Elections et démocratie : réponse à M. El Mahoya |
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Vincent Lejeune |
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Monsieur El Mahoya Kiwonghi,
En rappelant qu'il existe plus de deux partis aux USA, vous avez partiellement raison. Mais force est de reconnaitre que, dans la pratique, seuls le parti démocrate et le parti républicain se retrouvent en lice aux élections présidentielles. Vous citez l'exemple du milliardaire Perrot (j'avoue que ce nom ne me dit plus rien) : vous ajoutez ainsi de l'eau au moulin de Mme Philo Mwamba ("Démocratie pour les riches ou pour les pauvres?"), en confirmant qu'il faut être très riche pour faire de la politique aux États-Unis. De plus, ce monsieur n'a jamais occupé le fauteuil présidentiel, que je sache. Ce qui permet d'affirmer qu'en dehors des deux partis traditionnels, il n'est point de salut.
En ce qui concerne l'obligation de se rendre aux urnes, j'ai fait l'erreur de ne pas donner d'explications. Avant tout, je dois préciser que je suis belge et que chez nous, tous les citoyens, à partir de 18 ans, sont soumis à l'obligation d'aller voter. C'est la meilleure garantie pour que soit appliqué le principe "un citoyen, une voix". Lorsque, sur 1 million d'électeurs, il n'y en a que 500.000 seulement qui font usage de leur droit de vote, on ne peut pas vraiment prétendre que les élus représentent l'ensemble de la population. C'est pourtant ce qui se passe dans des pays soi-disant démocratiques comme les États-Unis et la France.
Par contre, grâce à l'obligation d'aller voter, la participation est quasi-totale. Les électeurs sont libres de remettre un bulletin blanc ou nul, en signe de désapprobation : les politiciens devront en tenir compte. Ce serait différent si les citoyens, n'y étant pas obligés, s'abstenaient d'aller voter : cette abstention ne serait pas forcément perçue comme une désapprobation de la part du corps électoral, car l'abstention peut être interprétée de diverses manières : certains préfèrent regarder un match de foot à la télé, d'autres ne veulent pas manquer l'ouverture de la pêche, d'autres encore ont trop guindaillé, la veille, et ne savent pas se lever à temps...
Bref, à mon sens, l'obligation de vote est un moyen de garantir des assises solides et une légitimité démocratique irréprochable aux autorités élues par le peuple.
Les élections et l'obligation de voter n'ont pas du tout le même sens lorsqu'on est dans un régime à parti unique (MPR dans l'ex-Zaïre, PC dans les pays communistes, etc). Dans ces régimes, les citoyens ont le droit de désigner des "représentants" mais ne peuvent pas donner leur avis sur les options politiques du Parti-État : ces pseudo-élections n'ont d'autre utilité que de servir de "façade" vis-à-vis des pays démocratique, et l'obligation de vote n'est rien qu'une charpente destinée à maintenir cet édifice en trompe-l'oeil.
Le système suisse est intéressant, mais il n'est applicable, je crois, que dans des États ayant une population peu nombreuse. La Suisse est un système de type fédéral, qui donne à chaque canton une grande autonomie. Les élections les plus "importantes" se font au niveau cantonnal, c'est-à-dire au niveau d'un population assez peu nombreuse, ce qui fait que ces élections (référendums) sont peu coûteuses et facile à mettre en place. Dans ces conditions, on peut y avoir recours fréquemment. Les citoyens ont donc un meilleur contrôle sur les décisions politiques.
Excusez-moi pour la longueur de cette réponse, mais je crois que le système électoral belge vaut la peine d'être défendu, non parce que c'est mon pays, mais parce qu'il garantit l'application des principes démocratiques.
Vincent Lejeune
vincent.lejeune@swing.be |
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