exciter les populations contre le pouvoir établi à Kinshasa" a encore ajouté le ministère public.

La défense de Mbakulu a rétorqué au ministère public en plaidant non coupable et en sollicitant l'acquittement pur et simple. Pour les avocats du journaliste, "n'importe quel commun des mortels, placé dans les mêmes circonstances d'occupation de la ville par la rébellion, aurait agi de la même façon que Mbakulu, car demander un autre comportement relèverait de l'héroïsme politique et non du droit". 

Kazadi Mbayo Djodjo, directeur de publication de l'hebdomadaire " La Palme d'Or " paraissant à Kinshasa, a été arrêté, le 7 novembre à 3h:00 du matin (heure locale), à son domicile, par des hommes armés identifiés plus tard comme étant des agents de l'Agence nationale des renseignements (ANR). Il a été conduit immédiatement au cachot de la direction extérieure de l'ANR à Kinshasa/Ngaliema où il a été enfermé jusqu'à sa libération le 15 janvier 2000.

Durant sa longue détention, Kazadi a été entendu trois fois, sur procès verbal. A l'issue de ces auditions, le journaliste a été accusé "d'outrage au chef de l'Etat congolais " et " d'incitation à la révolte ".

Le journal "La Palme d'Or " a publié dans son édition N°25 du jeudi 4 novembre 1999 deux articles intitulés respectivement " Les ressortissants du Kivu veulent porter plainte contre Kabila " et " Kabila va avoir son 16 février. Il faut libérer le pasteur Kuthino Fernando ". Le pasteur Kuthino est chef d'une Eglise chrétienne indépendante très en vue à Kinshasa nommée " Armée de victoire ". Il a été arrêté et emprisonné au CPRK (Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa) pour avoir, au cours d'un culte, brulé un exemplaire du Coran apporté par un nouveau converti. Chose que nie le pasteur incriminé.

Avant sa libération, Kazadi a été contraint de signer un document intitulé " Engagement pris devant l'ANR/DE ". Dans ce document, le journaliste " demande pardon pour ce qui est arrivé et promets de ne pas hésiter un seul instant à contacter l'ANR pour éviter à la longue des articles qui pourraient nous créer des ennuis ". En post scriptum de ce document, le journaliste ajoute " j'ai rédigé ce document sans contrainte "(Sic !).

Polycarpe Honsek Hokwoy a été arrêté le 6 novembre 1999 au siège de son journal, à Kinshasa/Gombe, par des hommes armés se réclamant de la Police judiciaire des parquets (PJP). Il a d'abord été enfermé respectivement au cachot dit "Casier judiciaire" de la PJP et celui du Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe. Il est détenu au CPRK (Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa) depuis le 12 novembre 1999.

Il est reproché au journaliste d'avoir annoncé dans son journal, à tort, que le ministre des Finances et budget, M. Mawampanga Mwana Nanga avait été arrêté.

Une ordonnance de mise en liberté provisoire N° 379/99 lui établie par le Tribunal de paix de Kinshasa/Ngaliema siégeant en chambre du conseil le 17 novembre au CPRK n'a jamais été exécutée sous couvert de plusieurs subterfuges juridiques visant à maintenir le journaliste en prison.

C'est finalement le tribunal de paix de Kinshasa/Gombe qui se saisira de l'affaire et instruira sur le fonds à son audience du 21 janvier 2000. Le 29 janvier 2000, le tribunal condamne  Honsek Hokwoy à 3 mois de prison ferme. Le journaliste est tout de même libéré le 04 février 2000, date à laquelle il totalisait, effectivement, 3 mois de prison.

Gaspard Baïla Linoga. Un agent des services des renseignements congolais, non autrement identifié, et deux éléments de la Police nationale congolaise (PNC) ont procédé, ce mercredi 8 décembre 1999 vers 7:00 du matin (heure locale), à la place communément appelée "Victoire" à Kinshasa/Kalamu, à l'arrestation de Gaspard Baila Linoga et Jacques Bololo, respectivement chargé des abonnements et de la vente au journal satirique paraissant à l'improviste "Pot-Pourri".

Les deux agents du satirique Kinois ont été conduit à une destination inconnue et des exemplaires de l'édition N° 52, datée 8 décembre 1999, ainsi que toutes les recettes du jour ont été saisis.

Les raisons de ces arrestations et rafle des journaux ne sont pas encore connues. Toutefois, il convient de signaler que dans son édition dont des exemplaires ont été saisis, "Pot-Pourri" a écrit : "Le "sida" au Palais de la nation (siège de la présidence de la république)". Cet article, écrit dans le pur style de la satire, dénonce "un système impénitent pour détourner l'argent" à la présidence de la république. Pour étayer son information, le journal évoque la confusion dans l'octroi des marchés publics entre le ministère des travaux publics et un assistant du Chef de l'Etat chargé des infrastructures.

Jacques Bololo a été libéré le même soir. Par contre, son collègue Gaspard Baila Linoga qui, au moment de l'arrestation, avait sur lui une carte de service du journal "Pot-Pourri", est toujours détenu au cachot du Conseil de sécurité d'Etat (CSE) à Kinshasa/Ngaliema.

Selon les informations obtenues par JED, Baila Linoga a été pris en lieu et place des responsables de "Pot-Pourri" et il ne pourra être relâché que si les journalistes responsables du satirique se présente. Il sera tout de même libéré le samedi 15 janvier 2000 à 13 h, après 37 jours de détention.

Richard Nsamba Olangi Diata, éditeur du journal pro-gouvernemental "Le Messager Africain", paraissant à Kinshasa, a été arrêté, le mercredi 16 février 2000 vers 16 heures, par cinq éléments des services spéciaux de la Police nationale congolaise (PNC) et conduit au cachot communément appelé "Kin-Mazière" à Kinshasa/Gombe.

Pendant son audition accompagnée des menaces, Richard Nsamba a été accusé "d'avoir injurié le ministre d'Etat " chargé de l'Intérieur, M. Gaëtan Kakudji. Il lui sera également posé des questions sur ses origines ethniques ainsi que sur ses relations avec certains hommes politiques congolais. Deux autres questions troublantes ont été posées

au journalistes à savoir : "Monsieur l'éditeur, vous rappelez-vous du nombre des journalistes tués l'année dernière à travers le monde dans

l'exercice de leurs fonctions ?" et "Avez-vous présent à l'esprit le triste sort réservé à votre confrère Norbert Zongo du Burkina Faso dont on parle tant ces derniers temps ?." A l'issu d'un second interrogatoire, le journaliste se fera écrouer pour "diffamation". Le journaliste sera libéré le vendredi 18 février 2000 après qu'on lui ait communiqué la décision verbale du ministre d'Etat chargé de l'intérieur d'interdire la publication du journal "Le Messager Africain" sous le prétexte que ce journal n'avait aucun dossier au ministère de l'information. Chose que le journaliste dément catégoriquement. Le journal  continu de paraître.

Donatien Nyembo Kimuni, 39 ans, journaliste à l'hebdomadaire "La Tribune" paraissant à Kinshasa et dont le siège social se trouve à Lubumbashi (Chef-lieu de la province du Katanga à 2000 Km au Sud-Est de Kinshasa), a été arrêté le lundi 13 mars 2000 vers 21 H00, à son domicile de Lubumbashi/Kamalondo par des agents de l'Agence nationale des renseignements et enfermé dans le cachot de la dudit service de sécurité.

Il est reproché au journaliste Nyembo la publication, dans "La Tribune" N° 330 du 10 au 16 mars 2000, d'un article annoncé en manchette intitulé : "Sécurité : le jeune frère du Président Kabila n'a pas laissé que de bons souvenirs. ANR/Katanga: l'antre de la terreur, de l'extorsion, de représailles..."

Dans cet article qui parle des abus de pouvoir du directeur provincial de l'ANR/Katanga, décédé fin février 2000 et jeune frère du Chef de l'Etat congolais, et des mégestions du Gouverneur de la Province du Katanga, on peut lire :"...Il est établi que l'ANR/Katanga est devenue un véritable instrument de terreur, de représailles et d'extorsion. L'arbitraire y faisait loi.(...) Certains membres de l'ANR ont été jetés au cachot pour avoir seulement croisé

le directeur dans les couloirs! Sa volonté avait effet de loi. Combien n'ont-ils pas fait la prison, ou être torturés sans être entendu ?(...) Certains journalistes du Katanga peuvent témoigner pour s'être frottés aux geôles de l'ANR et surtout pour y être torturés. Si au deuil, l'on a compté beaucoup de participants, c'est pour l'honneur dévoué au Président Kabila".

Déféré devant le Tribunal de grande instance de Lubumbashi, Nyembo sera transféré, le mercredi 22 mars 2000, à la Prison centrale de Lubumbashi/Kasapa. Le journaliste affirme avoir été fouetté lors de son incarcération à l'Anr/Katanga.

 Lors de son audience publique du 19 avril 2000, à la demande du journaliste qui a invoqué son état de santé, le Tribunal de Grande Instance de Lubumbashi a ordonné sa mise en liberté provisoire .

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