A Monsieur KIKAYA bin Karubi
Ministre de la Communication et de la
Presse
A KINSHASA/LINGWALA
Excellence Monsieur le Ministre,
Concerne : Menaces de fermeture de huit
radios et télés au Bas-Congo
Par votre lettre N°
CAB.MIN./COM.PRES/09105/2001 du 21 mai 2001 adressée aux responsables de huit entreprises
audiovisuelles privées de la province du Bas-Congo, vous leur avez demandé de
régulariser leurs dossiers administratifs au niveau de votre ministère et ce
jusquau 30 juin 2001. Passé ce délai, ces entreprises de presse audiovisuelles
" seront frappées dinterdiction de diffusion sur toute létendue de
la province du Bas-Congo ".
Votre lettre est la résultante dune
mission de votre ministère conduite par le Secrétaire général du 28 avril au 02 mai
2001.Cette mission a pu constater, selon vos propres termes, que
" lensemble des stations de radiodiffusion et de télévision privées
dans le Bas-Congo fonctionnent en marge de la loi N°96-002 du 22 juin 1996 fixant les
modalités de lexercice de la liberté de la presse en République démocratique du
Congo ". Dans lannexe à votre lettre, vous donnez la liste des huit
entreprises et leurs situations administratives. Toutes ces entreprises ont soit un
" dossier incomplet ", soit un " dossier
inexistant ".
Selon les informations obtenues auprès de
lARCO (lAssociation des Radios communautaires du Congo), le plus grand grief
fait à ces entreprises est le non paiement de la taxe pour lobtention du
récépissé auprès de vos services. Cette taxe est fixée à 5.000 $US par entreprise de
presse audiovisuelle. Il nous a été aussi rapporté quau niveau du ministère des
PTT (Poste, téléphone et télécommunications), il est demandé la somme de 2.500 $US
pour obtenir une fréquence démission. Ces taxes mises ensemble donnent une
bagatelle de 7.500 $US pour ouvrir, en RDC, une radio ou télévision privée, commerciale
ou associative.
/
Si nos informations sont correctes, vous
conviendrez avec nous, Monsieur le ministre, que ces taux portent atteinte à la liberté
de la communication audiovisuelle telle quénoncée à larticle 51 de la loi
sur la presse de 1996 que vous avez invoquée. Sil est vrai quau niveau des
PTT, la gestion des fréquences dépend aussi des engagements financiers de notre pays
dans ce domaine sur le plan international, il nen est pas de même de votre
ministère. En effet, il est surprenant que, pour délivrer un récépissé qui est en soi
une lettre administrative, vos services exigent deux fois plus que les PTT qui vendent des
fréquences ! Le taux fixé par votre ministère constitue un frein à la liberté de
la presse audiovisuelle qui ne veut pas dire son nom. Et sur ce plan, la RDC est
lunique cas en Afrique sub-saharienne. Tout en étant daccord avec
lorganisation du secteur, on ne peut pas à la fois proclamer la liberté de la
presse et ériger des obstacles administratifs ou financiers.
Bien plus, sur les huit entreprises de
presse audiovisuelle, cinq sont communautaires ou associatives et évoluent dans des
milieux quasi-ruraux en dépit dappellation de ville quon leur a collée. Bon
nombre de ces radios et télévisions ne font pas de publicité. Et même si elles
voulaient la faire, leur environnement économique est fait de désastre ou de monopole
dEtat. Ainsi, nous nous posons la question de savoir si ces 5 entreprises, qui
vivent plus de dons et legs, ont une trésorerie qui atteint les 5.000 $US. Comment
peut-on faire payer la même chose à des entreprises dont les vocations et
limplantation sont différentes. Nul nignore le fossé qui sépare, dans notre
pays, Kinshasa du reste de la République en terme de développement. En terme de
matériel, bon nombre de ces entreprises fonctionnent avec du matériel non seulement
amateur mais surtout artisanal.
Pour terminer, nous vous demandons, monsieur
le Ministre, ce qui suit :
- De bien vouloir surseoir à votre mise en demeure du 30 juin
2001 ;
- Douvrir une concertation avec toutes les entreprises du
secteur pour trouver un taux réaliste adapté à chaque catégorie de radio ou
télé et qui ne soit pas une restriction à la liberté dinformer et dêtre
informé par le son ou limage;
- De reconnaître le caractère dutilité publique de ces
radios et télévisions ;
- Au nom du devoir que a lEtat dinformer et de
former les citoyens, de demander au gouvernement dapporter une assistance
universelle, irrévocable, visible, inscrite dans le budget de lEtat à ces radios
et télés communautaires qui ont, en plus, un rôle de socialisation dans leurs
milieux ;
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le
Ministre, lexpression de notre parfaite considération.
Epaba Matasio Nganzal
Directeur des informations |
D. M'Baya Tshimanga
Président |