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Articles du Magazine L'Autre Diaspora

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Joël Lévy

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République démocratique du Congo

En 1997, le Maréchal-président  Mobutu Sese Seko décède quelques mois après la chute  de son pouvoir quasi monarchique. En 1998, l’ex-Zaïre rebaptisé République démocratique du Congo par son tombeur Laurent-Désiré Kabila, entre dans la spirale d’un conflit armé meurtrier allumé par la mutinerie des soldats promobutistes et la rébellion des Tutsis banyamulenges. Sous le couvert de la lutte en faveur de la démocratisation des institutions politiques, toutes ces factions armées agissent en fait au nom de puissants intérêts politico-militaires extérieurs. Aussi sous-traitent-elles par leurs actes la volonté des trusts miniers et celle de la communauté financière internationale déçue, excédée, irritée par les politiques nationalistes ou étatistes de nouveaux dirigeants du Congo. Dans ce brasier qui consume les régions du nord, de l’est et du centre du pays (environ la moitié du territoire national), trois États limitrophes (Burundi, Ouganda et Rwanda) appuient logistiquement et techniquement les forces antigouvernementales. Manifestement transformées pour la circonstance en nervis ou fiers-à-bras  du capitalisme monopolistique international, ces puissances étatiques régionales dont les armées régulières sont directement engagées dans cet affrontement aux côtés des rebelles antikabilistes, violent impunément la charte de l’OUA. Elles violent également la charte de l’ONU et les différentes résolutions du Conseil de sécurité demandant expressément aux pays non invités par le gouvernement de la RDC de quitter son espace territorial. Les combats opposant les factions rebelles entre elles (Wamba dia Wamba Vs Nyamwisi), d’une part et d’autre part, les armées régulières rwandaises et ougandaises au Congo pour le contrôle stratégique de la Ville de Kisangani (Province Orientale) retardent l’application des accords de paix dans la région des Grands Lacs africains et notamment l’expédition des contigents militaires de l’ONU. En effet, le Conseil de sécurité exige préalablement à l’envoi de ses troupes de la paix le respect inconditionnel du cessez-le-feu par toutes les parties belligérantes afin de garantir leur sécurité physique. Malgré la rencontre inopinée des présidents Paul Kagame du Rwanda et Laurent-Désiré Kabila de la RDC à Nairobi au mois de juin sous le parrainage du chef de l’État kenyan Daniel Arap Moi, l’impasse demeure quasi totale. Cependant, pour sortir de cette crise à l’issue incertaine, qui compromet l’intégrité du territoire congolais, qui remet en cause la sécurité juridique des frontières en Afrique et dans la région des Grands Lacs, l’opposition démocratique incarnée par l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et articulée autour du juriste Étienne Tshisekedi appelle de tous ses vœux l’organisation d’un véritable dialogue intercongolais fondé sur la tolérance réciproque. Soutenant sans concession et sans condition préalable toute initiative qui tend à pacifier harmonieusement le pays, notamment le cadre des accords de Lusaka (capitale de la Zambie) du 10 juillet 1999, elle prône la remise sur le rail du processus politico-démocratique renvoyé malheureusement aux oubliettes par les nouveaux maîtres du pouvoir d’État à Kinshasa. Aussi prône-t-elle l’embargo sur les armes aux dépens de toutes les forces belligérantes sans distinction et l’embargo sur tous les produits miniers (le diamant, l’or, etc.). En réalité, ces minerais alimentent financièrement ce brasier conflictuel et la bourse de leurs commanditaires au lieu de profiter réellement au développement socio-économique du pays, donc à l’essor de tous ses habitants.

Le Bréviaire d’Étienne Tshisekedi

Par Joël Lévy

Apôtre de la non-violence dans un pays qui se caractérise manifestement par la violence illégitime et la répression institutionnelle, ne serait-ce que celles organisées méthodiquement par des extrémistes de tous bords, Étienne Tshisekedi est sûrement l’un des personnages politiques congolais qui ont marqué de façon significative voire indélébile l’époque contemporaine par leur combat idéologique, par leurs actes et par leur parcours. À ce propos, il convient de souligner que la trajectoire de cette personnalité politique est singulièrement sinueuse ou en dents de scie. En effet, celui-ci est successivement imprégné de convictions idéologiques nationaliste ou lumumbiste (conseiller politique auprès du MNC historique de 1958 à 1959), kalonjiste (membre du MNC-Kalonji en 1959 et ministre du Sud-Kasaï en 1960), tshombiste (il appuie le Premier ministre Tshombe en 1964 et 1965), mobutiste (membre du collège des commissaires généraux en 1960, ministre de l’intérieur en 1965, père de la constitution du pays et fondateur du MPR en 1967) et finalement antimobutiste (membre du groupe de 13 parlementaires en 1980) ou tshisekediste (UDPS en 1982). Opportuniste ou réaliste ?

Acteur assidû et témoin privilégié de son temps, il présente cette spécificité et cette singularité de survoler celui-ci, de le surplomber sans pour autant qu’il en soit un contemplateur insouciant, inconscient, surtout quand il s’agit effectivement des droits fondamentaux de ses compatriotes. Au cours de sa longue et inépuisable carrière et, surtout, sous l’empire de la dictature nécolonialiste, Étienne Tshisekedi devient la conscience politique d’une nation complètement en déshérence voire l’incarnation de la liberté d’un peuple misérablement écrasé. En effet, ce dernier s’oppose farouchement, parfois avec une détermination qui laisse pantois voire perplexes nombre d’observateurs et ses interlocuteurs, à l’obscurantisme mobutiste et à l’archaïsme idéologique kabiliste. Ce qui fait dire à ses admirateurs voire à ses adeptes ‘qu’il n’est pas du tout un spectateur passif quand il s’agit de défendre la dignité d’un pays victime des errements de sa classe dirigeante’.

Au nom de cette dignité bafouée par une autorité politique inconsciente et irresponsable incarnée par le Maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre, Étienne Tshisekedi accompagné de douze parlementaires de la république daigne en 1980 porter à bras-le-corps les profondes aspirations, les espérances politiques et sociales du peuple. Au nom de cette liberté bâillonnée par un pouvoir répressif, arbitraire et corrompu dont les intérêts s’opposent catégoriquement à ceux de ses ressortissants, il lutte énergiquement en faveur d’un changement radical des mentalités, des comportements sociaux et des pratiques institutionnelles. Cette transformation sociopolitique passe inéluctablement par la rapide mise en place d’un espace pluraliste sur le plan idéologique.

Pour Tshisekedi, le pluralisme idéologique est le gage substantiel d’une société démocratique dans laquelle chaque citoyen est confronté en âme et conscience à plusieurs choix décisifs au destin politique de la collectivité. Comme dans un marché, celui-ci a le droit et la liberté de choisir ce qui est conforme à ses propres intérêts et ce qu’il croit nécessairement conforme à ceux de la communauté. Pour l’éclairer dans ses choix, il milite pour la légalisation des organisations partisanes dont le rôle primordial est d’être le gardien vigilant des droits et des intérêts du peuple. Celle-ci est garantie par les dispositions constitutionnelles de la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992. Pour permettre réellement aux partis de mieux incarner les aspirations populaires, surtout de mieux conscientiser et responsabiliser les citoyens, il voit dans la presse un excellent relais du discours politique et partisan.   

Ainsi, Étienne Tshisekedi milite ardemment pour la reconnaissance de la sacro-sainte liberté de la presse afin de garantir les droits de la population et, surtout, d’être le contre-pouvoir face aux dérapages excessifs et récursifs de l’autorité de l’État. En effet, pour ce personnage politique devenu par le concours des circonstances un opposant farouche et déterminé à l’entreprise monolithique zaïroise et mobutiste, le pluralisme médiatique qui demeure l’un des piliers essentiels de la démocratie, est un solide bouclier, un rempart efficace contre l’obscurantisme politique et idéologique de l’État. Depuis l’avènement de la CNS, l’espace médiatique est libéralisé et l’information politique n’est plus orientée politiquement comme sous l'empire du Parti-État mobutiste, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). Aujourd’hui, l’on peut constater que les entreprises médiatiques sont devenues un instrument incontournable au Congo grâce au combat politique de Tshisekedi malgré la mainmise du nouveau régime sur la presse d’État et les relans de  personnification du pouvoir constatés çà et là.

Si la démocratie signifie la manifestation du pluralisme idéologique et médiatique dans un univers politique, elle doit inexorablement s’articuler autour du droit afin de préserver les libertés individuelles et les intérêts sociaux face à l’appareil étatique et la machine administrative. Pour Étienne Tshisekedi, le rôle du droit en tant que socle des rapports politiques entre l’État et le Citoyen ne s’impose pas spécifiquement aux Sujets de l’État. Il s’impose également à l’autorité de l’État. Pour maintenir l’équilibre de la société, son rôle est de circonscrire, d’encadrer les actes du détenteur de la puissance publique qui est de surcroît le géniteur des normes régentant la communauté. Sans       ce strict encadrement, la collectivité publique bascule irréversiblement dans la dictature, c’est-à-dire le fait se conformer irrévocablement à ses caprices débiles et à ses phantasmes dévastateurs.

En d’autres termes, la démocratie en tant que système politique est le pouvoir de contraindre la licence d’un chef ou dirigeant, c’est la capacité juridique, légale d’endiguer l’arbitraire absolu et même d’éradiquer la folie meurtrière d’une autorité publique aux commandes d’une société. Tel est exactement tout le sens accordé par Tshisekedi au combat politique qu’il mène quotidiennement. En effet, les nouveaux maîtres de la République démocratique du Congo (RDC) soucieux de survivre dans un nouvel espace politique font totalement fi des résolutions de la CNS qui portent dans les fonts baptismaux la démocratie naissante, quoi que balbutiante, dans ce pays géant d’Afrique centrale.

Si la démocratie suppose institutionnellement et politiquement le pluralisme, et juridiquement la conformité au droit, c’est-à-dire la conformité à la loi suprême de l’État en tant que manifestation évidente de la volonté populaire ou nationale, elle implique inéluctablement pour sa consolidation le strict respect des droits de la personne humaine. Pour Étienne Tshisekedi, la démocratie en tant que régime de limitation de l’absolutisme, du pouvoir et de l’autorité de l’État permet à tout individu, quel qu’il soit, de s’épanouir en toute liberté sans contrainte aucune. Sauf bien entendu celle expressément énoncée par la loi ou norme suprême qui s’applique à tous, y compris à l’État et à ses commis, dans le but d’assurer la paix sociale, de garantir la sécurité des citoyens. Pour le leader de l’opposition non-violente en RDC, la démocratie est l’expression de l’équilibre dans l’agencement des rapports entre l’État et ses ressortissants. Le garant de cet équilibre est effectivement le juge. C’est à lui seul qu’appartient l’autorité de faire respecter la loi et de requérir la force publique. Dans cette optique, il place le titulaire du pouvoir et le citoyen sur un pied d’égalité. En d’autres termes, l’État n’a plus comme jadis le pouvoir de mal faire à l’égard de ses Sujets. Désormais, l’autorité publique n’a que le pouvoir de bien faire sous peine d’être sanctionnée par la loi lorsque ses actes violent les libertés publiques et les droits individuels.

La démocratie sans la justice génère automatiquement la tyrannie ou le despotisme. Lorsqu’elle est intrinsèquement dépouillée de toute notion d’égalité entre les citoyens ou principe d’équité, elle donne libre cours à une collectivité fondée sur les privilèges dont l’acception étymologique est la loi privée (privata lege). Pour Étienne Tshisekedi, une telle société dont le visage exprime l’arbitraire absolu, ressemble à s’y méprendre à une jungle où les plus forts se taillent la part du lion en dominant impunément sur les plus faibles. Dans un pur souci de rééquilibrage des forces, la loi de l’État doit promouvoir la justice sociale, c’est-à-dire le principe de la solidarité dans un esprit sincère de partage, de redistribution des ressources de la collectivité publique. Cette justice ou solidarité implique que les puissants viennent en aide aux plus démunis pour préserver la stabilité de l’environnement public, la paix sociale ou la sécurité des citoyens.

Le principe d’équité sociale implique naturellement l’imposition des limites à tout processus de colonialisme autochtone. Il suppose le frein à toute tentative de népotisme ou de clientélisme ethnique comme le peuple congolais l’a vécu de façon scandaleuse sous le régime néocolonialiste mobutien (la ngbandisation de l’administration). Cette politique tous azimuts de préférence ethnico-tribale serait, à en croire la presse nationale, perpétuée de manière éhontée par l’actuel maître du pouvoir à Kinshasa (la katanguisation des sphères publiques) quoique le président autodésigné de la RDC Mzee Laurent-Désiré Kabila s’en défende énergiquement à qui veut bien l’entendre.

Pour le leader de l’opposition démocratique et légaliste Étienne Tshisekedi, le principe d’équité sociale implique un véritable saupoudrage dans le recrutement du personnel politique, des agents de la fonction publique et des cadres de l’institution militaire. D’ailleurs, les différents gouvernements qu’il a brièvement dirigés en 1991 et 1992, obéissaient à cette règle fondamentale. Une telle approche garantit en réalité l’équilibre de la nation pour que le peuple tout entier s’y reconnaisse. À cet égard, il convient de souligner que l’UDPS est substantiellement un parti national et non une coterie. Son objectif primordial est d’émasculer l’ordre dictatorial au Congo, de libérer tous les Congolais du joug oppresseur du pouvoir et de l’autorité, de la gangue paternaliste de l’État. Cette réalité est-elle souvent méconnue par certains militants et lobbies au sein de cette organisation?

En tant qu’espace de liberté, la démocratie est le lieu où s’affrontent pacifiquement les idées. En tant que système politique et institutionnel fondé sur le pluralisme idéologique, les idées s’y expriment sans violence, c’est-à-dire sans heurts physiques. Pour le leader charismatique de l’UDPS, la démocratie est avant tout l’expression du combat des idées, c’est-à-dire d’une guerre entre des adversaires qui consentent à ne pas recourir à l’usage systématique et automatique des armes pour faire valoir leurs droits tout comme leurs opinions. Par conséquent, les acteurs politiques font grandement place à l’intelligence humaine (la loi de l’équilibre pour la paix et l’harmonie sociale) qu’à l’instinct de tuer (la loi du plus fort est toujours la meilleure). C’est pour cette raison fondamentale que l’UDPS et Étienne Tshisekedi privilégient toujours la concertation sociale, le dialogue politique ou le principe de négociation comme solution ou alternative à toute démarche tendant à dénouer une crise.

Conformément à cette idéologie fondée sur le dialogue, la concertation et la négociation, l’UDPS et son chef charismatique soutiennent logiquement les accords de Lusaka du 10 juillet 1999 afin de mettre un terme au terrible conflit armé qui sévit à l’Est et au Nord de la RDC. Ces textes prévoient un cessez-le-feu entre les différentes forces belligérantes, l’envoi des troupes de la paix sous l’égide de la communauté internationale dans le but de superviser le retrait de toutes les armées étrangères actuellement sur le sol territorial du pays. Ils prévoient aussi la relance du processus politico-démocratique par la mise en place d’un gouvernement représentatif de toutes les tendances nationales. Force est de constater que ces accords de paix ne cessent d’être continuellement violés. Les belligérants se rejettent mutuellement la responsabilité de la reprise des hostilités. Avec un tel comportement nocif, à quand la Paix finalement au Congo!

Chantre de la Paix et Héraut de la Démocratie au Congo

Par Joël Lévy

Peu importe ce que l’on pourrait éventuellement penser du personnage, de son idéologie et de ses actions, il y a lieu de reconnaître que depuis son engagement en faveur de la démocratie, le juriste Étienne Tshisekedi est l’homme politique congolais qui incarne et symbolise de nos jours la logique, la constance et la cohérence. La plupart de ses adversaires voire de ses ennemis reconnaissent ses capacités intellectuelles de chef, d’organisateur et d’homme-orchestre. Toutefois, certains disent de lui qu’il est d’une fermeté à toutes épreuves. D’autres affirment qu’il est d’une intransigeance suicidaire voire débile dans la mesure où la politique est l’art du compromis. À ce titre, il devrait savoir mettre de l’eau dans son vin.

Né en 1932 à Kananga (ex-Luluabourg) au Kasaï Occidental, Étienne Tshisekedi présente cette particularité d’être un naufragé des Iè et IIè républiques. Il présente surtout cette singularité d’avoir participé aux différents gouvernements décisifs au destin politique de son pays. Force est de souligner qu'il entame timidement sa carrière politique à l’âge de 26 ans. Parallèlement à ses études universitaires (doctorat en droit), ce dernier assume rigoureusement en 1958-59 les fonctions de conseiller politique au sein du Mouvement National Congolais (MNC) cofondé par Joseph Iléo Songo Amba et Albert Kalonji Ditunga, et présidé par le syndicaliste Patrice-Émery Lumumba. Lorsque le Congo accède finalement à la souveraineté internationale le 30 juin 1960, Tshisekedi est ministre de la province du Sud-Kasaï. Mais, le 15 septembre, il est vite rappelé par le colonel Joseph-Désiré Mobutu aux hautes fonctions nationales en qualité de membre du collège des commissaires généraux  (CCG) présidé par Justin-Marie Bomboko Lokumba - à cette époque, il est nommé commissaire général adjoint à la justice - pour officiellement assurer le fonctionnement technique et administratif du nouvel État totalement paralysé par des querelles byzantines de la classe politique.

Entre 1965 et  1969,  Étienne Tshisekedi participe directement à titre de représentant du Kasaï Oriental au gouvernement du lieutenant-général Mobutu Joseph-Désiré Mobutu qui subvertit l’ordre politico-constitutionnel incarné par le président Joseph Kasa-Vubu et le Premier ministre Évariste Kimba. Il devient même l’homme fort du régime en occupant les fonctions de ministre de l’intérieur et des affaires coutumières (1965) dans le cabinet du colonel Léonard Mulamba avec pour objectif primordial d’initier la rédaction d’une nouvelle charte constitutionnelle et de fonder un parti politique qui serait le fer de lance idéologique du nouveau pouvoir. Après la suppression de la primature en 1967, il assume successivement les hautes charges de ministre de la justice (1968) et celles de ministre du plan, de la recherche scientifique et de l’aménagement du territoire (1969).

Sous son égide, le pays se dote effectivement d’une nouvelle constitution à saveur présidentielle adoptée par voie référendaire (1967). Ce texte juridique qui fait du président de la république le seul patron de l’Exécutif, prévoit expressément en son article 4 la création effective d’une deuxième organisation politique. Celle-ci serait concurrentielle au parti gouvernemental mobutiste, le Mouvement populaire de la révolution (Mpr), dont Étienne Tshisekedi est aussi par excellence le cofondateur. Articulées autour de la démocratie et de la justice distributive de l’État, les orientations idéologiques de cette plate-forme politique et gouvernementale sont consignées dans le bréviaire du parti dénommé ‘‘Le Manifeste de la N’Sélé’’ dont il est surtout le principal rédacteur.

Toutefois, les divergences de fond entre Mobutu et Tshisekedi apparaissent au grand jour à partir de 1968 pour des questions liées à la tolérance politique, à l’exercice des libertés publiques et à l’égalité de tous les citoyens devant la loi supême de l’État. Craignant la révolte de l’élite intellectuelle et universitaire qui l’a soutenu promptement lors de la prise du pouvoir en 1965, Mobutu verrouille son régime, écarte un par un ses opposants internes et, par conséquent, exile Étienne Tshisekedi en tant qu’ambassadeur du Congo au Maroc de 1969 à 1970. Dès son retour définitif au pays, ce dernier est immédiatement élu député du Kasaï Oriental sous la bannière du parti unique, le Mpr en 1970. Parallèlement à cette charge politique, il est nommé président du conseil d’administration de la compagnie nationale de transport aérien Air Zaïre. Cette désignation est-elle une manière pour le pouvoir de l’empêcher d’avoir directement un œil sur les affaires politico-étatiques de la nation? Il importe de relever que sous sa gouverne, cette société publique qui est le fleuron du pays, se modernise en se dotant des avions long et moyen courrier (Jumbo jet 747,  DC 10) et aussi en desservant plusieurs lignes nationales et internationales. Dès qu’il est par contre remplacé à ce poste stratégique,  cette compagnie nationale Air Zaïre amorce progressivement sa descente aux enfers. Elle entame sa lente agonie jusqu’à sa liquidation par la cleptocratie mobutienne.

Dans la législature de 1977, Étienne Tshisekedi qui est aisément élu par ses pairs vice-président de l’assemblée nationale se distingue en compagnie d’autres parlementaires du Parti-État dont Beltchika Kalubye, Bernardin Mungul Diaka, Joseph Ngalula, dans la critique objective de la gestion politique et gouvernementale. Face aux horribles massacres d’Idiofa (Bandundu) en 1978 et de Katékélayi (Kasaï Oriental) en 1979 attribués aux Forces armées zaïroises (Faz), il ne reste pas totalement inactif. Il engage un bras de fer avec les autorités politiques du pays. Il demande expressément des comptes au gouvernement afin de clarifier les circonstances desdites bavures. Devant l’absence de transparence et surtout le manque de collaboration du président Mobutu Sese Seko, il saisit immédiatement en compagnie d’autres collègues les instances internationales dont les organismes de défense des droits de l’homme (Amnesty International) dans le but de faire pression sur le gouvernement de Kinshasa.

En 1980, Étienne Tshisekedi conclut de façon péremptoire au sabordage du système politique mobutien qui ne correspond nullement aux intérêts légitimes du peuple congolais. Avec un groupe de 13 parlementaires du Mpr, il co-écrit et cosigne un mémorandum adressé directement au président Mobutu du Zaïre. Ce document de 52 pages qui est sûrement vécu comme une offense par le chef de l’État, propose objectivement des voies de réforme structurelle et de développement. À partir de cet instant, l’opposition de Tshisekedi cesse d’être souterraine pour devenir visible et officielle. Force est de constater que cette fronde se manifeste bruyamment  au sein des instances politiques du Parti-État avant d’être transportée dans la rue. À ce moment précis, la liberté de parole qui est politiquement confisquée par le Mpr depuis le coup d’État de 1965, est finalement rendue aux représentants de la nation par les 13 parlementaires. Craignant de perdre le pouvoir, le chef de l’État zaïrois refuse obstinément de remanier l’idéologie de son régime politico-militaire et le fonctionnement du Parti-État. À ce titre, Tshisekedi et ses collègues sont brutalement arrêtés. Accusés arbitrairement d’atteinte à la sûreté de l’État, ils sont tous emprisonnés. Déchus de leur qualité parlementaire, ceux-ci sont relégués dans leur village d’origine.

Tirant profit de la constitution de 1967 dont il est le véritable géniteur et qui prévoie naturellement la création d’un deuxième parti politique en marge du Mpr, Étienne Tshisekedi crée avec le concours de 13 parlementaires l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps). Dès cet instant, la liberté de parole est accordée au peuple. La doctrine de ce mouvement politique qui est né dans le sillage du mobutisme, s’articule autour de l’idéal social-démocrate, du parlementarisme bicaméral, de la typologie fédérale de l’État et d’une constitution nationale fondée sur l’idéologie des droits de la personne humaine. Toutes ces idées triomphent magistralement lors des assises de la Conférence nationale souveraine de 1992 (Cns) où il est élu haut la main Premier ministre du pays par les divers délégués du peuple dans cette haute assemblée. Déjà, en 1991, il fut désigné chef du gouvernement d’union nationale sur la base des accords du Palais de Marbre.

Il importe de souligner que les résolutions de cette institution nationale sont brutalement ignorées aussi bien par le Maréchal Mobutu que par les actuels maîtres de la République démocratique du Congo. Au moment de la guerre de libération, ces derniers sont appuyés par les pays de la coalition de conscience africaine dont l’intervention militaire est dénoncée par Étienne Tshisekedi qui y voit surtout une atteinte à la démocratie et une agression physique à la souveraineté du pays. Il convient de mentionner qu’en 1997, les tombeurs du dictateur zaïrois prétextent que les textes de la Cns censés régenter la transition, perpétuent insolemment le néocolonialisme.

Mais, depuis le renversement des instruments de la Cns et la tragique fin du régime mobutiste, Tshisekedi se bat énergiquement pour la restauration de la démocratie, l’édification d’un régime politique et constitutionnel respectant strictement la volonté populaire, les droits individuels et les libertés publiques. À cet effet, il entreprend une tournée en Amérique du Nord, après l’Afrique et l’Union Européenne pour sensibliser l’opinion publique internationale sur la situation critique au Congo, demander aux différents gouvernements et décideurs mondiaux, de faire pression sur les responsables politiques congolais dans le dessein de relancer le processus politico-démocratique et  les accords de paix au Congo. C’est dans ce cadre que le Magazine L’Autre Diaspora l’a rencontré totalement métamorphosé afin de vous partager ses réflexions politiques sur l’avenir de son pays.

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