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L'après-Kabila ou la succession problématique...

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transmis par Gertrud Kanu

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Il va sans dire que quelque soit le positionnement que l'on puisse avoir par rapport au gouvernement en place à Kinshasa, force est de dénoncer, avec la dernière énergie, la violence comme solution politique. C'est dire que nous condamnons, de la façon la plus ferme, l'assassinat, en ce mois de janvier 2001, du Président Laurent-Désiré Kabila.

Dans cet ordre des choses, il y a plus. Le mois de janvier mérite son titre de mois des martyrs vu que toutes les tragédies, presque toutes les tragédies de l'histoire de notre pays ont eu lieu au courant de ce mois. Nous n'entrerons pas dans les détails. Qu'il suffise de rappeler quelques-unes des dates les plus marquantes de ces tragédies : 4 janvier 1959, décès des premiers martyrs de l'indépendance sous les balles de la Force Publique ; 17 janvier 1961, élimination physique de P.E. Lumumba et de ses compagnons d'infortune M. Mpolo et J. Okito ; 6 janvier 1997, assassinat du Général Kissasse Ngandu ; 16 janvier 2001, assassinat du Président L.-D. Kabila.

A la lumière du meurtre odieux dont vient d'être, il y a quelques jours, victime le Président Kabila, nous sommes d'avis que le seul moyen, nettement efficace, de mettre fin à la violence - qui sans pour autant être une spécificité exclusivement congolaise, a tendance à s'octroyer droit de cité dans nos us politiques -, est d'analyser sans gangue partisane les causes essentielles de la crise multiforme dans laquelle la RD du Congo se trouve embourbée, de remonter à ses origines, de comprendre sa genèse, de la replacer dans son contexte d'ensemble et d'y apporter, en conséquence, des éléments de solution qui donnent réalité à sa solution.

Une manière d'inviter les forces politiques (partis) et sociales (société civile) ainsi que l'opposition armée à taire leurs querelles politiciennes et à se mettre autour d'une même table dans l'intention de baliser, ensemble et sans a priori, la voie menant à une paix durable en RD du Congo - possibilisant ainsi le déploiement de la MONUC. Pour ce faire, le dialogue intercongolais tel que défini dans l'Accord de Lusaka de 1999 est, au risque de faire de redite, le cadre le mieux indiqué.

Ceci étant dit, abordons le problème posé par la nomination insolite par le gouvernement dit de « salut public » du Général Joseph Kabila - Deus ex machina pour les uns, expression de la médiocratie et représentant du népotisme pour les autres - en remplacement de son père de Président, Laurent-Désiré Kabila, à la tête de la RD du Congo. La première interrogation, dans cet ordre des choses, porte sur la légitimité de ce choix qui a tourné le peuple congolais en ridicule et compliqué davantage le dilemme cornélien (guerre d'agression et manque de démocratie) auquel il est malgré lui contraint.

Depuis la prise du pouvoir par la défunte AFDL en RD du Congo, le pays est gouverné par un décret-loi qui fait office de constitution : décret-loi no 003 du 27 mai 1997 relatif à l'organisation et à l'exercice du pouvoir en République Démocratique du Congo tel que modifié et complété par le décret-loi constitutionnel no 074 du 25 mai 1998. Ce « corpus constitutionnel d'exception » ne prévoit aucune disposition relative à la succession à la magistrature suprême en cas d'empêchement momentané ou définitif. Il s'ensuit alors la question de savoir sur quels textes juridiques s'est appuyé le gouvernement dont les membres sont nommés et relevés de leurs fonctions par le Chef de l'Etat (section 1, art. 6 du décret-loi cité ci-haut) pour désigner le successeur du Président disparu. Sommes-nous, ici, en face d'un « coup d'Etat » ou d'une « révolution de palais » ? Et le peuple congolais, quel est son rôle dans cet événement d'une portée nationale considérable que d'aucuns ont réduit à une simple affaire de famille ?

Le moulin à rumeur fait, de façon récurrente, état du fait que le Chef de l'Etat congolais désigné, comme dit ci-haut, dans des conditions sujettes à caution, ne serait pas congolais à part entière par suite de l'origine étrangère de sa mère. Le décret-loi constitutionnel no 197 modifiant et complétant la loi no 81-002 du 29 juin 1981 sur la nationalité congolaise est assez éloquent quant à ce qui a trait à l'exercice des fonctions publiques spécialisées. Ainsi, pour accéder aux fonctions du Président de la République, le candidat doit être né de père et de mère congolais. Au cas où les rumeurs dont il est question ci-dessus s'avéreraient, le choix porté sur le Général Joseph Kabila, en plus du fait que la RD du Congo n'est pas une monarchie, ne viole-t-il pas le corpus constitutionnel qui régit, à défaut d'une Constitution approuvée par le peuple, la RD du Congo ?

Le Chef de l'Etat « choisi », avec la bénédiction de l'Angola et du Zimbabwe, par un quarteron « d'officiers » et de « politiciens » - sans mandat populaire et originaires en grande partie de la province d'origine du Président disparu -, qui, avant toutes choses, n'auraient en vue que l'assouvissement de leurs ambitions carriéristes, ne maîtriserait pas le français, la langue officielle et administrative de la RD du Congo. Dans ce cas de figure, comment pourrait-il apposé sa signature sur un document, engageant plus de 50 millions des Congolaises et des Congolais, écrit dans une langue qui, pour lui, est une « autre langue » ?

Questions sur questions ... mais n'étant pas spécialiste en droit constitutionnel, nous nous fions aux compatriotes versés dans la matière, lesquels doivent se pencher, sans tarder, sur cette nouvelle donne de l'équation congolaise.

Qui plus est. Ce qui, à plus d'un titre, étonne, c'est qu'il soit, postérieurement, dévolu à « l'ALC-PT », contrairement à ses prérogatives (section 2, art. 8 du décret-loi cité ci-haut), la compétence de proclamer le Général J. Kabila Président de la République et Chef suprême des FAC. Nous faut-il rappeler que « l'ACL-PT », parlement bidon, n'a aucune légitimité au motif évident que ses membres, désignés par décret présidentiel, ne répondent pas aux aspirations profondes de la population et que son modelé morphologique (absence totale de l'opposition armée et de l'opposition non-armée en son sein) ne permet pas aux différentes communautés de base de s'y reconnaître.

Avec la mort du Président Kabila, la RD du Congo entre dans une zone de turbulence et d'incertitude, mais cette disparition brusque du no 1 Congolais peut aussi constituer une chance pour la paix pourvu que la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, remise son mépris pathologique à l'endroit du souverain premier et taise ses ambitions personnelles.

Attirant l'attention sur ce qui se trame actuellement en RD du Congo en matière de succession, nous voudrions, du même coup, interroger les possibilités concrètes du changement, et esquisser, à grands traits, ce qui pourrait devenir, sous certaines conditions déterminées, une réelle alternative. C'est notre manière à nous, partielle et forcément limitée, de préparer l'avenir. Le propre de l'Homme n'est-il pas de penser l'avenir ?

Comme nous l'avions écrit dans l'un de nos précédents papiers : la seule constance de l'histoire est le changement, et les événements dans leur turbulence comportent des scènes toujours en mouvement. Nier cette vérité d'évidence, c'est naviguer, dans un monde décidément en mouvement, à contre-courant de la formidable poussée populaire en faveur de la démocratie et des droits de l'Homme.

I. Indongo-Imbanda

Gertrud Kanu

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