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Le District du Sankuru face à ses problèmes 

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Odiho Lambert Opula

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LE DISTRICT RURAL DU SANKURU, DANS LA PROVINCE DU KASAÏ ORIENTAL, EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO EST UN EXEMPLE DE CES TERRES RICHES DE LEURS POTENTIALITÉS, FORT MALHEUREMENT RETENUES, PENDANT LONGTEMPS DANS L'ISOLEMENT POUR DES RAISONS POLITIQUES. AUJOURD'HUI, LES PERSPECTIVES DE PACIFICATION AU CONGO DONNENT LIEU À UNE MOBILISATION EXCEPTIONNELLE AU SANKURU. TOUS LES ACTEURS LOCAUX S'ATÈLENT À LIBÉRER UN POTENTIEL LONGTEMPS BLOQUÉ. UN VIBRANT APPEL EST ADRESSÉ TANT AUX HUMANITAIRES POUR L'AIDE D'URGENCE AUX POPULATIONS QU'À LA PARTICIPATIONS AUX OPPORTUNITÉS D'AFFAIRES. ICI, UN OPÉRATEUR ÉCONOMIQUE, LE COLONEL OMBA PENE DJONGA, OUVRE UN PAN SUR CE QUI SE FOURBIT, DEVANT LE MODÉRATEUR DE SANKURU-FORUM, MONSIEUR OPULA LAMBERT.

 

Note introductive du Colonel Raymond Omba Pene Djonga:

Je salue chaleureusement Sankuru-Forum et félicite ses initiateurs de leur exaltante idée de faire connaître une sous-région perdue au cœur du Congo aux quatre coins du Monde. Nous vous devons, Messieurs, pour cela une fière chandelle.

Que d’hésitations avant de répondre à votre interview ! Faut-il que je parle d’une situation que j’ignore depuis que le Sankuru se trouve occupé militairement ou de celle qui précède cette calamité ?

Je préfère attendre la fin de la guerre avant d’aborder votre interview avec la chance de vous offrir des éléments dont vous pourriez vous servir dans vos études prospectives . Sauf avis contraire de votre part je m’en vais vous proposer ma vision propre du développement de notre terroir aussi bien pour la période après la guerre qu’à celle de la reconstruction nationale.

En suivant ce schéma, je voudrais soulever dans vos cœurs les sentiments d’espoir qui m’animent face à l’injustice du sort qui nous accable nous qui avons été oubliés et par la Colonie et par nos propres frères.

1.Sankuru-Forum (S.F.): Vous n'êtes plus un homme à présenter à la population du Sankuru, aux Anamongo, cependant nous avons aussi des amis, pourriez-vous vous présenter sommairement, en tant que chef de famille, homme politique et homme d'affaires.

(C.O.): Ma présentation. Je m’appelle OMBA PENE DJUNGA, Raymond. Je suis marié religieusement et père de famille. Né des parents enseignants à la Mission Catholique de Katako-Kombe, le 08/04/1938.

J’ai fait mes études primaires à cette même mission, puis les ai terminées à Tshumbe. Ensuite, je poursuivrai les études secondaires au collège de Bulongo, au Kasaï-occidental, pour les terminer à l’institut d’éducation physique à Kinshasa en avril 1960. Le 23avril de cette année, je serai envoyé à Bruxelles préparer le concours d’entrée à l’Ecole Royale Militaire . J’entamerai ces études en septembre 1960 et les terminerai en juillet 1963. Après m’être spécialisé en administration militaire, je rentrerai au pays en avril 1965. Après six mois au Quartier Général (bureau/statut), ,je serai affecté à la présidence de la république où j’exercerai plusieurs charges de novembre 1965 à juin 1975.

 

Opérateur économique(1980-1991)

En même temps que je me reconvertissais dans les affaires, je lançais une ONG de développement chargée de vulgariser l’élevage bovin par métayage à Cabi/Wetshindjadi(1983-1992). Cette expérience avait lamentablement échoué et je vous en expliquerai les raisons lors de mon prochain périple en USA et au Canada.

 

Opérateur politique(1992 à ce jour)

Venu à la CNS, je participerai en qualité de concertateur de l’Union Sacrée aux concertations du Palais du Peuple et en sortirai Conseiller de la République (1993-1994). En juillet 1994, je représenterai la sous plate-forme " FORCES POLITIQUES NOUVELLES " au gouvernement en qualité de Ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale (juillet1994 à décembre1996).

Les pillages de septembre 1991 nous ayant ruiné (vol de notre trésor et incendie de nos bureaux), nous sommes partagés depuis entre l’étude des problèmes de développement et l’observation des problèmes politiques - Nous fignolons notamment le projet d’une ONG/Production et Développement de l’Elevage au Sankuru, en sigle PRODES à lancer dés la fin de la guerre.

2. S.F.: Intellectuel, ex-officier supérieur de l'armée, collaborateur privilégié du Chef de l'État pendant plusieurs années, plusieurs fois ministre, chef de parti, donc un politicien de premier plan et, homme d'affaires, vous constituez pour Sankuru-Forum, l'une des voix les plus indiquées pour parler avec compétence des problèmes de développement de notre District, pourriez-vous nous décrire la situation, concrète, actuelle, de l'économie du Sankuru?

C.O.: Prière de vous référer à mon introduction

3.S.F.: À la seule différence que par le passé, les capacités productives de nos entreprises étaient encore intactes, pourrions-nous comparer la situation actuelle à celles de 1961 et de 1964, caractérisées par une dépendance politique décrétée envers Kisangani (ex-Stanleyville), alors que les courants de nos échanges étaient plutôt dirigés essentiellement vers Kinshasa (Léopoldville), avec toutes les conséquences que cela entraîne sur le niveau de vie de la population?

C.O.:L'occupation actuelle du District Sankuru n'a qu'un but stratégique sur le plan militaire. Elle vise un enveloppement de la ville de Mbuji-Mayi. Comme vous le savez, il y a un front de fixation à Kabinda depuis plus d'un an. Une percée par l'axe de Kabinda/Mbuji-Mayi étant difficile, une colonne de rebelles a transité par le Sankuru et tente de prendre Mbuji-Mayi à revers par le lac Mukamba. Cette occupation n'a ni un objectif politique ni économique bien que ces forces aient glané tout ce qu'ils ont trouvé en arrivant! Café, groupes électrogènes, tôles et même notre antenne parabolique qui nous reliait au Monde. Le ravitaillement de l'Est est impensable puisqu'on n'y produit rien. La débrouillardise des commerçants continuent à alimenter le fameux article 15, car ils ramènent constamment des médicaments, du sel et de la friperie.

Les trafiquants Rwandais … occupent le secteur diamantifère d'ONYAMA et tous ses trous à diamant: achètent-ils correctement, par crédit ou les arrachent-ils faisant application de la loi du plus fort? Je ne saurais y répondre. C'est une occupation symbolique dont nos dirigeants provinciaux plus gueulards que pragmatiques auraient pu se passer depuis. Soit…

4. S.F.: Des provinces de l'Est du Congo, nous enregistrons régulièrement des échos relatifs au pillage des ressources naturelles congolaises par les armées rwandaises et ougandaises, ainsi que des groupuscules congolaises qui sont sous leur protection, le Sankuru notre terroir, également sous occupation, est riche de son or et de son diamant, deux ressources fort recherchées. L'absence de dénonciation jusqu'à présent sur d'éventuels pillages signifie-t-elle que la terre des Atetela n'a pas été l'objet de ces actes de prédation?

C.O.: Voir la réponse au 3 ci-avant. Je tiens à vous signaler que bien qu'une large tâche d'or ait été renseignée dans les anciennes cartes aussi bien géologiques que minières, cette substance n'a jamais été exploitée. Il serait intéressant que nos chercheurs retrouvent ces cartes que j'ai moi-même consultées au Musée de Tervuren en 1960/1961, mais curieusement disparues depuis lors! Si rien n'a été dénoncé jusqu'ici, c'est probablement parce qu'il n'y a pas d'informations disponibles à ce sujet.

5. S.F.: Mon Colonel, la guerre actuelle vient de mettre en évidence l'une des faiblesses les plus graves de notre District, l'absence d'infrastructures de télécommunication adaptées aux besoins des transactions contemporaines, lesquelles sont caractérisées par des réactions instantanées aux opportunités d'affaires. En votre qualité d'opérateur économique et surtout pour avoir travaillé pendant longtemps sur le terrain au Sankuru, comment expliqueriez-vous cela, sachant que, malgré la léthargie du régime Mobutu, ça n'avait pas empêché certains centres commerciaux, du Kivu par exemple, à investir leurs revenus provenant de la vente d'or et du café, pour entrer de leurs propres initiatives dans l'ère des autoroutes de l'information?

C.O.:Les forces gouvernementales ont emporté la trentaine d'appareils phonies qui nous reliaient au monde. Il est donc facile de comprendre l'absence des nouvelles et des informations. Quant aux autoroutes de l'information, c'est par manque d'information que nous n'y avons pas accédé grâce à ces phonies puisqu'il semble qu'il y ait des modems pour l'internet. Ce retard sera comblé après la guerre.

6.S.F.: Pour le moins qu'on puisse le dire, l'économie du Sankuru n'a pas fait que stagner, elle s'est plutôt étiolée. Sa désindustrialisation est intégrale. Nous pensons ici aux anciens fleurons de notre développement pré-indépendance qui ont tous été démantelés, comme les contonières de Lodja et de Tumba, pour la Colocoton; les usines de traitement de caoutchouc de Kotosongo et de Pelenge, pour la Sakalom; sans oublier la station expérimentale de l'Institut National d'Études et des Recherches Agricoles à Mukumari; les huileries de Lusambo, les savonneries, les rizeries et les fabriques d'huile des palmistes de Lodja, sans oublier les petites unités de panification. Rien de tous cela ou presque n'existe encore aujourd'hui, le Sankuru s'est donc ruralisé entièrement. Croyez-vous, mon Colonel, que nous devrions imputer tout cela au seul contexte macro-économique qui régnait sous Mobutu? Ne pourrions-nous pas y voir une preuve de notre incapacité, en tant qu'élite, à mobiliser les ressources et les partenariats tant au niveau local que dans l'environnement extérieur, pour sortir d'un libéralisme strictement spéculatif où tout le monde fait comme tout le monde?

C.O.: Seules l'instruction et l'éducation sont à même de nous sortir de ce que vous appeler "le libéralisme spéculatif". En 1980, nous sommes vite passés de l'établissement OPEDU à la société privée à responsabilité limitée SODIKAS/SPRL. Elle n'a pas fait d'émules. Le règne d'établissements continue. Qu'y a-t-il à faire, sinon compter avec le temps.

Voici quelques exemples du gâchis :

  • Nous avions une douzaine de groupes électrogènes dans le centre de Lodja. Ils fonctionnaient chaque soir en vue de la lumière. Donc chacun dépensait du gasoil pour allumer quelques points lumineux !
  • Dans le même centre, la Régideso nous fournissait l'eau courante deux fois seulement par semaine faute de gasoil !
  • Qui nous a empêchés d'utiliser deux groupes pour tout le centre en mettant en commun le reste du gasoil pour nos autres besoins ? Notamment pour la Régideso afin d'avoir l'eau courante chaque jour ? Seules les initiatives ont manqué

Il en est de même du transport fluvial. Les Sankurois ont une douzaine de bateaux et autant de barges. Chacun opère en solo et en perte (il n'a ni assez de fret pour la montée ni pour la descente). Personne n'a pris l'initiative d'organiser ce gâchis de plus ? Pourtant il y avait possibilité de créer notre propre société de transport fluvial et de pouvoir financer notre développement. Ces deux exemples ont crée en moi des remords. Si cette guerre cesse, nous sonnerons le cor et on ne revivra plus cet égocentrisme imbécile.

7. S.F.: Certaines contrées de notre pays, comme le Katanga, le Bas-Congo, le Kabinda, ainsi que Mbuji-Mayi et ses environs, nous donnent l'exemple d'une coopération entre les détenteurs des capitaux et les expertises locales. Au Sankuru, par contre, ces deux groupes vivent aux antipodes, pour ne pas dire comme chiens et chats, dans quelle mesure les déboires des uns et des autres pourraient contribuer à frayer une voie nouvelle?

C.O: La réponse est à trouver au 6CO ci-avant avec cet ajout: nous n'avons pas des techniciens disponibles dans le terroir pour ce genre d'application. Sans esprit d'apostolat, il est difficile de réussir le lancement des entreprises modernes chez nous. Comment un expert pourrait-il accepter de vivre où il n'a aucun exutoire pour son savoir ? Pour les recruter et les maintenir chez nous, il faut réaliser ces préalables : le logement, le transport individuel, des congés fréquents vers Kinshasa, etc., etc. Combien peuvent satisfaire de pareilles conditions. Le changement de mentalité et l'altruisme sont les conditions sine qua non pour le développement du Sankuru.

8.S.F.: Certains indices font état d'une incidence perceptible des pressions démographiques sur l'environnement. Nos forêts, dit-on, ne seraient plus aussi giboyeuses que par le passé et plusieurs espèces animales seraient en voie de disparition. Les rivières, non plus, ne seraient plus aussi poissonneuses que du temps de notre jeunesse. Cependant, le déficit protéique est toujours important dans l'alimentation. Dès lors, se demande-t-on, pourquoi ne pas revaloriser certains secteurs où se dessinaient des perspectives prometteuses vers la fin de l'économie coloniale, notamment l'élevage des bovins, où vous avez fait une incursion à un moment, et la pisciculture. Notons aussi que l'élevage des bovins a été fait une activité populaire au Kivu par exemple?

C.O.: Je ne crois pas personnellement qu'il faille incriminer la pression démographique quant à l'éloignement du gibier et la déforestation. Mais plutôt l'absence d'encadrement des auxiliaires agricoles (Ingénieurs et moniteurs agricoles), de sorte qu'on ne respecte plus les jachères avec la conséquence de la désertification de la contrée. Ce phénomène est visible par quiconque survole la contrée dans un petit porteur. De ce fait les parents sont obligés de cultiver à plus de 50km du centre de Lodja !

Sans vélo, il est impossible de faire le va et vient. Ce qui retient la plupart des parents près des champs avec pour conséquence la dislocation de la cellule familiale et, dans certains cas, la mauvaise conduite des enfants abandonnés seuls à la maison.

La désertification éloigne le gibier et pose le problème de carences protéiques dont la solution réside dans l'élevage bovin en général, et du petit élevage en particulier.

Je terminerai avec ce chapitre qui m'interpelle spécialement. Retenez que le gain pour un agriculteur provient de l'élevage. C'est ce qui aide à suppléer les déficits des recettes agricoles. Il faut donc intensifier l'élevage et la pisciculture. L'équilibre alimentaire est à ce prix.

9.S.F.: Mon Colonel, chez-nous, l'absence d'une tradition d'entrepreneurship donne souvent libre cours aux arguments de la politique politicienne pour dénigrer certaines initiatives économiques porteuses d'espoir, votre expérience personnelle dans le domaine d'élevage a été instructive en la matière, quoique nous n'aimerions pas nous y attarder. À l'heure de la libre circulation des capitaux, les cloisons locaux, de même, doivent perdre tout leur sens, auriez-vous pensé, par exemple, à une formule d'association avec certains opérateurs de proximité, dans le but de redémarrer tout en minimisant les possibilités de tension stérile?

C.O.: Nous avons pensé à une structure plus enrichissante dont je parlerai à la fin de cette interview.

10. S.F.: Bien qu'entouré des régions ayant des économies concurrentes et en crise depuis des décennies, le Sankuru est tout de même isolé, alors que sa position au centre du pays devrait favoriser l'insertion de ses produits agricoles dans une gamme des marchés régionaux. Par voie terrestre, par exemple, seul la sortie par Bena-Dibele nous met encore en contact avec l'économie nationale dans les conditions que l'on sait. En attendant qu'aux termes des calendes grecques, la R.D.C. construise la Nationale II et la Nationale III, dont les bretelles pourraient traverser notre contrée, quelles compétences constitutionnelles et quels mécanismes institutionnels et financiers devraient être accordés à nos territoires pour restaurer un régime de cantonnage permanent des routes de dessert agricole?

C.O.: Le recours bénéfique au cantonnage permanent dépend simplement de l'analyse correcte par le gouvernement de l'expérience de l'Office des Routes dans l'utilisation de gros engins dans l'entretien des routes. Tandis que les cantonniers bombaient les routes carrossables, les niveleuses les nivellent avec la conséquence que les eaux des pluies stagnent et naturellement créent des trous. Comme ces engins consomment en outre trop de gasoil, avant le prochain approvisionnement, les routes ont déjà subi des dégâts dont les efforts de réparation semblent disproportionnés avec les moyens qu'on met à la disposition de l'office des routes. C'est un cercle vicieux infernal ! Si les cantonniers sont véhiculés, avec quelques chargeurs, il y a moyen de boucher les trous, d'ouvrir les saignées ou talus et de rendre les routes praticables comme avant le 30 juin 1960.

Serait-ce rêver que d'envisager des routes romaines qu'on construirait une fois et qui ne nécessiterait pas de fréquentes réparations ? Pourquoi ne songerions nous pas à ce genre de route afin de rompre avec le gasoil qu'on aura jamais assez pour nos routes et les gros engins dont les pièces de rechange coûtent chers en devises ?

La lutte pour annuler ces contrats léonins sera épique! Cela n'empêche que l'on puisse essayer de convaincre nos partenaires. Ce qui précède ne nous exonère pas de regrouper nos villages pour un développement plus rationnel. On donnera plus facilement l'eau et l'électricité à une agglomération qu'à un hameau. Convaincre les sankurois de ne pas fuir les cours d'eau navigables et de ne pas trop s'éloigner des routes, telles demeurent des leçons à répéter à satiété.

11.S.F.: Le marché des produits pétroliers est difficile à maîtriser certes, même au niveau de Kinshasa, notre capitale nationale, où les ruptures de stock sont fréquentes. Cela justifie-t-il l'absence d'une entreprise spécialisée dans la vente des produits pétroliers au Sankuru, alors que la carence du carburant handicape régulièrement la campagne agricole?

C.O.: Jusqu'ici seuls les citernes de mobil oil à Bene-dibele servent à stocker le gasoil destiné au Sankuru par des bateaux citernes. La forte demande par rapport à l'offre faible pose problème. En ce moment, on étudie la libéralisation du marché pétrolier. Lorsque cela sera organisé les opérateurs économiques pourront créer d'autres citernes et éventuellement faire venir le carburant de l'Afrique du Sud par rails jusqu'à Kibombo, dans le Maniema. Alors il y aura abondance. Les prix vont baisser dans l'intérêt des consommateurs.

12.S.F.: On sait bien, mon Colonel, que sans une source efficace d'énergie électrique, le développement industriel est un vœux pieux, c'est difficilement réalisable. Cependant, à l'exception du diocèse de Kole où Mgr Nkinga a fait installer une petite hydraulienne pour la production de l'électricité dont la puissance est très instable, partout ailleurs, les projets de barrage sont restés lettres mortes, notamment celui d'un barrage sur la rivière Lokombe à Tshumbe Sainte-Marie et celui d'équipement d'une petite chute aménagée par les Chinois près de la confluence de la rivière Londa à Lodja. Pourquoi les leaders Anamongo à Kinshasa ne profitent-t-ils pas des tractations en cours pour la connexion des villes de Kananga et de Mbuji-Mayi au réseau d'Inga-Kolwezi, pour solliciter l'extension de ce projet, en vue de l'électrification des villes du Sankuru?

C.O.: Personnellement je me bats non pour un soutirage de courant sur la ligne Inga-Shaba trop cher, mais pour l'installation des barrages ou micro-barrage hydroélectriques autonomes. La ligne Inga-Shaba est trop loin du Sankuru. De plus, il est admis que le transport du carburant est trop cher. La préférence va donc aux sources autonomes si les cours d'eau le permettent. La majorité des Kasaïns ont voté pour cette solution, hormis la Miba dans la sous-région de Tshilenge ! Nous avons ainsi identifié:

    1. Le barrage de Lubobo (15 000 watts) pour le Sankuru;
    2. Le barrage de Katende pour le district dela Lulua;
    3. Le barrage pour le district de Kabinda dont l'étude de faisabilité a été totalement financé par ses leaders!
    4. Le barrage de Tshala II pour district deTshilenge.

Ps: La note discordante vient de la Miba laquelle ne participe pas au développement de touts les districts du Kasaï, mais dont les choix continuent à les marginaliser et à les sous-estimer. La Miba continue à geler ces ses réserves minières sans se soucier du développement des coins qui les recèlent (Kabinda et le Sankuru) ! Ce sont-là autant d'initiatives qui ne favorisent nullement l'intégration régionale! Quels intérêts tire le Sankuru de cette union où on l'intègre dans la zone minière A où les investisseurs n'entrent qu'avec une autorisation parcimonieusement accordée par le Département de l'intérieur ? ( Cfr. le développement dans ma déclaration politique à la CNS, le 31 mai 1992 en annexe).

13.S.F.: Dans le contexte actuel de ni décentralisation, ni gestion centralisée effective et efficace, on ne peut rien attendre de Kinshasa, la capitale, ni de Mbuji-Mayi, le chef-lieu de notre province actuelle du Kasaï Oriental, alors que les administrations locales ne disposent pas de pouvoir d'initiative en matière économique. Les opérateurs économiques, quant à eux, font tous le libéralisme commercial. Les élites intellectuelles sont, non seulement divisées, mais dispersées dans les quatre coins du monde, parce que la terre natale ne leur garantit plus la moindre perspective. Il n'existe pas, non plus, un certain esprit de saine concurrence inter-territoriale susceptible de générer l'émulation entre les entités administratives du Sankuru. Il paraîtrait tout simplement utopique dans ces conditions de parler du développement du Sankuru. Ne croyez-vous pas qu'il incombe aux personnalités de grande notoriété, comme vous-même, de concevoir des initiatives unificatrices et de conscientisation (un deuxième congrès des Anamongo, par exemple), pour tenter de libérer le potentiel ainsi bloqué?

C.O.: J'ai conçu une initiative de l'élevage (cfr in fine).

Sur le plan historico-culturel, un deuxième congrès est également envisagé à ENYAMBA. L'Evêque Djomo et le Révérend Paul Law, communément appelé Pene Utshudi A Koy, en sont les initiateurs. Ce dernier a même collecté de l'argent en Amérique pour ce faire (50 000$US). Nous avons eu à débattre des approches de ce rendez-vous et avons suggéré d'en faire une affaire de tout le monde, en y mêlant les autres confessions religieuses du Sankuru. C'est ici qu'il y a eu divergence avec le Révérend Law, seul protestant de la partie. Ce dernier, fort probablement de l'argent en sa possession, veut faire cavalier seul et nous devons refuser cela pour plusieurs raisons.

Nous voudrions réconcilier le peuple tetela dont la cause de la dislocation n'est pas religieuse. S'agissant d'une réconciliation, faire appel aux confessions religieuses où sont disséminés les tetela, c'est favoriser leur rassemblement. Quel mal peut-il y avoir de provoquer ensemble cette rencontre historique ? A suivre.

14.S.F.: La situation de nos pauvres paysans, qui ne vivaient que de la vente de leurs récoltes, est très critique depuis plus d'une décennie. Obligés de marcher sur plusieurs kilomètres, avec des lots de quelques kilogrammes de récolte sur leurs têtes ou sur leurs épaules pour pouvoir se procurer juste un morceau de savon, ils sont démotivés et ne désirent plus cultiver au delà des besoins de subsistance. À quelles actions prioritaires, selon vous, devrait recourir une administration responsable pour juguler l'inertie qui s'est ainsi ancrée dans les habitudes?

C.O.: Les actions prioritaires en vue de juguler l'inertie qui s'est installé dans les habitudes passent par le rétablissement du transport routier. Il faut donc souhaiter qu'une administration responsable intéresse et motive la réouverture et l'entretient tant des routes de desserte agricole que de celles d'intérêt national. Alors les commerçants ou ce qui en reste pourront envoyer leurs camions chercher des produits.

A ce jour, il n'y a qu'un camion qui roule sur l'étendue du Sankuru, alors que l'expérience de l'exploitation du transport routier vers Tshikapa et Tembo par nos transporteurs donnent des leçons d'organisation et d'exploitation rationnelle de ce secteur. LOKOTO fils vient de céder la direction de cette puissante organisation à Marc MUKOIE. Leur rappel au Sankuru sera-t-il entendu après la guerre ? Toute la question est-là. De toutes les manières, il faudrait d'ores et déjà étudier les conditions de ce retour avec eux. Sans oublier des initiatives allant dans le sens de la création des sociétés par actions dans le domaine minier, d'exploitation forestière et de l'élevage.

15.S.F.: Le Sankuru compte un certain nombre d'écoles techniques mixtes ou pour jeunes filles (Wembonyama, Katako-Kombe, Lodja, Lusambo et Omendjadi), cependant, l'absence d'opportunités d'emplois pour leurs finalistes fait tourner leurs choix en dérision, au point qu'il faille craindre un déficit de vocation pour le savoir-faire professionnel de niveau secondaire chez-nous. Faudra-t-il, dans ces conditions, ajuster les opportunités de formation aux besoins actuels d'une économie dégradée, ou attendre la reprise de dynamisme afin de rationaliser les capacités en délestage?

C.O.: Personne n'aspire à régresser. Nous attendons naturellement les opportunités pour faire reprendre les cours partout où ce sera possible. Retenez que l'Institut DIOHO, le mieux équipé de ces instituts techniques pour filles a été complètement pillé ! Il n'a plus de support pour ce type d'enseignement. Que nous restera-t-il pour l'instruction professionnelle de la gent féminine ? Et que faire pour cela ? C'est bien-là une piste à explorer avec les responsables locaux au moment opportun. Il y a lieu de regretter ici un certain rôle négatif joué par les nôtres dans cette dégradation criminelle.

16. S.F.: L'hebdomadaire new yorkais "The Wall Srteet" Journal, dans un long reportage publié le 1er décembre 2000, a donné une description à peine croyable sur la situation sanitaire au Sankuru. Pour illustrer cela, il cite notamment le cas du docteur Malaba de l'hôpital de Lodja qui, pour se soigner d'une blessure, a dû recourir aux herbes et aux racines. Depuis lors, c'est de cette manière qu'il traite ses malades. Sans vouloir méconnaître les efforts que les uns et les autres ont déployés, parfois à notre ignorance, pourquoi, à quelques exceptions près, nos communautés religieuses sont peu dynamiques dans la mobilisation de l'aide aux populations sinistrées?

C.O.: A mon avis, ces communautés font souvent leur possible. Qu'il me suffise de rappeler ici l'envoi de 12T des médicaments par le diocèse de Tshumbe au plus fort de la guerre au Sankuru !

Le plus difficile avec ces dons en médicaments et autres équipements disponibles réside dans les frais de transport.

Si vous avez des idées à ce propos, veuillez les partager.

17. S.F.: Mon Colonel, vous avez été pendant près de sept ans un collaborateur privilégié de l'ancien Chef d'État, feu le Maréchal Mobutu, c'était d'ailleurs à l'époque du boum économique du Congo. Le gouvernement réalisait des projets d'envergures diverses à ce moment-là, cependant, le Sankuru n'a jamais bénéficié d'un seul de ces investissements. À moins de méconnaître le climat de cette époque-là dans les milieux du pouvoir pour s'en prendre à votre personne, car il est possible que pour garder votre poste, vous ayez dû vous abstenir de solliciter le moindre investissement au profit de la contrée de feu Patrice Emery Lumumba auprès de son bourreau. Vous nous permettriez tout de même de vous demander si vous aviez retenu quelques anecdotes sur la réluctance du pouvoir envers tout ce qui était susceptible de bénéficier aux Anamongo du Sankuru.

C.O.: Je n'aimerai pas être démagogue. J'avoue qu'à l'époque, en bon officier, je me contentais de faire mon travail et il était harassant pour me laisser le temps de déborder dans les activismes politicien. J'avoue également n'avoir pas été au fait des problèmes du Sankuru. Enfin, sans accabler les morts, il faut épingler l'animosité suscitée par la guerre implacable et sournoise menée contre les nationalistes et, naturellement leurs bastions après l'assassinat de Patrice Lumumba le 17 Janvier 1961. Ce long ostracisme suivant l'autre ostracisme de la Colonie contre notre ethnie est une conséquence de notre refus de céder notre sol et sous-sol sans combattre !

Pour terminer, un ami Mongo, gouverneur du Kasaï Oriental, après 1980 m'a avoué avoir reçu du Maréchal les instructions de tout faire pour que les Tetela ne profitent pas du diamant découvert chez eux ! A cause de cela le développement du Sankuru était simplement renvoyé aux calendes grecques. Maintenant que ce règne s'estompe, il est temps que nous appelions ce développement de tous nos vœux. Pour cela, il nous faut serrer les rangs, réduire la consommation de l'alcool et initier hardiment des projets pouvant avoir des effets d'entraînement. Nous avons pointé l'énergie comme préalable dans cette voie. C'est mon cheval de bataille.

Ce choix procède des axiomes suivants:

  • Il n'y a pas de développement possible sans une source d'énergie;
  • Pour paraphraser Stanley: "Le Sankuru tout comme le pays lui-même ne vaut pas un penny sans rail".

Les spécialistes avaient identifié une chute importante sur la Lomami capable de générer 15 mégawatts! Nous avons été séduits par ce site, mais comment y polariser l'attention des autorités ?

Le Kasaï dans le cadre du plan triennal intérimaire fut choisi en 1997 comme un terrain d'essai pour l'énergie. Deux thèse s'affrontèrent:

    1. L'une de la Miba relative au soutirage de l'électricité à Tshimbulu en vue de servir simultanément la ville de Kananga et celle de MbujiMayi. Grâce à cet apport la Miba avait non seulement de quoi suppléer son manque à gagner énergétique, mais également un surplus important pour l'exploitation d'autres minerais dans les environs de MbujiMayi (le nickel, le chrome, l'argent, etc…)
    2. Et la notre optant pour les sources énergétiques autonomes. Elle part du principe que toutes les entités ont droit à la vie, donc au développement. Alors plutôt que de recourir à une technologie coûteuse dont on ne maîtrisait pas encore les techniques, nous avions suggéré qu'on finança les sources autonomes, à savoir:
      1. Le barrage hydroélectrique de Lubilashi Õ Le district de Tshilenge (la Miba);
      2. Le barrage hydroélectrique de Katende Õ Le district de la Lulua (Kananga)
      3. Le barrage hydroélectrique de Lubobo (15 Kwatts) Õ Le district du Sankuru
      4. Le barrage hydroélectrique identifié et dont l'étude de faisabilité a été financé par des leaders songye pour le district de Kabinda

Cette lutte politico-stratégique vaut sa chandelle. Il est à souhaiter que les opérateurs politiques du futur l'inscrivent dans leurs priorités et qu'ils conçoivent partant des stratégies en vue de l'imposer.

18.S.F.: Comment voyez-vous le Sankuru dans la Troisième République, mon Colonel, un district comme aujourd'hui, mais avec des territoires fortement décentralisés ou une province comme en 1962-1966. Vous préparez-vous à vous battre pour matérialiser un tel rêve?

C.O.: Le Sankuru comme province autonome est un acquis de la CNS. Il remplissait parfaitement les critères de figurer comme telle parmi les 26 provinces identifiées. A ce sujet, je vous annexe une étude sur la problématique de cette autonomie.

 

Mon rêve pour le Sankuru. Maintenant nous devons réussir de créer un Sankuru prospère non seulement en agriculture, mais également en élevage divers (bovin, porcin, ovin, etc…) Pour ce faire, nous mettons à la disposition du Sankuru le site de Wetshindjadi comme centre de rayonnement en vue de promouvoir et développer cet élevage tout azimut aidé à cela par l'infrastructure dont une micro-centrale hydroélectrique locale. L'objectif est d'accroître le nombre de cheptel grâce à l'insémination artificielle, d'être en mesure de proposer des bêtes en métayage et de multiplier des fermettes bovines sur toute l'étendue du Sankuru.

Telle fut ma vision lorsque nous avions acheté la ferme de Wetshindjadi en juin 1983 et créé la "Compagnie Agro-industrielle du Sankuru", CAISA SPRL en sigle pour sa gestion. Malheureusement, nos partenaires faillirent à cette mission exaltante et engloutirent d'énormes moyens que nous mêmes et le CLM avions mis à leur disposition ! Ainsi, Dix ans après, nous nous sommes retrouvés avec 300 têtes de bétail, c'est-à-dire le même nombre de bêtes qu'à l'achat! Nous dénonçâmes aussitôt ce partenariat et nous décidâmes la liquidation de CAISA sprl.

La vision corrigée après cet échec. M'impliquera personnellement en tant que "cheville ouvrière".

Outre la promotion des élevages, nous nous proposons de faire de Wetshindjadi CABI/WETSHINDJADI un centre d'entraînement pour l'agriculture mécanisée de maïs, millet, riz et soya. Ainsi, contrairement à hier, CABI/WETSHINDJADI sera un centre d'animation de notre double vocation (agriculture et élevage).

Nous souhaitons que ce projet englomère autour de nous tous ceux des nôtres réellement décidés de participer au développement de notre terroir. Avec l'hydro, croyez-moi, nous avons l'ambition d'être au cœur des solutions des problèmes du Sankuru grâce à l'autoroute de l'information, donc de vous-mêmes et du monde entier. Voilà les perspectives d'espoir qu'offre à nous la fin de la guerre.

A CABI, nous entendons être un centre de recherche, un observatoire du développement et un cadre de rayonnement de notre culture. Pour ce faire, nous collectons livres, instruments, récits, contes, coupures de journaux, voire des cassettes de vos conférences.

Seul nous serions incapable de mener à bien cette gigantesque entreprise. C'est pourquoi nous en appelons à votre solidarité (lohit'otoi, hatongona odika).

Je sollicite votre indulgence si une ou plusieurs réponses n'ont pas trouvé réponse selon vos attentes. Je vous prie d'y revenir afin que j'aie la joie de les rencontrer.

Depuis 1980, j'ai parcouru le Sankuru et en ai exploré toutes les opportunités économiques (chutes, arbres et divers produits de la nature). Je suis donc prêt à en partager les données.

Merci pour la compréhension et, à très bientôt.

S.F.: Mon Colonel, vous voudriez bien accepter, au nom de Sankuru-Forum, tous nos remerciements pour avoir daigné éclairer la science de notre peuple et alimenter l'opinion de tous ceux qui s'investissent pour la cause de notre terre natale.

Pour Sankuru-Forum,

Opula Odiho Lambert,

Modérateur.

Montréal, Québec, Canada.

 

Odiho Lambert Opula

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