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Mines:" Quand nous rouvrirons les yeux..."(II)

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Valérien Ngoy

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MINES: QUAND NOUS ROUVRIRONS LES YEUX (II)
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Par Valérien Ngoy

RESUME: Les investissements miniers au Katanga sont-ils réellement les otages de la guerre?

UNE QUESTION DE MODE OU DE DISCRIMINATION?

Les choses ont beaucoup changé en dehors de la RD Congo. 
La mondialisation ne se préoccupe pas de la faiblesse et des besoins propres aux pays en voie de développement. Il leur est fort difficile d'obtenir des financements à long terme à une époque où les actionnaires décortiquent les bilans semestriels des multinationales et recherchent des gains à court terme. L'Afrique est restée un simple producteur de matières premières, une situation qui la tient éloignée de la nouvelle mode des e-commerces et des start-ups qui sont cotées au Nasdaq. L'Afrique n'est plus à la mode, depuis la fin de la colonisation et, plus récemment, de la guerre froide.

Les multinationales avaient quitté la RD Congo sans pertes ni regrets véritables. Le gros des richesses naturelles sont toujours enfuies profondément dans le sous-sol et attendront, tout le temps qu'il faudra, les financements importants et les technologies de pointe que seules ces mêmes multinationales peuvent acquérir et investir.

Par contre l'épargne internationale avait afflué massivement en Asie( Singapour, Malaisie, Indonésie, Thailande, Philippines, etc), alors que tout le monde savait pertinemment que ces pays étaient de loin plus spéculatifs et plus corrompus que les Etats africains. Des 
milliards de dollars y ont été perdus, sans que personne ne s'en plaigne vraiment, au moment même où l' Afrique n' avait besoin que d'une petite partie des sommes qui étaient investies à fonds perdu en Asie. Normalement, en n'ayant besoin que d'investissements" peu" importants, l'Afrique ne devrait représenter que" peu" de risques au regard de ce qui se passe sur les marchés financiers internationaux où des milliards de dollars sont, chaque jour, échangés, gagnés et perdus.

Tout dernièrement, le virus informatique" I Love You" avait causé des milliards de dollars de pertes, sans même que les auteurs de ce crime économique ne soient poursuivis et condamnés. En Russie, des milliards de dollars de prêts occidentaux ont été massivement et rapidement détournés. Si de tels évènements avaient impliqué l'Afrique, c'est tout le 
continent qui aurait été banni pour des siècles... Des milliards de dollars ont été dépensés pour détruire la Yougoslavie, mais des milliards d'autres dollars seront alloués pour reconstruire et moderniser ce qui a été détruit...

Tout se passe comme si, pour l'économie et les finances mondiales, l'Afrique était illuminée par son propre soleil. La sagesse des affaires selon laquelle on peut gagner aujourd'hui mais perdre ou disparaître demain n'est jamais appliquée à l' Afrique. Personne n'entend y 
faire des affaires normales. Personne ne reconnaît qu'il y a commis des erreurs de choix, de stratégies ou de gestion et qu'il doit en payer les conséquences.

La plupart des nouveaux investisseurs en Afrique recherchent le risque zéro: ni risques techniques, ni risques financiers, ni risques commerciaux. Et même aucun risque politique. La recherche du profit absolu semble être la règle. J'ai à ce sujet un exemple de mon pays: en dépit des pillages , des guerres civiles et de la corruption généralisée, aucune entreprise n'a jamais déposé son bilan et aucune entreprise n'a été déclarée en faillite. Tout le système économique congolais ignore la notion de perte.

AVEC LA GUERRE, ON GAGNE LE PLUS

L'an dernier, je m'étais rendu dans la riche province minière du Katanga. A cette époque les rebelles soutenus par le Rwanda menaçaient de s'emparer des cités industrielles de Lubumbashi et de Kolwezi. 
Les autorités locales étaient à ce point paniquées qu'elles avaient fini par désorganiser toute la vie économique avec des réquisitions abusives de véhicules, de carburants et de vivres qui étaient acheminés vers la ligne de front.

J'avais remarqué que les activités minières se poursuivaient normalement. Il y avait des Polonais et des Grecs. La société zimbabwéenne Ridgepointe avait démarré et étendu ses activités avec des engins flambant neufs. On apercevait un vieux fermier zimbabwéen labourer le plus grand champ de maïs, en pleine brousse et sans besoin de garde de corps ou de protection militaire. La société finlandaise OMG était en train de faire construire une nouvelle usine de traitement à Lubumbashi.

Il va sans dire que ce que des Polonais, des Grecs et des Zimbabwéens non armés faisaient dans le domaine minier et agricole, et ce que les Finlandais faisaient, d'autres investisseurs en étaient également capables.

La réalité est que ceux-là mêmes qui invoquent la guerre comme une force majeure qui gèle leurs activités sont les mêmes qui avaient profité du phénomène de guerre pour négocier des contrats juteux. Certains n'avaient même jamais nourri l'intention de travailler effectivement. Certains comme la société sud africaine JCI et la canadienne Trillion 
avaient fait un tour dans le pays avant de demander et d' obtenir des permits de prospection et des concessions minières; ensuite, ils sont rentrés chez eux et, en peu de temps, ils avaient empoché des royalties en revendant les droits que la Gecamines et le gouvernement congolais venaient de leur accorder.

Le groupe belge Forrest s'est développé de manière spectaculaire depuis l'éclatement de la guerre actuelle. Cette croissance se réalisait sur les sites miniers de la Gecamines au moment où la société d'etat s'effondrait lamentablement. Le Groupe a même pris le contrôle de la Gecamines avec la nomination de Mr Forrest à la présidence du conseil 
d'administration. Le Groupe est connu pour ses relations étroites et parfois controversées avec les dirigeants zairois et congolais qui se sont succédé au pouvoir. Par exemple, il est occupé actuellement à ériger le fameux" PPP" ( projet du palais présidentiel) qui n'est autre que le luxueux château de Mr Kabila qui surplombera la ville de Lubumbashi.

Mr George Arthur Forrest qui porte depuis peu les titre de" magnat" du Congo a clairement déclaré à Mark Turner du Financial Times ( 19 Sept 2000) que" c'est un bon moment de venir ( au Congo en guerre): c'est dans des moments difficiles que l'on gagne le plus."

A suivre)

Valérien Ngoy
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