| Fin décembre
1999, j'attirais l'attention sur la double
casquette dont l'ancien président botswanais était doté. On ne
voyait en lui que le "facilitateur" du dialogue
intercongolais prévu par les accords de Lusaka. Je rappelais,alors,
que Mr Masire n'était autre que le président de la commission
d'enquête de l'OUA sur le génocide rwandais de 1994, soit la même
matière qui alimentait à la fois l'invasion et l'occupation
militaires de la RDC et l'impasse politique sur le chemin de la
démocratisation des institutions du pays. Le piège nous était tendu
et tous les politiciens armés et pacifiques s'y étaient engoufrés.
La commission
Masire vient de rendre publique son rapport, le plus hardi qui ait
jamais été fait sur la question: il remonte aux années de
colonisation allemande et de protectorat belge et aborde la guerre
actuelle en RDC pour conclure à la nécessité d'effacer la dette
extérieure du Rwanda et d'indemniser ce pays martyr. Quoique ce soit
l'ancien ambassadeur canadien Stephen Lewis qui ait dévoilé le
contenu du rapport à la presse, nul ne devrait en ignorer le
président qui n'est autre que Masire...l'homme dont dépendrait notre
devenir politique...
Il est
remarquable que la commission Masire stigmatise de manière
radicalement unilatérale les responsabilités indirectes des USA, de
la France et de la Belgique , ainsi que celles des eglises catholique
et anglicane sans un mot sur la responsabilité, nouvellement
dévoilée, de Kagame et de l'élite Tutsi dans le déclenchement des
tueries provoqué par la mort de Habyarimana, leur participation aux
massacres et même le refus d'interventions militaires extérieures.
Bien au
contraire, la commission Masire proclame que " les massacres
n'ont cessé que par la prise de pouvoirs par les Tutsis minoritaires.
La commission Masire cautionne ainsi et à l'encre indélébile le
rôle positif et la politique salvatrice de l'équipe au pouvoir à
Kigali. Nul ne devrait pouvoir contredire ou contrecarrer le Rwanda.
Ce n'est pas
non plus par un hasard de calendrier que cette annonce suive
l'inculpation pour "incitation au génocide" du ministre
congolais des affaires étrangères. C'est, en réalité la
politique-même de Kinshasa qui est frappée d'opprobe: la RDC ne
rechercherait rien d'autre que l'éradication sur terre des
"pauvres survivants Tutsis".
Voilà ce qui
justifiait mes craintes décembre: on ne se préoccupe que du Rwanda
et l'on se sert du même Masire pour installer le nouveau pouvoir
politique congolais. Et ce n'est pas parce que Kabila, pour d'autres
raisons, récuse Masire, que ce dernier mériterait à rester le
"facilitaieur"... Le génocide de 1994 et la reconstruction
politique du Congo sont deux dossiers volumineux et complexes.
L'Afrique et le Monde sont plein d'hommes de valeur pour
"faciliter" le processus congolais. Il faut, plus que
jamais, une personnalité neuve,distincte et totalement indépendante.
Quels sont
les enjeux? On ne parle que de Lusaka, mais sans rappeler que suivant
ces accords, le retrait des troupes étrangères n'interviendrait
qu'après l'éradication des milices "génocidaires" hutus.
Ceux qui ont proposé Masire, en particulier Richard Holbrooke,
l'ambassadeur US aux Nations Unies, avaient l'intention réelle de
faire un lien étroit entre le passé rwandais et l'avenir congolais.
L'on sait également que Kigali ne fléchira pas aussi longtemps qu'il
n' y aura pas à Kinshasa un gouvernement congolais
"sécurisant" , c'est-à-dire, des hommes et une politique
agréés, pour ne pas dire choisis par le Rwanda. Et Masire est le
meilleur véhicule de ce néo-impérialisme.
Le rapport de
la commision de l'OUA , présidée par Masire, est intitulé "
Rwanda: le génocide qui aurait pu être évité". La commission
reproche à l'armée rwandaise tutsi des violations
"substantielles" des droits humains et le fait de prétendre
qu'il n'existe plus de facteur ethnique dans la politique rwandaise,
plutôt que de tenir compte de la diversité ethnique et de
reconstruire un pays uni en impliquant tous les groupes. Mais ce qui
nous intéresse, nous les Congolais, ce sont les conséquences de ce
"génocide" auquel nous n'avons jamais pris part. Pourquoi
devrions-nous en payer le prix?
Le rapport
Masire insiste sur le fait que les dirigeants rwandais ne devraient
pas oublier le génocide: " de la même manière que les crimes
de génocide sont imprescriptibles, il ne devrait pas y avoir de
limite aux souvenirs et aux conséquences du même génocide". Et
la commission Masire d'ajouter: " le Rwanda d'aujourd'hui n'est
pas simplement un des pays pauvres d'Afrique. Nombreux de ses
problèmes actuels ont été créées ou aggravés sérieusement par
le génocide, la guerre en cours en Afrique Centrale et les tentatives
continuelles des anciens "génocidaires" de déstabiliser
l'actuel gouvernement ( de Kigali)".
Quel jour la
RDC bénéficiera d'un rapport équivalent? Le piège semble se
refermer sur notre propre identité et notre avenir reste assujetti au
sort des Tutsi et du gouvernement minoritaire Tutsi.
Valérien
Ngoy,
RDC |