Les 15 et 16 février 2001
s'est tenu, en l'absence du Rwanda, dans la capitale zambienne, un sommet auquel avaient
pris part les parties signataires de l'Accord de Lusaka et dont les points suivants
avaient constitué le menu le désengagement des belligérants, le déploiement de la
MONUC, le dialogue intercongolais et le fonctionnement de la Commission Militaire Mixte
(Cmm).Cette rencontre au sommet, la toute première
après l'assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila, s'était penché sur la
recherche des voies et moyens devant déboucher sur la dynamisation de l'Accord de Lusaka
dont le blocage, jusque là, était imputable, attribuable aux manouvres dilatoires et à
la mauvaise foi des belligérants qui, toutes parties confondues, n'étaient point, pour
des intérêts inavoués, favorables au retour de la paix en RD du Congo.
Il va sans dire que - grâce à l'esprit d'ouverture du
Président Joseph Kabila à qui il faut, pour ce faire, rendre le génie et le mérite -,
Lusaka III a provoqué l'apparition d'une lueur d'espoir en rapport avec la résolution de
l'équation congolaise. Le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) de Monsieur
Jean-Pierre Bemba a finalement signé les sous-plans de Harare (Zimbabwe) du 6.12.2000 et
fait savoir qu'il ne pose plus de préalables au déploiement en RDC des observateurs
militaires de l'ONU chargés de superviser le désengagement des troupes des fronts. Il
convient, dans cet ordre des choses, de souligner la volonté unanime des belligérants de
se désengager à partir des positions du 5.4.2000 consignées dans le plan de
désengagement de Lusaka II (8.4.2000) qui, à son tour, prévoit le retrait des troupes
combattantes de 15 Km de part et d'autre de la ligne de front. A cela s'ajoute l'Accord
signé, en marge de Lusaka III, sur le désarmement des forces négatives. Ce qui a fait
dire à plus d'un observateur que les deux préalables auxquels le Président Kagame - qui
vient, par ailleurs, d'ordonner à son armée de se retirer de Pweto, occupé depuis le
mois de décembre dernier -, avait soumis le retrait de ses troupes de la RD du Congo
viennent d'être satisfaits - la première condition, faut-il le rappeler, étant la tenue
du dialogue intercongolais avec Ket Masire comme « facilitateur ».
Après cette action remarquable de Lusaka III en faveur du
retour de la paix en RD du Congo, la balle était dans le camp de l'ONU qui, sans tarder,
est sur le point de rendre l'ascenseur. Peut-être l'aurait-elle déjà fait au moment de
la mise en page du présent papier ! Le Conseil de Sécurité de l'ONU devait, en accord
avec le Comité politique institué par l'Accord de Lusaka et après un échange de vues
avec les protagonistes de la guerre, adopter, au terme de sa réunion du 22 février 2001,
une résolution, proposée par la France, sur le calendrier du déploiement en RDC des
observateurs militaires chargés de superviser le désengagement des troupes des fronts la
date du 13 mars 2001 a été avancée. En relation avec le nouveau concept présenté par
le responsable de la MONUC, concept dont les points essentiels sont la graduation du
déploiement du contingent militaire et la réduction de son effectif de 5.500 à 3.000
hommes, le représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en RDC, M. Kamel
Morjane, avait précisé, en réponse aux critiques des délégués à la rencontre de
Lusaka, que la réduction dont il est question ci-haut n'est valable que « pour la phase
de désengagement qui concerne 39 points de déploiement ».
Pour ce qui a trait au dialogue intercongolais, les
délégués avaient lancé un soupir de soulagement après que le Président Joseph Kabila
eut donné son accord sur la reconduction de la facilitation qui doit continuer, après «
examen des modalités pratiques » pour son amélioration avec les autorités congolaises,
à être animée par Ket Masire récusé jusque là par le gouvernement du Président
assassiné. Pour ce faire, le « facilitateur » désigné par l'OUA se rendra, sur
l'invitation du gouvernement congolais, à Kinshasa dans les tout prochains jours.
Concernant le fonctionnement de la Commission Militaire
Mixte (Cmm), sa « dé- et colocalisation » ont été décidées. En termes clairs, son
état-major sera transféré de Lusaka à Kinshasa où il accomplira sa fonction de façon
concomitante avec la MONUC et bénéficiera, de la part du gouvernement, de la
contribution financière et matérielle, à l'exception des indemnités et des primes. Il
y a plus. La sécurité de tous les membres et délégués de la Cmm sera assurée et
garantie par Kinshasa. Cependant, quelques zones d'ombre subsistent. La crise congolaise
n'a eu de cesse, au cours des trois dernières années, de nous réserver des surprises
quant à la mise en ouvre des éléments de sa solution, adoptés ça et là. Ainsi, il
s'impose de relativiser l'euphorie qui puisse être des uns ou des autres à la suite de
l'appréciation des résultats de Lusaka III, et pour cause. Quelques interrogations
demeurent en rapport avec le dialogue intercongolais, considéré par plus d'un, comme
l'ultime voie qui conduit à une paix durable en RD du Congo. Un dialogue, au risque de
faire de redite, met face à face deux ou plusieurs interlocuteurs égaux... Serait-ce la
même lecture que celle que fait le Président Joseph Kabila des négociations entre
Congolais que tout le monde appelle de tous ses voux ?
Une façon de dire que l'abrogation du décret-loi nO 194
sur le fonctionnement des partis et mouvements politiques en RD du Congo, c'est-à-dire la
libération de l'espace politique et médiatique congolais - une expression, à notre
avis, de la volonté politique de remettre la parole au peuple - est un préalable à la
convocation et à la tenue de ces assises dont le succès dépend en grande partie de
l'implication, sans exclusive et sur le même pied d'égalité, de toutes les parties
concernées (gouvernement, opposition armée, opposition non-armée et société civile)
dans l'intention d'examiner longuement les questions portant sur la légitimité du
pouvoir pendant la période de transition, sur la formation du gouvernement d'union
nationale et sur la fixation du calendrier du dialogue intercongolais. Le dialogue
intercongolais dont il est question ici est le contraire du schéma proposé par le Chef
de l'Etat assassiné. Il se doit d'être, pour paraphraser le Président de la Démocratie
Chrétienne (DC), Diomi Ndongala, « un forum politique souverain » pour un nouvel ordre
institutionnel « et non une simple palabre entre copains... ». Le ton est donné.