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Analyses de la situation relative au droit de l'homme en RDC faites par les FONUS et remis à Monsieur Garreton

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Joseph Olenghankoy

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ANALYSE DES FORCES NOVATRICES POUR L'UNION ET LA SOLIDARITE "FONUS" SUR LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

MEMORANDUM REMIS LE 25 AOUT 2000 A 10H15' AU RAPPORTEUR SPECIAL DE L'ONU EN MISSION A KINSHASA

INTRODUCTION  

      1. les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" mènent depuis plusieurs années un combat pour la liberté et le respect des droits de l'homme. Aussi font- elles de la promotion et de la protection des droits humains leurs cheval de bataille face aux violations massives et effrayantes perpétrées par les régimes successifs en République Démocratique du Congo.  

      2. C'est donc à juste titre que le Parti FONUS se réjouissent du fait que l'organisation des Nations Unies ait intensifié ces dernières années le rôle et la portée de ses actions dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l'homme et veille à ce que la dignité humaine des "peuples" des Nations Unies au nom desquels la charte a été adoptée soit entièrement intégrée.

      Pour ce faire, , l'ONU surveille l'application par les Etats membres des principes de promotion et de protection des droits de l'homme à travers notamment les rapporteurs spéciaux dont la mission consiste à étudier des enquêtes sur les accusations portées contre les violations des droits de l'homme.

      3. En ce qui concerne la République Démocratique du Congo, l'ONU a confié à Monsieur Roberto Garreton mandat, plus d'une fois renouvelé, de lui faire rapport sur la situation des droits de l'homme.

      Quant à ce, les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" saluent les vertus avec lesquelles l'Avocat Chilien n'a cessé d'accomplir son mandat. Ce qui atteste qu'il ne peut aucunement être ébranlé dans sa foi dans les valeurs universelles sacrées, notamment les droits de l'homme, la justice, la paix et la démocratie. Le courage exceptionnel dont il fait montre ainsi que son caractère imperturbable sont amplement suffisant pour lui rendre hommage au regard du travail abattu depuis la première dictature avec toutes les difficultés auxquelles il était constamment confronté. Certes, dans l'histoire des Nations, la valeur d'un homme est rarement reconnu de son vivant. Qu'à cela ne tienne, les congolais présents et à venir reconnaîtront les mérites du Rapporteur Spécial sur la situation des droits de l'homme en République Démocratique du Congo jusqu'à ce jour.

      Néanmoins, les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" expriment ses préoccupations sur l'inefficacité de Bureau sur terrain en République Démocratique du Congo du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. En effet, il est une évidence que les victimes ignorent tout de l'action de ce Bureau qui se contente plus d'élaborer des rapports. Et pourtant, les droits de l'homme, pour autant qu'elles sont la quintessence des valeurs par lesquelles nous affirmons que nous sommes une communauté humaine, doivent faire l'objet des indignations et protestations adressées aux auteurs des diverses violations.

      Le Parti FONUS et d'autres paires de l'opposition démocratique, voir même d'autres secteurs de la vie sociale dont les membres sont victimes de manière constante n'ont pas souvenance d'un seul cas qui a amené le Bureau sur terrain en République Démocratique du Congo de crier haut et fort. Les droits de l'homme ne doivent aucunement pas faire l'objet des transactions ou des compromissions. Mais, c'est malheureusement l'opinion que se fait plus d'un congolais qui ne se sent pas protégé et qui pense que les combines sont de mise et le degré d'amitié très poussé jusqu'à des complicités autour d'un verre au cour des soirées dans différents lieux.

      Jamais au grand jamais, les victimes étaient loin d'imaginer ces tristes vérités. Il n'y a pratiquement pas d'assistance, le moindre coup de fil pour vérifier une situation grave arrive à peine. Ce qui apparaît grave, très grave même est que des innombrables organisations non gouvernementale de défense et de promotion des droits de l'homme sont aussi complaisantes. Fidèles à cette philosophie, infondées, ces organisations ne sont véritablement pas sur terrain pour saisir les réalités des droits de l'homme. Au contraire, elles font des arrangements particuliers avec les organes de Presse pour publier les cas des violations sans être véritablement sur terrain et ce, pour justifier les fonds mis à leurs dispositions par les donateurs et partenaires extérieurs. A quelques exceptions près, certaines Ong des droits de l'homme sortent du lot.

      Ce réquisitoire sévère des FONUS pourra être mis utilement à profit par ceux- là qui soutiennent matériellement les Ong des droits de l'homme aux fins de se rassurer de l'efficacité de leurs actions.

      Par ailleurs, les FONUS saluent la gentillesse et le savoir vivre de Monsieur Frej Fennich, Directeur du Bureau sur terrain en République Démocratique du Congo du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. A tout point de vue, cette gentillesse marque plus d'un Congolais. Cependant, entre la gentillesse et les actions efficaces en faveur des droits de l'homme pour protéger les victimes il y a une marge. Ce faisant, tout haut fonctionnaire chargé de cette question doit être un homme fort de caractère pour dénoncer en temps utile toute violation.

      4. La République Démocratique du Congo a ratifié les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme qui énoncent les principes démocratiques fondamentaux qui sont :

* La  participation directe à la direction des affaires publiques et par l'intermédiaire de représentants ;

* L'accès dans des conditions d'égalité à la fonction publique ;

* Le suffrage universel égal sur la base d'élections libres et périodiques et ;

* Le respect des libertés fondamentales.

      5. A l'avènement de Monsieur KABILA au pouvoir, la République Démocratique du Congo adopta pour devise : "démocratie, justice et unité". Mais celle- ci apparaît à ce jour comme un vœu pieux ; car à la démocratie, il a opposé la dictature tandis qu'il a instauré l'injustice à la place de la justice, l'unité du territoire congolais est bradée par une balkanisation. Nombre d'observateurs n'hésitent pas de qualifier la République Démocratique du Congo de la République Dictatoriale du Congo.

      6. Depuis le 02 août 1998, la République Démocratique du Congo est engagée dans une guerre. Dans les territoires sous l'administration des rebelles s'observent également nombre des violations des droits humains occasionnant des déplacements massifs des populations vers des pays voisins.

      7. les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" dénoncent dans le présent mémorandum les multiples violations des droits de l'homme aussi bien dans la partie du territoire congolais sous administration de Monsieur KABILA que dans celle sous contrôle rebelles.

I. Situation politique

A. Sur le territoire contrôlé par le Gouvernement de Monsieur KABILA

      8. La démocratie suppose avant tout l'exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple. Elle implique également la séparation de trois pouvoirs traditionnels. En effet, le peuple se choisit ses représentants à travers des élections libres et démocratiques. Ceux-ci ont pour mission essentielle le contrôle de l'action gouvernementale. Ils constituent donc un contre-poids du pouvoir exécutif suivant le principe cher à Montesquieu : "Il faut qu'au pouvoir, le pouvoir arrête le pouvoir".

      9. Après le 17 mai 1997, date à laquelle il accéda au pouvoir, Monsieur KABILA suspendit l'exercice des activités politiques mieux l'exercice de la Démocratie auquel le peuple Congolais était initié depuis le 24 Avril 1990. A travers un texte constitutionnel taillé sur mesure, il concentra tous les pouvoirs entre ses mains : Il devint à la fois législateur, chef de l'exécutif et Magistrat Suprême. Un pouvoir qu'il exerce sans partage jusqu'à ce jour. C'est en réaction à cette dictature que certains compatriotes, aidés par les anciens alliés de Monsieur KABILA, ont pris les armes contre ce dernier. C'est le cas des rebelles du RCD et du MLC.

      10. Avec le concours de la communauté internationale et en vue de ramener la paix en République démocratique du Congo, il fut signé l'accord de LUSAKA. Celui-ci prévoit notamment l'instauration d'un nouvel ordre politique. C'est des négociations politiques inter congolais à travers un consensus national, que doivent provenir les nouvelles institutions de la République. Cependant, le dictateur de Kinshasa refuse de s'impliquer dans ce processus auquel il a librement consenti. Il vient de nommer un Parlement dit "Assemblée constituante- Parlement de transition". Ce qui constitue une violation manifeste du droit des peuples à disposer d'eux- mêmes. Car, il est inacceptable que le Parlement, organe de contrôle, soit désigné par l'Exécutif, organe qui doit être contrôlé. Un parlement nommé dans ces conditions ne peut être qu'une chambre d'enregistrement dont l'allégeance au pouvoir exécutif est indispensable pour sa survie.

      11. Les droits à la liberté d'opinion et d'expression ainsi que ceux de liberté de réunion et d'association sont des garanties indispensables au processus politique. La possibilité de communiquer des pensées et des opinions est nécessaire dans l'exercice de la démocratie. Les activités politiques ne peuvent être menées qu'en association avec d'autres personnes et lorsqu'il existe des instances pour communiquer des idées, des propositions et définir des politiques.

      12. Hélas, lorsque Monsieur KABILA prit les rênes du pouvoir, il supprima les activités des partis politiques. Devant l'insistance de notre peuple et de la communauté internationale, le dictateur décida de la reprise des activités politiques. Cela ne fut qu'un slogan destiné à la consommation extérieure. Car, il prit un décret-loi n° 194 sur les partis politiques qui est de nature liberticide et  niant aux partis politiques d'avant le 17 mai 1997 toute existence légale.

      13. Par ailleurs, les opinions contraires à la politique gouvernementale sont sévèrement réprimées. Les hommes politiques de l'opposition, les défenseurs des droits de l'homme et les journalistes sont interpellés et torturés pour leurs avis contraires à la politique du Gouvernement. Il en est de même des réunions politiques qui demeurent interdites. Les opérations économiques n'échappent pas non plus à, la répression. Le pouvoir les accuse abusivement de saboter l'action gouvernementale.

      La liberté de presse est gravement muselée. Toutes les radios et chaînes de télévision même celles chrétiennes sont contraintes de n'émettre que des opinions favorables au régime de Kinshasa et de faire la propagande hostile aux peuples et Etats étrangers dont certains sont considérés à tort comme des agresseurs. La diffusion des opinions et avis des hommes politiques de l'opposition est proscrite à peine d'emprisonnement de leurs acteurs ou de fermeture de la station émettrice. La radio télévision privée TKM a été réquisitionnée après qu'elle ait reçu sur ses antennes Monsieur KYUNGU WA KUMWANZA, Ambassadeur de son Etat qui a exprimé ses avis contraires sur politique gouvernementale.

B. Sur le territoire contrôlé par les rebelles

      14. Dans les parties du territoire national occupées par les mouvements rebelles, il n'existe pas des partis politiques exerçant leurs activités. Ce qui est un dénominateur commun des rebelles et du pouvoir de Kinshasa. Dans les Provinces de Nord et Sud KIVU contrôlées par le RCD, les manifestations de la population contre la présence des armées étrangères sur le sol congolais sont violemment réprimées. les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" dénoncent vivement la mesure d'éloignement dont est frappé l'Evêque de BUKAVU, Monseigneur KATALIKO. Car, pour avoir appelé ses fidèles à la vigilance vis-à-vis- des pillages des richesses de la République Démocratique du Congo, ce ministre de culte est interdit de vivre à BUKAVU. Il a été relégué dans sa ville natale. Il y a lieu de déplorer le comportement de certains hommes de Dieu qui se complaisent à embrasser le diable, quoiqu'il existe bien évidement des exceptions. La mission de tout ministre de culte doit être inspirée de celle qu'avait autrefois accomplie Jésus-Christ venu libérer les peuples et les Nations. C'est à cela que doit s'atteler tout pasteur.

      15 Les affrontements successifs des armées Rwandaises et Ougandaises à Kisangani, suivis de la destruction de cette ville, doivent interpeller la communauté internationale sur les violations des droits des Congolais. Nulle part au monde deux armées étrangères se sont réglées des comptes sur un autre territoire. A ce jour, beaucoup d'habitants de Kisangani sont sans logement ni nourriture.

      Dans la partie sous contrôle gouvernemental, il est regrettable de voir Monsieur MUGABE diriger deux pays à la fois à savoir le ZIMBABWE qu'il gouverne directement et la République Démocratique du Congo qu'il colonise à travers son gouverneur général Monsieur KABILA. Ce qui ressemble, du reste, à la situation d'avant l'éclatement des alliances où toute décision sur la gestion de la chose publique provenait de Kigali et Kampala.

      16. La poursuite de la guerre à l'Equateur et les représailles contre la population civile ont occasionné plusieurs mouvements des congolais vers les pays voisins dont la République du Congo et la République Centre-Africaine. Les mêmes mouvements de la population sont observés dans le territoire contrôlé par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Car, fuyant les affrontements entre les Mai Mai et les militaires rwandais et banyamulenge et  se réfugient  vers la Tanzanie et la Zambie. Il y a lieu de  déplorer les hostilités armées inter ethniques entre les HEMA et les LENDU dans l'Ituri. Ces peuples ont toujours cohabité malgré leurs divergences. Mais les alliés de la rébellion utilisant certains fils du pays ont réallumé ces conflits causant ainsi des million de pertes en vies humains.

II. Violation des droits de l'homme

A. Dans le territoire sous contrôle du Gouvernement de Monsieur KABILA

      17. La Peine de mort. Alors que cette peine a été supprimée dans la plupart des Etats membres des Nations Unies, elle est constamment prononcée en République Démocratique du Congo. La haute trahison est punie de mort par le code pénal congolais. Beaucoup d'homme politiques sont poursuivis et traduits devant la cour d'ordre militaire pour haute trahison. Ils encourent la peine de mort que cette juridiction d'exception n'hésite nullement de prononcer. Les militaires et les opérateurs économiques également ont été condamnés à mort par cette cour. Au sein des forces armées, les militaires sont exécutés de façon sommaire. Plus grave même, l'ordre a été donné par la haute hiérarchie d'exécuter tout militaire blessé lors des combats au front. Car, toute évacuation des blessés de guerre vers les centres urbains constituerait un élément de démoralisation au sein de l'armée.

      18. Les atteintes à la liberté individuelle. Il est de principe que la liberté est la règle et la détention en est l'exception. Suivant les instruments internationaux sur les droits de l'homme, l'arrestation doit se réaliser dans les cas et formes prévus par la loi. Elle doit être soumise à un contrôle ou une surveillance judiciaire pour s'assurer qu'elle est légale. Le code congolais de procédure pénale reprend ce principe et fixe les modalités dans lesquelles doit être opérée une arrestation.

      Sous le régime de Monsieur KABILA, les arrestations s'opèrent au mépris de toutes les règles de droit. Les dignitaires mêmes du régime n'échappent pas à ces violations. Beaucoup de Ministres sont interpellés et détenus par la police politique sans respect des privilèges liés à leurs fonctions. C'est le cas des ministres BEMBA SAOLONA, BADIMANI MULUMBA, KIBASA MALIBA, MPOYO VICTOR, BABI MBAYI et BABANDOA ODETTE. Si les trois premiers ont été démis de leurs fonctions puis relâchés sans autre forme de procès, les trois derniers ont retrouvé leur fauteil ministériel après leur relaxation et ce, sans que l'opinion ne soit informée des griefs qu'on leur rapprochait. Déjà, au courant de l'année 1998, d'autres Ministres dont Raphaël GHENDA, Pierre LOKOMBE, Etienne Richard MBAYA, MUTUTULU KAMBALA furent arrêtés dans les mêmes circonstances. On peut citer également des arrestations des personnalités comme KAZADI, le Président Directeur Général de la Cohydro et Maître KATAKO, l'époux du Ministre des transport Odette BABANDOA. Les officiers militaires sont également concernés par ces arrestations arbitraires. Le Général MUNENE, chef d'état-major de l'armée de l'Air, le Président de la cour d'ordre Militaire le commandant MUKUNTU, le colonel Eddy KAPEND et Le Général OLENGA ont été arrêtés et détenus sans que ne soient connus les motifs de ces arrestations. Tant d'autres officiers et militaires font l'objet d'arrestation et détention illégales.

      19. Les hommes politiques qui émettent des avis contraires à la politique de Gouvernement de Monsieur KABILA ou qui tentent se réunir font l'objet des arrestations et sont incarcérés pour haute trahison puis traduits devant la Cour d'Ordre Militaire. Beaucoup de membres des partis politiques de l'opposition, à savoir le PALU, l'UDPS et les FONUS sont arrêtés et détenus depuis plus de deux ans dans les geôles du dictateur sans qu'un jugement n'interviennent à ce jour. Ils ont eu le malheur de se réunir ou de soutenir leurs leaders politiques. Madame NZUNZI WA MBOMBO, Président du MPR, encours la peine de mort pour avoir dénoncé la confiscation des biens des membres de sa famille politique par le pouvoir et émis un avis contraire sur la nomination de l'Assemblée Constituante-Parlement de Transition. Monsieur MUKAMBA KADIATA qui recevait ses invités à domicile a été arrêté avec ceux-ci, sa femme et d'autres membres de sa famille. Aucun motif d'inculpation sérieux n'est avancé contre ce groupe. On leur reproche vaguement de tenir des réunions politiques.

      20. La situation actuelle de Monsieur Joseph OLENGHANKOY, Président National des Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" est plus éloquente. Car, pour avoir exprimé son attachement à l'accord de LUSAKA, l'homme est traqué. Plusieurs perquisitions sont menées pour se saisir de sa personne. Ne voulant plus tomber dans les griffes du dictateur comme autrefois lors de son calvaire de BULOWO et poursuivant sa lutte pour le triomphe de l'Etat de droit et la démocratie en République Démocratique du Congo, il a choisi la clandestinité. Plusieurs  autres personnes croupissent dans les geôles du dictateur de Kinshasa pour leurs opinions politiques et attendent d'être jugés et condamnés à mort par la fameuse Cour d'Ordre Militaire.

      21. Violation de la présomption d'innocence. Tout homme arrêté bénéficie de la présomption d'innocence et doit être traité avec dignité et humanité. En République Démocratique du Congo, cette présomption d'innocence, pourtant proclamée par le texte constitutionnel, est battue en brèche surtout pour tout détenu politique. Contrairement à la promesse de Monsieur KABILA de ne limiter la compétence de la Cour d'Ordre Militaire qu'aux seuls justiciables relevant des forces armées et de la police, une propension grande s'observe dans le chef des gouvernants de régler leurs comptes aux opposants du régime devant cette juridiction pour haute trahison. Déjà dans la phase préparatoire, tout politicien arrêté est présumé coupable et un traitement approprié lui est réservé pendant la détention. Les magistrats de la Cour d'Ordre Militaire sont des véritables distributeurs automatiques des peines de mort. La plupart de leurs décisions ne sont pas motivées et sont connues à l'avance. Ils disent le droit suivant la volonté du clan du dictateur.

      Comment peut- il en être autrement lorsque Monsieur KABILA a révoqué 315 magistrats en violation des règles constitutionnelles qu'il s'est taillés sur mesure. Dès lors, la justice est devenue l'instrument au service du dictateur. Les 315 Magistrats révoqués en son temps pour des motifs d'ordre général, vagues et imprécis ne sont toujours pas réhabilités en dépit du fait que même le 55ème session de la commission des droits de l'homme avait rangé cette révocation parmi les graves cas des violations des droits humains. Aussi contradictoire que cela puissent paraître, Monsieur KABILA qui s'obstine dans son refus de les réhabiliter, vient curieusement de nommer certains d'entre eux députés à l'Assemblée Constituante et Législative. D'autres encore sont nommés dans différents cabinets ministériels et dans les Entreprises Publiques. Il s'agit de Martin OPUMBU (Ancien Premier Substitut du Procureur de la République au P.G.I. Kin/Gombe), Monsieur BUSHIRI (Ancien Conseiller à la Cour d'Appel de Kinshasa/ Matete), tous deux devenus députés. Il s'agit également de Monsieur LUSHULE nommé à L'O.B.M.A., Monsieur René SIBU nommé conseiller au Ministère des Finances, etc. Dès lors, il peut être déduit que Monsieur KABILA renié son propre décret et que de facto toutes les victimes doivent être traitées en toute égalité.

      22. Généralement, les hommes politiques sont admis dans les milieux carcéraux sans un mandat justificatif dressé par l'autorité judiciaire. Les geôliers exécutent des ordres verbaux tandis que les détenus y demeurent longtemps sans intervention des juges chargés du contrôle de la légalité et de la régularité de leur détention. A l'annonce de l'arrivée du Rapporteur Spécial sur les droits de l'homme, le clan au pouvoir a opéré un transfèrement des détenus politiques des lieux secrets de détention tels les services spéciaux, l'ANR, DEMIAP vers la Prison de MAKALA.question de donner l'impression que les détenus politiques sont mieux traités.

      23. Selon l'article 82 du régime pénitentiaire arrêté par l'ordonnance loi numéro 344 du 17 septembre 1965, toute personne détenue a droit à des soins de santé et est autorisée à s'absenter du lieu de détention pour cause de décès d'un parent proche.

      Mais le régime de Kinshasa refuse aux détenus politiques ou tout autre des soins de santé et d'assister au deuil organisé par leurs parents. Beaucoup de membres du Palu, UDPS, et FONUS arrêtés et détenus sont morts pendant leur détention pour n'avoir pas bénéficié des soins de santé. A Monsieur MUKAMBA, il a été refusé le droit d'assister aux obsèques de son fils décédé.

      24. Violation de la liberté de mouvement. La liberté de mouvement est protégée par la déclaration universelle des droits de l'homme. L'article 13 de ce texte dispose que toute personne a le droit de circuler librement et de quitter tout pays, y compris le sien et revenir dans son pays. Le décret- loi constitutionnel pris par Monsieur KABILA garanti également ce principe. Cependant, depuis le 17 mai 1997, la République Démocratique du Congo est devenue une "grande prison" où on ne sait aller et venir. Tout opposant au régime est devenu l'otage de Monsieur KABILA. Car, il ne peut pas sortir du pays. La police politique récupère tout opposant aux postes frontaliers où tous les papiers consulaires et titres de voyage sont confisqués.

      25. En date du 8 mai 2000, alors qu'il avait accompli toutes les formalités requises, même aux ultimes moments du voyage, le Président National des Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" qui se rendait à Brazzaville  pour y chercher la pierre tombale de sa défunte mère, aux obsèques de laquelle il n'avait pas assisté parce qu'en ce temps détenu à BULOWO par le pouvoir, s'est vu dépouillé de ses papiers et titres de voyage par la police politique de Monsieur KABILA. Une plainte initiée par lui contre les auteurs de ce forfait et adressée au Procureur Général de la République est demeurée lettre morte. Quoi de plus grave lorsqu'on sait que les membres de l'opposition interne et de la Société civile se sont vus empêchés de se rendre à Cotonou en vue de participer aux travaux de la commission préparatoire du Dialogue inter congolais. Par cet acte, le pouvoir de Kinshasa a aussi défié l'organisation des Nations Unies qui avait affrété pour la circonstance un aéronef. Beaucoup d'autres compatriotes sont sous surveillance accrue de la part du pouvoir et interdits de toute sortie du territoire sous contrôle du gouvernement de Monsieur KABILA

      26. Violation des droits économiques et sociaux. La justice constitue un gage non seulement pour la démocratie mais également pour le développement des Nations. Elle rassure les investisseurs contre toute sorte de violation de leurs droits. La justice Congolaise, par contre, n'est plus sécurisante à l'égard des opérateurs économiques. Ceux- ci ont été poursuivis et condamnés pour haute trahison à des fortes peines d'emprisonnement pour avoir détenu des devises étrangères ou avoir appliqué la réalité des prix face à une monnaie nationale qui ne cesse de se dévaluer, faute d'une politique gouvernementale cohérente d'encadrement. Plusieurs opérateurs économiques se sont découragés et ont fermé leurs entreprises. D'autres sont arrêtés sur délations orchestrées par les barons du pouvoir qui agissent dans l'ombre en vue de tirer profit. Ce qui a pour conséquences : la recrudescence du chômage et de la mendicité. Les opérateurs économiques évoluant dans le secteur du diamant subissent constamment des demandes des fonds de la part du Gouvernement dans le but de s'acheter les armes et poursuivre la guerre.

      27. Violation de la propriété individuelle. Alors que la propriété individuelle est garantie par les textes existants en République Démocratique du Congo, Monsieur NGOY KASANJI, diamantaire de son état et Président de la FECODI, qui a légalement et régulièrement acquis une pierre de diamant  d'une valeur de 267 carats, s'est vu dépossédé de celle- ci par la police politique au moment où il tentait de la vendre dans un comptoir agréé. Il initia une plainte contre l'auteur de cette extorsion auprès du Procureur Général de la République. Ironie du sort, le plaignant fut confondu en prévenu. Car, cette même autorité saisie l'inculpait pour vol, recel et atteinte à la sûreté de l'Etat. Pendant sa détention, le pouvoir proposa à son insu son diamant à la vente publique. Le clan au pouvoir à Kinshasa envie les biens appartenant aux compatriotes. Beaucoup ont perdu de leurs maisons qu'occupent présentement les dignitaires du regime. Les véhicules de beaucoup de congolais dont la Jeep de marque Blazer appartenant au leader des FONUS ont fait l'objet d'extorsion de la part du clan de Monsieur KABILA.

      Un autre cas concernant les hommes d'affaires ou les opérateurs économiques révolte plus d'une conscience. Il s'agit des atteintes aux droits fondamentaux de l'homme dont a été victime un homme d'affaire Katangais d'une notoriété incontestable. Monsieur KATOTO KATEBE Raphaël. En effet, celui- ci a été accusé d'un activisme entrepris en marge de la session spécial du conseil de sécurité des Nations Unies sur la République Démocratique du Congo tenue fin janvier 2000 à New york. A cette occasion, et partout ailleurs où il est passé, la victime susnommée a eu à conscientiser certains Katangais à Prendre conscience de dérives totalitaires de Monsieur KABILA en les invitant à préserver l'unité du Congo pour sa démocratisation. Cependant, ce discours ou ce plaidoyer pour la paix lui a valu la confiscation de certains de ses biens meubles et immeubles par la justice locale agissant sur ordre de la haute hiérarchie. Cette vente aux enchères a été opérée en vu et au su de tout le monde outre que les membres de sa famille ont fait l'objet des tracasseries. Cet acte a scandalisé toutes les couches sociales qui en ont fait large échos face à une injustice révoltante dont était victime l'un des opérateurs économiques dont l'impact des activités a un effet perceptible sur le vécu quotidien des populations.

      28. Absence de rémunération décente pour le fonctionnaire congolais. Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels en son article 7 établit le droit à une rémunération minimale du travail et stipule d'une part, que le salaire doit être juste et suffisant pour garantir une existence décente et, d'autre part, que les conditions de travail doivent être justes et favorables. Un salaire est jugé juste quand il est équitable et équilibré. Cependant, la justice distributive n'existe pas en République Démocratique du Congo où seul le clan au pouvoir s'accapare de toutes les richesses. La Banque Centrale, comme à l'époque du dictateur déchu, loge ses coffres au Palais présidentiel ou à LUBUMBASHI, ville natale du Président KABILA. Les fonctionnaires ne sont payés que maigrement (300 Francs Congolais soit 4 dollars américains par mois) et de manière irrégulière et suivant les humeurs de Monsieur KABILA, devenu le Trésorier national. Par ailleurs, il y a lieu de se demander si les richesses naturelles du CONGO peuvent profiter à son peuple lorsqu'elles sont cédées par le dictateur aux étrangers venus à sa rescousse. Le Gouvernement Zimbabwéen exploite abusivement et en quantité considérable les richesses naturelles du CONGO. Ce qui explique l'attachement du Président de ce pays à la poursuite de la guerre en vue de se réaliser au maximum des bénéfices en République Démocratique du CONGO.

      29. La tribalisation des services de l'Etat. Les services de l'Etat doivent être suffisamment représentatifs de la population et les fonctionnaires doivent avoir la volonté et la capacité d'exercer leur mission dans l'intérêt général. Cependant, l'armée et la Police sous le régime de Monsieur KABILA sont devenus un domaine réservé de la tribu du dictateur. L'accès à ces services et les promotions en leur sein sont conditionnés par l'appartenance à ce clan. Les mérites ont cessé d'être une garantie d'avancement en grade. Plutôt que d'être au service de la Nation, ses services poursuivent avant tout la défense des intérêts du clan au pouvoir. Il n'est pas étonnant de voir les populations d'autres contrée subir les atrocités de cette police politique.

      30. Violation des droits de l'enfant. La République Démocratique du Congo est partie à la convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant. Cette dernière accorde une attention particulière à la protection de l'enfant mineur, surtout en matière du travail à lui confier. Le regime de Monsieur KABILA se livre à un recrutement massif des enfants au sein des forces armées. La campagne du désengagement de ces enfants n'était qu'un produit destiné à la consommation extérieure. Cela est d'autant plus évident que le recrutement des enfants mineures dans l'armée se poursuit aisément et nuitamment. Par ailleurs, le pouvoir de Kinshasa cultive auprès des enfants des sentiments de violence ainsi que de haine et aversion tribales. A travers des campagnes dites d'Eveil patriotique, la jeunesse congolaise est soumise à un matraquage médiatique l'invitant à la violence et à la haine envers d'autres peuples et les institutions des Nations Unies. Les Etats amis sont également visés outre les Etats- Unis, la Grande Bretagne, la Belgique, la France, la République Centre Africaine, le Congo- Brazzaville, la Zambie, la République Sud Africaine. Les parents n'étant pas bien payés, la scolarisation de leurs enfants devient hypothétique. On assiste présentement à un accroissement des enfants de la rue appelés communément "SHEGUES". La plupart d'entre eux versent dans la drogue et des grands crimes.

      B. Sur le territoire contrôlé par la rébellion.

      31. Des échos provenant des territoires sous contrôle des rebelles font état des exécutions sommaires des civils congolais qui protestent contre la présence au côté de rebelles des forces armées étrangères. Dans les provinces de Nord et Sud Kivu ainsi que la province Orientale, plusieurs massacres se commettent sur les personnes des congolais.

      32. Beaucoup des membres des partis politiques tels que les FONUS et les défenseurs des droits de l'homme font l'objet des arrestations. Même certains dirigeants rebelles ont été arrêtés et détenus. Il en est ainsi des Messieurs LUNDA BULULU, José ENDUNDU, MENDE OMALANGA, TAMBWE MUAMBA, Roger LUMBALA, qui furent arrêtés pour avoir protesté contre les dictats des armées étrangères.

      33. Il nous revient que depuis le déclenchement de la rébellion les fonctionnaires ne reçoivent pas leur rémunération d'une part et les militaires leur solde d'autre part.

      34. Les enfants mineurs sont enrôlés de force au sein des unités combattantes.

      35. La population des territoires occupés par la rébellion vit dans un climat permanent de peur. Elle craint non seulement des représailles de la part des rebelles et leurs alliés. Mais également la reprise des territoires sous contrôle rebelle par le pouvoir dictatorial de Kinshasa. Pendant que les 55 millions de Congolais aspirent à la paix, seul Monsieur KABILA s'obstine à leur imposer une guerre inutile et pense à tort qu'il est propriétaire de la grande nation congolaise qu'il veut régenter selon ses humeurs.

Conclusion

      36. Les violations des droits de l'homme ont atteint un niveau très inquiétant en République Démocratique du Congo. En dépit des multiples cas de violation observés, il est regrettable de constater que les représentants du Haut commissaire aux droits de l'homme ne réagissent pas. Aucune dénonciation n'est observée de leur part. ils préfèrent compatir avec les victimes plutôt que de fustiger haut ces cas de violation. La plupart des congolais pensent que les autorités étatiques, auteurs de ces violations bénéficient de la complicité de ces fonctionnaires internationaux. Car, ils n'arrivent pas à réaliser que le mal cohabite avec le bien. Ceci est aussi une interpellation faite à l'ONU dans le but de rectifier ses stratégies à l'endroit des autorités de Kinshasa et des rebelles.

      37. Les FONUS pensent qu'il est impérieux que l'ONU recoure aux sanctions contre les auteurs de ces violations des droits fondamentaux de l'homme. Ce qui permettra aussi bien au pouvoir de Kinshasa qu'aux rebelles de se conformer aux instruments internationaux sur les droits de l'homme ratifiés par la République Démocratique du Congo. Ces sanctions qui sont notamment l'isolement diplomatique, le refus d'octroi des visas aux violateurs, l'interdiction d'atterrissage de vols internationaux, l'embargo d'achat d'armes et de vente de diamant ou d'autres richesses naturelles, ...

      38. La mission d'informer l'humanité tout entière sur la situation des droits de l'homme en République Démocratique du Congo est délicate et demande que soit prise en compte la gravité de la situation des droits de l'homme dans les territoires sous contrôle gouvernemental où la situation est plus grave qu'on ne peut l'imaginer. Les quelques améliorations vantées sont à peine perceptibles. C'est tout cela qui vient d'être démontré et il importe de s'inspirer de ce mémorandum pour s'en convaincre sur les cas qui révoltent la conscience de l'humanité.

      39. Le moindre constat que peut faire toute personne qui arrive à Kinshasa, à plus forte raison le Rapporteur  Spécial, est celui d'un peuple " chosifié " et contraint à œuvrer plus dans une entreprise de toute autre nature. Le seul maître à bord se trouve être Monsieur KABILA qui soumet les congolais à des conditions inacceptables par le port obligatoire de ses effigies vendues avec retenue à la source, à l'occasion de paiement des salaires; les marches à pied moyennant un montant insignifiant, etc. et que dire de ce pays devenu quasiment son " album " au regard du nombre impressionnant des effigiés et portraits placés à tout coin de rue et sur toutes les places. Pas un seul Kilomètre dans différentes communes sans qu'on ne s'aperçoive de cette triste réalité.

      40. En dépit du fait que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, il est inacceptable de voir le regime de Monsieur KABILA instituer un réseau maffieux dans le but de vendre aux compatriotes congolais se trouvant à l'Etranger des passeports à des prix excessifs alors qu'au pays ce document auquel tout congolais a droit où qu'il se trouve est de moindre prix. Ces prix inimaginables fixés à la suite des combines par ceux qui pensent faire de ce document une propriété privé constituent une exploitation des congolais et ne pas moins une violation des droits de l'homme pour autant que faute de satisfaire à la cupidité de ceux qui se livrent à cette entreprise quasi criminelle sans commune mesure, tout congolais résidant à l'étranger est privé d'un droit et ainsi exclu de ce qui est devenu un véritable marché dans lequel l'adage "homo homoni lupus" a droit de cité.

      41. De tout ce qui précède, les Forces Novatrices pour l'Union et la Solidarité "FONUS" pensent que des pressions assez fortes doivent être exercées sur le regime de Monsieur KABILA aux fins de l'amener à honorer les engagements internationaux de la République Démocratique du Congo en matière des droits de l'homme et ce, fort de la primauté du droit international sur le droit interne et suivant que la République Démocratique du Congo est de tradition constitutionnelle moniste qui consacre cette primauté. Le Ministère des droits humains créé n'est ni moins ni plus qu'une structure destinée à la consommation extérieure et ne peut nullement rassurer dans la mesure où diverses violations des droits de l'homme se commettent sous l'œil impuissant du titulaire de ce ministère, certes très volontaire, mais toujours contraint à afficher, malgré lui et la mort dans l'âme, une solidarité négative avec les auteurs des violations au nombre desquels se trouve principalement le regime de Monsieur KABILA.

Kinshasa, le 25 Août 2000

Tout pour le peuple, rien que pour le peuple

Joseph Olenghankoy

Président National

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