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Madame
Mwamba,
Il
est on ne peut plus vrai que l’équation posée par la défense des
« intérêts de certains » versus les « intérêts
de tous » a toujours donné à réfléchir aux sociétés
humaines. Pour arriver à sa résolution, l’on a fait, dans le passé,
et continue, aujourd’hui, à faire de la limitation du pouvoir des
gouvernements des hommes sur d’autres hommes une base de la
revendication démocratique. L’histoire enseigne que toutes les
civilisations avaient eu ou ont recours à la pratique du pacte social
ou contrat social pour fixer les règles d’exercice du pouvoir, règles
contenues dans deux types de constitutionalisme : le
constitutionalisme traditionnel et le constitutionalisme moderne.
Alors
que le constitutionalisme traditionnel a trait aux civilisations de
l’oralité (constitution coutumière ou non-écrite en Afrique noire
précoloniale), le constitutionalisme moderne a rapport à l’évolution
endogène des civilisations de l’écriture dont le pacte social écrit,
appelé constitution écrite, remonte au Siècle de la Lumière.
Dans
cet ordre des choses, un éminent précurseur, en matière de droit
constitutionnel, parle « d’intérêt de tous » et
« d’intérêt général ».
Vous
dites que « le système politique n’est démocratique que
s’il protège les plus faibles des membres de la société ».
Vous avez parfaitement raison. Et vous ajoutez d’une haleine :
« il est ainsi anti-démocratique s’il défend les privilèges
de quelques-uns au détriment de la majorité ! ». Si cela
est vrai et partant du fait que le but de la politique demeure la
conquête et la conservation du pouvoir, croyez-vous que ce système
qui « défend les privilèges de quelques-uns... » soit
susceptible de se faire ré-élire, par la majorité, quand son mandat
arrive à expiration ?
En
Allemagne Fédérale, nous sommes confrontés, depuis des années, à
un problème de xénophobie, de plus en plus violent, qui trouve son
origine dans la politique prônée par les partis politiques néo-nazis
à l’encontre de la communauté allogène avec des conséquences que
l’on connaît : l’assassinat de plusieurs membres de
celle-ci. Pour contrer ce phénomène de société, des discussions
ont lieu au sein des partis politiques et des organisations de défense
des droits de l’Homme, discussions plaidant en faveur de
l’interdiction des partis néo-nazis. Au cas où cette interdiction
aurait force de loi, peut-on alors parler de répression par
rapport à la minorité nazie ou plutôt du rétablissement de
l’ordre public ?
Quant
à votre question de savoir si les Etats sont de plus en plus répressifs
en Europe, je me dois de vous dire que cela n’est pas le cas. Vivant
en RFA depuis plusieurs années, je vais centrer mon argumentaire sur
des exemples y observés. Jusqu’aux années 50, il n’était pas
possible à une femme mariée de signer un contrat d’embauche ou
d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation préalable de son
époux. Jusqu’au début des années 70, l’homosexualité entre
« hommes majeurs » était passible d’une peine de
prison, et la location d’un appartement ou d’une maison à un
couple non-marié était aussi punissable. L’interruption volontaire
de grossesse (IVG) a été, sous certaines conditions, libéralisée
au début des années 90. Actuellement, des discussions ont lieu en
vue d’accorder aux couples homosexuels les mêmes droits (droit de
succession, droit fiscal, etc.) que les couples hétérogènes mariés
(l’équivalent du pacs en France). Point n’est besoin d’ajouter
que cette liste n’est pas exhaustive.
Les
questions soulevées dans certains de vos papiers me rappellent les
discussions tiers-mondistes des années 68. Je pense, ici, avant
toutes choses, aux schémas marxisants qui remettaient en question le
capitalisme envahissant et déshumanisant... Ne croyez-vous pas que
dans l’entretemps, c’est-à-dire après l’implosion du bloc de
l’Est, une évolution du questionnement s’imposerait ?
Autrement dit, c’est la problématique du déphasage de votre référent
conceptuel par rapport aux problèmes de notre temps qui est,
ici, suscitée...
Sans
chercher à porter, ici, aux nues la société postindustrielle
occidentale, il va sans dire qu’il y existe des injustices et des
imperfections dont il s’impose de corriger. Cependant, les problèmes
sur lesquels se focalisent les discussions en Europe sont des « peanuts »
(bagatelles) par rapport aux interrogations suscités en RDC, en
particulier, et dans les pays du tiers-monde, en général.
A
mon avis, l’Etat en RFA n’est pas répressif et n’a pas tendance
à devenir plus répressif. Bien au contraire. Il se veut, comme le
montrent à suffisance les exemples cités ci-haut, de plus en plus
libéral. Ceci est aussi valable pour d’autres pays en Europe.
Compatriotiquement.
Iseewanga
Indongo-Imbanda
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