GauHome.jpg (15896 octets) Droitebandeau.jpg (20729 octets)

Les Chefs des pays des Grands lacs sont comme la pluie

politi3.jpg (679 octets)

M'Binge Ngindu et Branchy

politi3.jpg (679 octets)

La situation actuelle de la République Démocratique du Congo avec ses voisins de l'Est (Rwanda, Ouganda, Burundi et aussi l'Angola) est interprétée de différente manière par plus d'un observateur. Beaucoup sont ceux qui attribuent à la guerre congolaise la cause de pillage des ressources naturelles de la RDC. Mais plusieurs Congolais nationalistes et patriotiques, en dehors de tous les débats qui se déroulent sur Internet, insistent et cherchent à savoir surtout  pourquoi Kabila et les siens s'acharnent à larguer des bombent sur les populations civiles de la province de l'Equateur depuis le début de la guerre, au moment où l'ensemble de l'Est du pays (y compris son village natale) est occupée par les armées rwandaises, ougandaises et burundaises? Même, pendant que les Ougandais et Rwandais feignaient se battre et lançaient des obus sur la population de Kisangani, Kabila et ses alliés n'ont pas inquiété ses deux armées étrangères . Nous pensons de notre part que le texte ci-dessus illustre suffisamment la situation entre Kabila, ses collègues chefs d'Etats voisins, les populations civiles (de l'Est de la RDC surtout), Jean-Pierre Bemba et la position de l'opposition interne non armée.

M'Binge Ngindu  et Branchy (de Kinshasa en RDC)   

LES CHEFS SONT COMME LA PLUIE

Vois-tu, mon enfant, les chefs sont comme la pluie, imprévisibles dans leurs inimitiés. Quand tu souffres de la grande chaleur et que tes plantes, que tu as cultivées, se dessèchent, alors, le jour qu il plaît à l Homme du ciel, la pluie tombe sur la terre et tes plantes sont tirées d affaire. Et de même sont les chefs. Aujourd hui il leur plaît de devenir ennemis, et tout de suite après tu les vois contracter alliance.

Il se trouve que tu t es mis en route pour aller voir tel chef. Sur ces entrefaites, comme tu pars de chez toi, voilà qu ils se défient l un l autre. L un pense:  Si un homme à lui tombait entre mes mains, je le tuerais, pour qu il [l autre chef] vienne et que nous nous bations, et qu on voit bien qui de nous deux est l homme et qui la femme.

Là où tu vas, le chef a conféré avec ses hommes et a dit:  Barrons le chemin, afin qu'il [l'autre chef] s'en aperçoive, se mette en colère et que nous nous battions.

Quand il a ainsi parlé, un homme s'en va et le raconte à sa femme. Il lui dit:  Nous sommes chargés de barrer pour demain le chemin de Moschi.  Elle lui demande:  comment allez-vous faire?   Il lui dit:  S nous voyons un homme venant de Moschi, nous devons le tuer. Pour qu'ils sachent que nous sommes ennemis.

La femme pense:  Oh, il pourrait venir un homme qui a conclu un pacte de sang avec mon père, ou bien avec mon beau-père, et il sera peut-être tué.  Elle décide:  Je vais aller couper de l'herbe au bord du chemin. Si je vois quelqu'un, je lui dirai de faire demi-tour. Un homme est un homme, je lui dirai en tout cas de faire demi-tour, pour qu'il reste en vie.  Et la femme prend ses liens d'osier et s'en va couper de l'herbe au bord du chemin. Mais les autres sont en embuscade avec le chef. Toi, tu marches tout guilleret, droit devant toi, comme tu en as envie. Et tu arrives, et tu tombes sur la femme en train de couper de l'herbe. Tu veux passer sans t'arrêter, et tu n'es même pas disposé à la saluer, elle lève la tête et te voit. Et elle te demande:  Dis donc, monsieur, toi qui passes, d'où es-tu, que tu ne salues personne? D'où viens-tu donc, beau-père?  Toi, tu es pressé, et tu lui réponds vivement:  Je viens de Moschi.  Mais elle te demande:  Connais-tu le récit du pays de l'Est, pour passer ainsi ton chemin?

Quand tu entends une pareille question, réfléchis bien, et pense à ce que je t'ai dit. Rebrousse chemin et fuis. Ne suis pas la femme. Si tu la suis, tu la mets en danger d'être démasquée. Et si tu rencontres quelqu'un d'autre, dis-lui de faire demi-tour aussi.

Et vois-tu, mon petit, eux, après, ils se jettent sur un autre et le tuent, mais toi, tu es sauvé! Ensuite, quand ils se sont battus et que l'un des deux [chefs] a été vaincu et a demandé la paix, ils se réconcilient. Et les gens vont et viennent comme par le passé et se rendent visite. Mais toi, tu penses:  Et voilà. Sans la femme c'est sans doute moi qui aurait été tué. Et ensuite tout se serait arrangé comme maintenant, et ils se seraient réjouis de la même manière.

Voilà ce que cela signifie quand je te dis: Ils sont pareils à la pluie. Toi, tu serais mort, et eux, là-dessus, auraient conclu la paix. Mais toi, tu n'existerais plus.

Tradition orale chagga (Tanzanie, Afrique de l'Est).

Tiré de  Le droit d'être un homme , Anthologie mondiale de la liberté, J.C. Lattès/Unesco 1968.

Copyright Afriqu'Info asbl.