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IN MEMORIAM: Laurent-Desire KABILA 

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Mme Schiller, Libambu

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L’homme qui a subitement émergé "des maquis" sous un voile de mystère pour mener une rébellion motorisée par le Rwanda et l’Ouganda qui a renversé le régime dictatorial de Mobutu d’une manière spectaculaire en un temps-record a disparu presqu’aussi rapidement et mystérieusement qu’il était apparu.

Katangais de souche kasaïenne, ce lumumbiste de première heure âgé de 59 ans a fini par se familiariser avec le sang jusqu’à en devenir une victime. Grièvement blessé par l’un de ses propres Gardes du corps le 16 Janvier dernier, Kabila mourra quelques heures plus tard.

L’ancien maquisard des montagnes de Fizi n’avait vraiment plus de combattants lorsqu’il a accepté de composer avec les leaders Tutsi en 1996. Mais des mariages de raison se sont rapidement conclus, donnant naissance à une coalition appelée Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL).

Cette appellation symbolisant un compromis politico-historique sera rejetée dès le lendemain de la victoire. Avant même de mettre pied dans la capitale, Laurent-Désiré Kabila s’est auto-proclamé Président et rebaptisé le pays République Démocratique du Congo, deux signes qui renfermaient une bombe à retardement.

Allergique à l’égard de Kinshasa et manifestant une méfiance frisant l’antipathie vis à vis des Kinois, Kabila sera adopté par ceux-ci dès qu’il donnera un coup de pied théatral à ses Allés Tutsi vers fin-Juillet 1998, une grave erreur d’appréciation qui le jettera dans le bourbier où il a laissé sa peau. Ironie du sort, ce ne sont pas les Kinois qu’il craignait qui l’ont tué, ni même ses ex-Alliés devenus ses adversaires farouches, mais plutôt ceux de son propre camp qu’il a emmenés avec lui.

Laurent-Désiré fut certainement un idéaliste engagé à l’aube de sa lutte politico-militaire, mais ses élans révolutionnaires semblent avoir été plus ou moins abandonnés assez rapidement. Le révolutionnaire légendaire Che Guevara qui a traversé les océans et les jungles pour rencontrer ses frères de lutte fut plutôt déçu avec le Lion de Manono. Il a attribué ses écarts de conduite et son obstination à la jeunesse. C’était les années 60.

Près de quarante ans après, la jeunesse est partie mais les écarts et l’intransigeance sont restés. Aussi n’est-il pas étonnant que le maquisard Africain ait raté son rendez-vous avec l’Histoire le 17 Mai 1997. Finalement, même ses Alliés et Collaborateurs se sont rendu compte que c’est lui qui bloquait tout. Le pays s’est encore plus enfoncé.

L’héritage historique de Laurent-Désiré Kabila? Le mérite qui lui revient est celui du Tombeur de Mobutu. Kabila a si bien joué son rôle à la rébellion de 1996 qu’il arriva à décrocher l’un des grands dictateurs de l’Histoire contemporaine, Mobutu Sese Seko. Hélas! Le Pouvoir, plutôt que l’avenir de la Nation, était son véritable objectif, ce qui le poussera à des manipulations aux effets fort nuisibles, e.a. recours à la haine sanglante. Mais il y a eu aussi un côté anodin, les kadogo et le dombolo. Pour le reste, l’homme du 17 Mai a suscité plus de points d’interrogation qu’il n’a engendré des réponses. Seule la possibilité d’une pathologie-limite peut offrir une circonstance atténuante. Tout compte fait, il mérite notre gratitude.

Mme Schiller, Libambu M.

Paru dans le Bulletin de l’AZEA Vol. 6 No. 31 de Jan.Fev/01

Mme Schiller, Libambu

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