Kinshasa, le 22 mars 2001
N/Réf: JED/SG/NS057/01
A Monsieur Gaëtan Kakudji
Ministre d'Etat chargé des Affaires
intérieures
Kinshasa/Gombe
Excellence Monsieur le Ministre d'Etat,
CONCERNE: Protestation contre
l'arrestation et la détention d'un journaliste
Journaliste en danger (JED), organisation
non gouvernementale de défense et de promotion de la liberté de la presse basée en
République démocratique du Congo, se fait l'honneur de vous écrire ce jour en vue
d'élever une vive protestation contre l'arrestation et la détention, par vos services,
d'un journaliste.
En effet, M. Guy Kasongo Kilembwe,
rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique Pot-Pourri, paraissant à
Kinshasa, a été arrêté le 28 février 2001, dans une rue de Kinshasa, par des agents
de la Police nationale congolaise armés et en tenue civile. Il a été détenu, tour à
tour, dans les locaux des Services spéciaux de la Police, immeuble Kin-Mazière;
au cachot du Sous-commissariat de la Police à l'ex-Hôtel Regina; à la Direction
intérieure de l'Agence nationale de renseignements (ANR/DI), à Kinshasa/Gombe; à la
Direction extérieure de l'ANR, à Kinshasa/Ngaliema et, de nouveau, à l'ANR/DI.
Guy Kasongo a été remis en liberté le
jeudi 22 mars 2001 à 9h30 T.U.. Le journaliste sort d'un cachot de l'ANR/DI où il a
été tranféré la veille. Il a été libéré après que des responsables de l'ANR lui
ont fait signer, sous pression, une déclaration selon laquelle il prend "l'engagement
solennel de ne plus écrire des articles hostiles au régime en place à Kinshasa".
Il lui a été également intimé l'ordre de présenter des excuses écrites au
gouvernement.
D'après des informations parvenues à JED,
Guy Kasongo Kilembwe a été libéré sur ordre personnel de l'administrateur-directeur
général de l'ANR, Didier Kazadi Nyembwe, qui a pu constater qu'il n'existait aucun
dossier à charge du journaliste.
Ce dernier - qui s'est présenté, en
compagnie de son épouse, au bureau de Journaliste en danger (JED), immédiatement après
sa mise en liberté - a fortement maigri, ne s'est jamais rasé depuis son arrestation et
présente des signes de grande faiblesse. Il a témoigné qu'il avait été fortement
flagellé lors de son transfert à l'ANR/DE (Direction extérieure), le 6 mars 2001.
Quelques jours plus tôt, alors qu'il était encore détenu dans un cachot des services
spéciaux de la Police, situés dans l'immeuble Kin-Mazière, il avait reçu 50
coups de fouet sur le corps. Au cachot de l'ex-Hôtel Regina, ses geôliers le
fouettaient avec des lames métalliques tous les soirs.
Aux dires de son épouse, il a souffert de
paludisme pendant sa détention à l'ANR/DE.
Pendant toute sa détention, les visites de
ses proches lui étaient interdites.
Il a subi plusieurs menaces de mort.
JED constate qu'alors que le nouveau
président de la République démocratique du Congo (RDC), le Général-Major Joseph
Kabila, a ordonné la fermeture des cachots illégaux (c'est-à-dire ne dépendant pas des
parquets de la République) et que le ministère de la Justice a diffusé dans les médias
publics des reportages sur l'exécution effective de cette mesure, les lieux de détention
de l'ANR sont toujours opérationnels.
Le journaliste a affirmé à JED que les
différents interrogatoires auxquels il a été soumis ont tourné autour de "la
haine que le journal satirique porterait contre le ministre d'État en charge de
l'Intérieur, M. Gaëtan Kakudji, alors que ce dernier est originaire de la même province
du Katanga que lui".
JED est étonné de constater qu'alors que
le président de la République déploie des efforts intenses pour améliorer l'état des
droits de l'homme en RDC - notamment en convoquant une conférence nationale sur les
droits de l'homme et en ordonnant la fermeture des cachots illégaux - , vos services
continuent à exceller dans des pratiques rétrogrades: arrestations et détentions
arbitraires, usage du fouet, tortures physiques et morales ainsi que d'autres traitements
cruels, inhumains et dégradants. Ces pratiques mettent notre pays en porte à faux
vis-à-vis des instruments juridiques internationaux auxquels il est partie.
Au regard de tout ce qui précède, JED
exige que les responsables de tous les abus commis à l'endroit du journaliste Guy Kasongo
Kilembwe soient poursuivis et punis, conformément à la législation en vigueur; car, nul
ne peut être au dessus de la loi.
JED vous prie également de tout mettre en
uvre pour que vos services - qui ne doivent, en aucun cas, se substituer aux cours
et tribunaux - cessent de gêner la liberté de la presse et qu'aucun journaliste ne soit
traqué en raison de l'exercice de son métier.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le
Ministre d'Etat, l'expression de notre considération distinguée.
Mwamba wa ba Mulamba Tshivis Tshivuadi
Secrétaire général Vice-Président
c.i.:
(TOUS) à Kinshasa.-
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