Hold-up du siècle en RDC |
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Michel-Emery Silwakibanza |
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Camarades, qu’avez-vous fait de notre révolution ?
Ce que je puis faute de mieux appeler la fascination de Monsieur Kabila par son prédécesseur Mobutu n’a vraiment pas besoin d’être démontrée. Il suffit pour s’en convaincre se rendre au Congo-Kinshasa. Que son régime soit par ailleurs de plus en plus impopulaire tant à l'intérieur qu’à l'extérieur de la République Démocratique du Congo (RDC), voilà le triste constat que nous sommes contraints de faire aujourd’hui.
En effet, à proprement parler, Kabila n’a pas du tout rompu avec certaines pratiques du Mobutisme notamment le népotisme, les polices secrètes, le refus du dialogue, le culte de personnalité – ni même pas avec certaines personnalités qui ont copieusement servi à façonner ce système odieux qui a abruti notre peuple. C’est vouloir dire simplement que l’actuel président de notre pays est profondément fasciné par son prédécesseur. Par exemple, dès le lendemain de sa prise de pouvoir, il s’est attaché, et cela au plus grand étonnement de tous, du « faiseur d’images » du régime déchu en la personne de Dominique Sakombi Inongo. Cette attitude de l’homme du 17 mai ne rasure pas lorsqu’on se souvient des services rendus par Dominique Sakombi, ce concepteur et chantre du mobutisme qui, suite à son habilité, pour ne pas dire « génie », a su durant tant d’années enchaîner les Zaïroises/zaïrois à leur « guide », dans un rapport d’incroyables fascinations. Il a en outre récupéré et laissé prospérer une partie de la nomenklatura sécuritaire et prédatrice, des « super-flics » comme Kifwa, Atundu, Leta, Kanengele, etc. jusqu’à l’emblématique patron des patrons Bemba hier, avant de coopter au sein du parlement (chambre d’enregistrement) des mobutistes pur sucre y compris ceux figurant parmi des personnalités congolaises qui avaient financé l’agression de notre pays en août 1998, tel est le cas de Kissombe Kiaku Muisi. Et comme si cela ne suffisait pas, on nous annonce aujourd’hui l’arrivée en force du dernier Premier ministre de Mobutu, c’est-à-dire le général Norbert Likulia Bolongo en personne.
A croire que Kabila était convaincu dès le début qu’il lui fallait l’onction de mobutiste pour diriger le Congo. Ce qui expliquera d’ailleurs sans doute ce comportement anachronique qui a consisté à refuser les ténors de l’opposition intérieure (dite non armée), leur préférant les caciques du mobutisme ; comme on le verra par la suite.
On se souvient qu’au Congo-Brazza, le président Marien Ngouabi a été éliminé par les siens pour moins que ça. En fait, celui-ci avait commis l’erreur de discuter avec son prédécesseur Alphonse Massamba-Débat d’un assouplissement du régime. Chez- nous, Kabila fait carrément ce que l’on pourrait qualifier de la révolution à rebours, et personne n’a le droit de pousser le moindre soupir en prétextant que le pays est en guerre. Ce sont, entre autres, ce manque de lucidité et ces incohérences qui ont fini, hélas, par ternir son aura de libérateur. Mais, dans quelle mesure Kabila peut-il ignorer totalement les besoins et les volontés de son peuple, échapper aux pressions sociales ? Est-ce encore possible aujourd’hui de faire accepter aux congolais un système incapable d’écouter ses demandes et ses problèmes ? L’absurdité de la situation est éclatante.
D’ailleurs, les milieux bien informés, selon la formule consacrée, supputent déjà qu'avec une telle reconstitution au sommet de l’Etat, voulue par la France, puis impliquant le gouvernement, les services secrets, l’armée et la police, un coup d’état à terme est presque prévisible, c’est-à-dire inévitable. Et ceci, malgré la cohorte des parents qui cernent le nouveau « messie ». Qui vivra verra.
Dans certains pays occidentaux – y compris ceux, qui favorisèrent la victoire de Kabila - , une double déception se conjugue. A la suite de l’engagement des militants de droits de l’homme, l’opinion publique trouve le nouvel homme fort congolais aussi peu estimable que son prédécesseur. Face à un régime jugé et qualifié d’imprévisible et par conséquent peu fiable, on assiste ici et là au désenchantement généralisé des milieux d’affaires. Signalons qu’à cet égard, même les Chinois dont l’attention particulière et la sollicitude à l’égard des pays du Tiers-monde ne sont plus à démontrer exigent désormais le parrainage du Zimbabwe afin de garantir leurs prêts au Congo. C’est dire combien la signature de notre pays est devenue de plus en plus peu crédible. Bref, le pronostic est quasi général, si on y prend garde, c’est inévitable que ce régime aux abois finisse par se casser la figure. Le peuple congolais n’est pas encore sorti de la terreur, de l’inertie, de la misère effroyable et de la peur constante où l’avait plongé le régime de Mobutu.
Tout récemment, durant un bref séjour au Congo, nous sommes restés nous-mêmes pétrifiés devant la prolifération des manifestations estudiantines. Le comble est que n’étant pas en mesure de supporter la misère criante, à
l’instar de la quasi-majorité des congolais, les étudiants implorent, non sans regret, le retour de Mobutu, chantant la « zaïroise », c’est-à-dire l’hymne imposé par Mobutu sous son règne, pour justement défier le pouvoir actuel. Ceci prouve à suffisance le degré de la désillusion après tant d'espoirs déçus.
En réalité, alors que le Président Kabila était au plus bas dans les sondages, une année à peine après sa prise de pouvoir, le déclenchement de la guerre en août 1998 vint ressouder les Congolais autour de leur chef, en passe d'être déifier depuis.
Au lieu de profiter de cette popularité soudaine pour laisser les Congolais adhérer plus librement à son régime, Kabila choisit avec ses propagandistes d’user jusqu’à la corde la fibre nationaliste qui a contribué à le sauver :
-Interdiction des Partis politiques existants selon l’esprit novateur de la Conférence Nationale souveraine (CNS) ;
-Lancement des fameux Comités de Pouvoir Populaire (CPP) qui, à proprement parler, ne sont pas moins une pâle copie du défunt Parti-Etat sous Mobutu, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) ;
-L’encouragement à la création des partis alimentaires, etc.
Ce qui est révoltant, c’est de voir le Président de la République, Monsieur Laurent Désiré
Kabila, s’octroyer le droit de procéder à la nomination des élus du « Peuple souverain », c’est-à-dire les Parlementaires d’une part, et d’autre part, il s’est audacieusement permis de déplacer, sans concertation préalable, le siège du Parlement de la capitale à sa province d’origine, en lieu et place d’orienter tout simplement le processus constitutionnel dans un sens démocratique, conformément au Projet de société élaboré par la Conférence Nationale Souveraine (CNS), selon les vœux de notre Peuple.
De surcroît, non seulement qu’il n’élargit pas de manière significative sa base en direction de l’opposition démocratique, le régime actuel préfère plutôt accueillir d’anciens mobutistes, car ceux-ci coulent plus facilement dans un moule autoritaire.
Eu égard à ce qui précède, force est de constater que dans le « Congo de Kabila », pour avoir la possibilité de s’exprimer sur le terrain politique, il serait vivement conseillé d’être un kabilo-mobutiste, voire un mobutiste tout court.
C’est malheureux d’en arriver là ! Car ce n’est certainement pas ce que le Peuple congolais souhaitait lorsqu’il jubilait en apprenant la fuite du dictateur Mobutu et sa nuée d’acolytes. Les Congolais n’espéraient pas non plus à un système identique à celui que Mobutu avait mis en place, lorsqu’ils acclamèrent l’entrée triomphale des forces libératrices, le 17 mai 1997, dans la ville de Kinshasa.
Nous ne devons dès lors pas nous étonner que certains barons de la fameuse deuxième République, récupérés depuis par Kabila, parlent aujourd'hui d’une victoire posthume de l’homme du 24 novembre. C’est précisément dans la foulée de cette exubérance revancharde qu’entre autres, le fils du dictateur déchu, Manda Mobutu a affirmé sans vergogne depuis son exil: « mon Peuple a besoin de moi pour le sortir du chaos ». De telles déclarations doivent certainement nous préparer à d'autres retours triomphaux au pays. Qu’y a-t-il de surprenant dès lors que le frère Dominique Sakombi et le patron Bemba Saolona ont balisé le terrain ?
C’est au nom de la soi-disante « Révolution pardon » que les détenteurs du pouvoir actuel justifie platement ce jeu de débauchage politique. Or, paradoxalement, lorsqu’on parle de la cette Révolution pardon, pour ainsi justifier les nouvelles alliances orchestrées avec certains anciens barons du régime déchu, nous ne pouvons cependant nous empêcher de constater qu’apparemment nous aurions alors à faire à une révolution qui jusqu’ici, en tout cas, est plus portée à pardonner beaucoup plus facilement ceux-là même qui, après avoir conduit le pays à la ruine, se sont enfouis avec le dictateur, en emportant tout le butin pillé, au détriment des opposants qui avaient contribué largement à la chute de la dictature de Mobutu, et qui de surcroît sont restés sur place.
Rappelons à cet égard que c’est sous forme d’un marchandage conclu entre le pouvoir et les pilleurs de notre Peuple que ce débauchage a scandaleusement été rendu possible. Est-il besoin de signaler que pour conditionner leur réintégration au sein de l’équipe actuelle, certains mobutistes de grande envergure ont dû s’acquitter d’une dîme évaluée à un million de dollars US !
Ce qui est excessivement incompréhensible ici c’est le fait que tout en ouvrant largement des vannes aux mobutistes irréductibles, le pouvoir actuel sert l’étau, quant à la possibilité de laisser ne serait ce qu’une petite marge des manœuvres politiques à ceux de l’opposition pacifique interne, qui malgré leur passé n’ont pas été moins des forces de démantèlement de la dictature. C’est notamment le cas, entre autres du PALU, de l’UDPS, de PDSC, etc. Kabila fait ce qu’il veut, il ne doit des comptes à personne. Il anoblit qui il veut, pouvant à son gré récompenser ou châtier ses sujets.
Or ces partis politiques non reconnus, et interdits scrupuleusement par le pouvoir constituent effectivement des entités officiellement accréditées par le Peuple congolais à travers la Conférence nationale souveraine (CNS) qui a profondément remodelé la vie politique de notre pays. Il s’agit là d’une évidence élémentaire à la portée même des enfants. Que les autorités actuelles persistent à ne pas admettre cette réalité flagrante est, précisément, l’indice inquiétant d’un retour dramatique au système de pouvoir monolithique auquel notre Peuple s’est séparé depuis la date du 24 avril 1990. La petite lueur démocratique qui germait vers ces années-là a été réprimée par le nouveau « timonier » alias « Mzee » au point qu’actuellement, pour qu’un parti politique qui veut s’opposer au pouvoir puisse exister légalement au Congo, il doit au préalable être agréer par le même pouvoir qu’il aimerait combattre. Avouez que c’est un comble !
La libéralisation de l’espace politique au Congo n’a pas seulement profité aux partis politiques mais aussi à la Presse qui largement avait été acquise. Non seulement que depuis avril 1990 la Presse pouvait dès lors s’exprimer sur tous les sujets, mais la personne même du Président Mobutu n’était pas non plus épargnée par celle-ci, au point de se livrer à la caricature du « Guide éclairé ».
Dans un autre registre, nous avons été scandalisés de voir les honneurs posthumes rendus au musicien Pépé Kallé aux frais de l’Etat. Dans un pays où les fonctionnaires sont sous payés et accumulent souvent des longs mois sans percevoir leur solde, assister à des telles dépenses, à plus fortes raisons de la part d’un gouvernement dit de salut public ne peut être que révulsant, pour ne pas dire plus. Tout ceci simplement pour copier ce que Mobutu fit à Franco Luambo quelques années plus tôt. Pareille ressemblance est loin d’être un fait dû au hasard. Du reste, nous n’avons pas connaissance que sous d’autres cieux, les musiciens soient inhumés avec autant de faste, qui plus est avec l’argent du contribuable.
Au fait, notre grand camarade Ngandu Kisase « El Commandante », ce vaillant combattant mérite-t-il d’être mis aux oubliettes de la révolution congolaise qui a amené Kabila au pouvoir ? Lui qui fut le plus proche compagnon de lutte du nouvel homme fort congolais. Le moment ne serait-il pas venu de lui rendre les honneurs et les hommages dus à son rang ? Il n’est jamais trop tard dans des telles circonstances car les Cubains l’ont démontré récemment en organisant les funérailles nationales à la mémoire de Che Guevara, plus de trente années après sa mort.
La révolution du 17 mai, serait-elle à ce point la plus stupide du monde?
Finalement, que sont devenus les nôtres ?
Nous pensons, par exemple, aux anciens cadres dirigeants du Conseil National de la Libération (C.N.L), c’est-à-dire la Rébellion des années soixante, sans lesquels le flambeau de la Révolution lumumbiste ne serait jamais parvenu jusqu’à nous.
Que serions-nous devenus aujourd’hui si notre guerre de libération avait échoué en 1997 ?
N’aurions-nous pas subi le même sort que Pierre Mulele en 1968, alors que certains hommes forts actuels sablaient le champagne avec le « guide » parce que faisant déjà partie des allées du pouvoir mobutiste ?
Au demeurant, ceux qui hier avaient juré fidélité à la pérennisation du mobutisme sont en train de tenir parole. Et cela, au grand dam des héritiers spirituels de Lumumba que nous sommes. Kabila qui se dit lumumbiste ne semble pas du tout cohérent, ce n’est pas excessif de l’affirmer, car de par son attitude même, il ne s’aperçoit pas qu’il tue notre héros national une seconde fois.
Face à autant d'incohérences et d'amateurisme du pouvoir actuel et cela, après avoir soutenu à fond le mouvement libérateur de mai 1997, nous suggérons que le peuple congolais soit vivement consulté. C’est là, nous semble-t-il la voie salutaire pour le Congo. Car on est en train de lui confisquer sa révolution, qui de notre point de vue, ne visait pas uniquement à chasser l'individu Mobutu mais un système odieux qu’il avait instauré. Les élections générales seront à notre humble avis le seul vrai baromètre de popularité dans un pays où les dernières vraies élections libres remontent en octobre 1965, c'est-à-dire avant le coup d'état qui devrait installer la bande à Mobutu au pouvoir durant trente-deux années d’un règne sans partage, pour ne pas dire tyrannique.
D'ailleurs, d'aucuns pensent que le nouveau "Mzee" n'est que le clonage de Mobutu, au point de se demander si celui-ci ne serait pas son véritable père spirituel. Kabila, se demande-t-on à juste titre, serait-il fasciné par le président défunt ? Même maître Nimy Mayidika Ngimbi (ancien conseiller spécial de Mobutu) s'étonne de l'acharnement de l'homme du 17 mai à vouloir ressembler à celui du 24 novembre. Le mimétisme serait paraît-il presque parfait.
Il faut que le président Kabila comprenne une fois pour toute, tant qu’il n’y aura pas de dialogue intercongolais, le pays sera toujours dans la situation qui est la sienne maintenant. En clair, pas de dialogue intercongolais, il n’y aura pas de paix et sans la paix, il n’y aura pas d’investisseurs au Congo. Le Peuple risque d’en avoir marre beaucoup plus vite que prévu. C'est pourquoi nous aimerions en outre que les élections auxquelles nous faisons appel de tous nos vœux soient organisées assez rapidement d'une part et contrôlées par la communauté internationale, d’autre part. S'il vous plaît, pour une fois, sans atermoiements funestes.
Par ailleurs, nous apprenons que devant le silence et la passivité de la communauté internationale au sujet du drame qui est en train de se dérouler en R.D.C, Kagamé et les siens s’apprêteraient à proclamer la République de Grands-Lacs. Cette nouvelle république comprendrait comme états fédérés : le Maniema, le Nord-Kivu, le Sud-kivu, la Province Orientale et le Sud-Est du Katanga. On croirait rêver !
Si ces rumeurs devraient s’avérer fondées, cet état de choses nous amène à poser les cinq questions suivantes :
.- Que contenait réellement les accords qui liaient le pouvoir actuel à ses alliés d’hier, c’est-à-dire, nos agresseurs actuels ?
.- De quoi avait parlé Kabila et Kagamé lors de leur rencontre historique du Kenya ? (rencontre suivie d’une confrontation entre les forces rwandaises et les forces ougandaises sur territoire congolais).
.- Comment comprendre dès lors que devant un complot d’une telle gravité, le pouvoir au Congo continue de donner l’impression de ménager le Rwanda pour ne s’en prendre qu’à l’Ouganda et à son allié Jean-Pierre Bemba ?
.- Le peuple congolais est aujourd’hui un peuple majeur, il doit savoir où il va ; pour ne pas dire ce qui lui arrive. On lui avait déjà promis la libération en 1997, finalement il sera libéré combien de fois ?
:- Comment expliquer enfin que pendant que la moitié du territoire national sinon plus se trouve entre mains ennemies, Kabila et ses alliés Angolais, Namibiens et Zimbabwéens donnent l’impression de s’accommoder de la situation au point de rester armes aux pieds?
En guise de conclusion, le peuple congolais, comme n’importe quel autre peuple du monde serait-on tenté d’affirmer aujourd’hui, ne souhaite en réalité qu’une seule chose, c’est qu’il soit de temps en temps consulté afin de donner son avis au sujet de son destin. Au lieu de voir n’importe qui décider à sa place, souvent d’ailleurs avec l’aide des étrangers, au fallacieux prétexte d’être comme on le disait hier unificateur et pacificateur, ou comme on le soutien actuellement libérateur, voire comme on risque de le prétendre demain créateur. De tout cela, en tout cas les congolais ne veulent plus.
A bon entendeur…
Par Michel-Emery Silwakibanza
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