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Lettre au Ministre congolais de l'Intérieur 

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Tshiabukole Ngalamulume

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Saturnin Tshiabukole NGALAMULUME
Paris le 20/02/01
72, Av. du Général Pierre Billotte
Créteil 94000
France.
Tél. / fax : 0033149561558
Portable : 0033682799928

 

Lettre A Son Excellence Monsieur le MINISTRE d'ETAT

Chargé de'INTERIEUR, Gaétan KAKUDJI

Kinshasa-Gombe, R D CONGO

Son Excellence,

C'est pour moi un insigne honneur de porter à votre connaissance une doléance partagée par un nombre non négligeable de nos compatriotes, expatriés ou non, usagers habituels ou occasionnels de nos frontières aériennes de Ndjili, concernant les saisies, sans procès-verbaux, des titres de séjour ou des passeports munis des visas, délivrés par l'Occident, aux résidents en visite dans notre pays. Permettez-moi de préciser que la présente apostrophe repose sur des observations personnelles et des plaintes émises ou entendues au sein de la colonie congolaise ici en Occident. Je note également, pour éviter toute ambiguïté, que cette pratique ne frappe pas la totalité des passagers. Elle se limite à une dizaine des personnes sur des centaines à destination de l'Europe, par vol. Même aussi limitée qu'elle paraît, elle mérite d'être dénoncée avec énergie. Je signale enfin que, c'est sans mandat ni titre quelconque que je m'adresse à vous. Mais comme un simple administré ou citoyen de base. Citoyen qui, après plus de vingt ans de séjour en région parisienne, a partagé avec vous, les deux premières années de Libération sur place à Kinshasa, avant de retrouver ses enfants en Ile de France.

En effet, quel n'a pas été mon émerveillement, lorsque débarquant à Ndjili le 9 juin 1997, j'ai constaté que toutes les formalités d'immigration étaient réduites à une simple apposition d'estampille sur le passeport et à sa restitution immédiate. Si on était pas fiché par l'ANR, bien entendu. Tout était idyllique. On sentait, que dis-je, on palpait la libération ! Cet émerveillement a été porté à son comble lorsque, prenant en charge le porte-feuille de l'Intérieur, un de vos tous premiers gestes a été la suppression des multiples barrières, points de piratage systématique des voyageurs et de leurs biens, installées sur les routes nationales 1et 2 , Kinshasa-Matadi et Kinshasa-Kikwit. Après ce si beau tableau, souffrez , souffrez, Son EXCELLENCE, que je puisse relever l'existence d'une épine dans le pied de votre haute et respectueuse Administration. L'image, que je gardais en tête de notre nouvelle Police de l'Air et des Frontières, est celle de l'été 97 que je viens de relater ci-dessus. Formalités minimales, respect total, pour le citoyen. Tel qu'on le voit pratiqué par toutes les Polices de l'Air et des Frontières des pays de droit, à l'inverse du pays mobutique. Cette image s'est brutalement estompée à l'automne 97, lorsque accompagnant la mère de mes enfants à Ndjili, pour le retour à Paris, après avoir passé le contrôle de la Sabena et de la RVA, le Commandant de la DGM Aéro-Ndjili a saisi le passeport et le titre de séjour de mon épouse. Au motif que les photos sur la carte de séjour et sur le passeport étaient différentes. Toutes mes tentatives d'explication n'ont pas trouvé grâce à ses yeux. Il n'a même pas dénié établir un procès-verbal de saisie. Or la délivrance de ce dernier est un des actes les plus élémentaires que la Police devrait, il va de soi, accomplir chaque fois qu'elle opère une saisie. Car, à l'administré, il procure des traces pour le suivi du dossier. A l'Administration, il constate que l'agent avait bel et bien pris possession desdits documents. Mais pour le compte de sa hiérarchie. Pour des motifs allant de la disparité photo-physionomie, à la falsification des visas, une dizaine des personnes avait vécu la même tragédie que nous, ce jour-là. Débarquement, saisies sans p.v., intimidations, nerfs…En guise de solution, le Commandant nous suggéra, soit de revenir le lendemain voir son chef, soit d'aller à la Direction Générale en ville où tout sera transféré. Certains ont fait recours à leurs relations, d'autres ont utilisé des divers tuyaux. J'ai préféré suivre la voie normale. Après plusieurs semaines, plusieurs audiences, plusieurs réclamations, la DGM a consenti à me dire que seul le passeport de mon épouse avait fait l'objet de saisie, selon le rapport de Ndjili. Ce passeport, émis sous l'ancien régime, désuet, sans visa, n'était d'aucun intérêt pour personne. En revanche, silence total au sujet de la carte de résident (validité 10 ans )simultanément saisie avec ce passeport. L'Ambassade de France n'en avait non plus aucun écho. Contrairement aux allégations de DGM Aéro-Ndjili.

Plus flagrant encore a été le cas de la belle-sœur d'un ami. Elle vit en Europe depuis l'âge de dix ans et y mène sa vie active. A son vingtième anniversaire, soit début 1999, elle s'est rendue au Congo pour voir ses parents. Le jour de son retour, la DGM Aéro-Ndjili l'a débarquée au nom de la rituelle dissemblance photo-physionomie. Comme d'habitude, sa carte de résident ainsi que son passeport furent saisis. Comme d'habitude, sans procès-verbal. Son abonnement au réseau de transport parisien (carte orange) et son affiliation à l'assurance maladie ( carte de sécurité sociale), n'y ont rien fait. En réalité, il était demandé à cette jeune demoiselle de présenter des visages identiques avant et après sa majorité. Alors que moi-même, qui l'avait vue quatre ans avant, ne la reconnaissais plus. Sept personne avaient connu les mêmes déboires, outre cette demoiselle. Son beau-frère a du immobiliser une de ses relations de la DGM Gombe, pour décanter la situation. Des histoires similaires s'égrainent de temps en temps, mais constamment, au détours d'une conversation, d'une rencontre inopinée avec des amis, des familles où qu'ils habitent en Europe. Mais celle qui suit semble avoir passé les bornes, au point que je ne pouvais la passer sous silence. C'est elle qui est à la base de cette missive. Samedi 17 février dernier, à l'occasion de l'anniversaire de l'épouse d'un ami, je remarque que l'un de nos jeunes cousins, d'habitude grand animateur de nos soirées, était en retrait et triste. Voulant en savoir davantage, il m'exprima son affliction du fait de l'absence de son épouse, Mme PUEKELA BIANGANDU Yvette et de son bébé (14 mois) à cette soirée. Il me signala que sa femme, restée au pays depuis deux ans, devait embarquer de Kinshasa jeudi 16 février dernier, à bord de Cameroun Airways. Mais qu'à la place du voyage, c'est la détention au cachot de celle-ci et son tout petit et fragile bébé, dans des conditions atroces, par le Service de la DGM Aéro-Ndjili. Au motif que son visa serait falsifié. J'admets volontiers, qu'à nos frontières comme à l'intérieur du pays, l'ordre et la sécurité doivent régner. Notamment pendant cette période des troubles. Et qu'à ce titre, les faux papiers ou supposés tels, ne doivent pas servir de sauf-conduits à ceux qui en sont porteurs. Que notre Police de l'Air et des Frontières, la DGM, doit effectivement accomplir sa tâche de surveillance.

Néanmoins ce contrôle, aussi pointilleux qu'il soit, ne doit pas s'exercer au mépris des lois, de vos directives et sans ménagement aucun à l'égard de l'administré. Que la DGM Aéro-Ndjili passe au peigne fin tels ou tels documents : visas, laisser-passer, sauf-conduits, tenant-lieux, passeports nationaux ou non, on lui en sait gré. Que ce contrôle privilégie des cibles comme les femmes, les jeunes gens ou jeunes filles et les enfants en partance pour regroupement familial, ou de retour au domicile, ça passe. Mais qu'elle débarque quelqu'un de l'avion, lui saisisse son titre de séjour ou son passeport visé par Shengen, sans lui remettre un p .v . de saisie et de surcroît, l'enferme au cachot avec un bébé, me semble dépasser tous les abus, excès et voies de fait possibles et imaginables. Cette pratique quasi-maffieuse a pour effet de ternir profondément et irrémédiablement votre image et celui du Gouvernement de Libération, auprès de toutes les victimes de ces exactions. Alors que les sous-fifres qui en sont les concepteurs et bénéficiaires s'en sortent sans frais. Parce qu'ils se dédouanent facilement sur vous, en disant " si vous n'êtes pas contents, allez voir le MINISTRE ". Or, selon mon intime conviction, ni vous, ni le Gouvernement n'avez donné des instructions aux fins des tracasseries à l'égard de vos administrés. Ces gens vous font porter le chapeau des malheurs qu'ils infligent à leurs victimes. Mon objectif ici n'est pas de porter une quelconque contestation ni de juger le bien-fondé, l'opportunité de tel contrôle ou la saisie de tel ou tel papier. Mais d'implorer votre intervention auprès de la DGM Aéro-Ndjili, afin qu'elle puisse banaliser la remise automatique des procès-verbaux aux personnes qu'elles verbalisent. Ce qui créera des conditions de transparence entre votre Administration et ses administrés. Laquelle transparence contribuera à dissiper cette opprobre qui vous éclabousse par ricochet. Tandis que vous êtes totalement loin de ces basses besognes, dont le but est, d'une façon ou d'une autre, directement ou non, d'approvisionner le vaste trafic de ces documents. Veuillez agréer, Son EXCELLENCE, Monsieur le MINISTRE d'ETAT, l'assurance de ma très haute considération.

Saturnin Tshiabukokle NGALAMULUME. France.

Tshiabukole Ngalamulume

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