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Affaire Yerodia: Human Rights Watch appuie la législation belge et demande à la Cour de la Haye de rejeter la plainte du Congo

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Human Rights Watch

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO/BELGIQUE

COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE

Pour diffusion immédiate

Richard Dicker: 1 212 2161248

Reed Brody: 1212 216 1206

(Bruxelles/New York, 16 novembre, 2000). Human Rights Watch a demandé à la Cour Internationale de Justice de La Haye de rejeter une plainte qui dénonce comme une violation du droit international le mandat darrêt émis à lencontre du Ministre des Affaires étrangères en exercice de la République Démocratique du Congo, M.Abdoulaye Yerodia Ndombassi. Le mandat accuse le ministre de crimes de guerre et de crimes contre lhumanité. Human Rights Watch appuie fermement la loi belge et le principe de juridiction universelle qui la fonde.

"La loi belge participe à une tendance croissante vers davantage de responsabilité pour les crimes contre les droits humains", a expliqué Richard Dicker, directeur du programme sur la justice internationale à Human Rights Watch. "Les poursuites fondées sur la juridiction internationale sont un élément essentiel du système en création de la justice internationale. Elles contribuent à démanteler le mur dimmunité que les tyrans et les tortionnaires ont érigé pour se protéger dans leurs propes pays."

La République Démocratique du Congo a introduit une pétition à la Cour Internationale de Justice, qui sera entendue le 20 novembre. Cette requête affirme que la loi belge viole lintégrité territoriale de la RDC et que le mandat darrêt international sape limmunité diplomatique de son ministre des Affaires étrangères en fonction. Le mandat se fonde sur une loi belge de 1999 qui accorde aux tribunaux belges lautorité de poursuivre des individus accusés de crimes de guerre et dautres atrocités, quels que soient le lien des crimes avec la Belgique ou la présence de laccusé sur le sol belge.

Le mandat darrêt accuse M. Yerodia de crimes de guerre et de crimes contre lhumanité en reaison de ses appels publics demandant à la population congolaise de tuer des membres du groupe ethnique tutsi, au début de la rebellion contre le Président Laurent-Désiré Kabila en août 1998.

Selon les enquêtes de Human Rights Watch, au moment où larmée rwandaise, à dominante tutsi, et ses alliés congolais du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, avançaient vers Kinshasa durant lété 1998, des responsables gouvernementaux congolais avaient exploité les tensions entre les Tutsi et dautres groupes ethniques dans des buts de propagande de guerre. Le 4 août 1998, Abdoulaye Yerodia, à lépoque chef de cabinet du Président Kabila, était apparu à la télévision nationale où il avait fait des appels à peine voilés en faveur dattaques ethniques contre les Tutsis. A la suite de ces déclarations et dautres incitations, un grand nombre de civils tutsis avaient été massacrés en RDC.

Human Rights Watch rappelle que des crimes de guerre et des crimes contre lhumanité sont encore perpétrés actuellement en RDC, et quil est urgent de mettre en place un mécanisme de justice international afin de juger les personnes, dans tous les camps en présence, qui sont responsables de ces graves crimes. Depuis le début de lannée 2000, des centaines de civils ont été massacrés dans lest de la Republique Démocratique du Congo par larmée rwandaise et par ses alliés du RCD, basé à Goma, qui combattent le gouvernement Kabila. Des groupes armés qui sopposent au RCD et reçoivent lappui de Kabila, comme les groupes armés hutus et les rebelles Mai Mai, ont aussi commis de graves exactions contre les civils, dont de nombreux cas de viols. Des exactions généralisées ont aussi lieu dans la région contrôlée par le RCD-Mouvement de Libération (RCD-ML) appuyé par lOuganda.

A linstar des lois qui ont permis larrestation du général Augusto Pinochet à Londres pour des crimes commis essentiellement au Chili, la législation belge se base sur la règle de la "juridiction universelle", applicable aux atrocités les plus graves. La règle, qui avait été explicitement établie par le Tribunal de Nuremberg après la deuxième Guerre Mondiale, reconnaît que tous les Etats ont intérêt à traduire en justice les auteurs de certains crimes qui concernent tout particulièrement la communauté internationale, quel que soit le lieu où ces crimes ont été commis et indépendamment de la nationalité des auteurs ou de leurs victimes.

Le droit international prévoit cette juridiction universelle en grande partie pour faire en sorte quil ny ait pas de "sanctuaire" pour les personnes responsables des crimes les plus graves. La loi belge est similaire à la législation qui est en train dêtre adoptée dans dautres pays lors de leur processus de ratification du traité de Rome pour la Cour pénale internationale.

Des tribunaux en Autriche, en Allemagne, au Danemark et en Suisse ont appliqué des lois fondées sur la juridiction universelle à des individus accusés de crimes commis en ex-Yougoslavie ou au Rwanda. Les efforts déployés pour juger le général Augusto Pinochet offrent lun des exemples les plus récents et les plus spectaculaires de poursuite pour des crimes qui relèvent de cette juridiction universelle. Si la tentative espagnole de poursuivre Pinochet na pas abouti, la procédure a aidé les victimes à introduire au Chili des plaintes qui avaient auparavant été rejetées par les tribunaux chiliens en raison de limmunité dont bénéficiait le général Pinochet dans son propre pays. En août dernier, la Cour suprême chilienne a levé limmunité à vie du général.

De même, en février, un juge dinstruction sénégalais a émis un mandat darrêt contre lancien dictateur tchadien, Hissène Habré, pour des actes de torture commis au Tchad dans les années 80. Ce cas est aujourdhui en appel tandis que des victimes déposent des plaintes auprès des tribunaux tchadiens contre des complices dHabré.

Human Rights Watch

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