Butuhe, village sinistré |
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Denis Tougas |
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Bonjour,
J'ai pensé vous transmettre ce message (mille excuses pour ceux et celles
qui l'ont déjà reçu) qui me semblait bien illustré certains des motifs de la
guerre en RDC, comment elle se déroule au jour le jour, et sa cruelle
absurdité!.
Denis Tougas
Bruxelles, 30 novembre 2000
Veuillez trouver ci-dessous copie d'un fax que nous venons de recevoir.
La source qui nous l'a envoyé est - à notre connaissance - digne de foi.
Le fax est daté du 28 novembre 2000.
"Groupe des sans voix"
Butembo
(Fax daté du 28-11-2000)
Butuhe, un village sinistré
Tout commence par une dispute de coltan (ndlr - coltan = colombo-tantalite)
entre les May-May et les militaires ougandais. En effet, une camionnette
en provenance de Manguredjipa est directement détournée sur Vurondo une
semaine avant ces tristes événements du 8-10 novembre 2000: elle transporte
du coltan d'une valeur de 70.000$ (soixante-dix mille dollars) disent les
milieux proches de l'état-major ougandais.
Alors on étudie comment aller récupérer ce minerais. Et la matinée du
mercredi 8 novembre 2000 fut décisive. Les troupes soutenues par un char
de combat tentent de marcher sur Vurondo (localité située à 25 km de Butembo
vers le nord-ouest) et les accrochages ont malheureusement lieu à Butuhe,
à mi-chemin entre Butembo et Vurondo. Après cet accrochage, des renforts
sont envoyés sur le terrain et comme on a toujours difficile à connaître le
bilan dans de telles circonstances, on se contente de parler de Kikere
(village juste après Butuhe sur la route Vurondo) où se préparait un
mariage qu'on bénissait avec d'autres à la paroisse de Kitatumba (une des
paroisses de Butembo avec des secteurs ruraux jusqu'au-delà de Vurondo).
Comme la célébration d'un mariage est une occasion de se rassembler, les
familiers et les amis s'étaient bien réunis pour préparer cette manifestation nuptiale. Soudain, les gens entendront des coups de fusil
avec comme cible ce rassemblement, et des roquettes ont été tirées à
l'occasion, de même que des bombes.
Les victimes ne peuvent pas manquer et elles sont nombreuses:
a) Tués par bombes, roquettes et balles:
1. Kambilo Muhita
2. Katembo Ngunza
3. Christien Ngunza
4. Kasereka Ngunza
5. Kabale Kamwisi
6-8. Donatus Maghulu (animateur catéchiste) meurt avec sa femme et sa mère.
9. Jean-Pierre Mastapjabu: chef de bureau RMIP/AT (Relance de la mission d'installation de paysannats
pour l'aménagement de la terre/Organisation gouvernementale).
10. Sereka, âgé de 11 ans, fils de Ferdinand, abattu quand il voulait aller traire leur chèvre avant de
se rendre à l'école.
11-12. Deux jumelles, Kavira Nguru et Kavugho Ndovya, âgées de 11 ans.
13. Kavira âgée de 12 ans
14. Aldegonde âgée de 10 ans
15. Un petit garçon de 4 ans appelé Kule
b) Tués après interrogatoire et bible à la main car sortant de la prière
du matin:
16. Ngundo
17. Stéphanie
c) Brûlés vifs dans la maison de Zacharie: 18-19. Deux personnes difficiles à identifier du fait
que dans une si grande cérémonie, les gens cherchaient à se cacher n'importe où et de
nombreux passants étaient pris en tenaille dans ce macabre coup.
20. Mbusa Vyasangya
21. Léonard Kapoleo
22. Kasereka Kataheruka
23. Mumbere Kiewana
24. Kahindo Eric
25. Katembo Munifa
26. Victor Muhita
27. Kasereka Mandolani
28. Kasereka Muhita
29. Kambale Makori
30. Kakula Mbahingana
d) On raconte qu'il y a eu 3 (trois) May-May tués et pour ce qui est du
bilan côté militaire, on n'a pas d'informations. La population a pris la
fuite et serait toujours en brousse du fait de la forte militarisation de
la contrée et les détonations d'armes lourdes étaient encore entendues
jusqu'au vendredi 10 novembre: toujours des déplacés sans assistance
humanitaire qui s'ajoutent à d'autres.
f) Un pillage de biens (matelas, vélos, vivres...) accompagne cette intimidation et des cases sont complètement détruites en les brûlant, et
des hommes, enfants et leurs mamans y périssent; le bilan devra toujours
s'alourdir.
g) Les prisonniers (mamans, hommes, enfants) ont été ramenés à Rughenda où
des trous les attendaient comme cachots (arrestations arbitraires et tortures ne sont pas à compter et nous échappent encore, surtout que le
milieu reste inaccessible jusqu'aujourd'hui).
Ont été torturés et victimes de profondes plaies au niveau du crâne suite
à des coups violents de crosse de fusil et hospitalisés au centre de santé
des Anglicans le 11 novembre 2000 après libération de la prison de Rughenda:
1. Masika Ivette, âgée de 21 ans, avec ses deux petits enfants, destination du mari inconnue.
2. Kavugo Muamini, âgée de 19 ans, avec son bébé de deux mois, destination du mari inconnue.
Groupe de réflexion des "sans voix"
Butembo |
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