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Madame
Mwamba,
Vous
avez bien fait en annonçant, dans l’un de vos derniers papiers, que
vous logez au Grand Hôtel de Kinshasa (GHK), ex-Hôtel
Intercontinental. En omettant volontairement de dire qui règle la
facture de l’hôtel, vous venez de dissiper l’équivoque qui
planait sur la nature réelle du rôle qui est le vôtre dans la
recherche de la pérennisation du pouvoir en place... C’est dire que
j’ai compris ce qui fait que vos papiers soient parfois écrits dans
un style de pamphlet et de publicité.
A
propos « Grand Hôtel », j’espère que vous n’êtes
pas concernée par la mesure de « l’argentier congolais »
demandant à ceux qui y faisaient bombance et dont le séjour était
pris en charge totale par les pouvoirs publics de libérer les
chambres... Ce qui ne serait pas sans conséquences quant à
l’infrastructure que vous offre le GHK en matière d’utilisation
de l’ordinateur et de l’accès à l’Internet (à la Toile).
Dans
son livre « la vie de Galilei », l’auteur dramatique
allemand Bertolt Brecht avait écrit à propos des intellectuels de
votre acabit : « des années durant, j’étais aussi fort que
les potentats. Et je leur léguais mon savoir pour qu’ils en fassent
usage, pour qu’ils n’en usent pas, pour qu’ils en abusent -
selon leurs desseins ». Et Brecht d’ajouter : « ils
sont de la lignée des lilliputiens inventifs ». Il va sans
dire que vous avez reconnu le rôle que vous jouez au travers de vos péroraisons.
Dans
l’un de vos postings, vous affirmez, sans vergogne, que vous roulez
pour le Congo. De quel Congo parlez-vous, Madame Mwamba ? Ne
confondez-vous pas le Congo et l’échiquier d’aisance du « régime-CPP »
que vous n’avez de cesse de défendre avec force sur tous les toits.
Il est un fait et celui vrai, c’est que le peuple congolais, pour
moult raisons, ne peut nullement s’identifier à la classe politique
en place à Kinshasa, classe politique qui, contrairement à ce que
vous affirmez, ne défend pas ses intérêts vitaux.
Pour
fustiger la DEMOCRATIE, ce système de gouvernement qui vous donne des
frissons ainsi qu’à ceux dont vous servez de caisse de
raisonnement, vous citez les Etats-Unis d’Amérique et le mode de
financement des campagnes électorales y pratiqué, mode différent de
ceux en usage, par exemple, en France ou en RFA. La DEMOCRATIE, Mme
Mwamba, n’est pas une valeur absolue. Autrement dit, il n’y a pas
de modèle global de DEMOCRATIE. Ceci étant, il échoit à chaque
peuple de l’adapter en tenant compte de ses réalités culturelles,
historiques, sociologiques et autres. Ainsi, l’on observe que le
« gouvernement par délégation de pouvoir » se fonde dans
certains pays sur le suffrage proportionnel tandis qu’il l’est
dans d’autres sur base de scrutin majoritaire. En RFA, c’est le mélange
des deux qui est mis en œuvre. Il n’y a pas d’alternative à la
DEMOCRATIE et la cause vaut qu’on se batte, ne serait-ce qu’au
niveau des idées, vraiment pour elle. Vous allez, sans doute, dire
que je prends mes idées pour des réalités. En le faisant, vous
dites vrai. Un grand Philosophe n’avait-il pas dit, avec raison, que
les IDEES deviennent des forces lorsqu’elles atteignent les masses ?
Au cas où votre emploi du temps vous le permettrait, veuillez relire
mon texte à l’intitulé « Réponse à Mme Mwamba sur le
caractère répressif des Etats en Europe (suite) » où il est,
entre autres, question de la DEMOCRATIE comme aussi celui sur les
intellectuels congolais.
Vous
posez la question de savoir d’où doit provenir l’argent avec
lequel les partis politiques seraient financés. Vous êtes-vous déjà
interrogé sur l’origine de l’argent qui alimente les caisses de
la dotation présidentielle et des CPP ? Il en est de même
du BNPS et du REFECO dont la raison d’être respective pose problèmes :
la source de leurs immenses moyens financiers au regard des projets de
grande envergure dont ils sont commanditaires dans la partie du
territoire national sous contrôle de Kinshasa.
Sachez
que dans les pays où la DEMOCRATIE est pratiquée sans encombre, les
partis politiques sont financés par le Trésor public. Ce, justement
pour éviter ce que vous critiquez, avec raison, dans le cas des
Etats-Unis. J’ai nommé, ici, le LOBBYSME. Ainsi, en RFA, tout parti
politique qui, lors des élections, arrive à réunir au moins 0,5 %
des voix reçoit en retour, indépendamment du fait qu’il soit ou
non au Parlement, une compensation financière à proportion du nombre
des voix recueillies.
Vos
ambitions, Mme Mwamba, sont clairement perceptibles : en vous érigeant
en « zélée », c’est-à-dire en défenderesse d’une
cause indéfendable et des anti-valeurs, vous réduisez le génie du
peuple congolais aux hypothétiques capacités du « pouvoir-CPP »
qui s’est révélé, jusqu’à ce jour, incapable d’apporter des
éléments de solution adéquats à de nombreux problèmes qui se
posent à notre pays tant meurtri.
Votre
façon de saisir le réel congolais se veut le reflet de la non-prise
de conscience volontaire du mal-être dont notre pays est victime
(crise de société, crise des valeurs, manque d’idéal...),
non-prise de conscience qui découle, comme je l’avais dit dans
cette même rubrique il y a peu, des attitudes d’un « courant
moteur et meneur » qui a pris l’habitude de faire sienne et
d’exhiber la fâcheuse propension à laisser et à faire croire que
ses qualités intellectuelles, ses vertus morales et éthiques ainsi
que ses diverses capacités puissent avoir de signification légitime
et fière en dehors du monde dont il est le produit. Pour ce faire, il
milite en faveur du COLLABORATIONALISME et du SUIVISME aveugles,
affiche une attitude de complexe, se refuse à admettre les réalités
de son univers et préfère se réfugier dans les grands « ismes ».
Je pense, ici, aux faux
prestiges et aux mythes consolants dont vous vous armez pour vous déclarer
« kabilistes ». N’est-ce pas triste à pleurer que vous
ayez recours au vocable « science » pour justifier vos
fantasmagories conceptuelles. N’oubliez pas, Mme Mwamba, que les
opinions que vous défendez - mal par ailleurs -, doivent pour acquérir
une quelconque valeur répondre à certaines exigences
spatio-temporelles objectives...
Il
est évident que le Président Kabila, pour des raisons de politique
politicienne, n’interdise pas les sectes qui poussent comme des
champignons ... en RDC. La religion étant l’opium du peuple, le
« régime-CPP » en profite pour maintenir ce dernier en
dehors, à distance du contrôle de la gestion de la chose publique.
En plus de la pensée scientifique - pas nécessairement matérialiste
- nos écoles doivent se charger de la diffusion de l’humanisme. Le
problème majeur de notre pays réside dans le fait que l’HOMME
n’a jamais été la mesure de toute chose dans les projets et démarches
de ceux qui nous gouvernent.
Vous
évoquez multiples concepts, posez divers problèmes à l’échappée
sans toutefois vous donner la peine de les approfondir. C’est dire
que je ne cesse de me demander qu’une personne qui sans discontinuer
parle de la dialectique, comme « méthode de raisonnement qui
consiste à analyser la réalité en mettant en évidence les
contradictions de celle-ci et à chercher à les dépasser »,
puisse tout mêler au point de ne pas distinguer l’essentiel de
l’accessoire.
La
suite des événements vient de donner raison à la communauté
internationale qui, sans cesse, a réclamé des élections libres et
transparentes en Yougoslavie. Loin d’être fortuites, ces craintes
se fondaient sur l’expérience du passé. Milosevic et ses acolytes
n’avaient-ils pas, par plus d’une fois, détourné les résultats
des élections, sanctionnant leur politique basée sur la pensée
unique, à leur profit ? Que dites-vous, Mme Mwamba, de
l’annulation partielle, par la Cour constitutionnelle yougoslave,
des élections dont, selon les sources concordantes, le candidat de
l’opposition est sorti vainqueur ?
Loin
de nous vendre, de nous présenter un ou plusieurs modèles de société
quant à l’avenir de notre pays, vous vous attelez à étaler le
pouvoir dictatorial en place à Kinshasa. Reste la question
essentielle : ne croyez-vous pas, Mme la Professeur, que vos
« gesticulations » véhiculent dans le cadre, dans le
contexte de vos « papiers » à connotation publicitaire un
« imaginaire » incontrôlable ?
A
titre de conclusion, permettez-moi ce « caractérogramme ».
Nous appartenons à deux formes de culture : l’une croyante,
l’autre non-croyante. L’un est prêtre, l’autre se veut sot. Le
prêtre a pour fonction essentielle de montrer le côté positif de
l’Homme. Pour atteindre ce but, il fait appel à la théologie
mystique et à la vulgarisation. Il se veut le protecteur de l’ordre
établi - ce qui ne signifie pas nécessairement l’ordre juste,
c’est-à-dire fondé sur l’équité et la justice. Son rapport
spirituel avec le monde miroite une forme déterminée de
l’existence dont la cérémonie d’harmonisation constitue sa
fonction primaire. Le sot, par contre, vit dans la négation du
« tout-fait » et dans l’intelligente moquerie de l’évidence
que le prêtre annonce avec conscience. L’attitude du sot est, ex
definitione, perturbatrice ; elle l’est parce que le sot
exprime la fantaisie de l’humain. Il est un éternel sceptique qui
est le plus souvent contraint à vivre en marge de la société et qui
trouve sa satisfaction dans la remise en question de l’absolu. Je
dirais, il vit, du fait de cette remise en question constante de
l’absolu, en situation conflictuelle permanente avec le prêtre.
Vous
l’avez, sans doute, imaginé : le prêtre, c’est vous, et le
sot, c’est moi ou ceux que vous appelez, dans l’un de vos discours
pédants, « autres démocrates
...».
Il
n’est pas encore trop tard, Mme Mwamba, pour mettre votre
intelligence et, surtout, votre « plume » que je continue
à trouver « alerte et brillante » au service du peuple
congolais ... dont la descente aux enfers a atteint le point de
non-retour.
Mes
salutations patriotiques.
Iseewanga
Indongo-Imbanda
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