Les accords de Harare du 6.12.2000: une illusion |
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Blaise Sary |
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Le retrait partiel des forces , est-ce une solution ?
Depuis plus d’un an, nous nous sommes donné pour objectif de scruter les gestes et les actes de Mze Kabila. Nous avons à ce sujet publié un livre avec mon collègue Shikayi retraçant l’itinéraire de Kabila de Hewa Bora où nous nous sommes rendus deux fois en 1985 et en 1986. Nous avons examiné en qualité de témoins, la marche dite de la libération, la fuite de Mobutu, les espoirs des Congolais, les projets dits de reconstruction, les échecs, la seconde guerre dite de « Banyamulenge » et les limites des accords de Lusaka.
Nous n’avons pas croisé les bras. Nous nous sommes engagés aux côtés d’autres compatriotes dans la voie de recherche des solutions à la crise qui secoue le pays. Nous avons écrit à ce propos une série d’articles. Nous ne cessons de participer au forum sur nombreux sites Internet. Enrichis par l’expérience, nous sommes en même dire que les Congolais deviennent mûrs. Ils comprennent , malgré le retard , qu’il y a un vide criant de pouvoir à Kinshasa. Kabila est venu étouffer dans l’œuf le chemin déjà accompli par le peuple dans ses aspirations vers la démocratie. Nous attirions attention à propos de son semblant de parlement qu’il a installé pour faire obstacle au processus de dialogue inter congolais. Aujourd’hui, il y a des preuves suffisantes qui démontrent que le Mze est un despote moins éclairé. M. Tshiamala, président nommé et déchu de la Constituante a payé le prix. Et pourtant, lors de son passage à Bruxelles, il dansait et chantait en l’honneur de son « Mze », son « Kolo mboka » , son « Mukulumpa » pour reprendre ses propres expressions. Les avertissements qui lui ont été adressés par les participants à la conférence organisée dans l’enceinte de l’ambassade n’ont pas ouvert ses yeux. Il est resté aveugle. Bien sûr, les dictatures fabriquent les admirateurs.
Non Kabila n’est pas l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est un rancunier et non un « gentleman » comme le prétend son entourage. Sa cour d’ordre militaire vient d’envoyer à la mort plus de 30 jeunes militaires du Kivu. Son collègue Masasu est à nouveau en prison. Et l’appel qu’il lance à « quelques personnalités politiques » du Congo vivant en exil en vue de se rencontrer cette fois-ci le 11 décembre à Niamey ( la rencontre du Gabon n’a pas eu lieu) n’est qu’une façon de torpiller à nouveau le dialogue inter congolais. Il est maître en construction des pièges.
Dans ce contexte, il est hasardeux de jubiler en pensant que la signature de l’accord de retrait des troupes pour laisser un couloir de 15 km de part et d’autre va être appliqué. D’ailleurs, que ce qu’est 30 km en terme de guerre ? Un obi va plus loin que cela , jusqu’à 1000 km. La Mnuc peut-elle être présent partout ? Nuit et jour ? Sous la pluie ? La Monuc peut-elle vaincre la volonté belliqueuse des parties ? Par ailleurs, si l’ONU peut réellement disposer de 5000 hommes pour surveiller ce soit disant cessez-le-feu, il me semble impossible de réunir les 500 millions de $ nécessaires à la réussite de cette mission.
Dans notre livre, nous avions déjà prévu cette difficulté. C’est depuis Février que ce retrait était sensé s’opérer. Et nous sommes en décembre. A présent, la question est de savoir qui, le premier effectuera le retrait ? Par ailleurs, en dépit de retrait, Kabila cessera-t-il de jeter les fûts pleins s’essence et des clous sur les têtes des paisibles civils ? Pendant qu’il négociait cet accord, Kalemie a été bombardée ! Comment la Monuc pourra contrôler l’espace aérien ?Et comment les Interhamwue et les mai mai qui affrontent les Tutsis sur le flanc du Lac tanganika , dans le Masisi et dans la plaine de Ruzizi peuvent-ils se sentir concernés par cet accord ? Nous avons déjà souligné le fait que ces deux milices visent des objectifs tout à fait différents de ceux visés par Kabila. Résoudre un aspect du problème n’est pas de nature à stabiliser la région. Sans vouloir mettre de l’huile au feu, je me permets de croire que l’accord signé mercredi à Harare restera une illusion, s’il n’est pas immédiatement suivi par des pourparlers inter congolais.
Autrement dit, ce qui importe , le dialogue inter congolais, est négligé. Pourtant, c’est ce dialogue qui, même sans le retrait partiel des troupes, autoriserait de toucher du doigt la plaie. Car, contrairement à la thèse de Kabila, la guerre n’est pas simplement la guerre d’agression. Elle est aussi une guerre civile dont les racines résident dans le ventre mou qu’est l’Est du pays et ses querelles d’origine identitaire entre les composantes ethniques qui y habitent.
Blaise Sary |
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