De Kabila
I à Kanambi Kabila II :
une suprême inconscience de
la classe politique du Congo-Zaïre
Le 17 mai 1997, j'étais l'invité
principal de l'émission spéciale la Voix de l'Amérique sur la chute du régime de
Mobutu. J'étais très fier de prononcer une espèce de raison funèbre d'un régime que
j'ai passé la moitié de ma vie à combattre. L'événement était d'autant plus
intéressant qu'on était reçu en FM à Kinshasa par plus de 4 millions d'auditeurs
auxquels il faut ajouter des dizaines d'autres millions d'africains qui écoutent
régulièrement la Voix de l'Amérique.
Mon coeur était pourtant pas à la fête je redoutais
qu'une dictature n'en replaçât une autre. Quelques jours après, la population zaïroise
faisait le même constat de voir sa lutte pour la démocratie confisquée par un groupe
d'opportunistes menés par les anciens mercenaires tutsis de Mobutu et leurs armées
étrangères. La mort de Kabila tué par l'un de ses gardes du corps originaire du Kivu
certainement excédé par les souffrances qu'endurent la population de cette province sous
occupation et son remplacement par son fils adoptif d'origine tutsie rwandaise confirme
les prévisions les plus apocalyptiques pour le pays si aucun mouvement de sursaut
national n'apparaît.
La révolte du peuple et la mauvaise foi de Kabila
Deux jours après l'arrivée de Kabila à Kinshasa en
pleine nuit, son régime était dénoncé par tout le monde, y compris monsieur Tshisekedi
qu'il lui avait pourtant facilité la tâche et qui qualifiait désormais le régime de
dictature appuyée par des armées étrangères. Des manifestations de rue suivirent.
Jamais un régime n'avait eu très peu de temps de grâce. En voyant les soldats tutsis
qui ne parlaient souvent aucune langue du pays et qui s'exprimaient surtout en anglais,
les habitants de Kinshasa comprirent ce que leurs concitoyens de l'est du pays
connaissaient déjà une fausse libération et l'occupation de leur pays par une force
étrangère. La désobéissance civile s'installa dans tout le pays tout le monde refusait
de travailler, d'autant plus que les nouvelles autorités étaient incapable de payer les
fonctionnaires l'argent récolté en vendait en rabais les mines du pays ayant été
envoyé comme butin de guerre en Ouganda et au Rwanda. En plus, le régime a pris soin
d'interdire les partis politiques et les journaux indépendants, les acquis pour lesquels
le peuple avait payé très cher pendant la dictature de Mobutu. Pour se maintenir au
pouvoir, Kabila comprit qu'il devait se séparer de ses maîtres tutsis.
En août 1998, quand Kabila avait demandé à ses maîtres
tutsis de retourner chez eux en Ouganda et au Rwanda, il fut félicité par tout le peuple
qui se voyait libérer ainsi d'une tutelle étrangère de plus en plus pesante.
Mécontents, les Tutsis montèrent une opération
aéroportée pour tenter de renverser Kabila à partir de l'ouest du pays. Pour bien
préparer leur forfait, il avait réussi à convaincre le Président Dos Santos de
l'Angola qu'il s'agissait d'un problème interne entre nationaux. Kabila finit par
persuader le Président Mugabe du Zimbabwe d'intervenir en soulignant la connivence entre
les Tutsis et des groupes racistes blancs sud-africains et américains pour déstabiliser
le monde bantou et toute l'Afrique. C'est Mugabe qui fit changer d'avis à M. Dos Santos
dont l'armée réussit à mettre un terme en quelques heures à l'aventure meurtrière des
illuminés tutsis.
Après la défaite de Kinshasa, les Tutsis se replièrent
sur l'est du pays dont le Kivu, la province la plus peuplée du pays qu'ils revendiquent
au nom d'un mythique royaume tutsi précolonial alors que l'on sait qu'à la fin du 19e
siècle, le roi tutsi du Rwanda fut tué par les Bashi du Kivu mettant ainsi fin à ses
visées impérialistes.
Il est tout à fait impensable aujourd'hui que les ethnies
du Kivu, qui ont toujours résisté aux folies guerrières des roitelets tutsis, soient
incapables de chasser les envahisseurs de leur territoire alors qu'elles appartiennent à
un pays plus important que les petites entités précoloniales. La résistance des
Mayi-Mayi à l'occupation tutsie, même avec les moyens de bord, est une preuve que les
populations de l'est du Congo-Zaïre sont prêtes à mourir pour défendre leur dignité,
leur pays. Le problème vient du gouvernement de M. Kabila qui refuse de leur donner les
moyens nécessaires. Nous savons de sources militaires dignes de foi qu'il y a une année,
M. Kabila avait envoyé des militaires, commandés par quelques officiers originaires de
l'est du pays, comptant parmi les meilleurs de l'armée, combattre les troupes
d'occupation. Les soldats n'ont eu aucun problème à pénétrer en territoires occupés
et avoir la collaboration des populations locales, et étaient prêts à gagner la guerre
en quelques mois. Malheureusement, jamais ils n'ont reçu le matériel qu'ils attendaient
de Kinshasa. Si l'on se rappelle que M. Kabila n'a nommé personne originaire des
territoires occupés à des postes clés au gouvernement, ce qui portant aurait eu pour
effet de rassurer les populations concernées sur l'appui du gouvernement à leur cause,
on se demande si Kabila n'a pas le même raisonnement que Mobutu de s'imaginer que si les
ressortissants de l'est du pays gagnaient la guerre, ils se retourneraient contre son
pouvoir. On sait pourtant que si le pays existe encore aujourd'hui, c'est puisque les
populations de l'est ont refusé de collaborer avec les envahisseurs. Le manque de
réaction forte de Kabila aux massacres de Kisangani est aussi très étonnant. Ce qui a
poussé le magazine Jeune Afrique à penser que Kabila a conclu une entente avec M.
Kagamé du Rwanda lui laissant les mains libres à l'est du pays à condition de combattre
les Ougandais qui occupent la province de l'Équateur et qui seraient tentés de descendre
vers Kinshasa. Kabila laissait son cousin Kakudji, ministre de l'Intérieur, faire la
pluie et le bon temps à Kinshasa en faisant arrêter qui il veut, mêmedes ministres
alors que son fils adoptif d'origine tutsie rwandaise, devenu général en moins de trente
ans, régnait sur l'armée au moment où des armées tutsies rwandaises et ougandaises
font régner à l'Est du pays un climat comparable à la période négrière. Les seuls
gens qui doivent se réjouir de l'actuel situation se sont les envahisseurs Tutsis qui
voient l'un des leurs à la tête d'un pays qu'ils ont toujours convoités.
Les crimes des armées tutsies plus de deux
millions de morts
Dès le début, les envahisseurs ont tenu à détruire
tout ce que les populations considéraient comme sacré. Ils ont commencé par s'attaquer
à l'Église catholique dont se réclame la majorité de la population, les chefs
coutumiers et ont réservé un traitement inconnu dans la région à des femmes.
En octobre 1996, les armées tutsies ont assassiné Mgr
Munzihirwa, ancien supérieur des Jésuites pour l'Afrique centrale, archevêque de
Bukavu, opposant farouche au régime de Mobutu et qui dénonçait les visées
hégémoniques des Tutsis sur la province du Kivu. Son successeur, Mgr Kataliko a été
relégué dans son village natal de Butembo où il a été empoisonné alors que plusieurs
prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des pasteurs protestants ont été tués.
Les envahisseurs se sont aussi attaqués aux chefs coutumiers très respectés par les
populations locales. Plusieurs sont morts et d'autres combattent aujourd'hui dans la
clandestinité les occupants de leur territoire.
Des villages entiers ont été rasés sous prétexte que
leurs habitants soutenaient les résistants Mayi-Mayi. Dans le village de Kasika, des
femmes enceintes ont été éventrées pour sortir des bébés et les autres ont été
enterrées vivantes après leur avoir pimenté et salé les parties intimes. Jamais dans
la région on ne s'était pris autant aux femmes en période de guerre. Selon des ONG
américains et des spécialistes de la région, cette folie meurtrière a déjà fait plus
de deux millions de morts. Que faut-il encore pour que la communauté internationale
s'intéresse au malheur de ces innocentes populations? C'est en partie pour manifester le
désespoir de ces populations de l'Est du pays et pour plus de démocratie que des enfants
soldats, originaires de la région et gardes du corps de M. Kabila, ont décidé de la
liquider. Un acte héroïque bafoué par une classe politique inconsciente.
L'inconscience d'une classe politique émule de
Duvalier
On dit souvent que les mobutistes ont eu peur d'un Mobutu
mourant, ouvrant ainsi la voie à l'aventure de Kabila alors qu'on aurait pu faire
fonctionner les institutions pour destituer Mobutu et l'envoyer mourir tranquillement dans
son village. Les kabilistes, quant à eux, ont fait pire ils ont eu peur de Kabila, même
mort, au point de le faire remplacer, en véritable émule de Duvalier, par son fils
adoptif d'origine tutsie rwandaise.
Des informations fournies par des compagnons de maquis et
Kabila affirment que dans les années 70 un collaborateur de M. Kabila, M. Kanambi,
réfugié tutsi rwandais, avait péri dans des circonstances qui restent à expliquer. M.
Kabila décida alors d'épouser sa veuve, Marceline, elle aussi d'origine tutsie
rwandaise, et adopta de façons coutumières son fils Joseph. Celui qu'on appelle
aujourd'hui Joseph Kabila est donc de père et de mère tutsi rwandais. Il ne remplit donc
pas les conditions pour devenir président du Congo-Zaïre conformément aux lois du pays
et leur esprit qui exigent qu'un président soit de père et de mère eux-mêmes citoyens
d'origine. Joseph Kabila ne satisfait pas non plus aux conditions d'âge qui exigent 40
ans et son expérience politique et professionnelle sont presque nulles.
C'est une humiliation suprême pour un pays de 50 millions
de personnes parmi les plus instruites d'Afrique et une injure aux enfants soldats - qui
ont tué M. Kabila, selon l'article publié dans le journal Le monde du 10 février 2001,
en partie parce qu'il s'était rapproché de M. Kagamé, Président du Rwanda et qu'il
s'est montré incapable de libérer l'Est du pays de l'Occupation des Tutsis rwandais et
ougandais et qui peuvent faire des émules qui une prochaine fois pourront massacrer toute
la classe politique qui se montre indigne de diriger un si grand pays.
Comment sortir de l'impasse?
Les citoyens du Congo-Zaïre se rendent de plus en plus
comptent qu'ils ont été roulés par une classe politique qui a imposé une personne à
la nationalité douteuse à la tête du pays. Avant que leur colère ne se déverse sur
tout le pays, on peut encore rectifier le tire. On peut demander à Joseph Kabila de
démissionner. C'est d'autant plus plausible qu'on l'a forcé à s'occuper du pouvoir et
qu'il aurait déclaré lors de sa visite aux États-Unis qu'il ne comptait pas rester au
pouvoir plus de trois mois. Il est aussi possible que la Cour suprême ou l'Assemblée de
transition qui l'ont investi puissent le démettre au motif qu'elles ont eu de fausses
informations sur ses origines. Le Président de l'Angola qui a su maintenir
l'indépendance et la dignité de son pays même contre l'ancien régime de l'apartheid en
Afrique du Sud devrait faciliter l'opération pour éviter une plus longue humiliation au
peuple du Congo-Zaïre.
Le Congo-Zaïre est avec le Rwanda l'un des rares pays
africains à n'avoir organisé aucune élection depuis 1990. Il faut absolument persuader
la classe politique du Congo-Zaïre à confier un pouvoir de transition a une
personnalité civile ou militaire capable d'incarner les aspirations du peuple à la
dignité, à l'indépendance et à la paix. Il peut s'agir de personnes comme M. Gizenga,
un lumumbiste très respecté par toute la population ou des militaires comme le général
Katchuva, qui s'était opposé au régime de Mobutu ou le général Kalume, proche du
pouvoir en place ou le colonel Bahindwa qui fut l'adjoint de Joseph Kabila à la tête de
l'armée de terre et qui a l'avantage de pouvoir rassurer par ses origines et sa
compétence les populations des territoires occupés. C'est une suprême injure que de
prétendre que parmi 50 millions de citoyens, on a pu trouver personne pour remplacer
Kabila dont le bilan est presque nul. Le pays entier risque de s'embraser le fils adoptif
de Kabila sans expérience politique ne sera pas plus difficile à combattre que son
défunt père. Aujourd'hui, plusieurs citoyens sont près à mourir pour laver l'honneur
de leur pays. Le Président de l'Angola, dont le rôle est capital pour la sécurité du
Congo-Zaïre, devra forcer la classe politique à trouver un scénario de sortie de crise.
N'oublions pas que le Congo-Zaïre est la patrie du
Prophète Simon Kimbangu, le Premier africain à avoir réclamé l'indépendance de son
pays en 1921 et ayant passé 30 ans en prison donc plus que Mandela, de Patrice Lumumba,
mort pour la démocratie et l'unité du pays en 1961 et des archevêques catholiques de
Bukavu, monseigneur Munzihirwa et Kataliko assassinés respectivement en 1996 et en 2000
pour avoir dénoncé l'occupation de leur pays par des forces étrangères.
L'accord de Lusaka pour mettre fin à la guerre au
Congo-Zaïre est très imparfait sur le plan technique. Mais, il est la seule solution
possible aujourd'hui pour servir de base à un mécanisme plus important et plus élaboré
comme nous l'avions déjà souligné dans Jeune Afrique en décembre 1998 à savoir
l'envoi d'une force internationale d'au moins 30,000 soldats pour superviser le retrait
des troupes étrangères, sécuriser la frontière Est, aider à l'organisation des
élections et à la formation d'une armée nationale forte et intégrant toutes les forces
du pays, une condition nécessaire pour la normalisation politique du pays et pour
permettre la relance de l'économie.
Le président Clinton, qui voulait passer à l'histoire
comme ami de l'Afrique n'avait pas compris que seul un Congo-Zaïre pacifié et
réorganisé aurait pu promouvoir et même imposer la vraie paix dans la région des
Grands Lacs africains. Le président Clinton n'a pas voulu imposer la paix au Congo-Zaïre
comme il l'a fait pour la Bosnie, d'autant plus que comme je l'avais souligné dans un
article publié dans la Presse du 17 mai 2000, les troupes mono-ethniques tutsies du
Burundi, de l'Ouganda et du Rwanda sont soutenues par des groupes racistes américains et
sud-africains, ainsi que par quelques entreprises minières nostalgiques de l'ère de
l'esclavage et de la colonisation et qui avaient quelques alliés dans le gouvernement
démocrate américain. M. Clinton risque d'être considéré non comme un ami de
l'Afrique,mais comme un complice du plus grand génocide qu'il y a sur le continent après
la Traite négrière.
Le Canada, la Belgique et la France au nom de la
Francophonie doivent persuader le Président Georges W. Bush d'imposer la paix au
Congo-Zaïre, le deuxième pays francophone du monde dont la situation actuelle menace la
stabilité de toute l'Afrique centrale. La situation est d'autant plus opportune que le
père du président Bush connait très bien cette région d'Afrique et que le nouveau
gouvernement américain veut changer la politique étrangère et confier plus de pouvoir
à des pays amis européens et africains.
Le Congo-Zaïre est d'épris de paix et de liberté. La
seule chose qu'il demande à la communauté internationale, c'est de l'aider à assumer sa
souveraineté et à organiser des élections pour choisir librement ses dirigeants et
ainsi poser les bases d'un développement économique qui peut être bénéfique pour
toute l'Afrique.
Kanyurhi T. Tchika
(Cet article est tiré du Magazine
"Transatlantique")
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