| Après les reconnaissances
effectuées par lexplorateur anglais Henry Morton Stanley (1875-1879), le roi des
Belges Léopold II envoya un corps expéditionnaire prendre possession en son nom des
territoires du futur Congo. A lépoque, les royaumes locaux étaient moribonds et il
ne fut guère difficile de leur imposer un nouveau régime politique. En 1885, à
loccasion de la conférence de Berlin qui
vit les grandes puissances européennes se partager lAfrique, le souverain belge
obtint la reconnaissance de ses droits sur ce qui était en quelque sorte sa propriété
privée. Cest dans ce but que Stanley, surnommé Boula Matari (Briseur de roc) par
les Kongos, avait conclu des traités avec quelque 450 chefs indigènes. Le roi finança
alors lui-même la poursuite de lexploration et la mise en valeur de lEtat
libre du Congo. Les grandes compagnies privées quil associa à son entreprise
reçurent de vastes concessions moyennant le paiement de redevances. Les principales
rentrées de la colonie provenaient de ses exportations de cuivre, dhuile de palme
et de caoutchouc. Hélas, celles-ci reposaient sur lexploitation de la population
locale, contrainte à la fois de travailler pour les Blancs et de leur livrer certaines
denrées en guise dimpôts. Au début du XXe siècle, les abus se multiplièrent.
Ainsi, entre 1885 et 1907,environ trois millions dAfricains périrent du fait des
colons. Quand le fardeau de la dette congolaise eut pris des proportions gigantesques,
Léopold II nhésita pas à faire coïncider ses intérêts avec ceux de lEtat
belge en affectant des fonds publics au développement de ses possessions
doutre-mer. Sous la pression des critiques suscitées tant dans son pays quà
létranger par la manière dont il gérait celles-ci, Léopold II finit par les
céder à la Belgique en 1908 et lEtat libre du Congo devint la colonie du Congo
belge. Les nouvelles autorités
construisirent des voies ferrées et routières et stimulèrent les secteurs agricole et
minier. Dés le début de son existence, larmée coloniale belge -la force publique-
eut à réprimer des soulèvements causés par le maintien du système du travail forcé
et par lintroduction dune fiscalité moderne (impôts en argent et non plus en
nature).
Sous le nouveau régime aussi, le Congo
belge fut soumis à une exploitation économique impitoyable. Lenseignement et, dans
une moindre mesure, lassistance médicale étaient laissés aux soins des missions
religieuses. Mais il nétait nullement question de préparer le pays à son
indépendance. Le conflit linguistique, qui divisait déjà la Belgique à lépoque,
se reflétait dans la composition de ladministration congolaise : les cadres
supérieurs étaient des francophones et les fonctions subalternes étaient occupées par
des néerlandophones. Sinspirant du système anglais de lindirect rule, les
colons sadjoignirent les services des chefs de village et les chargèrent notamment
de percevoir les taxes et dentretenir les routes. Pour ces tâches, ils étaient
rémunérés par lEtat belge. Mais, même pour les Congolais qui avaient
bénéficié dune éducation relativement poussée, il était pratiquement
impossible daccéder aux postes les plus élevés. |