| Lettre
ouverte aux Mouvements Rebelles.
A lattention des Messieurs
Adolphe Onusumba. (RCD/Goma)
Jean Pierre Bemba (MLC)
et Wamba Dia Wamba (RCD/Bunia)
Concerne : L'assassinat du
Président kabila et la Crise congolaise.
Messieurs les Chefs des Mouvements
Rebelles,
Me trouvant en Afrique du Sud, comme
opposant politique au régime du feu Président Laurent -Désire Kabila, nous suivons
comme tant des compatriotes, la situation de guerre dans notre pays du jour en jour.
Quelques-uns des aspects les plus dramatiques de ce qui de déroule dans notre pays depuis
le déclenchement de votre rébellion ou guerre dagression, est certainement, la
mort des milliers des civiles innocentes, (qui ont été tués en grand nombre plus que
les militaires, la fuite des milliers de réfugiés dans les pays frontaliers, sans
oublier les populations déplacées), le blocage des Accords de Lusaka, le pillage de nos
richesses par vos alliés, et depuis le 16 janvier 2001 lassassinat du Président
Kabila.
Nous avons exprimé nos inquiétudes, une
première fois lorsque nous avons adressé une lettre ouverte au feu Président Kabila en
date de 4 janvier 2000, une façon pour nous de commémorer lanniversaire des
Martyres de lindépendance. Cette présente lettre vous êtes adressée à
loccasion de lassassinat de Monsieur Laurent -Désire Kabila.
La position de la REDECO est claire; nous
sommes contre la violence et donc contre votre rébellion et la guerre que vos alliés
imposent au Peuple congolais. Nous sommes davis quaprès 32 ans de dictature
Mobutiste, le Peuple congolais a besoin de paix et de sécurité pour soccuper de
son développement et que toute crise politique devrait être traitée par des moyens
pacifiques.
LA GUERRE.
La REDECO comprend certains mobiles
qui vous ont poussés à la rébellion. Comme des milliers de Compatriotes congolais, vous
aviez refusé la dictature du feu Président Kabila, lexclusion organisée par son
gouvernement, lisolement diplomatique dans laquelle sa politique étrangère
conduisait la Nation congolaise et donc vous craignez que le feu Président Kabila
entraîne une fois de plus le Peuple congolais dans une autre dictature de trente ans avec
tous ses corollaires de misères. Cependant, si lexplication de la guerre en
fonctions des intérêts matériels ne peut être niée par personne ou contestée, elle
nexplique pas toute la guerre.
La crise qui déchire notre pays depuis
1960 ne trouve pas son origine uniquement dans les structures politiques et économiques
nationales, mais aussi dans les hommes politiques qui créent les idéologies politiques
totalitaires pour assujettir les populations et justifier leur pouvoir autoritaire et
totalitaire; avant -hier le Mobutisme, hier le Kabilisme et aujourdhui guerre de
libération.
La démarche que la REDECO propose est
celle qui consiste à rechercher des responsabilités relatives des uns et des autres,
plutôt que dattribuer lentièreté des responsabilités à Kabila seul ou à
vous -même et ou encore à un seul événement politique isolé, car chacun deux
nest que le maillon dune longue chaîne. Imputer donc la responsabilité de la
crise à une seule force a deux conséquences: on passerait à côte de la
nature nationale de la crise et, par la même, on perpétuerait le conflit. Et
dailleurs, le recensement des causes, aussi précis et complet soit-t-il, ne saurait
fournir une explication satisfaisante
Nous prétendons quant à nous quil
faut, pour aborder valablement cette question, prendre en considération toutes les forces
politiques et socio-économiques nationales qui portent une part plus ou moins égale de
responsabilité. Cependant, faire une analyse globale de toutes les forces nationales
serait prétentieux et le cadre de cette lettre ne sy prête pas.
Notre analyse se consacrera uniquement
donc sur les causes subjectives de la guerre qui sont relatives à vous-même, étant
donné que cette lettre vous est adressée. En fait, nous voulons parler de vous-même en
termes de vos ambitions et intérêts, qui vous ont poussés à déclencher cette guerre.
La défaite de certains dentre vous
à la suite de ce que le feu Président Kabila a appelé "guerre de libération"
a été pour eux un motif de honte et un signe brutal de leur indignité. De plus, le
discours d 'exclusion et la maladresse politique de Kabila leur ont permis de justifier la
guerre et de continuer à soutenir leurs arguments en faveur de leur coalition avec les
étrangers.
Votre erreur de perception a joué un
rôle important dans le déclenchement de cette guerre. Vous aviez une fausse
appréciation de vous-même, de la puissance militaire de vos alliés, de la capacité de
résistance de Kabila et celle de nouer dalliances militaires qui ont transformé le
Congo en un champs de bataille inter-africain, et de la vigilance du Peuple congolais à
défendre son indépendance. Enfin, vous étiez convaincu du caractère inévitable de la
guerre, considérant la guerre comme lunique moyen de parvenir au pouvoir et de
remédier à la situation de blocage dans laquelle se trouvait le Peuple congolais,
oubliant que certains dentre-vous ont été les co-auteurs de cette crise.
Cest ainsi que votre action
militaire fut initiée et menée en totale contradiction avec les intérêts du Peuple
congolais qui a besoin de sauvegarder son indépendance et sa souveraineté. Vos
rebellions sont une parfaite agression du Congo par vos alliés, comme le Conseil de
Sécurité de lONU la démontré par les votes de deux résolutions (1234 et
1304) invitant les pays agresseurs à se retire du Congo;
Etant incapable décraser votre
rebellions avec lappui de ses alliés, tout ce que le feu Président Kabila pouvait
espérer faire était de résister. Ce qui a conduit à une guerre dusure à une
issue incertaine et génératrice de désordres, de pillages de nos richesses et de
destructions de notre pays.
Puisque votre guerre nest pas
soutenue par une grande idée politique et que nulle raison valable ne la justifie, la
Population congolaise ne saisit pas son intérêt national. Sil y a des vainqueurs
militaires, ils en sortiront presque aussi affaiblis que les vaincus. Dans tous les cas,
votre éventuelle victoire ne profitera pas au Peuple congolais car une telle victoire
sera une victoire fragile qui contiendra les germes dune nouvelle guerre comme se
fut le cas de la victoire de lAFDL sur le régime Mobutu. Cette guerre est
lévénement le plus destructeur que le Congo n ait jamais connu, depuis
lindépendance.
LE DIALOGUE INTER-CONGOLAIS.
Etant un Peuple pacifique, la Nation
congolaise vous appelle à une Négociation Nationale. Et quoi quil en soit, nous
sommes intimement convaincus quil est de votre intérêt et de celui du Peuple
congolais que vous recherchez malgré tout une solution négociée grâce à un médiateur
capable de concilier les différents point de vues dans le cadre des Accords de Lusaka ou
en dehors de ceux-ci.. Concernant ces dits Accords, la REDECO ne les soutien pas pour les
raisons suivantes:
1.-les Accords de Lusaka violent
lindépendance et la souveraineté du Congo, dans la mesure où ils déclarent que
le Dialogue Inter-Congolais devrait se déroulait pendant que les forces étrangères sont
sur le territoire congolais. En effet, celles-ci ne peuvent quitter le territoire que six
mois après l aboutissement heureux du Dialogue Inter-Congolais. Dans ces
conditions, il est difficile denvisager la construction dun Etat de droit,
pendant la transition, dans un pays dont 40% est occupe par les forces étrangères. Ces
accords consacrent donc autrement la division du pays et rendent le retrait des forces
étrangères doccupation très difficiles.
2.Ces Accords ne tiennent pas compte des
milices étrangères(Interhamwe et le FAR) et nationales (Mai-Mai) qui peuvent faire
bloquer le processus de négociation.
3-Ces Accords sont seulement favorables
aux Rwandais dans la mesure où ils leur donnent le droit de poursuite contre leurs
agresseurs qui se trouvent au Congo et dans dautres pays de la région où ils sont
basés. Nous pensons que ce droit de poursuite constitue une menace à la paix et à la
sécurité dans la région des grands lacs, car il est une atteinte à lintégrité
des frontaliers des pays qui abritent les réfugiés rwandais.
4- Vos multiples violations de cessez le
feu sont des preuves palpables de votre manque de confiance en ces Accords. Dans ce cas
pourquoi la REDECO pourrait-elle avoir confiance dans les Accords que vous ne respecter
pas vous -même en tant que signataires?
5_Ces Accords sont dépassés par les
réalités sur les terrains car lONU a nommé et condamné les pays agresseurs.
Dans les jours qui suivent, il est
probable que les Nations Unies changent leur stratégie face au conflit congolais. A ce
moment -là les troupes de lONU pourraient se déployer sous lopération de
renforcement de paix comme en Corée du Sud, au Kovoso, au Koweït et en Irak.. Nous
voudrions pouvoir vous convaincre de cette perspective pour que vous puisiez réaliser de
la nécessite de négocier rapidement avec toute la Nation congolaise.
La REDECO soppose à toute
humiliation dun camp et à une victoire totale dun camp sur lautre,
exclusion faite de vos allies étrangers qui eux doivent être vaincus avec laide de
lONU.
Pour toutes les raisons qui précédent,
nous voudrions vous engager très fermement à réétudier la stratégie de votre
opposition. Notre proposition formelle est que vos mouvements sengagent à négocier
quel que soit le cadre pour le bien du Peuple congolais.
Nous vous suggérerons de faire confiance
aux troupes de lONU qui sont les seules aujourdhui à sauver le Congo du
chaos. Enfin, nous voudrions vous inviter à appeler les Nations Unies a fin quelles
prennent en charge le processus de négociations avec le médiateur que tous les
belligérants se seraient choisi.
Lors de négociations, les cérémonies de
réconciliation nationales contribueront à réparer les déchirures laissées par les
deux dernières guerres dans la Nation congolaise. Il ressort que si les hommes politiques
reconnaissent leurs responsabilités dans les malheurs qui affectent la Nation, un pas
décisif vers la paix nationale serait franchie. Cette réconciliation Nationale serait
une reconnaissance de la nécessité de lunité nationale.
Quand aux travaux en plénières du
Dialogue Inter-Congolais, ils devraient se dérouler loin des retransmissions
télévisées et radiodiffusées qui favorisent le blocage par le fait que les délégués
préfèrent saccuser mutuellement devant les cameras de TV, se sentant plus tenu de
réaffirmer dans leurs discours la fidélité à leur parti politique ou plate-forme et
lhostilité au camp adverse. De telles circonstances laissent bien peu de place aux
idées novatrices et offrent peu de chances de résoudre le conflit. Le cas de la CNS
(Conférence Nationale Souveraine ) en constitue une illustration. Si nous voulons que les
participants au Dialogue Inter-Congolais disposent du recul nécessaire à une
négociation rentable, la REDECO propose que les choses soient organisées de manière
radicalement différente.
EPILOGUE.
Si nos suggestions sont de nature à vous
convaincre et à convaincre vos alliés, il nous semble quune initiative de votre
part dans le sens de ce qui est dit plus haut ne pourrait quavoir pour vous et notre
pays, aujourdhui déchiré, des résultats favorables.
Par contre si vous vous obstinez dans vos
attitudes actuelles de guerre, nous craignons que vous vous trouviez rapidement dans une
impasse et que vous perdriez définitivement le soutien et lestime de la Nation
congolaise sans possibilité de récupération.
Nous comptons assurer une large diffusion
à cette lettre comme cela fut le cas de celle adressée au feu Président kabila. Seul le
souci des intérêts du Peuple congolais a inspiré la rédaction de cette lettre. Nous
vous demandons davoir beaucoup de courage et de lucidité dans les circonstances
actuelles qui sont particulièrement graves pour vous et pour votre pays. Nous vous
demandons ardemment de ne pas se laisser entraîner dans une guerre de libération sans
issue. Vous comprendriez la gravité de la situation qui nous a poussés à user de tant
de franchise dans lexpression de notre pensée. Nous voulons croire que vous
comprendriez que cette lettre est le reflet des préoccupations du Peuple congolais.
Ensemble Combattons pour le Changement.
Robert Kabuya Keta.
Président National/REDECO
Master/ Relations Internationales (
Science Politique et Diplomatique)
kkabuya@arts.pg.wits.ac.za
Johannesburg.
(27)83-340-0175
Fait à Johannesburg, le 19 janvier 2001.
REDECO (RENAISSANCE DEMOCRATIQUE DU
CONGO) |