Cette conférence (15 novembre 1884 - 26 février 1885),
dont le motif premier avait été le traité anglo-portugais, marque un tournant
fondamental dans l'histoire de l'Afrique : elle fixe en effet les règles du jeu et les
conditions du partage, permet une série d'accords bilatéraux sur des litiges frontaliers
franco-allemands notamment, enfin et surtout elle aboutit à la reconnaissance de l'Etat
indépendant du Congo.
Convoquée sur l'initiative du chancelier Bismark, la conférence
rassemble les représentants de 14 nations. L'A.I.C., n'étant pas encore reconnue,
n'envoie à la conférence que des observateurs. mais le roi Léopold II est derrière
toute la négociation, tant par la délégation belge qui comprend les meilleurs
connaisseurs des questions congolaises que par de multiples agents qui prennent les
contacts indispensables; ainsi la délégation américaine comptait avec Sanford et
Stanley, deux agents de l'association.
Le programme de la conférence était vaste, et abordait aussi bien les
questions humanitaires (lutte contre la traite des esclaves, amélioration des niveaux de
vie) que les problèmes économiques ou de droit international.
C'est le 8 novembre, une semaine avant l'ouverture officielle de la
conférence, que le gouvernement allemand reconnaît la souveraineté internationale de
l'A.I.C. Cette souveraineté sera reconnue successivement par l'Angleterre (14 décembre),
l'Italie (19 décembre), l'Autriche-Hongrie (24 décembre), la Hollande (27 décembre),
l'Espagne (7 janvier 1885), la Russie (5 février) et la Suède-Norvège (10 février). Le
5 février 1885, la France reçoit le bassin de kwilu-Niari et laisse la rive gauche du
pool à l'A.I.C. Le 14 février, le Portugal abandonne ses prétentions au nord de
l'estuaire du Congo, sauf en ce qui concerne l'enclave de Cabinda. Finalement, les deux
derniers pays, la Belgique et le Danemark, reconnaissent, le 23 février, la souveraineté
de l'A.I.C., si bien que le même jour, la conférence prend acte de la constitution de
l'Etat indépendant du Congo.
Trois jours plus tard (26 février 1885), l'acte de Berlin détermine le
Statut du bassin conventionnel du Congo qui comprend :
sur le plan politique : occupation territoriale effective et neutralité
des territoires définis par la conférence;
sur le plan économique : liberté de commerce et de navigation sur le
Congo;
sur le plan social : interdiction de l'esclavage, répression de la
traite en Afrique et sur mer; enfin engagement d'améliorer les conditions morales et
matérielles des indigènes.
L'Etat indépendant est alors constitué, sauf que les limites
géographiques ne sont pas fixées avec précision et que l'occupation effective des
régions conditionne la validité des droits. Mais le succès de Léopold II est total :
grâce à sa persévérance et à la valeur de ses agents, il a réussi à faire
reconnaître l'Etat indépendant du Congo et, bien entendu, c'est sans l'ombre d'une
hésitation et à l'unanimité que les puissances désignent le roi Léopold II comme chef
du nouvel Etat. Le gouvernement belge reconnut ce nouveau statut de Léopold II, tout en
insistant sur le fait que celui-ci ne concernait que la personne du roi, toutes charges et
toutes responsabilités étant déclinées par la Belgique (Article 62 de la Constitution
voté, les 28 et 30 avril 1885, par les chambres.
Le 30 avril 1885,Léopold II prend le titre de souverain de l'Etat
indépendant du Congo. Le premier chef désigné de cet immense territoire est un Anglais,
sir Francis de Winton, qui a le titre d'administrateur général et proclame
officiellement à Vivi la fondation de l'Etat indépendant du Congo et l'avènement de
Léopold II comme souverain de cet Etat.
La conférence de Berlin marque une sorte de sommet dans la carrière
congolaise de Léopold II, qui sut profiter à merveille de la "somnolence"
portugaise, de la "distraction" britannique et du retard allemand. |