Article paru dans Le Soir du 12 décembre 2000 |
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Wamu Oyatambwe |
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Chers compatriotes,
Voici le texte d'un article que j'ai publié dans le journal belge Le Soir du 12 décembre 2000 (p. 14) sous
le titre: "Réveiller les consciences". Vos commentaires et réactions sont les bienvenus !
Congo (RDC) : une guerre volontairement oubliée ?
Voici plus de deux ans déjà que le Congo ex-Zaïre est plongé dans une guerre aussi absurde que tragique :
celle qui oppose les armées du Rwanda et de l’Ouganda, alliés à quelques Congolais hostiles au Président
Kabila, et l’armée de ce dernier soutenue par le
Zimbabwe, l’Angola et la Namibie.
En fait, nonobstant les principes internationaux relatifs au respect des frontières et de la
souveraineté des Etats, la République démocratique du Congo a, de facto, cessé d’exister dans ses frontières
officielles, presque la moitié de son territoire étant désormais occupée et contrôlée par le Rwanda et
l’Ouganda. S’appuyant sur le droit international, le gouvernement congolais a déposé une plainte auprès de
la Cour de Justice internationale de La Haye contre ces deux pays; la procédure suit mollement son cours.
Le Conseil de sécurité des Nations a condamné l’agression et appelé au respect de la souveraineté et
de l’intégrité territoriale du Congo, mais sans aucune mesure contraignante à l’encontre des agresseurs. Même
quand les armées rwandaise et ougandaise se sont
affrontées sur le sol congolais, en août 1999 et juin 2000, faisant plusieurs milliers de victimes civiles
congolaises, la Communauté internationale n’a pas daigné modifier son attitude vis-à-vis de ces deux
pays.
Et donc la guerre continue. De surcroît, elle paraît faire l’affaire de tous les protagonistes, y compris
le gouvernement Kabila et ses soutiens extérieurs.
Ainsi, nonobstant les négociations et les Accords (de Syrte, de Lusaka, de Maputo, Harare, etc) conclus en
vue de ramener la paix au Congo, tous les protagonistes multiplient les accrocs à cette
recherche de la paix. L’affairisme et la prédation
semblent les mobiliser plus que la paix !
Pendant ce temps la population congolaise, déjà meurtrie par trois décennies de mobutisme, se trouve
encore plus clochardisée qu’avant. Alors que l’Etat s’est complètement désagrégé, et que les
infrastructures sociales et médicales ont périclité
depuis des lustres, cette guerre injuste vient précariser davantage l’existence de ce peuple laissé à
lui-même. Manger à sa faim est devenu, pour la plupart de Congolais, un simple rêve d’enfant ; le respect des
droits de l’homme, une chimère. Pire, même des liens sociaux et familiaux, qui ont longtemps permis aux
Congolais de tenir le coup, de survivre à la conjoncture et aux crises, se sont sensiblement
distendus. Car, de part et d’autre de la frontière qui divise désormais le Congo en deux parties (l’une sous
le contrôle du gouvernement Kabila et ses alliés, et l’autre sous le contrôle des armées rwandaise et
ougandaise avec leurs alliés rebelles), on ne sait plus communiquer. Alors que le mur de Berlin s’est
écroulé, et que les Coréens du Sud et du Nord se reparlent, les Congolais eux sont empêchés de
communiquer entre eux, sur leur propre territoire, au 21è siècle !
Ce texte ne se veut pas une chronique de la guerre du Congo; il voudrait tout simplement réveiller et
interpeller les consciences des protagonistes et des divers acteurs, en rappelant à chacun ses
responsabilités devant ce drame qui se déroule sous nos yeux.
- La “Communauté internationale”, en particulier les pays occidentaux et les Organisations internationales.
L’humanité a déjà dépassé l’époque des croisades et des guerres de conquête ; on ne peut donc plus, sous
aucun prétexte, montrer une quelconque indulgence ou compréhension à l’égard d’un Etat qui violerait
l’intégrité territoriale ou la souveraineté d’un autre. En ce sens, la fermeté affichée à
l’encontre de l’Irak après l’invasion du Koweït, devrait être la
même devant tous les cas similaires. De même, si le génocide rwandais a marqué les esprits par sa
brutalité et son ampleur, il faut se demander si un
autre génocide, rampant, n’est pas en train de s’opérer au Congo. Il est donc temps de compter les
victimes des massacres et d’agir, avec fermeté, et sans hypocrisie.
- Les médias, et en particulier les médias occidentaux. Là où les politiques ont du mal à bouger,
les médias ont souvent réussi à sensibiliser l’opinion publique et à exercer une pression sur les décideurs
politiques. Il est tout simplement scandaleux de voir le mutisme que les médias observent, devant la
tragédie congolaise, alors même que l’information leur
parvient quasi journellement.
- Aux dirigeants des pays des Grands Lacs (Rwanda, Ouganda, Burundi). Il n’y a jamais de paix en temps de
guerre ; et il n’y a jamais de stabilité politique en excluant les adversaires. A l’intérieur de chaque pays
de la région, il faut promouvoir la réconciliation
nationale et garantir aux citoyens la pleine jouissance de leurs libertés. Une guerre en territoire
étranger n’apporte aucune solution aux problèmes de sécurité si l’on ne remplit pas ces conditions à
l’intérieur de ses propres frontières.
- Au gouvernement congolais. Un gouvernement responsable doit savoir résoudre des problèmes qui se
posent à lui. Une guerre, même injuste, ne se termine que par deux voies : la victoire d’un camp sur
l’autre, ou la négociation. Dans l’état actuel, à moins d’opter pour une guerre d’usure qui meurtrira
encore davantage la population, et qui risque de
sceller le sort du Congo, le réalisme impose de privilégier une issue négociée. Afin que la paix des
braves fasse taire les armes. De même, quel que soit le soutien qu’il peut obtenir auprès des alliés
extérieurs, le seul soutien efficace dont un régime peut se targuer est celui de son peuple ; mais ce
soutien populaire suppose que les citoyens se reconnaissent dans leurs chefs et qu’ils jouissent de
tous leurs droits. L’histoire politique nous démontre que le temps des potentats et des autocrates est
révolu, y compris sur le continent africain !
- A tous les gouvernements africains. L’Afrique ne se développera jamais tant que les Africains continueront
à se guerroyer. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, devant les dégâts causés par des guerres
successives, les Occidentaux se sont dits : « Plus
jamais ça ! ». Et ils ont créé des structures permettant de régler leurs différends autrement que
par les armes ; depuis lors, l’Occident a retrouvé la paix, la stabilité et la prospérité. En Afrique, aucun
Etat ne réussira une stabilité durable, ni un développement effectif, si tous les Etats ne
s’engagent pas dans un même processus de modernisation et de stabilisation.
- A tous, encore une fois, ce seul message que le peuple congolais ressasse à qui veut l’entendre : la
paix, la restitution de son territoire, la liberté !
Wamu Oyatambwe
Chercheur au BCAS (ULB – VUB) |
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